Ahhh ! Mes excuses. J'ai menti. Mais j'ai pas fait exprès ! Ceci n'est pas le dernier chapitre :) Faut croire que je me suis attachée à mon Noctavus (c'est rigolo, on dirait le nom d'une araignée diabolique)
J'ai aussi dérogé à la règle de mes chapitres portant des titres de vieux morceaux de dance. Parce qu'un matin je me suis réveillée avec du Beyoncé dans le crâne, et ça voulait pas me sortir de la tête... Du coup je l'ai pas mal écouté en écrivant. Et puis bon, le titre correspondait bien ;)
Sauras-tu retrouver le clin d'œil à la mythologie caché dans ce chapitre ? (c'est à cause de la dernière série que j'ai regardée ;)
Enjoy !
CHAPITRE HUIT : Crazy in Love
I
« Je ne compte absolument pas être relocalisé dans votre 'charmant' pays, si c'est ce à quoi vous pensiez, votre Majesté », fit Ravus en pinçant les lèvres.
Noctis oublia comment respirer pendant quelques douloureuses secondes. Il jeta un coup d'œil anxieux à son père, qui semblait plutôt amusé qu'autre chose. Par les Dieux, mais jusqu'à quand le resterait-il avant que le comportement de Ravus ne lui fasse perdre son sang-froid ?
« Il est hors de question, poursuivit Ravus, que je me retrouve au sein de votre cour comme une jolie mariée étrangère. J'ai des responsabilités ici à Tenebrae. Je reste, et Noctis reste avec moi. »
Le prince du Lucis se prit le visage dans les mains. Rien de tout cela n'était son idée, et depuis que Ravus s'était mis en tête de l'épouser, il se comportait comme un vrai tyran. Et bien entendu, personne n'était venu à son secours, parce que tout le monde trouvait ça beaucoup trop drôle.
Cela avait commencé dès le lendemain de la nuit où ils s'étaient déclarés leur sentiments. Et depuis... Noctis était complètement largué. Ce matin-là, il avait entendu Ravus déclarer à ses amis qu'il allait l'épouser, sans même lui en avoir parlé avant ! Et ensuite, Ravus avait semblé prendre ce fait pour acquis et chaque fois que Noctis essayait d'aborder le sujet, il trouvait un moyen de l'esquiver. Parfois, il se contentait juste de lui tourner le dos et de quitter la pièce en le laissant planté là au beau milieu d'une phrase. Et il ne lui avait même pas dit qu'il avait contacté son père, et encore moins daigné le prévenir que le roi du Lucis débarquait à Tenebrae pour éclaircir l'affaire.
En bref, c'était un cauchemar.
Enfin... pas tout à fait. Parce que s'il fallait être totalement honnête, quand il n'était pas question de mariage, Noctis vivait les meilleurs moments de sa vie avec Ravus. Son 'fiancé' (?!) se montrait incroyablement agréable à son égard. Ce brusque changement de situation, Noctis ne l'avait pas du tout intégré, à tel point qu'il se demandait si, faute de vraiment vouloir l'épouser, le prince de Tenebrae n'était pas plutôt en train de faire une crise psychotique. Quand il y pensait, ça expliquerait pas mal de trucs.
« Je comprends, prince Ravus, dit Regis. Inutile de vous énerver. »
Noctis leva les yeux vers son père, se demandant si ce ton calme et posé dissimulait l'estocade fatale. Ravus se contenta d'attendre la suite, les bras croisés sur la poitrine, l'air hautain.
Le roi du Lucis se fendit d'un sourire chaleureux.
« Vos conditions sont tout à fait acceptables. Si vos parents n'y voient pas d'inconvénients, moi non plus. »
Le prince de Tenebrae se raidit, surpris par ces paroles. Il ne s'attendait pas à autant de conciliation, c'est pourquoi il avait préféré attaquer en force, pour ne pas laisser le temps à son adversaire de peaufiner une stratégie. Noctis, quant à lui, se dit que son père avait lui aussi perdu la tête. Ou alors, c'était lui ? Oui, tout cela n'était en réalité qu'un délire élaboré conçu par son esprit dans le but de combler son manque affectif et ses rêves ratés. Sans quoi, ça voulait dire que le monde commençait à marcher sur la tête. Et ça, ce n'était sûrement pas une bonne nouvelle. Si ?
L'atmosphère tranquille du petit boudoir où ils s'étaient retirés pour discuter, où pénétrait une brise tiède chargée d'odeurs florales, contredisait la folie pure de cet échange. Et pourtant, son père avait l'air parfaitement sain d'esprit quand il se tourna vers lui avec un sourire affectueux :
« Noctis, je n'avais pas l'intention de te céder le trône. Tu n'es pas fait pour ça. Ton cousin Laërte sera parfait pour le rôle. »
Noctis ouvrit la bouche pour parler, puis s'aperçut qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait dire. Être déchargé de la responsabilité de la succession... C'était un profond soulagement, mais ça avait aussi quelque chose de très humiliant.
« Bien sûr, en tant que père, reprit Regis, j'aurais préféré que tu restes au Lucis... Mais ton bonheur passe avant tout. Et à vrai dire, je ne suis pas entièrement surpris que tu aies préféré le prince à la princesse. Les gens vont parler, c'est sûr, mais enfin, c'est ainsi. Les temps changent. Alors tu épouseras Ravus et tu vivras ici à Tenebrae. »
Ravus hocha la tête d'un air satisfait, tandis que Noctis ouvrait et fermait la bouche en cherchant la force pour parler.
« Mais... articula-t-il enfin. Personne ne compte me demander mon avis ?!...
— Pourquoi, tu n'as pas déjà ce que tu veux ? »
Son père et Ravus avaient parlé en même temps.
Qu'est-ce que je vous disais ? Un cauchemar.
Noctis les regarda tour à tour, et comprit que toute résistance était futile.
II
Quand il apprit ce que ses enfants lui avaient réservé comme surprise à son retour de voyage, Alexandre, le roi de Tenebrae, préféra laisser sa femme Sylva gérer toute l'affaire et se dépêcha d'aller planifier leur prochain voyage. Un de ces jours, ces gosses allaient le rendre fou.
Ainsi, Sylva écouta stoïquement son fils lui annoncer qu'il voulait épouser le fiancé de sa fille, et sa fille approuver totalement ce projet, puisqu'elle préférait s'adonner aux joies de l'amour avec une lieutenante de l'armée sous les ordres de Ravus. Au moins sa benjamine n'avait-elle pas réclamé un mariage. Pour l'instant, en tout cas.
La reine inspira lentement, plusieurs fois d'affilée. Elle savait depuis son adolescence que son fils était homosexuel, il n'avait jamais cherché à s'en cacher, en revanche, c'était plus une surprise en ce qui concernait Luna. Mais elle savait comment fonctionnait l'esprit de sa fille et comprit aussitôt pourquoi elle leur avait laissé croire qu'elle était d'accord pour épouser Noctis.
Cette petite fera une très bonne reine, un jour, nota Sylva.
Elle en avait le tempérament, et la petite dose de machiavélisme qui convenait.
En regardant ses deux enfants, elle sut qu'ils ne comptaient pas céder le moindre pouce de terrain. Ils avaient tous les deux pris leurs décisions, et s'y tiendraient. Après tout, c'étaient des Nox Fleuret : ils ne se laissaient pas intimider, quelle que soit l'étrangeté de leurs choix, et quoi que les gens puissent en penser. Elle hocha la tête. Ils lui causaient bien des soucis, mais elle était fière d'eux.
« Je vois, dit-elle posément. Luna, aucune règle ne t'interdit de nouer une relation avec l'officier Highwind. Ce n'est certes pas procotolaire, mais je doute que tu t'en soucies. Et au fond, tu as raison : qui s'en soucie ? À part ton frère, bien entendu, mais il faudra qu'il se fasse une raison. D'autant que comme tu as dû le lui faire remarquer, il n'est pas le mieux placé pour critiquer tes choix amoureux. »
Luna sourit largement, Ravus grommela quelque chose entre ses dents, mais ni sa sœur ni sa mère n'y prêtèrent pas attention. La reine s'adressa ensuite à lui.
« Quant à toi, Ravus... Ma foi, tu as l'air sûr de toi. Tu en as parlé au père de Noctis ?
— Il est d'accord.
— Vraiment ? Tiens, j'aurais cru Regis plus conservateur...
— Moi aussi, avoua Ravus.
— Alors c'est décidé. Je sais que vous avez déjà mesuré les conséquences. Vous êtes raisonnables, et vous ne prenez pas de risques inutiles, alors je sais que c'est important pour vous. Je ne souhaite pas m'opposer à vous. »
Ses enfants échangèrent un regard soulagé.
« Et papa ? demanda Luna. Il en pense quoi, de tout ça ?
— Il ne dit pas grand-chose, mais il a plus de cheveux gris qu'hier. Vous ne l'aidez certes pas à préserver sa jeunesse. »
Luna éclata de rire, Ravus fronça les sourcils, mais ne fit pas de commentaires.
« En avons-nous terminé ? demanda-t-il.
— Oui, soupira Sylva. Mais je te préviens : c'est toi qui géreras la presse. Comme cette fois où tu as séduit un homme marié qui n'était autre que le neveu de l'empereur du Niflheim... »
Ravus fit la grimace. Ce n'était pas un bon souvenir. Il fallait avouer, quand on y pensait, que sa réputation à Tenebrae n'était pas exactement reluisante quand il s'agissait de sa vie amoureuse. Les gens le voyaient comme un fauteur de troubles, il ne pouvait pas tellement leur donner tort, et la situation actuelle ne ferait que confirmer l'opinion. Mais enfin, qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Ça ne l'empêchait pas de savoir diriger une armée, et cela, tout le monde le savait.
« On fera comme d'habitude, déclara-t-il. Aucun commentaire. Il y aura toutes sortes de rumeurs pendant un temps, puis ça se calmera. Pour les fiançailles, je me contenterai d'un communiqué écrit.
— Bien. Je te laisse gérer. »
Ravus hocha la tête, et quitta la pièce. Sylva regarda sa fille, un peu inquiète. Mais Luna avait l'air heureuse. Elle avait toujours su bien gérer son statut de princesse. Elle arrivait généralement à désarmer ses détracteurs, soit par le charme, soit par la rhétorique, soit par l'endurance : si elle choisissait le silence, ils finissaient inévitablement par se lasser. Et il en allait de même pour Ravus. Non, Sylva pouvait se rassurer : ses enfants étaient taillés pour affronter le monde.
III
Ce soir-là au dîner, Noctis essaya de se faire oublier, mais c'était bien évidemment perdu d'avance. Il ne savait pas trop quoi penser des étranges regards que lui jetait Alexandre. Père et fils se ressemblaient tant qu'il avait presque l'impression qu'un Ravus du futur était venu l'épier ou peut-être tenter d'intervenir pour inverser le cours d'un avenir désastreux. Le roi approuvait-il l'idée de cette union ou non ? Difficile à dire, puisqu'il ne ne parlait pas beaucoup. Il avait pourtant un regard intense, mais Noctis n'arrivait pas à interpréter l'émotion qu'il y lisait. De la méfiance ? Du mépris ? Ou peut-être de la simple curiosité ? Noctis ne connaissait pas beaucoup Alexandre, alors ça n'aidait pas. Sylva quant à elle gardait à son égard une attitude neutre, mais aimable. La décision pour le moins impulsive de son fils ne semblait pas l'inquiéter ou la contrarier outre mesure. Noctis préférait ça. La dernière chose qu'il souhaitait, c'était d'avoir ses beaux-parents sur le dos. Ravus et Luna étaient égaux à eux-mêmes – de ce côté-là, tout allait bien. Quant à son père, il s'était toujours bien entendu avec les Nox Fleuret, alors il se sentait dans son élément et paraissait bien s'amuser.
Pour autant, Noctis n'arrivait pas à se détendre. Il n'avait jamais été friand des réunions familiales, et là, il y avait un peu trop de monde à son goût. Ce que Prompto dut remarquer, puisqu'il attira son attention d'un « Psst ! » et lui montra son portable sous sa table. C'était une énième vidéo de chocobo (très populaires sur Internet), où le chocobo en question poursuivait un pauvre homme sans défense. L'homme se réfugiait dans un arbre depuis lequel il ne put que contempler l'animal furieux qui courait en rond autour du tronc comme s'il était possédé. Noctis explosa de rire, ce qui lui attira un regard noir de la part d'Alexandre... et de son fils.
Wow. Le regard qui tue multiplié par deux.
Il se racla la gorge en marmonnant « Excusez-moi » tandis que Prompto se marrait en douce.
« Puisque tu es maintenant certain de ne pas devenir roi, peut-on savoir ce que tu comptes faire de ta vie ? demanda soudain Alexandre.
— Ah ! Bonne question ! » renchérit Regis, au grand désespoir de son fils.
Noctis aurait bien voulu répondre « pêcheur sportif professionnel », mais il avait comme l'intuition que ça n'allait pas plaire à son beau-père. Et le problème, c'était qu'après avoir obtenu son bac, il avait pris une année sabbatique et ne se trouvait toujours pas plus avancé dans ses projets d'avenir.
« Je... je n'ai pas encore décidé, votre Majesté. »
Le roi fronça les sourcils.
« Ça ne te dérange pas, un mari au foyer ? » demanda-t-il ensuite à son fils.
Celui-ci fusilla son père du regard.
« Noctis fait bien ce qu'il veut, ça m'est égal. Du moment qu'il est heureux. »
Charmé par cette réponse, Noctis ne put retenir un sourire. Non qu'il doive éviter d'adopter cette expression, mais il savait qu'il avait tendance à avoir l'air idiot quand il s'agissait de Ravus.
« Ton fils a plus de bon sens que toi », reprocha gentiment Sylva à son mari, qui se renfrogna et ne poursuivit pas sur le sujet.
« Je te trouverai un poste d'ambassadeur quand je serai reine », chuchota Luna depuis l'autre côté de la table, comme si personne n'allait l'entendre.
« Ne m'enterre pas trop vite, jeune fille », la rabroua sa mère, amusée. Puis, elle se tourna vers Noctis : « Ravus a raison, tu sais. Tu es le bienvenu ici, quelle que soit la façon dont tu envisages ton avenir. »
Il hocha la tête pour la remercier. En fait, il devait bien reconnaître que les choses se passaient beaucoup mieux que ce à quoi il aurait pu s'attendre. Ce qui l'étonnait le plus, c'était la facilité avec laquelle sa belle-famille avait accepté la décision soudaine de Ravus. Ils étaient sans doute habitués à ce genre de choses... Mais pas lui ! Il aurait bien aimé avoir un peu le temps de respirer avant de passer d'une fiancée à un fiancé. Mais voilà, Ravus n'était pas du genre à aimer perdre son temps. Il fallait que tout soit vite et bien fait. Quitte à omettre certaines civilités essentielles. Comme demander à la personne qu'il comptait épouser si celle-ci était d'accord. De fait, Noctis était d'accord. Il lui restait juste à savoir pourquoi il se faisait marcher sur les pieds avec une telle facilité. En réalité, il le comprenait trop bien : comme Ravus aimait le dire, il était un petit con. Très amoureux. Et il avait également un faible pour le côté autoritaire du prince de Tenebrae. Conjuguez tout cela, et vous obtenez un prince du Lucis qui, bien qu'un peu offensé, n'arrivait plus à trouver une bonne raison de protester.
Une semaine plus tard, le moment du départ arriva. Regis était déjà reparti, mais Noctis et ses amis ne pouvaient pas non plus rester là éternellement – du moins, pas pour l'instant. Alors même si le prince du Lucis n'avait pas la moindre envie de quitter la chaleur et la lumière de Tenebrae pour la ville bétonnée et déprimante de son enfance, il le fallait bien. Ce n'était que temporaire, après tout. Il allait se marier ! Il n'arrivait pas à y croire, mais Ravus le rappelait tous les jours à la réalité, et pas forcément de la manière la plus agréable : il avait tendance à l'assommer de détails sur le déroulé de l'événement, mais aussi sur leur future vie commune.
Un soir, Noctis lui rétorqua que ni l'un ni l'autre n'avaient la moindre foutue idée de ce à quoi allait ressembler cette vie ensemble, alors il fallait arrêter de faire comme si c'était défini d'avance. Pour la première fois (et unique, le craignit-il), il parvint à réduire son fiancé au silence. Ce dernier le regarda d'un drôle d'air qui le mit mal à l'aise, et pour une raison qui lui échappa totalement, il l'embrassa avec une passion qui lui sembla hors de propos.
« Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? protesta-t-il en se dégageant.
— Ferme-la, abruti... »
Et ça avait conclu la 'dispute'. Ce genre de scène se reproduisit plusieurs fois, et Noctis, une nouvelle fois, se demanda si Ravus avait bien toute sa tête. Pourquoi est-ce qu'il réagissait toujours aussi intensément chaque fois qu'il disait ce qu'il avait sur le cœur ?!
Il finit par lui poser la question. Ravus le regarda comme s'il avait demandé pourquoi le soleil se levait tous les matins, un mélange de stupéfaction incrédule, et un soupçon de méfiance. Puis, il se détendit, et murmura d'un air presque rêveur :
« Tu n'as vraiment rien compris, pas vrai ?
— Apparemment, non ! s'énerva Noctis.
— Chaque fois que je crois tout savoir de toi, chaque fois que je crois tout contrôler... Tu fous tout en l'air.
— ...Ok ? Je... Désolé ? »
Mais cette fois encore, Ravus avait mis fin au dialogue par des moyens physiques, et Noctis n'était toujours pas plus avancé. Ça devenait pénible, cette impression de vivre dans un monde cohérent et fonctionnel, alors que lui ne pigeait rien au plus petit début du mode d'emploi de l'univers, mode d'emploi dont tout le monde semblait pourtant disposer, sauf lui. Il arrivait à s'y faire, parce que Ravus était avec lui, et malgré son attitude étrange, s'il y avait une chose dont Noctis ne pouvait pas douter, c'était de son amour pour lui.
Alors, quand le jour du départ arriva, il ne savait plus où il en était. Tous ses repères avaient été bouleversés. Il avait besoin de temps pour prendre du recul, mais pas le moindre désir de partir. À l'ancienne nostalgie qui lui serrait toujours le cœur, depuis tout petit, au moment de quitter Tenebrae, s'ajoutait maintenant la douleur de devoir se séparer de l'homme qu'il aimait. Il l'avait presque toujours ressentie, cette douleur-là, mais cet été, elle avait pris une forme radicalement différente. Parce qu'il n'aimait plus un rêve, mais une personne.
Planté devant la Regalia, face à Ravus, il essayait de réfléchir pour formuler les mots adéquats. Le problème n'était pas de trouver les mots, mais d'identifier les pensées et émotions confuses qui se succédaient : sans savoir ce qu'on ressent, difficile de trouver ce qu'on veut dire. Surtout dans une situation où parler semble à la fois si essentiel, et si vain.
Ravus le regarda avec un sourire en coin. Il posa une main sur sa joue et caressa ses lèvres du bout du pouce.
« Inutile de dire quoi que ce soit. On se reverra bientôt. »
Sur ce, le prince de Tenebrae se pencha, déposa un baiser furtif sur ses lèvres, et, après un dernier regard, fit demi-tour et remonta quatre à quatre les marches du palais presque comme s'il s'enfuyait. Noctis le regarda disparaître à l'intérieur de l'édifice, le cœur battant douloureusement dans sa poitrine. Puis, il grimpa à l'arrière de la voiture et ferma les yeux.
Il s'endormit rapidement, et quand il émergea, il était déjà de retour au Lucis.
IV
Deux mois plus tard
Allongé sur son lit, le regard fixé sur le plafond, Noctis s'ennuyait. Ravus lui manquait. Ces temps-ci, il ne trouvait pas goût à grand-chose. Le temps lui paraissait long, les journées, vides. Il bâilla à s'en décrocher la mâchoire et sursauta quand son téléphone vibra. Il se redressa aussitôt, le cœur battant. C'était Ravus ! Il hésita un instant, toujours aussi intimidé même s'ils s'appelaient très souvent.
Enfin, pour être plus exact, Ravus l'appelait très souvent. Essentiellement, semblait-il, pour surveiller ce qu'il faisait... En effet, comme Noctis l'avait vite découvert, le prince de Tenebrae était terriblement jaloux et possessif. C'était exaspérant, mais aussi assez flatteur. Du coup, Ravus lui téléphonait plusieurs fois par semaine, parfois en plein milieu de la nuit, et quand ça arrivait, au lieu de lui expliquer la raison de son appel, il lui demandait de lui raconter sa journée en détail. Et il n'y avait pas de « Mais Ravus, il est trois heures du matin... » ou de « J'ai vraiment sommeil, là... » qui tiennent. C'était comme si son fiancé avait peur qu'il lui file entre les doigts au dernier moment, et Noctis espérait que le fait de se marier et de vivre ensemble atténuerait un peu ses craintes. Sinon, il serait bien obligé de l'informer qu'il était invivable. Et il n'avait vraiment pas envie de lui dire ça. Il n'y avait qu'à propos d'Ignis, Gladio et Prompto qu'il ne se montrait pas (beaucoup) jaloux, probablement parce qu'il avait compris que s'il se mettait entre Noctis et ses amis, c'était lui qui perdrait, et Noctis lui était reconnaissant de l'avoir compris et d'agir en conséquence.
Cette fois-ci, cependant, Ravus ne lui demanda pas ce qu'il avait fait de sa journée. Au lieu de cela, il interrogea d'une voix curieusement rauque :
« Noct, est-ce que tu es seul ?
— Euh... Oui. J'suis dans ma chambre...
— Je vois... Tu es habillé ?
— Ben... Oui.
— Déshabille-toi. »
Noctis resta interdit. Il avait du mal entendre.
« Noct, dépêche-toi. Je suis dans mon lit... sans rien sur moi... J'ai terriblement envie de toi. »
Noctis déglutit, la main crispée sur son téléphone. Merde, c'était nouveau, ça. Toujours sans rien dire, il se leva, alla verrouiller sa porte, puis se rassit sur son lit. Ravus ne pouvait pas le voir, et pourtant il se sentait emprunté, mal à l'aise. Et il avait une érection, aussi.
« Je veux que tu enlèves tous tes vêtements et que tu t'allonges sur ton lit.
— O-Ok... » murmura finalement Noctis, vaincu par la sensualité qui rendait la voix de Ravus tellement séduisante à cet instant précis. Est-ce qu'il était en train de se toucher ? Oui, certainement, à en juger par la façon dont il respirait. Noctis pouvait presque sentir son souffle entrecoupé lui caresser l'oreille. Merde, c'était terriblement sexy !
Il posa vite fait son téléphone et se dépêcha de se débarrasser de ses vêtements.
« Ça y est... » dit-il en reprenant son portable, allongé sur son matelas, contemplant son érection avec une sorte de perplexité. Heureusement que Ravus ne pouvait pas le voir faire ça !
« J'ai envie de te sucer la queue... »
Sérieux ?!
« Tu aimerais ça ? insista Ravus.
— Oui... murmura-t-il, la voix nouée.
— Je... je pensais à tous les trucs que tu fais... et qui me rendent fou...
— Quel genre de trucs ?
— Quand tu te mordilles lèvre quand tu es gêné... cette façon dont tu rougis... Tes yeux qui lancent des éclairs quand tu es en colère...
— Ça aussi, ça t'excite ?!
— Et puis j'ai pensé à la façon dont tu marches, cette façon que tu as d'ignorer ton propre érotisme, même quand quelqu'un le remarque... »
Ben, c'est à dire que... Moi, érotique ?!
« Et après... j'ai pensé au fait que y a plein de gens qui te voient tous les jours. Tu dois leur sourire... et je suis sûr que tu flirtes. Alors si tu étais là à côté de moi, je te plaquerai sur le matelas... Je t'immobiliserai... Je te posséderai et je t'empêcherai de jouir jusqu'à ce que tu me supplies... »
Noctis émit un gémissement involontaire qu'il étouffa aussitôt. Il ne voulait pas que Ravus sache que ce genre de trucs l'excitait !
Noct, tu vas l'épouser. Il risque de finir par s'en apercevoir.
Certes. Mais c'est pas une raison.
« Et puis après, pour me faire pardonner, je te laisserai me faire tout ce que tu veux... Je serai ton esclave...
— Oh merde...
— ...et je te sucerai à genoux, ta queue tout au fond de ma gorge... Et après je te prendrai encore, je te remplirai, je te comblerai, je t'emprisonnerai. Je te laisserai pas sortir de ma chambre avant de t'avoir pris plusieurs fois et tu ne pourras rien faire pour m'en empêcher. »
Noctis se mordit le dos de la main, l'orgasme grimpant à toute vitesse dans ses testicules, qui ne lui avaient jamais parues aussi pleines.
« ...pour que tu saches que tu m'appartiens.
— R-Ravus, je vais jouir... »
Il entendit un soupir qui était peut-être un rire, mais peu importait. Il laissa venir la délivrance, le corps parcouru de tressaillements tandis qu'il se vidait, le téléphone toujours collé à l'oreille. Il laissa échapper un cri étranglé.
« Ah putain ta voix est tellement sexy... » chuchota Ravus dans son oreille.
Quelques instants plus tard, il se calma à son tour, et un silence seulement peuplé par l'écho de leurs souffle remplaça leurs conversations habituelles. Et tout à coup, Noctis se sentit terriblement vide. Il déglutit, puis dit doucement :
« Maintenant, tu me manques encore plus.
— Pareil, mais au moins, je suis moins tendu. Pas toi ?
— Si... Je suppose. »
Il y eut un nouveau silence.
« Noct ?
— Quoi ?
— Tu te rappelles cette fois où tu m'as demandé pourquoi je te sautais dessus à chaque fois que tu m'engueulais ? »
Ce n'était pas vraiment comme ça que Noctis avait formulé la question, mais il comprit de quoi Ravus voulait parler.
« ...Oui ? fit-il d'un ton hésitant.
— C'est parce que je fais toujours en sorte que tout soit sous contrôle, Noct.
— Je ne comprends pas.
— Tais-toi, laisse-moi finir. Je sais que c'est un défaut mais je suis taillé comme ça. Tu ne le fais même pas exprès, mais tu bouleverses tout, à chaque fois.
— Est-ce que c'est un reproche ?
— Tu vas me laisser finir, oui ?!
— Pardon...
— C'est pour ça que j'ai besoin de toi. Sans toi, je serais juste un gros con arrogant. Grâce à toi, je suis un tout petit peu plus que ça. »
Noctis en resta muet. Son cœur s'était remis à cogner, et il avait de nouveau très chaud.
« C'est ça que tu ne comprends pas, Noct. À quel point je t'aime. C'est précisément parce que tu me rends fou que je suis si amoureux de toi. Parce que tu es très différent de moi. Parce que tu as bouleversé ma vie, et tu continues à le faire. À la moindre occasion. Au moment où je m'y attends le moins. »
Noctis déglutit.
« Noct ?
— C'est... pas facile de parler... »
Il entendit Ravus rire. Un rire léger, qui lui fit du bien à l'âme. Enfin, ça, c'était avant qu'il n'ajoute :
« Garde tes larmes pour la nuit de noces.
— Hein ?! Ça veut dire quoi, ça ?!
— Bonne journée, Noct. »
Et l'enfoiré raccrocha.
