Harry Potter - Le Maître de la Mort

Chapitre 8 : Procès - Une audience mouvementée

(Réédition du 06/09/2010)

Bonjour à tous !

Le voilà enfin ce fameux procès que vous attendiez tous depuis des lustres. Du moins, sa première partie… car il est très long… trop long pour tenir dans un seul chapitre en tout cas. Je pense qu'il devrait vous tenir en haleine et vous donner l'envie de vous jeter sur le suivant sans attendre… enfin, je l'espère, hein !

Droits : Les personnages principaux et la plus part des lieux de ma fiction appartiennent, bien sûr, à J.K. Rowling. Je la remercie de m'avoir emporté dans son monde merveilleux durant toutes ces années de la saga Harry Potter (HP)… mais puisqu'elle a décidé de jeter l'éponge, voici comment j'imagine la suite de son œuvre.

Avertissement : Cette fiction est un spoiler. Si vous n'avez pas lu les 7 tomes de HP et que vous comptez le faire, ne lisez pas cette histoire, elle commence juste à la fin du tome 7, après la bataille du chapitre 36. L'épilogue est ignoré. C'est aussi un slash HP/DM - DM/HP à venir. En clair, je parle d'une relation homosexuelle ! Ceux qui n'apprécient pas, vous voilà prévenus. Certains lecteurs peuvent aimer une histoire tout en préférant ne pas y lire certaines scènes. Pour eux, j'indique au début de chaque chapitre une cotation particulière qui s'y applique. Le début d'une scène « chaude » sera signalé par un avertissement du type « Attention - Lemon / Slash - Attention ». De même, la fin de la scène en question sera signalée par une mention du type « Fin - Lemon / Slash - Fin ». Il suffira donc de se reporter d'une mention à la suivante pour éviter la séquence « chaude »...

Cotation : T (déconseillé aux moins de 13 ans) pour ce chapitre, bien que l'ensemble sera certainement classé M (déconseillé aux moins de 16 ans) au final.

Note de l'auteur : il y a 2 intrigues principales dans cette fiction. D'une part, la prise de conscience d'Harry, son acceptation progressive de qui il est et de ce qu'il est appelé à devenir. D'autre part l'évolution des positions et sentiments d'Harry et Drago l'un par rapport à l'autre. En partant de l'histoire originale et des personnages originaux, je décris cette évolution en restant le plus plausible possible. Je place les personnages dans des situations qui les font évoluer émotionnellement mais logiquement…

Introduction au huitième chapitre : Il a fini par craquer. Pour échapper à l'enfer d'Azkaban, Drago s'est résolu à l'impossible. Il a accepté que Me Sturgess, son avocat, fasse citer Harry lors de son procès… Mais le Survivant peut-il quelque chose pour lui ? En aura-t-il envie ? Car il l'a précisé : en aucun cas on ne lui fera dire autre chose que ce qu'il veut dire, un témoignage de complaisance est totalement exclu. Pourtant au fur et à mesure que l'audience avance, le témoignage du Survivant revêt un caractère de plus en plus impératif. Rien ne se passe comme prévu, tout va bel et bien reposer sur Harry… qui va avoir à faire face à une vieille connaissance. Connaissance avec laquelle il a quelques comptes à régler. Cela sera-t-il suffisant pour sauver Drago ?

Bonne lecture !

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Harry Potter - Le Maître de la Mort

Chapitre 8 : Procès - Une audience mouvementée

(Réédition du 06/09/2010)

C'était le deuxième jour du procès de Drago Malefoy. Celui-ci ainsi que Me Oliver Sturgess, son avocat, étaient à leurs places, au milieu de la salle du tribunal… au centre de l'arène plutôt. En effet, l'audience n'avait pas lieu dans les locaux habituels, prévus à cet effet, situés dans les sous-sols du bâtiment. Elle se tenait dans la plus grande salle du ministère, généralement utilisée pour les plus importantes manifestations et cérémonies d'apparat.

L'héritier des Malefoy avait le redoutable privilège d'être jugé en présence du Magenmagot au grand complet. Et en effet, tous ses membres, à l'exception de ceux désignés pour représenter la Grande Cour de Justice Magique de Grande Bretagne pendant l'audience, étaient arrivés et répartis à égalité, dans deux tribunes amorçant un cercle, à gauche et à droite de l'estrade centrale où siégeait la Cour.

La Cour était présente et en place, elle aussi. Mme Griselda Marchebank, récemment désignée Présidente-Sorcière du Magenmagot par ses pairs, dirigeait la session en personne. Elle était solidement secondée dans sa tâche par M Arthur Weasley, nouveau Ministre de la Magie et M Kingsley Shacklebolt, Directeur du Bureau des Aurors et ex-Ministre de la Magie par intérim. Ces deux derniers, de par leurs fonctions, étaient membres de droit du Magenmagot. En outre, ils présidaient eux-mêmes, les deux autres cours, nommées pour aider à dégager les couloirs d'attente de la Justice Magique. Car effectivement, celle-ci avait fort à faire en ce moment. Deux Juges-Assesseurs complétaient ce tribunal d'exception. Un sorcier insignifiant, membre du Magenmagot, dont Drago avait oublié le nom. Et puis… Mme Dolores Ombrage, qui avait elle-même présidé la Commission des Nés Moldus sous la précédente administration. Autant dire que Malefoy junior allait être jugé par ce qui se faisait de mieux dans le domaine, la crème des crèmes, aussi bien sur le plan de la notoriété que sur celui des responsabilités.

En plus de tout cela, Drago avait eu l'immense et désagréable honneur de découvrir que son audience allait être publique. Le nombre des demandes pour assister à cette session avait été considérable. Il avait fallu refuser du monde. Dans le prolongement des tribunes du Magenmagot d'autres tribunes avaient été installées pour fermer le cercle traditionnel de la Justice Magique. Il n'y avait pas une place de libre parmi les neuf cent dédiées au public. Dans l'immense salle, il ne restait plus qu'une allée, derrière lui, interrompant le cercle des tribunes et menant à l'entrée. Côté intérieur, deux gardes-sorciers en surveillaient les abords. Par les portes, encore ouvertes, on apercevait quatre autres gardes qui surveillaient le côté extérieur de l'entrée.

Mais tout ce beau monde n'était pas venu pour Drago Malefoy. Non, qu'ils soient juges, officiels ou particuliers, ils étaient tous là parce que M Harry Potter était cité à comparaître. Détail plus que troublant, il était cité par la défense. Stratégie très osée de la part de celle-ci, car il était notoire que le Survivant et l'accusé n'étaient pas dans les meilleurs termes.

C'était vraiment très exceptionnel car Harry Potter n'avait été appelé à témoigner dans aucun autre procès jusque là et ne témoignerait probablement dans aucun autre après celui-là. Alors, outre la légitime curiosité quand au résultat de la tactique adoptée par la défense, tout le monde voulait savoir ce que l'Elu avait à dire. Tout le monde voulait l'entendre de ses propres oreilles plutôt que de le lire dans les journaux. Les citoyens du Monde Magique étaient dans l'attente d'une annonce imminente, d'un évènement extraordinaire, d'un évènement tel qu'il ne s'en produisait qu'un seul, au cours d'une ère !

Sturgess lui avait raconté tout cela quelques jours plus tôt. Et Drago avait fulminé en l'apprenant. Il ne serait même pas la vedette de son propre procès. Même là, Potter allait lui damer le pion… Mais pour autant, il n'avait pas remis en cause la manœuvre de son avocat.

C'était donc le deuxième jour de son procès. Drago constata qu'il était 8h51 à la grande horloge. Tout le monde était là… sauf lui ! Cet insupportable Potter, qui arrivait toujours en retard, allait-il avoir l'outrecuidance de faire attendre la Grande Cour de Justice du Monde Magique ? Il n'était pas en retard… pas encore. Sa Sainteté Potter, elle-même, la grande, l'unique, n'était citée à comparaître que pour 9h00. Depuis la veille, tous les autres témoins étaient arrivés bien en avance. Ils avaient attendu bien sagement, dans un couloir servant de vestibule du tribunal, qu'on veuille bien les appeler. Saint Potter, lui, était cité au début du deuxième jour du procès. Il n'attendrait pas, dès qu'il arriverait le procès reprendrait, il n'y aurait qu'une seule audition de sa personne et dès qu'elle serait terminée, il s'en irait et il n'y aurait aucune possibilité de le réentendre. La Justice Magique était aux pieds de Potter. Le Monde de la Magie était devenu complètement fou pendant que lui s'efforçait de résister à la folie à Azkaban !

La première journée ne s'était pas déroulée au mieux. A bien y réfléchir, cela n'aurait pas pu être pire. Dans un premier temps, Drago avait été particulièrement ravi de voir Dolores Ombrage parmi les membres de la Cour. En effet, lors de son passage à Poudlard, Ombrage avait créé la fameuse Brigade Inquisitoriale. Drago avait été l'un des Chefs de cette petite Organisation. Avec Ombrage, ils avaient travaillé en étroite relation, formé une équipe. Ainsi, maintenant qu'il était dans le besoin et qu'elle avait l'opportunité de faire quelque chose pour lui, il comptait sur elle pour arrondir les angles.

Mais Oliver Sturgess s'était montré très réticent. Il avait vu là une intrusion imprévisible et dangereuse. Il la connaissait fort bien. Dolores Ombrage n'agissait, généralement, que dans ses propres intérêts. Dès le début, il voulait la faire récuser. Ce à quoi Drago s'était opposé formellement.

Erreur funeste ! Il aurait du faire confiance à son avocat. Ne lui avait-il pas prouvé jusque là sa valeur ? Ainsi, tout au long de la première journée, Dolores Ombrage l'avait broyé inexorablement. Elle avait profité des prérogatives accordées aux membres de la Cour, leur laissant toute latitude pour aider à la manifestation de la vérité. Indéniablement, elle en avait même plus qu'abusé. Chaque fois que l'accusation et la défense avaient terminé d'interroger un témoin, elle avait pris la parole pour l'interroger, elle-même, à son tour. Elle s'était livrée à des contre-interrogatoires en règle. Ses questions étaient insidieuses, viles et orientées. Elle les posait d'une façon qui n'attendait que des réponses défavorables à Drago. Elle suggérait même les réponses attendues. Et le problème était que la défense ne pouvait reprendre la parole derrière elle pour tenter de limiter les dégâts.

Après le passage des deux premiers témoins, en constatant la tournure que prenaient les évènements, Drago avait demandé à Sturgess de récuser Ombrage. Mais malheureusement, cela n'était plus possible. On ne pouvait récuser un membre de la Cour qu'avant le commencement des débats… la roue avait tourné, la chance était passée, Drago avait joué et perdu !

De ce fait, la première journée avait été un véritable carnage. En scrutant les tribunes, Drago avait mesuré les dégâts que Dolores lui causait à chacune de ses interventions. Bizarrement, les seuls qui lui avaient montré un peu de compassion étaient Granger et les Weasley, frères et sœur.

Depuis le début, ils étaient là, au premier rang de la tribune de droite, immédiatement dans le prolongement du Magenmagot. Drago s'était d'abord dit qu'ils étaient venus pour assister à l'hallali. Mais ce n'était pas le cas. Malefoy junior les voyait très bien. Il n'avait même pas à se tourner pour les observer. La veille, quand il avait rencontré le regard de Granger, il n'y avait lu ni l'aversion à laquelle il s'était attendu, ni le plaisir qu'elle aurait dû manifester à le voir dans une situation délicate. La belette elle-même avait affiché, plus qu'à son tour, ses fameuses moues niaises dont elle avait le secret. Ses moues avaient peut-être été débiles mais elles n'avaient pas été triomphales. Ginny Weasley, la petite amie de Potter, l'avait regardé avec une expression indéfinissable. Il semblait y avoir de la tristesse et de l'impuissance mais, visiblement, pas de méchanceté. Georges Weasley avait paru ailleurs. Sa mère s'était souciée plus de lui que du sort de l'accusé. Et quand, très rarement, Drago avait croisé son regard, elle avait affiché une mine réellement navrée. Non, ils n'étaient pas venus pour la curée.

Parmi eux, il y avait un gobelin… un gobelin ! Il s'était entretenu régulièrement avec les amis de Potter. Et il y en avait d'autres dans le public. On avait refusé du monde mais des gobelins avaient obtenu des blancs-seings pour entrer… au procès d'un membre de la haute aristocratie ! Décidément, le Monde Magique filait un bien mauvais coton !

Même s'il avait puisé un peu de force dans l'attitude clémente de ses ennemis, dans un demi-sourire qu'ils affichaient, dans un regard qui avait tous les airs d'un petit encouragement, Drago avait été particulièrement abattu en fin de première journée. Il se revoyait à Azkaban pour de longs mois, peut-être des années. Comme il en avait fait la remarque à son défenseur, celui-ci lui avait demandé de ne pas dramatiser.

Sturgess lui avait affirmé qu'il avait bâti sa défense essentiellement sur le témoignage de Potter. Qu'au cours de la journée il avait observé, dès qu'il le pouvait, le clan du Survivant et qu'il n'y avait pas vu d'hostilité. Pour lui, c'était de bon augure, rien n'était perdu. Harry Potter pouvait, à lui seul, contrebalancer tout ce qui avait été dit jusque là. Il espérait même que Dolores Ombrage, satisfaite de ses petits succès de la journée, garderait la même attitude en face du Survivant. Quand celui-ci s'apercevrait de l'entreprise systématique de manipulation des réponses, qu'il constaterait les tentatives évidentes de Dolores pour charger au maximum Drago dans le but, non moins évident, de prouver sa pseudo intégrité, tel un aigle, il fondrait sur elle et la déchiquèterait. Harry Potter avait la fibre des Héros, des vrais, des grands, des justes. Il ne supporterait pas que l'on en rajoute, il ne supporterait pas que l'on frappe bassement et impunément un adversaire blessé, un adversaire déjà à terre.

Et c'est avec cet espoir secret, qu'il ne révèlerait jamais à quiconque, que Drago attendait la reprise du procès. 8h59… il allait être en retard ! Comme d'habitude. On ne se refaisait pas.

Dans l'instant même où il se faisait cette réflexion, il y eut un brouhaha dans le hall. Tous les regards s'orientèrent immédiatement vers l'origine du remue-ménage. Potter venait de transplaner, sans le moindre bruit et sans le fameux flash blanc qu'il avait produit, à Poudlard, la dernière fois qu'il l'avait vu faire. Il se tenait juste devant l'entrée, à l'extérieur de la salle. Il était exactement à l'heure… la politesse des Survivants ? Le bâton de la mort était dans sa main droite, ce qui ne semblait pas du goût des gardes. Ceux-ci s'étaient agglutinés autour de lui sans oser, toutefois, tenter de le désarmer.

« Que se passe-t-il ? Quel est donc ce tintamarre ? » demanda autoritairement, Griselda Marchebank.

L'un des gardes s'approcha pour venir l'informer de l'arrivée de M Harry Potter et lui signaler que celui-ci refusait de leur remettre son arme.

« Il est absolument hors de question de demander à M Potter de remettre sa baguette à qui que ce soit ! » protesta vigoureusement Shacklebolt.

« Absolument, » confirma énergiquement Arthur Weasley, « la baguette de M Potter ne peut être confiée à nul autre que lui-même ! »

« Faites entrer M Harry Potter, » ordonna Marchebank, « et qu'on lui laisse sa baguette ! »

Drago se tourna une nouvelle fois, un bref instant, pour voir Harry s'avancer. Il en fut époustouflé. Sa tenue était irréprochable. Lui-même ne l'aurait pas reniée. Il était vêtu d'une somptueuse robe de sorcier noire, non fermée. En mouvement, des reflets argentés égayaient fort joliment et sobrement le sombre tissu de très grande qualité. La robe était agrémentée de liserés argentés aux revers des manches, du col et de la boutonnière. Une veste gris moyen, un pantalon noir, eux aussi coupés dans les meilleurs tissus, une chemise de soie blanche et des bottines de cuir noir, complétaient la tenue du Survivant.

En fin connaisseur, Drago apprécia le changement de style du témoin de la défense. L'ensemble était très classe, très élégant. Il n'avait pas été conçu pour attirer l'attention. Il était là pour mettre en valeur la prestance de celui qui le portait. Et là aussi il y avait du changement.

Les cheveux de Potter étaient enfin disciplinés ou du moins savamment arrangés dans une coiffure frisottante, partant un peu dans tous les sens, mais encadrant fort bien le visage. De plus, Potter avait enfin renoncé à ses redoutables lunettes de foire. A la place, une fort jolie monture argentée, très discrète, on ne la voyait presque pas, soutenait des verres, toujours ronds, mais quasi invisibles. Merlin, Potter avait de grands yeux de jade à tomber par terre, Drago n'y avait jamais fait attention avant.

Mais tout cela n'était rien, il ne suffisait pas d'être bien habillé. Il fallait savoir porter tout cela avec distinction. Si Drago avait conscience d'avoir toujours été considéré comme un prince dans ce domaine, en voyant approcher Harry, il se disait que c'était un roi. Il était droit, mais pas raide. Sa démarche était souple et assurée, ni trop rapide, ni trop lente. Il donnait l'impression d'avancer sur un nuage, sans la moindre résistance. La nombreuse assistance, silencieuse, dont tous les regards convergeaient sur lui, n'avait pas l'air de le déranger le moins du monde… qu'est ce qu'on avait donc fait à Potter ? En quelques semaines, il avait acquis ce que Drago avait mis des années à apprendre.

Drago regardait de nouveau droit devant lui. Il essayait d'afficher une contenance qu'il n'avait pas eue depuis bien longtemps. Il fallait qu'il soit à la hauteur de ce Potter là. Et cela ne serait pas chose facile. D'autant plus que tous ses espoirs reposaient sur lui désormais, sur son ennemi de toujours.

A la surprise de Drago et à la surprise générale, Potter dépassa le fauteuil des témoins pour venir faire face à la Présidente-Sorcière. Il la salua, déposa la baguette aînée devant elle, bien en vue sur le bureau et lui dit tout simplement :

« Je vous confie ma baguette, Madame la Présidente ! »

« Fort bien M Potter, » répondit Griselda Marchebank en souriant, « la Cour veillera sur elle ! »

Le Survivant pivota sur sa gauche pour échanger des salutations avec Arthur Weasley, se tenant à la droite de la Présidente et Dolores Ombrage, placée à droite du Ministre de la Magie. Puis il se tourna sur sa droite pour saluer de même Kingsley Shacklebolt, siégeant à gauche de Griselda Marchebank et le deuxième Juge-Assesseur, assis à gauche du Directeur du Bureau des Aurors.

Ensuite Potter vint s'asseoir à sa place, au milieu de l'arène. Drago croisa son regard. Il fut étonné d'y voir successivement de l'étonnement, de la douleur, de la colère. Potter n'était pas allé à si bonne école que lui ou pas assez longtemps, on lisait sur son visage comme dans un livre. Mais quelles étaient les raisons de ses sentiments ? Etait-il toujours aussi remonté envers lui, contrairement à ce que Sturgess l'avait amené à penser ? Drago avait-il fait toutes ces concessions pour se voir finalement terrasser et humilier, en public, par son rival ?

L'interrogatoire avait commencé. Le représentant de l'Accusation faisait bien son travail, mais Potter lui répondait calmement, lentement, en pesant bien chacun de ses mots. On devinait son besoin de faire un témoignage aussi sobre que possible. Il ne voulait pas se laisser emporter par son animosité personnelle envers l'accusé. Il se contrôlait pour être objectif, pour être juste. Drago en fut soulagé et dû reconnaître que de ce fait, les choses s'arrangeaient quelque peu, pour lui.

Le contre-interrogatoire d'Oliver Sturgess fut un modèle du genre. Un peu moins sur la défensive, Harry répondit volontiers aux questions de l'avocat. Il n'eut aucune réticence à donner les faits venant en faveur de l'accusé… toujours Saint, le Potter !

En reprenant sa place à côté de son client, Sturgess lui avait déclaré qu'il était satisfait. Cela s'était passé au mieux pour Drago. Dans les moments favorables, Potter avait été fair-play, même s'il n'en avait pas rajouté. Dans les moments délicats, il ne l'avait pas enfoncé, il avait eu la magnanimité d'un roi. Finalement, il était roi dans bien des domaines celui-là !

Et puis… et puis ce fut le tour de Dolores Ombrage. Potter commença à lui répondre calmement. Mais dès la première série de questions, qui, en fait, reprenait toujours la même interrogation avec une formulation différente, le rouge lui monta aux joues. Sa voix devint frémissante et saccadée. Il était en colère, mais il tenait bon. Ombrage n'arrivait pas à lui faire dire ce qu'elle voulait et elle enrageait derrière son faciès hypocritement affable. Pour la sixième fois, elle tenta de résoudre son dilemme en revoyant son énonciation.

« Sauf votre respect, Mme Ombrage, j'ai déjà répondu cinq fois à cette question ! » signala Harry. « La vérité est la vérité. Quelle que soit la façon de présenter votre question, elle appellera toujours la même réponse. Celle que je vous ai déjà donnée, en essayant de la rendre la plus claire possible à quatre reprises. Je ne peux pas faire mieux. Il est possible que ma réponse ne vous convienne pas, mais c'est la seule que j'ai à vous offrir ! Puis je en outre préciser que la façon que vous avez de mener cet interrogatoire, me semble tendancieuse… »

« Vous frisez l'outrage à magistrat dans l'exercice de ses fonctions, M Potter ! » le coupa onctueusement Ombrage. « Il ne vous appartient ni de juger de la façon dont je pose mes questions, ni du nombre de fois que j'estime devoir les poser si les réponses ne me semblent pas suffisamment explicites ! »

« En l'occurrence, Dolores, » intervint Griselda Marchebank, « M Potter a raison. Vous avez posé cette question sous tous les angles. La réponse donnée me semble, à moi, tout à fait claire ! Veuillez donc passer à la suivante… s'il advenait que vous en ayez d'autres ! »

Sturgess se pencha vers Drago afin qu'il soit le seul à entendre ce qu'il disait :

« Harry Potter vient d'exprimer, haut et fort, qu'il n'entendait pas se laisser manipuler. En déclarant que sa façon de poser les questions était tendancieuse, il vient de remettre en cause tous les interrogatoires de Dolores. La Cour penche du côté du Survivant. C'est très bon pour nous cela ! Si Ombrage persiste, nous allons droit au clash ! J'ai l'impression que Dolores est la seule à ne pas comprendre à qui elle a à faire. Elle est sur le point de commettre une grosse bêtise… »

Effectivement Ombrage entama une nouvelle série de questions ou du moins, essaya. A la deuxième reformulation, Potter explosa. Il ignora complètement l'interrogatrice et s'adressa à Griselda Marchebank :

« Est-ce un gag, Mme la Présidente-Sorcière ? Si c'est le cas, je le trouve fort déplacé en ce lieu. Si ça n'est pas le cas, c'est pitoyable ! Mme Dolores Ombrage est en train de nous faire perdre notre temps à tous. Les questions qu'elle pose m'ont déjà été posées par l'Accusation et j'y ai donné des réponses claires et précises. Je ne suis pas un professionnel du prétoire, mais j'en connais suffisamment pour avoir la nette impression que Mme Ombrage confond le rôle du Juge-Assesseur avec celui du Ministère Public. Pourrait-on lui rappeler qu'elle ne peut-être juge et parti ? A moins que la Cour ne considère que l'Accusation ait incorrectement assuré sa tâche ! »

« Outrage à magistrat ! » croassa Ombrage. « Cela va vous coûter cher M Potter. Vous n'êtes qu'un simple témoin dans ce tribunal. Vous n'avez pas à remettre en question l'action du parquet ! Mais qui donc croyez-vous être ? Pour qui vous prenez-vous ? Je demande… »

Et, au cours de cette tirade, Potter s'était levé, lentement, sereinement. En se levant il avait levé sa main droite, comme pour prêter serment. Ce simple geste avait été tellement empreint d'autorité, tellement impérial et impérieux à la fois, que les membres de la Cour, comme les spectateurs, s'étaient redressés sur leurs sièges. L'assemblée s'était figée, elle retenait son souffle. Ce changement sensible d'ambiance avait coupé le sifflet de Dolores Ombrage !

« On y est, » chuchota Sturgess pour Drago, « la bêcheuse rose est fichue. Je ne sais pas ce qu'il va dire ou faire mais elle ne s'en relèvera pas ! »

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Harry était à la limite de l'emportement. A son entrée dans le prétoire, déjà, il avait été choqué et contrarié d'apercevoir Ombrage parmi les membres de la Cour. La vielle harpie rose à tête de crapaud était encore passée entre les mailles du filet ! Mais comment diable pouvait-elle être à cette place ? S'il la voyait bien dans un tribunal, c'était dans le fauteuil des accusés et nulle part ailleurs.

Alors il avait appelé les Reliques à la rescousse, leur demandant de l'aider à se contenir, à se contrôler, à se comporter le plus dignement possible… à faire un témoignage propre.

En rejoignant la place des témoins, juste à côté de celle des accusés, Harry avait pu examiner Malefoy pour la première fois. Et il avait été sidéré. Les traits de Drago étaient émaciés comme jamais ils ne l'avaient été auparavant. Son teint était blafard, à tel point qu'Harry s'était demandé s'il n'était pas malade. Et sur le visage de Drago, on voyait encore les cicatrices laissées par les blessures de son passage à tabac… par ses amis mangemorts. La grande entaille sur sa joue gauche, notamment, le défigurait toujours. Elle s'était, visiblement, mal refermée. Les prisonniers n'avaient-ils donc pas droit à des soins dignes de ce nom ? Le Monde de la Magie manquait-il à ce point de compassion ?

Derrière ces cicatrices apparentes, Harry en avait vu d'autres plus anciennes, dont il devinait bien la provenance. Les doloris répétés et les autres gâteries du Lord laissaient ce genre de souvenirs durables. C'était son ennemi de toujours qui les avait subis. Malgré tout, Harry n'avait pu s'empêcher de ressentir de la pitié et de la souffrance pour lui… et une sourde colère à l'encontre de l'auteur de ces tortures.

Ainsi, pendant les interrogatoires, aussi bien de l'accusation que de la défense, Harry avait dû faire des efforts constants pour garder son calme. Plus particulièrement, il lui avait fallu évacuer la pression qui montait en lui chaque fois qu'il apercevait l'ex inquisitrice de Poudlard. Il ne supportait pas ses sourires faux et ses mimiques hypocrites. Fort heureusement, les Reliques étaient là, elles veillaient. Il les sentait. Il savait qu'elles l'inspiraient.

Du coup, il avait entrepris de se calmer, de bien respirer, de parler lentement et posément. Car il voulait faire en sorte que son antipathie et son animosité, à l'égard d'Ombrage, n'influe en aucune manière sur son témoignage. Drago devait répondre de ses actes, juste de ses actes, de rien d'autre, d'absolument rien d'autre.

Le représentant de l'Accusation et l'avocat de Drago avaient fait montre de retenue et de respect à l'égard d'Harry. Il lui avait même semblé voir de la sympathie et de l'admiration sur leurs visages. Peut-être même davantage sur celui de Me Sturgess. Ce dernier n'avait jamais cherché à le prendre en traître ou à lui faire dire autre chose que ce qu'il voulait dire. Jusqu'à ce moment là, son audition s'était déroulé aussi bien que possible, compte tenu des circonstances… jusqu'à ce que la furie rose entre en jeu !

Dès la troisième question d'Ombrage, Harry avait vu clair. Comme deux ans auparavant, quand elle l'avait torturé pour lui faire dire qu'il mentait en affirmant que Voldemort était de retour, elle voulait l'amener à présenter les choses à sa convenance. Elle n'était arrivée à rien par la torture, autrefois, elle n'avait aucune chance d'arriver à quoi que ce soit, aujourd'hui, par la manipulation verbale, même avec Drago comme thème. D'ailleurs, pourquoi en voulait-elle ainsi à Drago ? Pourquoi tenait-elle tant à le charger ainsi ? Drago avait été un de ses fidèles, il l'avait soutenue… à moins que…

Oui, ce devait-être cela. Ombrage avait besoin de consolider sa position. Si elle était là, c'est qu'elle avait été blanchie de justesse. L'affaire Drago Malefoy était un cas mineur dans la foule des affaires en cours. C'était une sorte de mise à l'épreuve pour Ombrage. Et pour pouvoir assurer définitivement son retour en grâce, elle était prête à sacrifier un de ses partisans. Le traitement qu'elle infligeait à Drago était une manière de se dédouaner.

Eh bien, si c'était son but, Harry allait se faire un plaisir de lui mettre des bâtons dans les roues. Même si, pour cela, il fallait qu'il fasse acquitter son ennemi.

Il n'aurait peut-être pas d'autre occasion de se venger de la sorcière rose à tête de grenouille. Harry se réjouissait d'avance de la déstabiliser. De provoquer sa déconfiture totale s'il le pouvait. Arthur et Kingsley le laisseraient faire. En son temps, Griselda Marchebank avait démissionné du Magenmagot, en signe de protestation à la nomination d'Ombrage au poste de Grande Inquisitrice de Poudlard. Elle ne ferait probablement pas preuve d'un zèle démesuré en faveur de celle qu'elle ne devait pas porter très haut dans son cœur. L'Accusation, qu'elle ridiculisait, ne broncherait certainement pas…

L'occasion se présenta bien vite. A la sixième question, qui n'était que la reprise, pour la cinquième fois, de la première, Harry envoya sa sonde. Aux regards réjouis de la Cour, il comprit que Dolores était isolée.

Trois questions plus tard, dont deux nouvelles reformulations, il avait aussi compris que la Juge-Assesseur ne se rendait pas compte que la pente sur laquelle elle s'aventurait était devenue raide et glissante. Elle pensait mener les débats et faire d'une pierre deux coups : dans son entreprise pour revenir sur le devant de la scène, au passage, elle s'offrait le plaisir d'accrocher Harry en essayant de le faire inculper d'outrage. Ombrage aimait les luttes d'influence… quand elle croyait disposer de tous les atouts. Il allait lui montrer qu'il savait jouer à ce jeu là, lui aussi, et qu'il avait un joker !

« Je ne me prends pour personne d'autre que moi-même, Mme Ombrage ! » déclara-t-il doucement mais fermement, dans un premier temps.

Puis dans un deuxième temps, il proclama, en détachant bien ses mots :

« Je suis… Mme Ombrage… je suis Harry Potter ! Je suis celui qui a survécu, quatre fois, aux sortilèges de mort du Seigneur Noir ! Je suis celui que tout un chacun désigne sous le terme Survivant ! Je suis surtout, Mme Ombrage, celui que vous avez essayé d'empêcher, par tous les moyens y compris la torture, de mener à bien sa mission une année durant ! »

« Parce que j'ai survécu, Mme Ombrage et parce que vous avez tenté de me barrer la route avec toute l'énergie et tous les moyens dont vous disposiez, je vous dénie le droit de siéger dans cette Cour ! »

Dolores Ombrage, qui ne s'était pas attendu à cette attaque en règle, se leva sous le coup d'une colère non contenue. Elle ne s'avouait pas vaincue. Ses paroles, dites d'une voix frémissante et cinglante, s'adressaient à Griselda Marchebank :

« C'est intolérable Mme la Présidente-Sorcière ! C'est une véritable infamie ! Je vous rappelle que j'ai fait l'objet d'une enquête serrée. Cette enquête m'a mise totalement hors de cause ! De plus, la défense elle-même ne m'a pas récusée ainsi qu'elle pouvait le faire. Aucune loi, aucun usage, aucune jurisprudence n'autorise un simple témoin à formuler une récusation ! »

« C'est exact M Potter, » confirma la Présidente, « j'ai pris connaissance, personnellement, du rapport final relatif à cette enquête avant d'autoriser le retour de Dolores Ombrage parmi nous… »

« Dans ce cas, Mme la Présidente-Sorcière, » reprit Harry le plus sereinement du monde, « les enquêteurs me semblent sujets à caution. Il serait peut-être judicieux d'enquêter sur les enquêteurs ! Peut-être ont-ils accordé des passe-droits dans l'espoir d'une reconnaissance ultérieure quelconque. Peut-être sommes nous en présence d'une corruption sournoise ! »

« Il tape dur et fort le gaillard ! Il y en a qui doivent trembler dans les tribunes officielles ! » marmonna Sturgess juste pour son client.

« Mme la Présidente-Sorcière, » explosa Ombrage, « il faut stopper cela immédiatement ! On n'a jamais vu pareil scandale. Tout ce que j'ai fait l'a été sur ordre, des ordres écrits. J'ai produit tous les documents nécessaires et des témoins… M Potter a toutes les audaces ! Il ne s'attaque pas seulement à ma personne, il met en doute l'intégrité et l'honneur de notre Justice toute entière ! »

« Mme la Présidente-Sorcière, » intervint Harry, « quand un crime est commis, l'éternelle question restera toujours de déterminer qui en est le coupable, de celui qui en a ordonné l'exécution ou de celui qui l'a perpétré. A mon sens, les deux sont aussi coupables l'un que l'autre. Il me semble d'ailleurs, que certains des délits reprochés à M Malefoy dans ce procès, ont été accomplis sur les ordres de Mme Ombrage, alors qu'il était membre de sa Brigade Inquisitoriale… »

« Je vous signale que nous ne sommes pas en train de juger Dolores Ombrage, M Potter ! » répliqua Marchebank. « Votre réquisitoire est malvenu. Ce n'est ni le bon moment, ni le bon endroit ! Je sais parfaitement tout ce que nous vous devons. Aussi, je veux bien faire acte d'indulgence et mettre votre interpellation au crédit de votre jeunesse et de votre impétuosité, qualités qui nous ont bien servi à d'autres moments. Je ne retiendrai donc pas l'outrage… »

« Il est hors de question, pour moi, d'en rester là ! » grinça Ombrage qui reprenait des couleurs. « Potter m'a diffamée publiquement, il doit être sévèrement… »

« Taisez-vous Dolores ! » la coupa Marchebank. « Et restez courtoise dans mon tribunal : le témoin est M Potter et non Potter. Il n'est plus votre élève. Les accusations qu'il porte à votre encontre sont effectivement très graves. J'ai entendu les mots torture et crime. Je conçois parfaitement avec lui, que si les faits étaient avérés, vous n'auriez pas votre place dans cette Cour. En ce qui me concerne, M Potter est plus que digne de foi. S'il fallait opposer sa parole à la votre, je pencherais de son côté sans la moindre hésitation ! Je m'étonne d'ailleurs, qu'il n'ait pas été interrogé lors de l'enquête. Je n'ai pas vu trace non plus, d'un témoignage quelconque de la part d'un autre élève ou du personnel de Poudlard… en dehors de M Rusard ! Etrange, non ? Regrettable omission des enquêteurs ? Quoiqu'il en soit, il n'est pas en mon pouvoir d'ouvrir une nouvelle enquête ou de procéder à une mise en accusation à l'intérieur de cette audience… »

Griselda Marchebank sondait Harry. Son regard paraissait vouloir le pénétrer. Pourtant elle lui souriait sans équivoque. Son attitude était franchement engageante à son égard. En analysant ses paroles, Harry comprit que la Présidente-Sorcière lui avait tendu la perche et qu'elle était en attente. Elle venait de déclarer qu'elle lui accordait toute sa confiance. Elle venait d'affirmer les doutes qu'elle entretenait au sujet de l'enquête ayant abouti à la réhabilitation d'Ombrage. Pour finir, elle lui disait qu'il n'était pas en son pouvoir à elle d'ignorer les procédures et les règles propres à la justice du monde magique. C'était un carcan dont elle, en tant que Magistrat Suprême, ne pouvait s'affranchir sans remettre tout l'édifice en cause. Pourquoi Harry avait-il soudainement l'impression qu'elle le poussait à prendre l'initiative ? Etait-ce parce que le Ministre, le Directeur du Bureau des Aurors et le deuxième Juge-Assesseur, le considéraient tous avec la même attitude bienveillante malgré les mots sévères qu'il venait de leur adresser ?

Des paroles prononcées par les âmes, dans son espace, lui revinrent : « Il faut accepter qui l'on est et ce que l'on est. Nous comprenons fort bien, qu'aujourd'hui, tu ne saches pas très bien qui tu es ! Mais un jour viendra où les choses seront claires pour toi. Ce jour là, Harry, lève toi et affirme au monde qui tu es ! Ce jour là, lève toi et revendique ce que tu es ! Et ce jour là, le monde, qui n'attend que cela, t'écoutera et t'entendra ! »

« J'ai peut-être ce pouvoir ! » osa alors Harry tranquillement.

« Vous, M Potter ? Et à quel titre auriez-vous ce pouvoir ? » l'interrogea affablement Marchebank.

« Un petit instant s'il vous plaît ! » répondit Harry qui se tourna vers l'ex inquisitrice. « Mme Ombrage, je vous demande de reconnaître que vous n'êtes pas neutre dans cette procédure. Acceptez, de vous-mêmes, de vous retirer et nous en resterons là ! »

Tout lui échappait, dépassée par les évènements, l'intéressée ne pipa mot mais elle secoua la tête négativement, d'abord lentement puis de plus en plus frénétiquement.

« En ce cas, je n'ai pas d'autre alternative ! » constata Harry qui, sur un ton ferme et autoritaire, ton que nul ne l'avait jamais entendu utiliser, somma :

« Mme la Présidente-Sorcière, monsieur le Ministre, messieurs les Assesseurs, honorables membres du Magenmagot, je prends acte d'un disfonctionnement sérieux dans le déroulement de cette audience. Ce disfonctionnement promet à l'accusé un châtiment exemplaire et très certainement, sans rapport avec la gravité des faits qui lui sont reprochés. Aussi, afin de rétablir la justice dans son bon droit, je requiers d'assumer temporairement le contrôle de cette juridiction. Cette demande se justifie par la préséance et l'autorité conférées à l'Elu ! »

« Merlin ! Je n'y crois pas… Il l'a fait… il s'est proclamé ! » murmura Oliver Sturgess qui s'était à nouveau penché vers son client. « C'est un jour extraordinaire… un jour béni ! Et il le fait pour vous M Malefoy ! Jamais je n'aurais pensé qu'il pourrait aller jusque là… pas si tôt. Je sais qu'il ne se sent pas prêt. Mais sa conception de la Justice est trop forte, plus forte que son désir d'une vie tranquille, plus forte que son bien-être, plus forte que ses craintes de ne pas être celui que tout le monde attend, plus forte que sa terreur de ne pas être à la hauteur de la tâche qui l'attend… »

Griselda Marchebank consulta alternativement, Arthur Weasley, Kingsley Shacklebolt et son deuxième Assesseur. Ils firent oui de la tête. Elle interrogea du regard les deux tribunes où se répartissait le Magenmagot. Après avoir noté qu'une large majorité approuvait la démarche, elle proclama :

« A sa demande, l'autorité de cette Cour est transférée à l'Elu ! »

Toujours debout, les deux mains agrippées au dossier du siège du Ministre de la Magie, Dolores Ombrage croyait vivre un horrible cauchemar.

« Mais… mais… c'est inimaginable ! » couina-t-elle. « Vous ne pouvez pas confier une telle charge à un gamin ! Je refuse de me soumettre à cette… »

« Vous n'avez pas la parole, Mme Ombrage ! » assena Harry. « Que vous le souhaitiez ou non, cette responsabilité est mienne ! Je vous ai donné l'occasion d'éviter ce qui va suivre, vous ne l'avez pas saisie. Tant pis pour vous ! Je rouvre l'enquête de moralité dont vous avez été l'objet. Pour ce qui me concerne, je considère que les enquêteurs ont fait preuve d'un laxisme coupable. Je vais apporter au dossier, les preuves qui auraient dû s'y trouver. Je compte démontrer que votre présence dans cette Cour, jette l'opprobre sur notre Justice toute entière ! »

« Je suis curieuse de voir comment vous allez faire, » ricana Ombrage, « s'il y avait eu de telles preuves, les enquêteurs les auraient trouvées ! »

Elle essayait de se reprendre et de se donner une contenance mais le seul fait qu'elle restât debout, presqu'entièrement dissimulée derrière le fauteuil d'Arthur Weasley, démontrait qu'elle n'y parvenait pas.

Harry s'approcha de la Présidente-Sorcière et tout en souriant à cette dernière, récupéra la baguette de sureau. Il fit un geste et la pensine de Dumbledore apparut à quelques pas de lui. Aussitôt, il appliqua la baguette sur sa tempe ainsi qu'il l'avait vu faire par Dumbledore et par Rogue. Il se laissa guider par son intuition… les reliques savaient comment faire ! Bientôt, des filaments d'une substance bleu-argenté s'échappèrent de sa tête. Ni gazeux, ni liquides, ils se collaient à la baguette et furent placés dans la pensine.

« Plutôt que de vous raconter, plus ou moins bien, les faits, » annonça Harry, « je vais vous les montrer. Les souvenirs ne mentent pas… »

« Et qui allez-vous désigner pour prendre connaissance de ces faits et nous les exposer ? » demanda Ombrage, d'une voix fluette, avec un petit rire mordant.

« Je n'ai pas besoin d'interprète ! » réfuta Harry.

Un nouveau geste de la baguette et la pensine augmenta de volume, jusqu'à atteindre la taille d'un petit bassin. Une brume vaporeuse argentée se forma sur le bassin et envahit, peu à peu, tout l'espace. Au fur et à mesure que le brouillard d'argent les atteignait, les spectateurs se trouvaient plongés dans les souvenirs d'Harry, de la même façon que s'ils avaient utilisé directement et individuellement la pensine.

Dans les souvenirs sélectionnés, on vit Harry lors de ses premières punitions dans le bureau d'Ombrage. Avec la plume ensorcelée de l'Inquisitrice, Harry écrivait, stoïquement, pendant des heures : « Je ne dois pas dire de mensonges ». En même temps les mots apparaissaient sur le dos de sa main, comme s'ils avaient été tracés à l'aide d'un scalpel. Car en guise d'encre la plume utilisait le sang d'Harry. Horrifié, chacun voyait Harry souffrir sans dire le moindre mot pendant que Dolores l'observait avec un petit sourire de satisfaction et un indicible plaisir.

« Mme Ombrage, » l'apostropha Harry, dès que l'immersion s'estompa, « loin de moi l'idée de vous accuser sans vous laisser l'opportunité de vous défendre ! Voudriez-vous nous donner quelques explications sur votre sens très particulier de l'éducation et sur votre plaisir évident à l'occasion de ces séances de torture, pratiquées sur des élèves ? »

Pendant qu'Harry allait récupérer ses souvenirs dans la pensine, Ombrage réfléchissait à une répartie pouvant infléchir ce qui venait d'être montré. Plus tendue que jamais, les mains toujours crispées sur le dossier du fauteuil d'Arthur, elle était manifestement déconcertée par les capacités d'Harry. Contourner, à cette distance, les protections de l'Ecole de Sorcellerie pour emprunter la pensine de Dumbledore dans le bureau de la Directrice, était déjà extraordinaire en soi. Et puis, jamais encore, elle n'avait vu un sorcier utiliser une pensine de cette façon. D'ailleurs, seuls des sorciers confirmés, très doués en occlumancie et en légilimancie, étaient capables d'extraire, sans dommage, leurs souvenirs. Tout ce qu'elle avait entendu, ces derniers temps, sur cet insupportable Potter serait-il donc vrai ? Il n'était pourtant qu'un élève très moyen l'année où elle avait dirigé l'école. Non… la véritable raison de sa force devait résider dans sa baguette. Le fameux bâton de la mort qu'il avait subtilisé à Voldemort… si seulement elle pouvait s'en emparer… il fallait temporiser, gagner le temps nécessaire.

« Un souvenir n'est pas un fait, il est soumis à interprétation ! » répliqua Ombrage. « Deux personnes ayant assisté au même évènement en auront un souvenir différent. De plus, à ma connaissance, un souvenir peu être manipulé ! »

« Sur ce dernier point, je suis d'accord avec vous ! » accorda Harry. « J'ai eu l'occasion de plonger dans un souvenir modifié. L'auteur avait eu tout le temps nécessaire pour procéder à la falsification. Il était très doué et pourtant, l'altération était visible pour le profane que j'étais. En venant témoigner aujourd'hui, je ne savais pas que vous seriez ici et que j'aurais à faire cette démonstration, je n'avais donc aucune raison de modifier mes souvenirs. Et si je l'avais fait quand même, en si peu de temps, je ne pense pas que quiconque aurait pu produire une version corrigée aussi parfaite ! Mais si certains ont des doutes, il me semble avoir vu M Lee Jordan dans les tribunes. Lui aussi a subi cette punition pour avoir simplement commenté ironiquement l'un de vos décrets. Nous pouvons l'appeler et examiner ensemble le souvenir de sa propre expérience… »

« M Jordan est de la Maison Gryffondor, comme vous ! » répondit Ombrage. « L'ensemble de cette Maison, y compris sa Directrice, m'a montré une hostilité inqualifiable dès mon arrivée à Poudlard. Vous vous êtes montés le bourrichon tous ensemble sur mon dos. Vos souvenirs sont donc communs ou déformés de la même façon ! »

« Soit, admettons ! » reprit Harry. « Il y a une façon très simple et très efficace de sortir de cette impasse, Mme Ombrage. Confiez-nous vos propres souvenirs des retenues que vous m'avez infligées ! »

« Ca n'est pas possible ! » croassa Ombrage qui, de nouveau, avait pâli. Encore une fois, elle ne s'était pas attendue à cette nouvelle pique. « Je n'ai jamais pratiqué cette magie permettant d'extraire les souvenirs… c'est dangereux ! »

« Qu'à cela ne tienne ! » proposa Harry. « Par légilimancie, avec votre accord, je peux procéder moi-même à l'extraction ! »

« Je m'y oppose formellement ! » protesta Ombrage.

Pour elle, ouvrir son esprit à l'adversaire aurait été suicidaire. Voyant que sa première riposte avait échoué, elle chercha désespérément une autre voie pour invoquer des circonstances atténuantes.

« Je reconnais que les faits semblent m'accabler. Mais les apparences sont trompeuses. C'est la raison d'Etat qui me guidait. Je n'ai jamais eu aucune marge de manœuvre. Les ordres du Ministre de la Magie, en personne, étaient clairs et précis. A l'époque, je ne m'étais pas rendue compte de la paranoïa qui affectait le jugement de M Cornélius Fudge… »

« Eh bien, voilà un point sur lequel nous ne sommes pas d'accord. Je vais donc, maintenant, apporter la preuve que votre enthousiasme n'avait rien à voir avec vos ordres ! Et pour le démontrer, je vais demander à M Drago Malefoy de m'aider… il était l'un des Chefs de votre Brigade Inquisitoriale, n'est-ce-pas ? »

Drago et Oliver, pris au dépourvu, se regardèrent. A l'inquiétude de Drago, Me Sturgess opposa la sérénité. Il y eut un petit conciliabule, à voix basse, entre eux. L'avocat avait une confiance totale en Harry. Il fallait l'aider à abattre Ombrage. Elle leur avait fait trop de mal, la veille, pour la laisser continuer. Si Harry arrivait à l'écarter, on pourrait retirer toutes ses interventions des minutes du procès. Bien sûr, les Juges se souviendraient encore de ce qui avait été dit, mais ce serait toujours ça. Et ils ne manqueraient pas de se rappeler que l'Elu avait trouvé la Justice partiale au cours de l'audience et qu'il avait récusé l'un d'entre eux.

Harry s'était approché de Drago et de son avocat. En attendant patiemment le résultat de leur échange, il vint faire face à son éternel rival. Drago se tourna enfin vers lui. Les deux jeunes gens se jaugèrent un moment. C'était bien la première fois que ces deux là se regardaient ainsi, sans se mépriser, sans s'insulter, sans la moindre hostilité, qu'ils allaient faire… équipe !

« Qu'est ce que tu attends de moi, Potter ? » demanda finalement Drago.

« Je voudrais, » répondit Harry, « que tu me confies un de tes souvenirs où l'on verrait Ombrage dans une situation tendant à confirmer qu'elle faisait plus qu'obéir aux ordres. »

« Impossible, je suis incapable de le faire ! » chuchota Drago, gêné.

« Mais tu as un souvenir valable au moins ? » s'informa Harry, déçu.

« Oui, j'en ai des dizaines même ! » affirma Drago.

« Ta tante t'a formé en occlumancie je crois, » reprit Harry, « est-ce qu'elle t'a appris à cloisonner ton esprit ? »

« De quoi s'agit-il exactement ? » interrogea Drago.

« Tu fermes ton esprit ou plutôt, tu le divises en laissant en surface une pensée ou un souvenir. » expliqua Harry. « Par légilimancie, on ne peut prendre connaissance que de cette seule pensée ou de ce seul souvenir. Ainsi, je pourrais l'extraire à ta place ! »

« Et tu sais faire tout cela, toi ? » s'enquit Drago.

« Eh bien… oui… » hésita Harry, en prenant soudain conscience du fait que la technique correspondante venait tout juste d'infuser en lui. Il ne savait pas encore tout cela lorsqu'il était entré dans la salle d'audience. Les Reliques travaillaient à plein régime. Et dans toutes les directions… jamais il ne s'était exprimé aussi clairement et avec autant d'assurance et d'autorité.

« Alors, tu es beaucoup plus avancé que moi dans cette discipline… elle n'est pas enseignée à Poudlard pourtant ! » s'étonna Drago. « Avec les cours particuliers de ma tante Bellatrix, je pensais être devant et de très loin… »

« Eh bien, Rogue avait commencé ma formation… sans grand résultat ! » expliqua Harry. « Sans doute à cause de l'Horcruxe ! Avec le nouveau Professeur de Défense contre les Forces du Mal, j'ai bien progressé par contre. Mais bon, nous ne sommes pas à un concours ! Tant pis, laissons de côté cette idée. J'ai encore Hermione et Luna en réserve pour le souvenir du jour où je me suis fait surprendre dans le bureau d'Ombrage et où elle voulait me lancer des doloris pour me faire parler… »

« Pourquoi le garder en réserve ? Une tentative de sort impardonnable sur un élève mettrait Dolores Ombrage dans une position très inconfortable ! » intervint Sturgess.

« Oui mais Malefoy n'était pas très à son avantage ce jour là ! » continua Harry. « Son attitude risquerait d'influencer les juges négativement. Maître, est ce que vous sauriez extraire les souvenirs dont j'ai besoin ? »

« Malheureusement, non ! » répondit l'avocat.

« Pourquoi ne les extrais-tu pas toi-même, Potter ? » questionna Drago.

« Parce que l'esprit est compliqué ! » précisa Harry. « Chercher à le déchiffrer n'est pas aussi simple que ça. Aller à la recherche d'un souvenir précis, dans l'esprit de quelqu'un, n'a rien à voir avec, par exemple, le fait de chercher un livre dans une bibliothèque. Avant de tomber sur les souvenirs qui nous intéressent, je vais voir un tas d'autres choses dont, probablement, un certain nombre que tu ne souhaites pas me montrer… et si jamais je trouvais quelque chose de très grave, qui puisse te valoir des années d'emprisonnement, je n'hésiterais pas à m'en servir contre toi ! »

« Je comprends l'opposition d'Ombrage à cette proposition ! » indiqua Drago en se tournant vers son avocat. « Qu'en pensez-vous, Maître ? »

« C'est à vous de décider, M Malefoy ! » répondit Sturgess. « Vous seul savez les secrets que renferme votre esprit et ce qu'ils pourraient vous valoir ! Si le risque est trop important, rabattons-nous sur la solution de secours… »

« Et Potter pensera, pour le restant de ses jours, que j'ai commis des monstruosités ! » exposa Drago. « J'ai bien peur de m'être fait piéger... De toute façon, Potter, je crois bien que tu sais déjà ce qu'il y a de pire à connaître sur mon compte. Mes plus mauvais coups t'ont toujours été réservés. Ce que je risque de perdre dans l'affaire se mesure plutôt en termes d'amour-propre, d'honneur ! »

« Quelle est ta décision, Malefoy ? » demanda Harry. « Il y a plein de choses dans mon esprit que je ne souhaiterais pas montrer et en particulier, pas à toi ! C'est pour cela que je ne t'ai pas proposé d'emblée, la solution de sonder ton esprit. Si tu refuses, je n'irai pas m'imaginer des horreurs sur ton compte. Comme tu dis, je pense être au courant de tes plus mauvaises actions. Si tu acceptes et que je tombe sur des choses qui pourraient attenter à ta dignité, tu as ma parole, je ne m'en servirai pas contre toi ! »

Drago regarda une nouvelle fois son avocat. Celui-ci lui fit un signe évasif. Il ne voulait pas prendre part à cette décision. Une nouvelle fois, Drago et Harry s'évaluèrent longuement. Le blond se rendit compte qu'il n'y avait aucune impatience, aucun calcul, aucune attente, aucune inquiétude du côté d'Harry. Ce dernier attendait simplement la réponse pour agir en conséquence. Son port était digne, droit et franc. Il personnifiait l'honnêteté… alors Drago inspira profondément.

« Sers-toi, Potter ! » décida-t-il. « Je ne veux pas passer un seul jour de plus qu'il n'en faut à Azkaban. Si mon amour-propre doit en souffrir quelque peu, je pense que ce ne sera pas un prix trop élevé à payer ! »

« Bien Malefoy, » dit Harry, « est ce que tu pourrais te focaliser sur l'un des souvenirs que tu veux me montrer ? Ca pourrait peut-être aider… même si j'en doute. Quand Rogue essayait de m'enseigner l'occlumancie, je ne maîtrisais pas du tout les pensées et souvenirs auxquels il accédait… sans savoir cloisonner son esprit, c'est quasi impossible ! »

« D'accord ! » répliqua Drago.

« Ok, Malefoy, t'es prêt ? »

« Oui… heu… juste une chose, Potter ! »

« Oui ? »

« Potter… tu me promets de la faire payer cette… truie ! »

« Je ne la lâche plus avant d'en avoir fait de la chair à pâtée, je peux te le jurer Malefoy ! »

« C'est bon… alors, vas-y ! » approuva Drago.

Avant de procéder, Harry laissa Drago se concentrer un peu. Il n'en revenait pas que l'ex prince de Serpentard lui accordât sa confiance et le laissât pénétrer dans son esprit. Ce qu'il endurait à Azkaban devait être inhumain. Drago se tenait dignement face à lui, il n'avait pas d'appréhension, c'était une expérience totalement nouvelle pour Harry.

« Bien, allons-y ! » Harry fit tournoyer légèrement sa baguette et lança : « Legilimens ! »

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Un jeune garçon, aux cheveux blonds presque blancs, courait dans les couloirs d'une maison aussi immense que somptueuse. La demeure rappelait vaguement quelque chose à Harry. L'enfant était content et très fier de lui. Il entra dans un salon où l'attendait un homme aussi blond que lui. Le petit garçon tendit un parchemin à Lucius Malefoy, son père et attendit tranquillement sa réaction.

« Un Malefoy ne saurait se contenter d'une deuxième place, surtout quand la première échoit à une sang-de-bourbe ! Si vous vous accommodez de cette situation, vous êtes indigne de notre famille ! »

Le petit Drago se décomposa mais réussit, à grand peine, à retenir ses larmes. Au moins, il était parvenu à ne pas ajouter cette humiliation là à la première… Harry quitta se premier souvenir douloureux.

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Le petit garçon, plus jeune encore, était dans les bras de sa mère. Il s'était blessé à une jambe et pleurait doucement pendant que sa mère le berçait pour le réconforter. Une porte s'ouvrit avec violence.

« Vous ramollissez cet enfant, vous en faites un faible ! Il a des jambes… posez-le immédiatement ! Et vous, arrêtez ces démonstrations détestables et déshonorantes. Un Malefoy ne pleure pas ! Un Malefoy ne manifeste pas sa douleur… il souffre en silence, sans rien laisser paraître ! »

« Mais enfin, Lucius, Drago n'a que quatre ans… »

« Narcissa, ma chère, il n'y a pas d'âge pour apprendre ! Il n'y a pas d'âge pour s'endurcir ! Plus tard, vous me remercierez et lui aussi ! »

Et le petit garçon, ne comprenant pas ce qui se passait, se tint stoïquement debout, seul, pendant qu'un elfe de maison apparaissait pour s'occuper de sa blessure… Harry se remit en quête d'un souvenir exploitable.

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A Poudlard, dans la grande salle, Drago regardait à la dérobée, la table des Gryffondors. Son rival, Potter, était en train de terminer un devoir après le repas, juste avant la reprise des cours. Ses deux amis inséparables n'étaient pas loin. La complicité des trois était manifeste. Jamais Drago n'avait eu se type de relations avec ses camarades. Son regard retourna vers sa table où il contempla Goyle et Crabbe, puis Parkinson, Zabini et Nott. Il eut un pincement au cœur en faisant la comparaison des relations plus que cordiales entre les trois Gryffondors, avec celles, guindées, superficielles, pour ne pas dire froides, qu'il entretenait avec ses compagnons de Serpentard… Puis il se fustigea d'être aussi faible mentalement, de n'avoir pas encore suffisamment avancé dans la maîtrise de ses émotions…

Harry commençait à douter de trouver ce qu'il cherchait dans cette jungle.

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Dans une salle de bain luxueuse, Drago Malefoy, entièrement nu, contemplait l'image que lui renvoyait un grand miroir sur pied. Le jeune homme était très satisfait de cette image. Il tenait à être parfait en permanence, qu'il soit nu ou habillé. Là, il était vraiment content de lui. De tout… et plus particulièrement de sa virilité qu'il tenait fermement dans sa main. Celle-ci effectuait de lents mouvements de va-et-vient le long du membre turgescent…

Tout à coup, Harry songea qu'il était inconvenant de rester là. Il se força alors à quitter l'esprit de Drago.

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« Désolé, Malefoy ! » murmura piteusement le Survivant.

Il était rouge de gêne. Le rouge passa au cramoisi en constatant que le souvenir de Drago avait produit une réaction anormale, au niveau de son bas-ventre. Ca n'était pas possible, le fait d'avoir vu Malefoy ainsi, ne pouvait pas l'avoir mis dans cet état… il ne pouvait pas avoir eu un début d'érection ! Ce devait être la surprise, le choc…

« Tu m'avais prévenu Potter ! » concéda Drago. « Comme prévu, mon amour-propre passe à la moulinette. Cependant, sans vouloir commander ta Sainteté, quand tu es dans des souvenirs de ce genre, particulièrement le dernier, est-ce-que ce serait trop te demander que de décamper au plus vite ? »

Drago avait rosi, mais dans son cas, cela valait bien le rouge pivoine d'Harry. Il s'inquiétait de constater que la situation l'avait excité. Etre vu par Potter dans ces dispositions n'avait rien de bien réjouissant pourtant… sans doute l'effet était-il de même nature que celui qui décuplait son plaisir quand il avait redouté d'être surpris dans une posture scabreuse.

Aux paroles de Drago, le malaise d'Harry s'aggrava encore. Le blond avait parfaitement raison, il n'était pas obligé de rester aussi longtemps dans des souvenirs inutilisables.

« Je vais faire de mon mieux, » promit Harry, « mais si j'entrais dans quelque chose qui te dérange, n'hésite pas à utiliser tes dons en occlumancie, je t'en voudrai pas pour ça ! »

« Tiens, mais c'est vrai… je n'y aurais jamais pensé tout seul ! Mais enfin, Potter… pour qui tu me prends ? Bien sûr que j'ai tenté de t'éjecter, je n'ai fait que ça même, c'est impossible ! Tu es plus fort que ma tante. Je la faisais sortir de mon esprit en me concentrant. Avec toi, je ne peux pas ! Pourtant j'ai essayé pour chacun des souvenirs… sauf pour le dernier… tu es sorti tout seul avant que je ne tente de te déloger… Potter, je compte sur toi pour ne pas te livrer à une séance sordide de voyeurisme ! »

Tout en se demandant pourquoi Drago n'avait pas tenté de le refouler dès le début, pour le dernier souvenir, Harry se prépara à une nouvelle incursion dans la tête de son vis-à-vis.

Il navigua dans de nombreuses zones de la mémoire de Drago. Il fini par se rendre compte que, par rapport à ceux qu'il avait consultés dans la pensine, ces souvenirs-ci avaient une autre profondeur : les pensées de Drago, se rapportant aux épisodes visualisés, s'y mêlaient, les étayaient constamment.

Il constata aussi, que les quitter n'était pas aussi facile que cela. Il semblait que la scène doive se dérouler jusqu'à un certain point avant qu'il ne puisse en sortir pour passer à une autre. Il comprit qu'en fait, à la vitesse de l'esprit, le laps de temps requis pour changer de souvenir, suffisait à visualiser l'essentiel de l'acte en cours. Sans quitter l'esprit de Drago, Harry le lui expliqua pour s'excuser. Ce à quoi, Drago lui rétorqua laconiquement de faire ce qu'il avait à faire et de ne pas se préoccuper du reste.

Harry revit la mort de Dumbledore, au travers de la mémoire de Drago. Le sentiment qui dominait la conscience du blond, à ce moment là, était la terreur de franchir un point de non retour. Des doutes, de plus en plus virulents, l'assaillaient, le paralysaient. Cela confirma au Survivant, l'impression qu'il avait eue, que Drago se refusait à tuer le vieux sorcier. Qu'il y avait un point au-delà duquel il ne voulait pas aller, quelles qu'en soient les conséquences.

Le souvenir de l'épisode du maléfice Sectumsempra ! jeté à Drago par Harry, dans les toilettes abandonnées de Mimi Geignarde, fut visionné lui aussi… Harry fut remué lorsqu'il réalisa la pression énorme qui s'exerçait sur son rival à ce moment là. Sa détresse devant son incapacité qui allait causer sa perte et celle de toute sa famille. Son humiliation d'avoir été découvert, dans cette situation dégradante, par son ennemi intime, seule raison pour laquelle il avait attaqué Harry. Lorsque, finalement, Drago s'était retrouvé à terre, persuadé qu'il allait mourir, qu'il vivait cela comme une délivrance, qu'il le remerciait, intérieurement, de mettre fin à une existence devenue insoutenable, Harry eut du mal à poursuivre tellement il était remué.

Enfin, un souvenir où Ombrage apparaissait, vint au premier plan. C'était celui qu'Harry comptait extraire de l'esprit d'Hermione ou de Luna. Rapidement, il décida de le prélever là pour éviter d'avoir à s'immerger aussi longuement dans une autre tête, sans l'assurance d'un succès. Il fit apparaître une petite fiole et enferma la substance à l'intérieur. Drago s'était laissé faire en toute confiance. Pourtant il savait quel souvenir avait été isolé et prélevé. Il n'avait pas émis d'objection quand Harry l'avait interrogé du regard.

Puis Harry repartit en quête d'une autre prise. Le souvenir de l'incendie dans la salle sur demande entra en scène. Harry découvrit, non sans surprise, que Drago avait interdit sa mort pour de toutes autres raisons que celles invoquées. Il se fichait complètement de Voldemort à ce moment là. C'était comme une sorte d'urgence que Drago ne s'expliquait pas lui-même. Potter ne devait pas mourir, un point c'est tout ! Il ne concevait pas la vie sans son ennemi de toujours. D'ailleurs, en fuyant ensemble sur le balais, Drago se cramponnait à Harry bien plus pour que leur sort à tous deux soit commun, plutôt que par peur de tomber dans la fournaise. C'était simple dans son esprit, si Potter mourrait, il devait mourir avec lui… depuis des années, sa vie était rythmée par sa rivalité avec Potter, sans lui, sans cette rivalité, sans cette compétition, sa vie n'avait pas de sens ! Alors il étreignait Potter de toutes ses forces, il lui criait dans les oreilles pour essayer de le conduire vers la porte, il enrageait de voir que celui-ci avait un autre but et qu'il s'obstinait à ne pas vouloir être guidé par lui… finalement, renonçant à le convaincre, il ceinturait Potter encore plus fort, laissait sa tête reposer sur son épaule, acceptait de s'en remettre entièrement à lui, se sentant bizarrement en sûreté avec lui, au milieu de ce capharnaüm embrasé qui menaçait de les engloutir à chaque instant.

D'autres souvenirs furent explorés avant qu'Harry ne trouve enfin la perle. L'enfance de Drago avait défilé devant lui, son éducation implacable et intransigeante. Il aurait été plus juste de parler de dressage que d'éducation en fait. La solitude de Drago ressortait dans presque tous ses souvenirs. Le grand manque d'amitié, de sentiment, d'amour, était flagrant tout au long de sa vie, même si Drago n'en avait pas tout à fait conscience. Et tout aussi présente était l'obligation d'avoir à incarner, à lui tout seul et depuis sa plus tendre enfance, l'honneur, la fierté, la grandeur, la suprématie des Malefoy. Son échec permanent aux yeux de son père dans cette entreprise, était source constante de stress, de mal-être, de colère, de honte, de ressentiment. Avec l'entrée en scène de Voldemort dans le cours de sa vie, une pression supplémentaire, quasi intenable, s'était surajoutée. Celle de s'investir suffisamment pour mériter simplement de vivre aux yeux du Seigneur des Ténèbres, mais sans aller trop loin pour ne pas commettre l'irréparable, l'impardonnable… les monstruosités ! C'est sur cette voie sinueuse, en équilibre douteux, qu'avançait Drago depuis trois ans… au risque d'y laisser, à chaque méandre, sa vie ou celle des siens. Peu à peu, une vérité illumina la conscience d'Harry : Drago Malefoy avait assez souffert, il avait déjà payé, il avait même largement payé pour ses fautes !

Lorsqu'Harry quitta l'esprit de Drago, il était bouleversé. Il en avait les yeux brillants en regardant le blond. Il le voyait comme il ne l'avait jamais vu avant. Il avait toujours pensé que Malefoy était un gosse de riche adulé, choyé et gâté par sa famille. Jamais il n'aurait cru que celui-ci devait payer aussi cher le moindre des avantages qui semblait ne jamais devoir lui être refusé. Harry en arriva à penser qu'il valait mieux avoir vécu comme lui, orphelin mais entouré de vrais amis, que comme Drago, dans une prison dorée, seul, si désespérément seul.

« Je suis navré… » dit Harry, la gorge nouée.

« Ah non, Potter, pas de ça ! » s'insurgea Drago. « Pas de pitié, pas de compassion… et pas d'humiliation s'il te plait ! C'était convenu… »

« J'ai rien vu d'humiliant, » le coupa Harry, « et rien de monstrueux… en tout cas, pas de ton fait je veux dire. Pour moi, tu peux marcher la tête haute, Malefoy ! »

« Qu'est ce qui t'arrive Potter ? Tu me fais des compliments maintenant. Mes actes et ma vie te semblent soudainement si parfaits… »

« Oh non, Malefoy ! Je n'échangerais ma vie contre la tienne pour rien au monde. C'est seulement que je viens de comprendre que ta vie a pas été aussi facile que je le croyais ! Je dirais même qu'elle m'a semblé plus dure que la mienne par bien des côtés… tu as été si solitaire… et sous pression… tout le temps ! »

« Arrête Potter... arrête… je crois… tu as mis un temps fou à trouver ce que tu cherchais. La Cour doit s'impatienter. Pense plutôt à aller dégommer la grosse baudruche rose bonbon pour moi… il est plus que temps ! »

« Chose promise… » répondit Harry. « Et… Malefoy… l'Elu prend le temps qu'il lui faut ! »

Harry se sentait bien plus proche de Drago. Comme s'il avait passé des heures avec lui au cours desquelles celui-ci lui aurait raconté sa vie. Il lui fit un clin d'œil et alla verser le souvenir dont les filaments bleu-argent étaient encore collés à sa baguette, dans la pensine. Aussitôt la brume argentée s'éleva…

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Dans le bureau de la Grande Inquisitrice, la Brigade Inquisitoriale était réunie au grand complet. Son Chef, Drago Malefoy, faisait son rapport. Il fut bref. Les recherches n'aboutissaient pas. S'il y avait bien des rumeurs sur la tenue de réunions hebdomadaires, il ne savait pas où elles avaient lieu, qui y participait et comment l'information circulait car les dates ne semblaient pas être régulières. Pourtant la brigade surveillait sans cesse les allées et venues des principaux amis de Potter, sans être parvenue à surprendre quoique ce soit.

A l'écoute du rapport, le visage de Dolores Ombrage se crispait de plus en plus. Quand elle prit la parole, ce fut de cette petite voix doucereuse de fillette qu'elle employait toujours quand elle était extrêmement furieuse. Elle commença par fustiger sa brigade composée de gosses de riches, de Serpentards qui n'étaient là que pour se glorifier de titres pompeux et pour enlever des points au Gryffondors… parce que les Serpentards étaient incapables de remporter la Coupe des Maisons à la régulière ! Elle leur fit remarquer qu'ils étaient indignes du sang pur qui coulait dans leurs veines. Se laisser berner de cette façon par une bande de sangs-de-bourbe et de sangs-mêlés était une honte pour chacune de leurs familles, pour leurs ancêtres qui devaient se retourner dans leurs tombes.

Pour les membres de la Brigade, ces réprimandes étaient de véritables insultes pour lesquelles ils ne pouvaient ni répondre, ni se plaindre, car leurs parents auraient probablement pensé la même chose qu'Ombrage. Ils courbaient l'échine et baissaient lamentablement la tête.

Mais ce n'était pas fini. Après avoir éreinté ses troupes, Ombrage s'employa à les galvaniser. Elle les exhorta à se reprendre, à faire preuve d'initiative, à démontrer enfin la suprématie des sangs-purs. Il fallait absolument mettre fin aux activités de Potter et de sa bande de bras cassés. Tous les moyens étaient bons, tous ! Seul le résultat comptait. Elle voulait qu'on lui serve Potter sur un plateau pour pouvoir le faire exclure de l'école et s'il lui arrivait un petit accident au passage, ma foi, cela ne serait pas une grande perte !

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« Bien, Mme Ombrage, » recommença Harry, « il me semble que ce que nous venons de voir est révélateur. Votre façon de motiver votre brigade est particulièrement hasardeuse et dangereuse. En gros, vous lui donner carte blanche pourvu qu'elle arrive au résultat attendu. Ces jeunes gens étaient livrés à eux-mêmes, libres de faire tout ce qu'ils voulaient et c'est vous qui leur accordiez cette liberté ! C'est vous qui donniez les ordres ! Je ne pense pas que Cornélius Fudge se serait réjoui s'il avait été au courant de la situation… »

« Il était au courant de tout ! Toujours… » répliqua une Dolores ébranlée, « je lui faisais des rapports journaliers et il n'arrêtait pas de me dire qu'il fallait absolument que je vous stoppe. Que vous étiez l'arme de Dumbledore contre lui… Et je conteste énergiquement la fin du souvenir de M Malefoy. Il ne vous aimait pas ! Il vous détestait au-delà de tout… il a pris ses désirs pour des réalités, il a voulu croire m'entendre dire qu'un accident serait le bienvenu, je n'ai jamais prononcé de telles paroles ! »

« Oublions momentanément ce point ! » reprit Harry. « Selon vos paroles précédentes, vous deviez avoir un parchemin officiel, signé du Ministre Cornélius Fudge, vous ordonnant d'employer tous les moyens nécessaires, même illégaux, pour me faire exclure de l'école… puisque ce sont les ordres que vous donniez vous-mêmes à vos troupes ! »

« Eh bien… non, » répondit Dolores, très pâle, « mais personne n'imagine que… »

« Vous n'aviez donc pas d'ordre en ce sens, » martela Harry, « c'est bien ce que vous nous dites ! Il est vraiment étrange que l'enquête vous concernant ne se soit nullement intéressée à votre passage plus que significatif dans les murs de l'Ecole de Magie… »

« Je n'avais pas d'ordre écrit, » se reprit Ombrage, « mais des témoins pourront confirmer que Cornélius Fudge me les a donnés oralement… »

« Des témoins aussi compréhensifs que les enquêteurs qui se sont penchés sur votre dossier, je suppose ! » asséna froidement Harry.

« Jusqu'à preuve du contraire, » ragea Ombrage, « mes témoins sont de bonne foi ! Et ils en valent bien d'autres ! » ajouta-t-elle en jetant un regard mauvais à Drago.

« Soyez bien certaine que, s'ils ne l'ont pas été, ils devront en répondre ! » affirma Harry en se tournant vers le Magenmagot, scrutant longuement et sévèrement les magistrats. « Chacun des enquêteurs qui se sont penchés sur votre dossier, chacun de vos témoins, fera l'objet d'une enquête. Sur ce point vous avez la parole de l'Elu ! »

Avant de poursuivre, Harry observa l'effet de ses paroles sur Ombrage et dans les tribunes officielles. Dolores était enfin désarçonnée. Elle commençait à regretter de ne pas s'être retirée quand l'occasion s'était présentée. Dans le même temps, des signes de nervosité affleuraient de-ci de-là dans les tribunes. Quelques-uns avaient du mal à tenir en place.

« En ce qui concerne votre contestation relative à la mémoire sélective de M Malefoy, » reprit Harry, « nous avons à notre disposition Miss Pansy Parkinson et Miss Milicent Bulstrode ! Elles figurent toutes les deux dans le souvenir que nous venons de voir et elles sont toutes les deux à Azkaban. Devons-nous les faire venir ? Nous leur montrerons ce témoignage et nous leur demanderons s'il est conforme à leurs propres souvenirs ? »

« Des prisonnières dans l'attente de passer en jugement ! » marmonna Ombrage. « C'est tout ce que vous avez comme témoins de haute moralité ? Les miens ne sont pas emprisonnés au moins ! »

« Rectification, Mme Ombrage ! Ils ne le sont pas… encore ! » déclara Harry dans un grand sourire carnassier. « Et pour ce qu'il en est de Miss Parkinson et Bulstrode, vous faites bien de noter qu'elles n'ont pas encore été jugées ! Elles sont donc présumées innocentes jusqu'à preuve du contraire ! »

« Nous tournons en rond, M Potter, » repartit Ombrage, « je récuse vos témoins et vous contestez les miens… sans même les avoir entendus en outre ! »

Harry se donna un petit temps de réflexion. Il était à peu près sûr que ce qu'il avait déjà montré, suffisait pour faire choir Ombrage. Il se faisait fort de rétablir la situation en faveur de Malefoy ensuite. Car quand il avait quitté l'esprit de Drago c'était avec la conviction que celui-ci ne devait pas retourner à Azkaban. Seulement voilà, il avait juré de faire payer la truie, pas de la renvoyer chez elle avec une simple réprimande…

Pour gagner encore un peu de temps il reprit le souvenir dans la pensine et alla au devant de son propriétaire pour le lui restituer.

« Je pense que c'est assez ! » estima Sturgess. « A mon avis, avec cela, ils vont lui demander de quitter son poste et peut-être même de se tenir à la disposition de la Justice. »

« Je le crois aussi, » confirma Harry, « qu'est ce que t'en dis Malefoy ? »

« J'en dis que tu me la termines ! » fit Drago en se renfrognant. « Tu me l'as promis ! »

« Comment ? » demanda Harry.

« Le souvenir en réserve… dans la fiole ? » suggéra Drago en levant un sourcil interrogateur.

« On peut tenter le coup, » approuva Harry, « d'autant plus que dans ta mémoire, ton rôle est pas aussi exacerbé que dans la mienne… tu te contentes d'obéir en ne cachant pas ta satisfaction de me voir trinquer. Dans la mienne, tu te réjouis de ce qui m'arrive, tu t'empresses pour exécuter les ordres, tu les devances même… mais bon, j'étais sur le point de me faire torturer et… tu étais mon ennemi à ce moment là ! »

« Pourquoi à ce moment là ? » interrogea Drago. « Je ne le suis plus ? Depuis quand ? »

« Je crois pas, non… je suis sûr que non même ! » répondit Harry. « Depuis quand… je sais pas exactement, mais ça fait un bon moment déjà… Bon, on en reparlera ! J'y retourne là, numérote lui ses abattis ! »

Peu après, une nouvelle émanation argentée s'échappait du bassin-pensine.

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Dans son bureau, Dolores Ombrage était en train d'apprendre, par la bouche de Rogue, qu'il n'y avait plus une goutte de Veritaserum à l'école. Elle était d'autant plus furieuse, qu'à son air, on voyait bien qu'elle doutait des dires du professeur de potions. Il ne voulait pas l'aider à faire parler Harry, il refusait de coopérer, c'était tout. Alors elle le sanctionna en l'informant qu'elle le mettait à l'épreuve…

La scène était assez conforme au souvenir qu'en avait Harry. La seule différence résidait dans l'attitude de Drago. Harry comprit que cela provenait du fait que Drago imaginait sa contenance. Et c'était logique, il ne pouvait pas savoir l'image qu'il avait donnée de lui… Finalement, ce n'était pas plus mal, car Malefoy était beaucoup plus sobre, spartiate, qu'il ne l'avait été dans la réalité.

Arriva le passage que le Survivant comptait exploiter :

« Le sortilège Doloris devrait vous délier la langue ! » dit Ombrage en s'adressant à Harry.

« Non ! Professeur Ombrage… c'est illégal ! » cria Hermione.

Ombrage n'écoutait pas. Son expression devint féroce. Elle leva sa baguette.

« C'est contraire à la loi professeur Ombrage ! Le ministre ne vous approuvera sûrement pas ! » s'exclama Hermione.

« Ce que Cornélius ignore ne peut pas lui porter tort ! » répondit Ombrage.

Sa respiration était légèrement haletante, elle pointa sa baguette sur différentes parties du corps d'Harry, essayant de déterminer l'endroit où elle pourrait lui faire le plus mal.

« Il n'a jamais su que j'avais donné l'ordre à des Détraqueurs d'aller s'occuper de Potter l'été dernier, mais il a quand même été ravi d'avoir une occasion de le renvoyer ! » reprit-elle.

« C'était vous ? VOUS m'avez envoyé les Détraqueurs ? » s'exclama Harry, le souffle coupé.

« Il fallait bien que quelqu'un agisse… » dit Ombrage. « Ils étaient tous là à gémir qu'on devait absolument vous faire taire, vous discréditer, mais j'ai été la seule à agir en ce sens… L'ennui, c'est que vous avez réussi à vous en sortir, n'est ce pas, Potter ? Aujourd'hui, en revanche, vous ne vous en sortirez pas, plus maintenant… »

Elle prit alors une profonde inspiration et s'écria :

« Endol… »

« NON ! » hurla Hermione d'une voix brisée. « Non… Harry… Il faut le lui dire ! »

Harry laissa s'écouler une partie de la scène du mensonge d'Hermione qui lui avait permis d'éviter la séance de torture. Puis il interrompit le déroulement du souvenir…

OoooOOOoooOOOoooOOOoooO

« Pour couper court à toute contestation éventuelle, » recommença Harry, « je vous dirai que cet extrait de la mémoire de M Malefoy est conforme au souvenir que j'en ai moi-même. Nous avons vu, dans cette scène, mesdemoiselles Hermione Granger, Ginny Weasley, Luna Lovegood et messieurs Neville Londubat et Ron Weasley. Or il se trouve que toutes ces personnes sont dans les tribunes aujourd'hui. Avant de poursuivre, je vais donc leur demander si, pour elles aussi, ce que nous avons vu correspond à leurs propres souvenirs. »

Harry fixa les intéressés, à tour de rôle, pour recueillir leurs avis.

« C'était d'une exactitude rigoureuse ! » annonça Hermione.

« Cela correspond assez bien à ce que j'ai en mémoire… » confirma Ron.

« Mes souvenirs sont identiques ! » approuva Ginny.

« L'essentiel correspond… » indiqua Luna. « Les passages concernant Mme Ombrage sont fidèles. Mais dans mes souvenirs, Drago Malefoy était plus zélé auprès de l'Inquisitrice ! »

« En ce qui me concerne, » termina Neville, « comme vous l'avez vu, Crabbe s'employait à m'étouffer et j'avoue que j'avais d'autres soucis en tête. Ce n'est qu'après l'intervention de Rogue qu'il a relâché sa prise. A partir de là, pour moi aussi, tout correspond. »

« Eh bien Mme Ombrage, » attaqua férocement Harry, « je pense que l'honorabilité de mes témoins ne fait aucun doute cette fois-ci ! »

La concernée restant aussi muette qu'inerte, Harry poursuivit :

« Je vois qu'effectivement, vous ne la contestez pas… Bien ! Nous progressons. Qu'ai-je vu dans la mémoire de Drago Malefoy ? Qu'avons-nous tous vu ? Nous vous avons vu et entendu proclamer fièrement que vous preniez des initiatives, que vous agissiez alors que les autres se contentaient de gémir ! Et quelles ont été ces initiatives Mme Ombrage ? Vous avez envoyé deux détraqueurs en zone moldue pour s'occuper d'un jeune sorcier… encore mineur. Celui-ci n'était pas sensé maîtriser le sortilège du Patronus. En outre, là où il était, en présence de moldus, il lui était interdit d'utiliser la magie… vous condamniez donc ce jeune homme à recevoir le baiser de la mort ! »

« J'avais lu votre dossier, » se défendit Dolores, « je savais que vous pouviez refouler les détraqueurs. Mon but était uniquement de vous pousser à utiliser la magie pour vous faire renvoyer de Poudlard ! »

« A qui voudriez-vous faire croire cela ? » riposta Harry. « Je peux, à l'instant même, montrer le souvenir de mon audience du 12 août 1995. Audience pendant laquelle vous aviez semblé assez surprise d'apprendre que je pratiquais le sort du Patronus corporel depuis plus d'un an. Je pense d'ailleurs que beaucoup de membres du Magenmagot d'aujourd'hui étaient aussi présents ce jour là. Ils se rappellent certainement de votre attitude de l'époque ! »

« De toute façon, » s'acharna Harry, « dans ce que nous avons vu tout à l'heure, il y a quelque chose de tout aussi significatif et de tout aussi grave ! Sans les ressources et la persuasion de Miss Hermione Granger, vous m'auriez accablé de Doloris dans l'espoir de me faire parler. Vous aviez commencé la formulation d'un sortilège impardonnable à l'endroit d'un élève de l'école dont vous étiez la Directrice en titre ! »

« Mme Dolores Ombrage, » conclut Harry d'un ton incisif en haussant sensiblement la voix, « je ne demande plus votre simple retrait de cette Cour de Justice, j'exige votre internement immédiat à Azkaban dans l'attente d'une comparution prochaine ! »

Normalement, c'était plus qu'assez. Mais Harry voulait qu'Ombrage ne puisse pas louvoyer encore. Sa présence dans toutes les administrations successives depuis qu'elle avait quitté l'Ecole de Sorcellerie, sa place de Juge-Assesseur pour l'audience en cours, prouvait assez qu'elle avait de puissants appuis. Harry se détermina à tenter un dernier coup de poker qu'il espérait gagnant.

D'abord, il fit un peu de ménage. Drago put récupérer sa propriété mémorielle et la pensine retrouva sa taille normale avant de retourner à son emplacement d'origine. Puis, Harry s'approcha de nouveau de la Présidente-Sorcière afin de déposer, une fois encore, la baguette ainée devant elle. Il prit bien soin, sans donner l'air d'y avoir spécialement pensé, de la placer un peu sur la droite de Griselda, presqu'entre elle et Arthur, pas très loin de Dolores qui se tenait toujours debout derrière le fauteuil du Ministre.

Tout en le faisant, Harry semblait préoccupé et la Cour attendait patiemment qu'il lui rende son autorité. En fait, Harry était totalement absorbé dans sa connexion avec les reliques. Il communiquait intensément avec elles… en pensée… par des images. Elles l'avaient fort bien soutenu jusque-là. Il en était parfaitement conscient car jamais il n'aurait été en mesure de mener ainsi les débats sans elles. Mais il voulait s'assurer qu'elles comprenaient ce qu'il souhaitait maintenant, car il souhaitait que Dolores saisisse la baguette. Donc, quand elle le ferait, ce serait avec son accord et il en resterait le maître. Ce n'était pas qu'il pensât vraiment que la baguette puisse accepter un autre maître, compte tenu des évènements récents, mais il valait mieux qu'il n'y ait pas la moindre confusion possible.

« Mme la Présidente-Sorcière, » proclama Harry, « j'en ai terminé avec l'enquête de moralité sur la personne de Mme Dolores Ombrage. Je vous laisse le soin de décider de sa récusation et, le cas échéant, de son incarcération préventive ! »

Après un rapide conciliabule avec les membres de la Cour, la Présidente-Sorcière s'éclaircit la voix et, s'adressant au Magenmagot, demanda :

« Qui est pour la récusation de Mrs Dolores Ombrage ? »

Les mains se levèrent… le Magenmagot était unanime !

« Qui est pour la mise en accusation de Mrs Dolores Ombrage ? » requit encore Griselda.

Si, à nouveau, les mains se levèrent, ce ne fut pas l'unanimité. Quelques bras étaient restés plaqués le long des corps… les fameux appuis de Dolores ?

« Gardes ! » ordonna Marchebank. « Veuillez escorter Mrs… »

Se sentant lâchée, définitivement perdue, Dolores décida de tenter le tout pour le tout. La baguette de sureau était là… à moins d'un mètre d'elle. Avec une agilité dont on ne l'aurait pas crue capable, elle se jeta entre Arthur et Griselda afin de s'emparer de la baguette. Le Ministre réagit aussitôt et voulut lui bloquer le bras. Mais Ombrage, qui avait anticipé son geste, avait déjà fait passer la baguette dans sa main gauche pour l'en menacer. Des cris retentirent dans la vaste salle, quelques personnes voulurent intervenir, les gardes se précipitèrent.

« Silence ! Que personne ne bouge ! Que personne ne fasse plus un geste ! » exulta Ombrage, d'une voix stridente qui fit frissonner l'assemblée. « Je l'ai ! Le bâton de la mort est à moi ! La puissance de l'Elu est à moi ! Quiconque voudra s'y opposer s'en repentira… »

« Le croyez-vous vraiment ? » dit Harry, d'une voix tranquille.

Il souriait et ne paraissait pas le moins du monde contrarié par ce qui se passait. Bien au contraire, il semblait même satisfait. Ombrage ne savait que penser de son comportement.

« Bien sûr que je le crois ! » répondit-elle. « J'en suis certaine ! Je me suis emparée de votre baguette, j'en suis la nouvelle Maîtresse. »

« Aïe ! Aïe ! Aïe ! » fit Harry. « J'ai bien peur pour vous que cela ne soit pas aussi simple que ça. Grindelwald, Dumbledore, Rogue et Jedusor ont eu cette baguette en leur possession, chacun à leur tour. Mais, pour autant, la baguette n'a reconnu aucun d'entre eux pour son Maître… »

« Aucun d'entre eux n'avait tué le précédent Maître de la baguette ! » affirma Ombrage dans un rictus malfaisant. « Je vais régler ce petit détail immédiatement ! »

« Vous seriez donc plus puissante que Voldemort ? » l'interrogea Harry. « Je vous rappelle qu'il m'a lancé le sortilège de mort deux fois avec cette même baguette et sans succès ! »

« Oui, mais la première fois, Nagini était encore vivant, » couina Dolores, « et la deuxième, vos sorts se sont télescopés… vous avez eu une chance phénoménale. Vous voyez, je connais mes classiques ! Or aujourd'hui, il n'y a plus d'Horcruxe et vous n'avez pas de baguette, vous comptez parer l'attaque comment ? »

« Vous êtes en possession de tous les faits, mais vous les interprétez mal ! » répondit Harry toujours aussi tranquillement. « Vous êtes en train de faire la même bêtise que le Seigneur des Ténèbres. Les sorciers en quête de pouvoir sont-ils tous aussi désespérément aveuglés, n'apprennent-ils donc jamais rien ? »

« En voilà assez, » décréta Ombrage, « vous essayez de gagner du temps… comme Granger ! Mais ça ne marche plus… pas cette fois ! »

« Avada Kedavra ! »

Le mortel éclair de lumière verte surgit de la baguette de sureau. En même temps une aura dorée éblouissante apparut autour d'Harry. Elle n'avait pas plus d'un centimètre d'épaisseur et semblait avoir été générée de l'intérieur du corps du Survivant. On le percevait comme derrière un écran de lumière.

Le rayon vert frappa Harry de plein fouet. Il vint coiffer l'aura dorée et fut absorbé par elle en un centième de seconde… Harry souriait toujours !

« N'est pas Elu qui veut, Mrs Ombrage ! » se moqua Harry après quelques secondes. « Souhaitez-vous faire un nouvel essai pour vous en assurer ? » Le sourire et l'assurance d'Harry étaient vraiment inquiétants.

Mais Dolores Ombrage n'y comprenait plus rien, n'était plus capable de rien.

« Non… si je comprends bien ! En ce cas, voulez vous bien remettre ma baguette là où vous l'avez prise ? » demanda Harry.

« Maintenant ! » commanda Harry d'une voix de stentor, du fait qu'Ombrage, qui en avait totalement perdu son latin, était incapable de la moindre parole ou du moindre mouvement.

L'ordre claqua comme une gifle et effectivement Dolores Ombrage sembla avoir reçu une claque monumentale. Elle vacilla distinctement mais, cependant, la calotte magique la réveilla… et elle reposa la baguette près de Griselda.

Aussitôt les gardes vinrent l'encadrer pour la conduire vers sa nouvelle et peu reluisante résidence. C'était bel et bien fini pour elle : tentative de meurtre devant des centaines de témoins… dont le Magenmagot au grand complet !

La Présidente-Sorcière considéra alors la baguette d'Harry et suggéra :

« M Potter, peut-être serait-il préférable que vous conserviez cet objet très convoité par devers vous ! Nous éviterions ainsi que d'autres puissent être tentés. »

La liaison avec les reliques s'était encore intensifiée. Harry sentait que les artefacts essayaient de lui communiquer une information importante. Il avait entendu la suggestion de Marchebank et l'étudiait en même temps.

Les personnages les plus importants du Monde de la Magie, au moins les sorciers les plus influents, étaient rassemblés en ce lieu. Pour les plus ambitieux, la baguette aînée devait représenter un objet de désir, un artefact dont il fallait se rendre maître avant les autres afin de pouvoir s'élever au dessus de la masse.

Evidemment qu'il valait mieux qu'Harry garde le bâton de la mort sur lui en permanence comme d'ailleurs les deux autres reliques. Depuis son deuxième passage dans son espace sûr, il en avait été perpétuellement conscient. Les détenteurs successifs de la baguette avaient dû raisonner de la même façon.

Malheureusement, cela n'avait jamais suffi à interrompre les velléités des challengers pour se l'approprier. Trop de crimes avaient été commis, au cours des siècles, pour conquérir l'artefact ou pour le conserver. Harry ne risquait rien, bien entendu, mais il ne voulait pas passer le restant de ses jours à déjouer les tentatives. Tant que l'objet convoité existerait, il y aurait des candidats pour tenter de le ravir par tous les moyens.

Ce qu'il aurait vraiment fallu, c'était détruire définitivement la baguette, détruire les trois artefacts. Mais Harry ne savait pas comment et surtout, ne voulait pas le savoir car il ne se résolvait pas à envisager cette éventualité. La destruction des reliques impliquait sans doute la disparition de son espace sûr. Ce n'était pas certain mais il n'était pas prêt à parier sur cette incertitude. Ce que son espace lui apportait était devenu tellement vital qu'il ne voulait pas prendre le risque de tout perdre.

Si seulement il avait pu faire disparaître les reliques devant tout le monde mais en les gardant avec lui en réalité… un tour de passe-passe, quoi. Il y eut un changement sensible dans sa connexion avec les artefacts. Ceux-ci lui faisaient sentir, à leur manière, que ses pensées n'étaient pas irréalisables, qu'il fallait continuer à raisonner dans ce sens. S'il en jugeait de par l'intensification brutale des ondes qui s'était produite depuis sa dernière idée, il devait brûler. Faire disparaître les reliques tout en les conservant était donc envisageable. Mais comment ? Les faire disparaître physiquement ? Pouvait-il les lier définitivement à lui avant ? Garder leur expérience en lui pour toujours, l'absorber en quelque sorte ? Il se rendit compte qu'il était parvenu à la solution, les ondes s'étaient transformées en une houle significative. Les reliques étaient d'accord pour se fondre en lui… elles s'étaient choisies un Maître commun, un dernier Maître, il n'y en aurait pas d'autre. Comme toujours, il n'avait qu'à s'en remettre à elles, totalement. Son intuition ferait le reste…

« Vous avez raison Mme la Présidente-Sorcière ! » répondit enfin Harry. « Cependant, il faut que cette question soit réglée de manière irréversible. Je sais que j'abuse en vous imposant cela ici et maintenant. Mais ce que je compte faire doit être accompli en public afin d'éteindre toutes les ambitions ! »

Sans en référer à qui que ce soit, Griselda Marchebank manifesta son accord à Harry. Pour elle, il était l'Elu sans contestation possible. Il venait de le prouver de la façon la plus éclatante qui soit. Au fonds d'elle, elle se réjouissait de l'avoir poussé à revendiquer et exercer son magistère. Il avait eu intelligence, intuition et sagesse nécessaires pour détecter la suggestion cachée dans ses interventions à elle, à priori, psychorigides. Courage et classe ne lui avaient pas fait défaut non plus à l'instant crucial où il s'était proclamé. Dès lors, il s'était comporté avec l'envergure attendue… il n'était pas question, pour la Présidente-Sorcière, de lui retirer une once de ce qu'il avait conquit. S'il voulait faire durer cette audience, l'utiliser à d'autres fins, elle lui apporterait tout son soutien…

« Mes ancêtres, les frères Peverell, trois grands sorciers de leur époque, ont créé trois artefacts extraordinaires ! » commença Harry.

« Vous connaissez tous le plus célèbre : la baguette de sureau, appelée aussi baguette ainée ou bâton de la mort. » continua-t-il en désignant l'objet.

« Voici la cape d'invisibilité ! » ajouta-t-il en sortant cette dernière de sa bourse pour la déposer à côté de la baguette.

« Et voilà la pierre de résurrection ! » déclara-t-il en faisant suivre à celle-ci le même trajet qu'à la cape. « Vous ne la voyez pas très bien, aussi je vous demande de vous concentrer un petit instant… »

Magiquement, chacun dans l'assemblée put soudain voir la minuscule pierre, comme s'il était tout près de la table sur laquelle Harry venait de la déposer.

« Ces trois artefacts, » reprit Harry, « sont plus connus sous le nom de Reliques de la Mort. Eh oui… vous ne rêvez pas. Elles existent vraiment. Ca n'était pas une légende issue de l'imagination d'un auteur de contes pour enfants. Au contraire, l'auteur s'est sans doute inspiré des rumeurs circulant à propos de ces objets pour écrire sa célèbre histoire fantastique. »

« Depuis qu'ils existent, ces artefacts ont suscité plus de mauvaises actions que de bonnes. Les sorciers qui les désiraient, à peu d'exceptions près, les voulaient pour de mauvaises raisons et étaient capables des pires infamies pour les conquérir et les garder. »

« Mes ancêtres les ont introduits dans le Monde de la Magie. Moi, leur lointain héritier, j'ai décidé de les soustraire de notre Univers. La gente sorcière s'est montrée indigne de ces dons merveilleux qui lui avaient été faits ! »

Commotionné ! S'il y avait un mot pour qualifier l'état dans lequel avait plongé l'essentiel de l'assemblée, c'était bien celui là. Découvrir que ces trois objets existaient réellement, même si pour la baguette ça n'était pas une grande surprise, était une information aussi capitale que sensationnelle. Apprendre, dans les minutes suivantes, qu'ils allaient disparaître à jamais, était un malheur sans nom.

Le Survivant étonnait, toujours et encore. Quel sorcier hors du commun fallait-il être pour avoir pressenti que ces artefacts existaient réellement. Pour ensuite avoir entrepris et réussi à les réunir et enfin pour décider d'y renoncer… définitivement. Etait-il fou ou était-il sage ? Un jeune sorcier, qui allait sur ses dix huit ans, avait-il suffisamment de jugeote, de sagesse, pour prendre seul une telle décision ?

Mais de toute façon, comment l'empêcher de faire ce qu'il avait décidé ? Même désarmé, il venait de prouver extraordinairement qu'il n'était pas sans ressource. Ce qui avait été lu dans les journaux et qui, jusque là, n'avait pas eu de consistance, venait de prendre tout son sens. La scène de son face à face, si terriblement seul et sans arme, avec Voldemort et tous ses séides, était devenue soudainement très réelle. Ce gamin avait vraiment affronté le Mage Noir et ses troupes, exactement comme il venait d'affronter Ombrage. Nul doute que s'il l'avait seulement désiré, l'ex inquisitrice ne serait plus de ce monde, tout comme le Seigneur des Ténèbres… et personne n'aurait rien eu à y redire. Il était le Survivant. Il s'était présenté comme l'Elu. Si, pour la majorité, ce concept était plus qu'abstrait les actes du personnage commençaient à en esquisser une bonne image.

L'attention était à son comble quand les reliques s'élevèrent ensemble dans les airs et lévitèrent vers Harry. En s'approchant de lui elles apparurent plus floues et semblèrent prendre du volume. Tout près de lui elles prirent encore de l'expansion et parurent devenir vaporeuses pour finir par former trois bulles mouvantes de lumière irisée à dominante argentée. Les reliques s'étaient dissoutes dans la magie créatrice qu'elles contenaient… même si personne, parmi les observateurs, ne pouvait le comprendre.

Il y eut de l'agitation, des murmures, de la confusion, quand Harry lui-même commença à paraître nébuleux. Mais ce fut flagrant très rapidement, son corps subissait la même transformation que celles subies par les artefacts. Bientôt, à l'emplacement qu'il occupait physiquement, ne se trouva plus qu'un nuage ondoyant de lumière chatoyante à prédominance dorée.

Alors, les bulles de lumière argentée se fondirent dans le nuage de lumière dorée. Dès que les deux essences entrèrent en contact, il eut une réaction déroutante. Le nuage doré sembla s'embraser, il devint d'une intensité difficilement concevable et disparut soudainement. Là où Harry et les reliques s'étaient tenus, il n'y avait plus rien.

Un malaise palpable s'installa dans la foule spectatrice. Quelque chose semblait avoir cloché, c'était presque une évidence. Beaucoup, une majorité, se demandaient si ce qui venait de se passer était prévu ou pas. D'autres en étaient déjà à un palier plus loin et considéraient que le Survivant avait joué les apprentis sorciers et que cela venait de lui exploser à la figure. Les amis d'Harry, tous ceux qui l'aimaient, tous ceux qui avaient foi en lui, tous ceux qui attendaient des prodiges de sa part, étaient consternés. Ils retenaient leurs souffles. Ils retenaient même leurs pensées de peur de leur donner corps… cela ne pouvait pas finir ainsi. Harry ne pouvait pas s'être considéré, à l'image des reliques, comme un présent fabuleux dont le Monde de la Magie s'était montré indigne !

Plusieurs minutes passèrent ainsi. Elles parurent des heures à l'assistance. La nervosité grandissait. Personne ne se résolvait à prendre une initiative quelconque. Après tout, l'Elu avait pris le contrôle et donc la responsabilité de tout ce qui se passait ici. A aucun moment il n'avait restitué l'autorité à qui de droit. Pour l'instant, rien ne prouvait que quelque chose d'imprévu se soit produit. A vrai dire, personne n'y comprenait quoique ce soit. Alors, en dehors des mouvements dus à la fébrilité, personne ne bougeait. Personne ne parlait. Tout le monde était dans l'expectative la plus angoissante et la plus totale…

Une première explosion contrôlée se fit entendre, suivie immédiatement d'une deuxième. Mélissol, le Phénix d'Or et Fumseck venaient d'apparaître au milieu de petits nuages de flammes respectivement dorées et vermillon. Bientôt, ce fut une éruption de nuages de flammes dans la salle. Les huit autres phénix recensés vinrent rejoindre les deux premiers.

C'était quelque chose de suffisamment impressionnant en soi. En un peu plus d'un mois, c'était la deuxième fois que les phénix se réunissaient ainsi, au même endroit. De mémoire de sorcier, cela ne s'était jamais produit avant. Et les deux fois où cela s'était produit, c'était en un lieu où Harry Potter, le Survivant, l'Elu, se tenait. La première fois, les phénix l'avaient aidé à ériger le magnifique mausolée de Poudlard. L'Elu avait-il besoin d'aide à cet instant ? Si oui, pour une mobilisation telle de l'ensemble des créatures magiques les plus puissantes de la création, sa situation devait être critique…

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Harry s'en était remis aux Reliques, totalement. Elles étaient d'accord pour disparaître et se fondre dans sa magie. Il se laissait donc entièrement guider par elles. Il était attentif aux intuitions qu'elles n'allaient pas manquer de susciter en lui pour atteindre l'objectif.

Ainsi il les avaient vues s'élever et se transformer et bientôt son instinct lui souffla de faire comme elles. Un peu exalté, il attendit l'inspiration qui le guiderait dans la façon de procéder. Comme elle ne venait pas, dans son impatience, il supposa que ce devait être évident. Et l'évidence, pour lui, consistait à aller au contact de la Magie Créatrice en lui… Dès qu'il se concentra, il comprit qu'il avait été trop pressé. Décidément, c'était son point faible !

Les reliques, dans leurs états de lumière, par l'intermédiaire de la connexion bien plus forte que jamais auparavant, lui faisaient sentir que ce n'était pas la bonne approche. En effet, les ondes qui le secouaient n'étaient plus agréables du tout.

Mais il était trop tard. Harry était déjà face à la Source de toute les Magies, il était déjà très loin à l'intérieur de sa Magie. En fait, depuis la dernière fois où il était allé au contact de sa Lumière interne, celle-ci avait pris une énorme expansion, elle envahissait pratiquement tout l'espace. C'était inattendu et en se précipitant tête baissée, Harry s'était aussitôt retrouvé dans une zone d'attraction irrésistible.

Mais cela lui importait peu de toute façon. Il était bien, là. Mieux qu'il n'ait jamais été. Il avança un peu plus loin à l'intérieur de la Magie Créatrice. Il sentit alors, que quelque chose se passait en le faisant. Très vite, il perçut que son corps physique n'avait plus de consistance. Il avait élevé ses vibrations à un niveau tel qu'il apparaissait maintenant dans un corps de lumière… comme les Reliques.

Celles-ci se fondirent immédiatement en lui dans le même temps où une pensée qui ne lui appartenait pas, le traversait :

« Maître, aller plus loin sera considéré comme un choix ! De toute manière, progresser encore dans cette voie sera irrévocable, nous ne pourrions pas nous opposer à notre Magie Mère. Est-ce le moment que tu choisis pour ton retrait définitif de l'Univers incarné ? »

Avait-il franchi le point de non retour ? Jusqu'à présent, Harry n'avait pas analysé la situation. S'absorber dans la Magie Créatrice, dans sa Magie Intérieure, signifiait donc… mourir ? Cela n'était pas si grave que cela alors. Il était conscient de son moi, il ne souffrait absolument pas, il était dans un état de bien être extrême, la lourdeur de son corps physique terrestre n'était déjà plus qu'un souvenir… dont il se détachait sans regret. Mentalement, il répondit :

« Je vous ai retirées du Monde incarné, il n'est que justice de m'en retirer aussi, non ? »

« Maître, nous avons accepté ta décision. C'était une résolution d'une extrême sagesse que peu auraient été capables d'adopter. Il n'est nullement besoin de te sentir responsable car il n'y a aucun regret, aucun ressentiment de notre part. Si tu restes, nous nous fondons en toi pour te guider chaque fois que tu le souhaiteras. Si tu retournes à la Source, nous t'accompagnons dans le sein de notre Mère. Nous retournons avec toi à la Création ! Dans les deux cas, nous sommes comblées. Le choix t'appartient et ne doit pas être fait dans un esprit de sacrifice ou de justice ! »

« Je sens que je ne peux plus faire marche arrière ! » transmit Harry. « Et je crois bien que je n'en ai pas la moindre envie. Si les mortels connaissaient la félicité qui règne ici, le sentiment de liberté totale qui nous envahit, bien peu décideraient de rester en bas ! »

« Maître, si tel est ton choix, qu'il en soit ainsi ! Avant que tu ne rejoignes la Source, nous voudrions te dire que nous t'aimons et que nous avons été très honorées de t'accompagner. Ton évolution parmi les anges humains, le degré le plus élevé qui soit dans la hiérarchie des anges, a été exemplaire. L'expérimentation que tu rapportes est d'une richesse inouïe. Nous sommes enchantées d'avoir pu te guider un peu sur la voie qui a été la tienne ! »

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Fin du huitième chapitre

J'ai un message à vous transmettre :

L'Elu demande… non, l'Elu exige un commentaire !

Donc, à vos claviers… et tapez fort car il est loin là, l'Elu. Faudrait peut-être le faire revenir, non ? Merci pour lui !

Sans rire maintenant : j'espère que ce chapitre vous a convenu et que comme souhaité, il vous aura donné envie de vous ruer sur le suivant…

A bientôt !

Harry Potter - Le Maître de la Mort - Chapitre 8 - Page 31 / 31