On commence à s'approcher de la fin ! Vous restez ?
: Journal des Reviewers :
Gabryell P : Je te promets une altercation monumentale – et surtout unilatérale pour le final – reste dans le coin, alors ! XD Kiss et merci !
Anaë : Oui, c'est toujours les mêmes qui ont de la chance… T.T
Tif : Et elle le sait qu'elle a eu de la chance ! XD
Yokai-chan : Mici beaucoup ! Ne t'en fais pas, Mai en kimono, c'est pour bientôt. Et pour le Naru en kimono… faut voir si vous êtes sages. XD J'espère que tu aimeras l'OS, c'est vrai qu'il est très long mais je n'ai pas voulu faire de découpages pour ça, l'histoire était trop courte. Kiss et merci !
Dreamaw : Déclaration cachée… euh… on parle de Naru, là. XD Je juge ce personnage bien trop fier pour un jour dire à voix haute les fameux mots. Mais on peut caser des personnages sans les déclarer, c'est pas la première fois que je le fais. XD Kiss et merci !
Memelyne : Lol oui, « remontée comme un coucou suisse », j'ai tendance à beaucoup utiliser cette expression dans la vraie vie, mdr. En tout cas, merci beaucoup !
Et si on répondait ENFIN à LA question que vous vous posiez au premier chapitre ?
File 8 : La cible inconnue
Les deux jeunes gens remontèrent vite au QG où Rin les attendait. Ou plutôt, où Rin attendait Naru. Le jeune homme s'en était douté et il avait eu raison, son premier assistant avait vu l'utilisation de son kikô et il ne se priva pas de le réprimander pour son geste. Bien entendu, Naru se referma comme une huître face à ces remontrances et préféra faire la sourde oreille en répétant maintes fois qu'il allait bien et qu'il n'avait pas à être sermonné comme cela.
_ Malgré ton perfectionnement des mois durant, c'est encore à éviter ! insista l'homme en fronçant les sourcils.
_ Rin ! l'arrêta Naru, l'œil noir.
Hélas, Mai avait entendu. Elle cligna des yeux, incertaine d'avoir bien compris. « Perfectionnement » ? « Des mois durant » ? Des mois pouvant s'étaler sur une année par exemple ?
_ Naru… Tu étais parti… pour améliorer la gestion de tes pouvoirs ?
Le jeune homme serra les dents et détourna la tête, irrité par la langue trop pendue de Rin quand il s'énervait. Cette attitude fuyante ne fit que corroborer les hypothèses de l'adolescente qui n'allait pas lâcher son supérieur aussi facilement.
_ C'est ça, hein ? Tu es parti à cause de ce qui s'était passé dans la grotte, il y a un an ? Pour ton kikô ?
Nouveau silence. Pourquoi était-il toujours aussi obstiné ! Pire qu'un gosse !
_ Naru ! insista-t-elle en tirant un peu sur la manche de sa veste.
_ Oui, finit-il par lâcher avec mauvaise grâce en se dégageant. Satisfaite ?
Puis il retourna à son bureau consulter les vidéos enregistrées de cette nuit. Mai ne savait pas comment réagir. Elle était prête à s'énerver, lui dire qu'il aurait au moins pu la prévenir au lieu de partir comme un voleur, mais au fond, voir Naru aussi atteint dans sa fierté et dans son secret l'en dissuada. Elle sentait que cela lui en coûtait de devoir s'expliquer. Quelque part, elle se sentait trahie aussi. Tout ça pour ça, elle aurait pu comprendre s'il avait daigné lui donner des explications.
Rin soupira d'abandon face à l'insoumission de son fier protégé et s'approcha de Mai, comprenant qu'elle était chamboulée par cette nouvelle vérité.
_ Taniyama-san. Comme je vous l'avais expliqué, il y a de cela un an maintenant, Naru possède une puissance sans commune mesure. Vous savez aussi que le kikô reste une technique qui affaiblit le corps de son utilisateur.
_ Oui, je sais.
_ Eh bien, pour le maîtriser, le kikô demande une très grande maîtrise de soi et de ses émotions. Le mental doit se faire d'acier pour ne pas se faire submerger par cette force, expliqua l'homme en regardant de loin le garçon taciturne qui pianotait sur l'ordinateur. Tout cela pour vous dire que si Naru est si… stoïque et qu'il vous parait dénué du moindre sentiment, c'est parce que son pouvoir l'exige de lui. Même s'il ressent les choses, Naru doit les taire aussitôt pour que son pouvoir ne fuie pas.
Mai écarquilla les yeux. Ces mots firent l'effet d'une lumière dans son esprit. Comment avait-elle fait pour ne pas comprendre tout de suite ? Elle aurait pourtant dû faire le rapprochement depuis le jour où Rin lui avait raconté la situation de Naru. Elle avait vu la puissance de ce qu'était une projection de ki. Elle en avait aussi vu les conséquences sur son porteur. Naru vivait avec une bombe dans le corps et s'il se laissait aller à la moindre émotion un peu trop forte, elle pouvait se déclencher. Il devait fermer son cœur à l'extérieur pour ne pas flancher. Et elle qui le provoquait sans cesse, à lui reprocher sa froideur sans avoir cherché à en connaître la raison. La culpabilité n'avait pas bon goût.
_ Tu parles trop, Rin, lança le jeune homme en le regardant avec un air de reproche. Ca suffit.
_ Naru… Je suis vraiment… commença Mai, gênée.
_ Garde tes remords, je n'en veux pas. Cela ne m'atteint pas. En attendant, venez voir cela.
Mai fut peinée de sa réaction aussi tranchée. Mais après tout, elle n'en attendait aucune autre de lui. Naru resterait Naru. Rin et la jeune fille le rejoignirent à son bureau et il leur confirma que le Hatsuki de cette nuit était bien le même qui avait éteint la caméra dans la chambre la nuit précédente. Les relevés indiquaient la même chose.
Tous trois visionnèrent les enregistrements de la nuit. Sur les écrans, ils revirent effectivement la silhouette blanchâtre de Hatsuki dans le couloir de l'étage et se rendre dans sa chambre. Les portes qui s'ouvraient et se fermaient avaient trouvé leur explication.
_ Et voici ce qui a été pris dans le jardin d'hiver, une fois que nous sommes remontés Mai et moi…
La vidéo prise dans le jardin d'hiver – qui avait été re-vitrifié pendant la journée - leur montra une scène vraiment étrange. Le fantôme venait s'installer dans un fauteuil, une tasse de thé à la main et contemplait avec tranquillité le spectacle du jardin nocturne baigné dans la lumière de la lune. Mai et Rin froncèrent des sourcils face à cette bizarrerie. Un revenant qui prenait le thé ?
_ Et nous avons aussi les objets qui se déplacent, termina Naru en appuyant sur pause. Je suis sûr que la tasse est encore là-bas.
_ Qu'est-ce que ça signifie ? interrogea Rin, le regard vissé sur l'écran statique.
_ On dirait… On dirait qu'il vit, remarqua notre amie un peu dans le vague.
Les deux hommes la dévisagèrent, intrigués par ce qu'elle venait de dire. Mai leur expliqua donc que quand on voyait cette vidéo, c'était comme si Hatsuki était encore vivant et qu'il occupait son temps comme il le faisait quand il était encore en vie. Sumika leur avait raconté que son fiancé aimait rester dans le jardin d'hiver pour méditer.
_ Il n'aurait donc pas conscience qu'il est mort ? conclut-elle en se tapotant la joue. C'est impossible, il a regagné le Paradis hier matin. N'est-ce pas… ?
Ses interlocuteurs ne répondirent pas, eux aussi atteints par les doutes. Si l'esprit de Hatsuki Yamagoe avait quitté le monde des vivants la veille, quelle était cette apparition ? A moins que cette apparition-ci ne fût le vrai Hatsuki Yamagoe ? Dans ce cas, quel était l'esprit qui avait pénétré le corps de Sumika pour la sauver du mauvais esprit ? Là était le mystère à élucider.
_ Doit-on juger ce fantôme dangereux ? demanda Rin à Naru. Après l'incident avec Taniyama-san…
_ Non, répondit le garçon sans hésiter. Elle ne doit sa chute qu'à sa propre maladresse.
_ Hé oh !
Naru ignora le courroux de sa voisine et pointa un autre détail qui avait attiré son attention. Ce qui était troublant, c'était que la température n'avait pas vraiment varié dans chacune des pièces que Hatsuki avait traversées.
_ Quoi ? Ce ne serait donc pas un poltergeist ? s'exclama Mai, stupéfaite. Mais comment ! Il apparait et disparait comme ça, aucun humain ne peut faire ça !
_ C'est pour cela que je vais vérifier en premier lieu si tout a bien fonctionné, tempéra Naru en se calant contre le dossier de son fauteuil. En attendant, selon toi, Mai, parmi nos deux candidats, lequel est Hatsuki Yamagoe ?
_ Hu ? Tu me demandes mon avis… ?
_ Tes intuitions se sont souvent révélées justes.
La jeune fille rosit faiblement, flattée qu'il puisse prendre son avis en considération. Après tout, elle était son assistante, non ? Elle avait le droit d'avoir voix au chapitre. Elle ne savait pas vraiment si Naru allait prendre sa remarque en compte mais pour une fois qu'il se tournait vers elle…
_ Je pense que l'esprit que j'ai vu en rêve et qui nous a protégées, Sumika-san et moi, était bien Hatsuki Yamagoe. J'en suis même sûre.
Le jeune homme hocha la tête en signe en prise en compte de son opinion avant de déclarer que ce serait tout pour cette nuit. Il était très tard – ou plutôt tôt dans la matinée – et ils n'apprendraient rien de plus pour le moment. Il congédia Mai qui ne se le fit pas dire deux fois tant elle tombait de sommeil. Elle souhaita bonne nuit à Naru et Rin et s'en retourna dans sa chambre pour s'écrouler de tout son long sur son lit, terrassée par la fatigue.
Plic.
Elle ouvrit les paupières. Autour d'elle, le silence. Il n'y avait rien d'autre qu'une longue étendue lisse d'un bleu pâle luminescent qui se perdait dans le noir. Personne près d'elle. Elle était seule. Où était-elle ? Dans quels nouveaux méandres de ses songes s'était-elle perdue ?
Plic.
Encore ce bruit d'eau. Une goutte tombait dans une flaque. Elle baissa les yeux au niveau de ses pieds. La surface pâle sur laquelle elle se tenait se froissa d'une onde circulaire. Une nouvelle goutte tomba. Elle ne la vit pas. Seuls les plis que son impact traçait sur le sol l'indiquaient. Qu'était-ce ?
_ Des larmes.
Mai sursauta violemment, surprise d'entendre cette voix qu'elle ne pensait plus jamais entendre. Un beau et énigmatique jeune homme vêtu de sombre se tenait près d'elle. Il la dévisageait d'un air paisible. Cette sérénité qu'elle n'avait plus revue depuis plus d'un an. Un sourire soulagé et heureux se dessina sur ses lèvres malgré elle.
_ Pourquoi n'es-tu pas revenu plus tôt ? lui demanda-t-elle avec douceur.
_ Tu ne le voulais pas. Tu me fermais ton esprit. Jusqu'à maintenant.
Il lui sourit. Une vive émotion remonta des abysses de sa mémoire et lui fit doubler un battement de cœur. Ce sourire si doux et si apaisant. Elle n'était plus sûre de l'avoir déjà vu jusqu'à ce qui lui en fît un. Elle avait tant de choses à lui dire, à ce Naru si différent du réel. Hélas, la jeune fille n'eut pas l'occasion de lui parler car Naru regardait quelque chose derrière elle.
Elle pivota sur ses talons. Une pierre tombale de marbre noir avait émergé de la surface pâle. Une personne était agenouillée devant elle. C'était une femme. Mai ne put la reconnaître à son visage car celui-ci était complètement noir sans yeux et sans traits. Ce n'était qu'une ombre qui flottait dans ses vêtements. Toutefois, elle reconnut à la coupe de cheveux châtain au carré qu'il s'agissait de Sumika Atsufumi. La jeune femme pleurait. Une fine traînée blanche et brillante se traça le long de sa joue noire. Elle enfouit son visage dans ses mains. Elle appelait, elle criait sa douleur. Enfin… C'est ce que Mai supposait car elle n'entendait rien de ce qui s'échappait de sa bouche.
Elle remarqua une autre ombre sans visage postée derrière Sumika qu'elle n'avait pas vue tout de suite. C'était un homme qui demeurait debout sans bouger, droit et la tête légèrement basse. Mai connaissait aussi cette silhouette.
_ Hatsuki… san… ?
Il ne bougeait pas et se taisait face à la douleur de Sumika agenouillée à ses pieds. Une traînée brillante descendit de ses yeux invisibles jusqu'à son cou. Il pleurait ? Pleurait-il d'avoir laissée sa bien aimée ? Mais pourquoi Mai voyait-elle cette scène qu'elle aurait pourtant pu voir lors de son premier rêve ? Elle ne comprenait pas. Mais le désespoir de Hatsuki l'atteignait en plein cœur.
_ Tout va bien maintenant, Hatsuki-san… lui dit-elle avec douceur en s'approchant de lui. Votre fiancée est en paix. Vous aussi vous devriez l'êt…
Elle s'arrêta net en étouffant une exclamation de surprise lorsque l'ombre se plia subitement en deux comme si elle était prise de violente convulsion. Mai recula, peu rassurée.
_ Naru, que…
Quand elle se retourna, le jeune homme avait déjà disparu. Elle était à présent seule avec la silhouette de Hatsuki qui paraissait souffrir le martyre. Elle criait des hurlements muets. Hatsuki allait mal.
_ Hatsuki-san ! Que vous arrive-t-il ? Ah ?! Hatsuki-san ! paniqua-t-elle.
Il venait de s'effondrer sans connaissance et gisant sur le dos comme mort. Mai accourut à ses côtés sans savoir exactement ce qu'elle devait faire. Après tout, elle restait dans un rêve et tout ce qu'elle voyait et vivait n'était pas réel. C'était plus fort qu'elle.
Tout à coup, elle se pétrifia, le souffle et le cœur en suspens. Une main venait d'émerger de la poitrine du jeune homme.
_ Qu… Qu-Qu'est-ce… Hiiiiii !!
Elle recula de plusieurs pas en crabe à toute vitesse à la sortie d'une seconde main. Puis un haut de corps sortit en se redressant sur son séant. Il y avait à présent deux bustes de Hatsuki pour un seul bassin. La main devant la bouche, l'adolescente assista avec un certain malaise à la naissance d'une seconde ombre qui sortait de la première probablement morte. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qu'était-il arrivé à Hatsuki-san ? Et qu'était ce…
_ Mai !
_ Ah ?
La jeune fille se redressa à l'équerre si violemment qu'elle manqua de donner un coup de tête monumental à Ayako qui s'était penchée sur son lit. Heureusement que la miko avait eu le réflexe de s'écarter à temps. Surprise par le réveil brutal de sa jeune collègue, la femme essaya de calmer ses palpitations cardiaques en expirant un bon coup tandis que notre amie essayait elle de retrouver ses esprits. Elle regarda partout autour d'elle, l'air encore un peu hagard, le temps de réaliser qu'elle était dans sa chambre. Elle grimaça, les bras devant son visage. Les rideaux étaient tirés en grand et une lumière aveuglante s'était jetée sur ses yeux larmoyants de sommeil.
_ Huuu… Quelle heure il est… gémit-elle en retombant dans son matelas moelleux.
_ Tard, réprimanda Ayako qui fit la moue. Le petit-déjeuner est passé depuis un moment maintenant, on s'inquiétait pour toi. Tu étais encore en train de délirer dans ton sommeil. Tu as fait un nouveau rêve médiumnique ?
_ Euh… Non… Non, ce n'est rien. Un cauchemar… C'est tout.
L'étrange vision qu'elle gardait de son rêve ne lui donnait pas envie d'en faire part à qui que ce soit. Elle n'était d'ailleurs même pas certaine que ce rêve eût quelque chose de divinatoire. C'était surtout son subconscient qui était perturbé par l'entrée en scène d'un second Hatsuki dans le manoir qui travaillait durant son sommeil et lui montrait des choses bizarres. Cela dit, ce rêve ne l'avait pas mise à l'aise du tout, au contraire.
_ J'ai raté quelque chose d'important ? bailla Mai en s'étirant.
_ Non. Naru nous a fait part qu'un second fantôme de Hatsuki Yamagoe se balade dans les couloirs pour prendre un thé nocturne. D'ailleurs, il doit être encore en train d'en parler à la famille pour les dissuader de chercher à entrer en contact avec cet esprit, vu qu'apparemment, il s'agirait d'un imposteur.
Notre amie s'étonna d'entendre cela. « Un imposteur » ? Naru avait donc pris en considération son avis quand elle pensait que le premier esprit était bel et bien Hatsuki ? Bien qu'il semblait lui avoir fait confiance, Mai avait du mal à réaliser. Cela ne l'empêcha cependant pas de sourire un peu béatement malgré elle. Ce qu'elle commençait à penser, Ayako le dit à haute voix :
_Ca serait reparti avec ton impérieux boss ? s'amusa la jeune femme avec un sourire en coin gouailleur. Hier, tu l'as pourtant sacrément jeté. Il s'est passé quelque chose ?
Pouf ! Une chance que la jeune fille fut derrière son paravent pour s'habiller auquel cas la miko aurait pu voir la ravissante couleur cinabre qu'avait pris son teint de porcelaine. Malgré tout, la vapeur qui fuyait des oreilles de Mai pouvait servir d'indice plutôt flagrant. Parce qu'il était hors de question d'avoir Ayako et ses sarcasmes sur le dos, l'adolescente déforma un peu les faits : Naru et elle avaient eu une discussion franche et les choses étaient plus ou moins revenues à la normale. Hélas, la prêtresse jugea que cela ne répondait pas à la question et voulut savoir si Mai avait encore des sentiments pour le jeune brun taciturne de l'équipée.
On toqua et la porte s'ouvrit.
_ Hello ! clama la voix joyeuse de Bô-san. Alors, la marmotte dort encore ?
_ Merci, Bô-san, sauvée par le gong ! pensa Mai avec un intense soulagement. Non, je suis réveillée ! répondit-elle en quittant le derrière de son paravent. Du nouveau ?
L'homme secoua la tête. Rien de plus que Naru ne leur avait déjà appris ce matin. Cette histoire de second fantôme ne tenait pas debout ou alors, il y avait un esprit polymorphe dans ces murs. D'après la famille Yamagoe, les objets déplacés et les portes qui s'ouvraient et se fermaient ne se manifestaient que la nuit. Si l'on rapprochait cette information avec Hatsuki qui errait dans le manoir et prenait le thé la nuit dernière, ils pouvaient donc en conclure que cet esprit ne sortait que la nuit. Selon Naru, ils n'avaient que très peu de chances de le voir en plein jour. A ce propos, il avait vérifié les relevés afin de s'assurer de leur véracité et comme il l'avait pensé, tout avait fonctionné normalement.
Mai fronça les sourcils.
_ Pas de baisse notable de température ? Ce n'est pas un poltergeist ?
_ On dirait, soupira le moine avec dépit. Pour l'instant, il semblerait qu'il ne veuille de mal à personne, mais on ne sait jamais. Dans tous les cas, qui qu'il soit, Naru a bien fait comprendre qu'il comptait s'en débarrasser. Même si on ignore encore comment.
Oui, elle se demandait aussi comment ils feraient alors qu'ils n'avaient aucune idée de l'identité du mystérieux esprit. Bô-san conseilla à sa protégée de ne pas se faire trop de soucis ; ils finiraient bien par réussir comme ils l'avaient toujours fait. Notre amie opina du chef avec énergie. Ils avaient déjà affronté pire, elle ne s'inquiétait pas.
_ En attendant, je vais essayer de me faire offrir de quoi grignoter car je meurs de faim, se plaignit-elle en riant. A plus tard !
Sur ce, elle quitta la chambre, non sans repenser à son étrange rêve. Que pouvait-il bien signifier ? Sans parler du retour de Naru dans ses songes. La jeune fille rosit avec un sourire gentiment gamin. Elle était bien contente d'avoir revu le gentil Naru qui l'épaulait et la soutenait quand elle était dans le brouillard.
Elle plaqua ses mains sur ses joues. Ah, que c'était embarrassant de fantasmer avec autant de persistance sur un glaçon comme son chef !
Mai s'arrêta, l'oreille tendue. Encore des voix. Elle tourna la tête vers la porte entrebâillée près de laquelle elle se tenait. La chambre de Hisuaki. La curieuse jeta un coup d'œil dans le couloir vide pour s'assurer qu'elle était seule et s'approcha à pas de loup.
Les volets de la chambre avaient été tirés malgré la matinée déjà bien avancée. La pièce était une nouvelle fois plongée dans la pénombre où seule la lumière criarde et agressive de l'écran de télévision luisait. C'était un nouveau film concernant les jumeaux Yamagoe. Ceux-ci étaient des adolescents de dix-sept ou dix-huit ans, ivres de bonheur et de joie. L'un des frères tomba dans les bras de l'autre et tous deux entamèrent une danse allègre sous fond de musique.
_ Tu te rends compte, Hatsuki ?
_ Et comment, frangin ! Je n'irai pas tout seul à Tôdai !
_ Comme si j'allais te laisser, tu rêves ! Ah ah ah ! Eh oui, regardez ça !
Hilare, le cadet brandit fièrement une lettre devant la caméra en s'amusant à dire qu'ils allaient l'encadrer au-dessus de la cheminé en attendant leur diplôme. Il devait probablement s'agir de leur lettre d'acceptation dans la plus prestigieuse université du pays. Sumika était aussi présente et venait féliciter son petit-ami en lui apportant une coupe de champagne. Ce devait être l'une des dernières vidéos qui réunissait les deux frères ensemble. Toute cette exultation qui émanait de ces images fit mal à la spectatrice discrète et encore plus lorsqu'elle aperçut la silhouette de Hisuaki, assis par terre au pied de la télévision, les jambes rabattues contre lui et la tête reposant sur ses genoux. Il s'était assoupi. En dépit du caractère apparemment paisible de son sommeil, des traînées translucides brillaient sur ses joues sous le reflet blanchâtre de l'écran.
_ Il ne va pas si bien que cela au final… se dit Mai avec peine. Est-ce qu'il se repasse ce genre de vidéo depuis la mort de… ? Ha !!
Elle recula d'un bond de la porte, prise de court par la subite apparition de Hisuaki dans l'entrebâillement de la porte. La seule moitié visible de son visage était encore plus pâle que la mort et la lumière moribonde de la télévision n'arrangeait les choses en rien. Le jeune homme la dévisageait froidement, les yeux plissés d'un air offensé. Ce devait être pire que de l'offense, c'était plutôt une colère silencieuse mais perçante.
_ Euh… Excusez-moi, Hisuaki-san… s'excusa-t-elle l'air mal à l'aise. J'ai été…
_ Va-t-en. Ne te mêle plus de cela. Laisse-nous tranquille, murmura-t-il d'une voix de gel.
Un frisson inexpliqué fit picoter la peau de Mai de chaire de poule. Ce regard que Hisuaki dardait sur elle l'assaillait d'un poids froid et paralysant. Ce visage obscur ne lui seyait pas du tout. Il lui faisait même un peu peur.
_ Pardonnez-moi, je ne recommencerai pas, promit-elle en s'inclinant.
Elle sentit encore pendant de longues secondes les yeux pénétrants du jeune homme fixés sur sa nuque puis la porte de la chambre se referma sans un bruit. Mai se redressa et s'éloigna vite en frictionnant ses bras nus encore frissonnants. Que se passait-il avec Hisuaki ?
Moi, je le sais, euh ! XD
Prochain chap : les choses dérapent !
