Crédits: les personnages de Tolkien ne m'appartiennent pas, mise à part Edlothia.
CHAPITRE 8 : Pagaille
- Maître Gandalf !
Le vieil homme se retourna et fit un signe de la main à sa jeune disciple qui arrivait. Sur les conseils de Bilbon Sacquet, Edlothia n'avait pas mis beaucoup de temps à trouver le chemin la conduisant à la taverne de Hobbitebourg. Le chemin y conduisant était tout tracé et le bourdonnement lointain de conversations pouvait guider n'importe quel voyageur perdu.
Même si la soirée pointait tout juste le bout de son nez, l'endroit était déjà bondé de personnes de petite taille. La taverne n'était pas cloisonnée entre des murs mais abritée par une tente gigantesque en toile blanche. Au regard du nombre relativement faible des trous creusés à Hobbitebourg, on pouvait supposer que des Hobbits provenant d'autres lieux s'étaient rendus jusqu'ici : tout le monde semblait s'être donné rendez-vous ici ! Les villageois étaient parés de couleurs vives à l'image de Bilbon. Des groupes s'étaient formés : certains s'étaient réunis et discutaient de vive voix tandis que, debout autour des tables, d'autres dansaient joyeusement. Les hommes invitaient les dames, et ces dernières virevoltaient dans leurs robes évasées.
- Gandalf l'invita à s'asseoir à ses côtés sur un banc il s'était en effet installé à une longue table rectangulaire que plusieurs Hobbits occupaient déjà.
- Alors, avez-vous apprécié la compagnie de ce cher Bilbon ? lui demanda-t-il en buvant le contenu d'une chope – de bière sûrement.
- Très, répondit la jeune femme. C'est un homme charmant.
- Mais casanier et méfiant.
Le magicien la regarda par-dessus sa pinte. Il avait quitté son chapeau pointu, laissant apparaître sur le sommet de son crâne des cheveux grisonnants et aplatis.
- C'est pour cela que vous voulez le faire participer à la quête de Thorin Ecu-de-Chêne ? interrogea Edlothia qui commençait à cerner les arrière-pensées du vieil homme.
- Précisément. Il est temps pour lui de sortir de son trou.
- Pourtant, pour l'avoir côtoyer durant tout l'après-midi, je puis affirmer sans crainte que son caractère n'est pas propice pour les voyages à longue durée, lança-t-elle d'un air suspicieux.
- C'est pour cela que je vais avoir recours à certains éléments… stimulants, disons-le ainsi, commenta-t-il, amusé.
- Stimulants ? Que voulez-vous dire ?
Un étrange éclat brillait dans ses yeux clairs. Edlothia fit la moue :
- Vous allez me répondre que je découvrirai tout cela prochainement ?
- Très exactement, confirma-t-il en riant face à la perspicacité de son élève. Mais ne vous inquiétez pas, votre patience ne sera pas mise à rude épreuve.
Cela signifiait-il qu'Edlothia trouverait réponse à sa question dès… cette nuit ? ou demain ? Elle n'aurait pas le temps de flâner dans ce cas. Elle s'apprêta à arrêter une serveuse quand Gandalf la freina soudain dans son élan d'un geste de la main :
- Ne prenez pas de repas, contentez-vous d'une simple boisson.
Il n'en rajouta pas davantage, laissant une nouvelle fois planer le doute dans l'esprit d'Edlothia qui s'en trouva intérieurement agacée. Quel homme énigmatique, nom d'une pipe à rallonge !
La jeune femme se contenta de commander une chope de bière, une spécialité locale d'après Gandalf grâce à un rajout de miel de Sûza mélangé au breuvage doré. Et effectivement, lorsqu'elle plongea ses narines au-dessus de la boisson, une délicate odeur de miel s'engouffra dans les deux orifices avec délice. Edlothia goûta alors la bière avec un entrain non dissimulé et avisa furtivement le regard que lui lançait Gandalf. Un regard empli de sérieux et de… compassion ?
- Ce sont les taches sur mon visage que vous regardez ? demanda-t-elle avec la plus grande sincérité.
- Vos taches de rousseur ? Oh non, très chère Edlothia, répondit le magicien en riant doucement. [Il sortit alors d'on ne savait où sa légendaire pipe en bois]. Ce sont vos réactions qui m'amusent.
La jeune femme fronça le nez, perplexe.
- Pouvez-vous préciser votre pensée ?
- Vous voir découvrir quelque chose, à chaque nouveau jour que Valar y fait, est un pur bonheur. Vous me rappelez que le temps de l'innocence n'est jamais complètement perdu.
Les sourcils d'Edlothia se levèrent dans un mouvement d'incompréhension. Gandalf avait allumé sa pipe et la fumait d'un air nostalgique à présent, se détournant complètement de sa disciple en titre. Faisait-il référence à des temps sombres qu'il avait vécus ? Ou alors au voyage périlleux qui les attendait ? Elle décida finalement qu'elle ne voulait pas connaitre la réponse : cela aurait sûrement pour conséquence d'entacher sa bonne humeur.
Le temps s'écoula lentement tandis que la nuit reprenait ses droits dans le ciel. Dans la taverne, on avait allumé des lampes à huile afin d'éclairer les lieux. Pratiquement tous les Hobbits dansaient désormais. Gandalf fumait paisiblement sa pipe, l'air visiblement ailleurs, tandis qu'Edlothia se perdait dans le spectacle des gestes harmonieux et rythmés qu'exécutaient les petits villageois. Elle était littéralement enivrée par l'excellente ambiance qui régnait dans la taverne et se retenait à grand-peine de ne pas se mêler à la foule.
- Bon, ma chère élève, nous devons quitter ces lieux ! s'exclama brusquement le Magicien Gris en terminant de tirer sur sa pipe. Mais avant cela, je vous conseille de porter ceci.
Edlothia sursauta avec la sensation qu'on venait de l'extirper d'un profond sommeil. Gandalf posa alors délicatement sur la table un tissu en coton gris. Il renfermait quelque chose car une petite bosse en soulevait la matière. La jeune femme lança un regard interrogateur au vieil homme qui ne lui répondit guère, attendant qu'elle révèle le contenu de cet étrange paquet. Elle souleva alors un pan du tissu et découvrit un objet qu'elle aurait presque oublié : son poignard en métal forgé, que Gandalf n'avait su identifier dans le bois de Chet. La lame scintillait doucement à la lueur des lampes à huile, mais la jeune femme se hâta de rabattre le tissu.
- Je peux très bien m'en passer, Maître Gandalf, lui dit-elle précipitamment. Je ne vois pas quelle utilité je peux en faire dans un endroit aussi tranquille.
- Et moi, je vous dis de le remettre à votre poignet, rétorqua le vieil homme, sûr de lui. Caché sous votre manche, il passera inaperçu et ne vous gênera aucunement.
Résignée et ne souhaitant pas désobéir à celui qui lui avait accordé son aide, elle ramena le paquet sur ses genoux à l'abri des regards indiscrets : pointer une arme au milieu de ces gens joyeux n'aurait pas reçu un bon accueil. Elle retira tous les pans du tissu qui dévoilèrent l'arme accompagnée de ses lacets et de sa pochette secrète. Aussi rapidement que possible, elle souleva sa manche et noua l'ensemble à son avant-bras, s'y reprenant à plusieurs fois tout de même car il était difficile de nouer les lacets à l'aide d'une seule main. Lorsqu'elle se fut assurée que le dispositif était bien en place, elle rangea le poignard dans la petite poche avant de rabattre la manche de son vêtement par-dessus. L'arme n'était pas lourde mais Edlothia était loin de se sentir en sécurité avec, ne sachant pas du tout s'en servir.
Gandalf, satisfait, remit son chapeau bleu-gris sur sa tête et se leva, donnant le signal de départ. La jeune disciple quitta à regret les danses de la taverne pour suivre le vieil homme dans l'obscurité de la nuit, simplement guidés par la lueur blanchâtre des étoiles et de la lune fichées dans le ciel dégagé. Ils passèrent devant le trou des Buckland et se dirigeaient vers la demeure de Bilbon Sacquet. La jeune femme reconnaissait le chemin emprunté précédemment mais ce fut pourtant difficilement qu'elle tentait de ne pas trébucher à cause du manque de lumière.
Alors qu'un énième caillou mal placé roula sous son pied, des sons graves et éloignés parvinrent aux oreilles d'Edlothia. Elle redressa les yeux, elle qui ne regardait que par terre, et essaya tant bien que mal de discerner quelque chose tandis qu'ils grimpaient la côte menant à Cul-de-Sac. Plus Gandalf et elle s'approchaient, plus les bruits augmentaient en volume et en profondeur. Ce ne fut que lorsqu'ils parvinrent au sommet de la colline qu'une lumière vacillante éclaira l'origine de ce tapage.
Edlothia s'arrêta, intriguée par le comité réuni devant la maison de Bilbon. Huit hommes de petite taille se tenaient debout en cercle et discutaient de vive voix. La jeune femme fut immédiatement frappée par leurs longues chevelures et leurs barbes abondantes. Ils étaient vêtus comme des voyageurs aguerris, et si l'on regardait mieux, des fourreaux fixés à leurs hanches et dans le dos pointaient leurs extrémités.
- Je suis heureux de constater que vous avez répondu à l'appel de Thorin Ecu-de-Chêne !
Ainsi Gandalf s'annonça-t-il, et la petite troupe se tourna immédiatement vers lui. La faible lueur que projetait le foyer de Cul-de-Sac à travers ses fenêtres permettait à Edlothia de distinguer quelques traits de visage, quelques couleurs de chevelure ou encore quelques détails vestimentaires, mais elle ne pouvait en observer davantage. L'obscurité avait pris possession des lieux.
- Vous devez être Gandalf ? Thorin nous a parlé de nous et votre réputation n'est plus à refaire.
Un Nain s'était avancé et souriait d'un air chaleureux en s'inclinant légèrement devant le vieil homme. Son visage était marqué d'un nez proéminent et ses cheveux blancs avaient été coiffés en tresses rattachées entre elles de parts et d'autres de son crâne, à tel point que l'on pouvait songer qu'ils étaient coupés courts. Il portait un manteau pourpre par-dessus une ceinture argentée.
- Dori, pour vous servir.
Visiblement camouflée derrière la haute taille de Gandalf, car le dénommé Dori ne l'avait point remarquée, Edlothia voulut se décaler afin de se présenter mais les sept autres Nains s'attroupèrent soudainement autour d'eux. Ils se présentèrent si vite au vieil homme qu'elle ne put retenir un seul nom. Cette vague subversive fit rire ce dernier qui prit alors le temps de répondre à chacun d'entre eux. La jeune femme décida de s'imposer par elle-même, sinon Gandalf risquerait de l'oublier aux pieds du jardin fleuri de Bilbon.
Elle fit un pas de côté et se permit de racler très fort de la gorge afin d'imposer sa présence à tous ces hommes. La manœuvre fonctionna car tous les regards convergèrent vers sa personne, mais Edlothia fut tellement écrasée par leurs pupilles toutes empreintes de stupéfaction qu'elle aurait finalement préféré rester cachée. Bien qu'elle soit plus grande au moins d'une tête par rapport aux Nains, elle avait l'impression d'être aussi minuscule qu'une fourmi.
- Oh, je ne vous ai pas présenté ma jeune disciple : Edlothia, dit le Magicien Gris en ouvrant légèrement le bras dans sa direction.
Afin de se donner plus d'allure et de contenance – après tout, n'était-elle pas l'élève officieuse de Gandalf ? – elle bomba le torse et leva le menton. Elle fit en sorte d'effacer toute trace de couardise sur son visage, mais ce n'était pas évident avec quatorze yeux braqués vers soi.
- Hm, bonsoir à vous ! salua-t-elle d'une voix forte.
Dori et ses compagnons ne disaient toujours rien, comme s'ils étaient très intrigués par sa présence. Elle espérait que ce n'était pas le fait d'être une femme qui les perturbait tant…
- Edlothia, intervint Gandalf, toujours prêt à prendre l'initiative, je vous présente : Dori [le seul dont elle connaissait l'identité s'inclina en ramenant la main à sa poitrine, sourire aux lèvres], Bofur [un Nain au visage mince et rieur, vêtu d'un manteau jaune, fit une profonde révérence], Bifur [amorçant une révérence, il était habillé de la même manière que le précédent homme, la barbe tellement volumineuse et hirsute qu'elle masquait presque la partie inférieure de son visage !], Glóin [le Nain, dont les cheveux et la barbe étaient d'un roux flamboyant, revêtu d'un capuchon blanc pris dans une ceinture dorée, s'inclina avec beaucoup moins d'enthousiasme que ses congénères], Bombur [un petit homme dont la corpulence était fort remarquable s'inclina comme il put, ainsi vêtu dans un large manteau vert feuille], Nori [ce Nain avait la barbe tressée de partout et était habillé d'un capuchon cramoisi il fit une révérence aussi marquée que celle de Bofur], Óin [il avait un capuchon brun, sa taille était enserrée d'une ceinture d'or et il portait une barbe blanchâtre aussi imposante que celle de Glóin, mais il lui accorda une salutation plus chaleureuse que ce dernier] et Ori [Edlothia fut marquée par la jeunesse du Nain qui s'inclina élégamment il était vêtu d'un manteau gris et ses hanches étaient nouées par une ceinture d'argent].
La jeune femme resta plantée comme un piquet quelques secondes avant d'esquisser une timide révérence. Vraisemblablement, il s'agissait d'une marque de politesse relative à leur culture, là où le Hobbit les avait simplement salués de quelques mots polis.
- Bon, eh bien, maintenant que les présentations sont faites, déclara Gandalf, il est temps de rejoindre notre hôte.
Il joignit l'acte à la parole en franchissant d'un pas sûr le jardin du Hobbit. Les Nains le talonnèrent de près Edlothia ferma la file-indienne. Elle voyait avec une grande tristesse les belles roses du petit homme se faire malmener par les Nains qui n'hésitaient pas à donner de rudes coups aux plantes lorsqu'elles osaient gêner leur passage. En effet, l'étroit escalier menant à l'entrée de Cul-de-Sac ne convenait pas à huit Nains dont l'attirail vestimentaire gonflait leurs corps déjà bien en chair.
Ils se positionnèrent comme ils le purent autour de la petite porte ronde de la maison. Gandalf frappa le battant avec le bout de son bâton. Ils patientèrent quelques instants, mais personne ne vint leur ouvrir. Connaissant la grande bienséance de Bilbon, ce manque de réponse étonna la jeune femme. Elle tendit alors l'oreille et entendit des rumeurs émaner de Cul-de-Sac, ainsi que des tintements de vaisselle. Mr. Sacquet était-il déjà en bonne compagnie ?
N'appréciant visiblement pas cette attente, les Nains commencèrent à s'agglutiner contre la porte verte, cognant du poing et pressant l'oreille sur le battant dans l'espoir d'entendre des mouvements de l'autre côté.
- Si j'étais vous, je m'écarterai du… commença Gandalf sur un ton préventif.
Il ne put terminer sa phrase car la porte s'ouvrit brusquement, et l'inévitable se produisit logiquement : tous les Nains s'effondrèrent aux pieds de Bilbon Sacquet. Leurs corps lourds formaient une absurde colonne sur le pas de sa maison, et chacun tentait de se dégager de cette situation inconfortable en s'égosillant et gesticulant. Notamment, le Nain qui portait un capuchon jaune – Edlothia n'avait pas retenu son nom – était écrasé sous le poids colossal de Bombur – par contre, elle avait rapidement appris le nom de celui-là.
Tandis que la jeune femme riait aux éclats, incapable de se retenir devant ce spectacle incongru et se moquant ouvertement, Gandalf se montra au Hobbit qui ne l'avait pas encore remarqué.
- Gandalf, soupira Bilbon d'un air sous-entendant que le vieil homme était responsable de tout ceci et peut-être même d'autre chose.
Tous les Nains finirent par se relever tant bien que mal, mais ils n'avaient en rien perdu de leur bonne gaieté. Saluant chacun leur tour le Hobbit d'un « Pour vous servir ! » tonitruant, ils déposèrent leurs manteaux sur la patère situé dans l'entrée principale et pénétrèrent plus avant dans la maison sans attendre de réponse de la part du propriétaire des lieux.
Gandalf entra à son tour, ôtant son chapeau qui alla rejoindre tous les capuchons suspendus. Edlothia, bien qu'hésitante, suivit le vieil homme.
- J'espère qu'il vous reste de quoi manger, mon cher Bilbon, lui dit-il allègrement. Enfin, je pense qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter, vous connaissant…
- Qu'est-ce que signifie tout ceci, Gandalf ? Et quel est ce sous-entendu ? Est-ce là un reproche que vous m'adressez ?
Edlothia ne l'avait pas encore remarqué, mais Bilbon était aussi rouge qu'une tomate de saison. De la fumée aurait même pu sortir de ses oreilles ! Mais Gandalf ne fut nullement inquiet de ces menaces et emprunta le même chemin que les Nains, le pas léger et le visage joyeux. Le Hobbit ne tenta même pas de l'arrêter et posa un regard fatigué sur la jeune femme, restée seule sur le palier.
- Je suis désolée pour vous, Bilbon, lui dit-elle en voyant de fines gouttes de sueurs perler sous ses boucles blondes.
- Etiez-vous au courant ?
- Nullement, autrement je vous en aurai informé. Puis-je ?
Elle désigna sa cape grise devenue trop chaude à porter au regard de l'atmosphère pesante qui flottait à Cul-de-Sac.
- Faites ce que vous voulez, vous pouvez même la mettre par terre si cela vous chante, je ne suis plus à ça près, l'autorisa-t-il d'une voix harassée.
Il tourna les talons et se dirigea vers la salle à manger. Tandis qu'Edlothia quittait sa cape, chagrinée par l'état de son ami et le reproche à demi-teinte qu'il lui avait adressé, des bruits lui parvinrent progressivement. De l'autre côté du mur de l'entrée, on chahutait, on parlait fort, on faisait claquer la vaisselle et on poussait des cris. Et par-dessus ce capharnaüm, la voix de Bilbon fusait et grondait. Que se passait-il ?
Edlothia s'empressa de rejoindre tout ce beau monde et fut ébahie par l'incroyable remue-ménage qui se dansait sous ces yeux. Non pas huit, mais douze Nains s'agitaient dans la salle à manger et le garde-manger, emportant avec eux plats, tartes, fromages, viandes, fruits et pintes de bières (à moins qu'il ne s'agisse d'autre chose ?). La vaisselle valsait de mains en mains et les pommes volaient d'un bout à l'autre de la pièce. Les Nains disposaient toutes les réserves de nourriture sur la table tandis que Gandalf aménageait les couverts pour chacun des invités.
La jeune femme ne sut que faire, ni où se placer : attendre pour ne pas participer à ce qui ressemblait à un vaste pillage ou alors aider à mettre la table et ainsi prendre part à ce vol organisé ? Elle assistait aux vas-et-viens de Bilbon qui s'acharnait à récupérer quelques portions de nourriture ou à donner des ordres pour ne pas qu'on ne fêle sa riche vaisselle en porcelaine. D'un autre côté, toutes les effluves de cette bonne chère affolaient ses sens, et ce ne fut que lorsque Bombur passa devant elle avec trois ronds entiers de fromage reluisant d'or qu'elle se décida à épauler Gandalf.
- C'est un livre, pas un sous-verre ! criait Bilbon.
Alors qu'Edlothia déposait un pain entier que le Nain à la barbe rousse lui avait donné – Glóin ? –, un autre arriva avec un plateau en bois : c'était Dori.
- Excusez-moi, prendriez-vous une tasse de camomille ? demanda-t-il à son attention ainsi qu'à celle de Gandalf qui se trouvait non loin.
Avec des gestes précis, il versa de sa main droite un liquide rougeoyant dans une des deux tasses disposées sur le plateau que sa main gauche soutenait adroitement.
- Non, merci Dori. Un peu de vin rouge pour moi, exigea poliment Gandalf avant de s'éclipser ailleurs.
- Et vous, Dame Edlothia ? lui demanda le Nain aimablement.
- Avec plaisir, Monsieur Dori.
Elle ne savait pas trop quel goût avait la camomille, alors c'était une très belle occasion pour pouvoir déguster une nouvelle saveur ! Il lui tendit une tasse et la jeune femme goûta immédiatement : c'était en réalité une tisane. Edlothia fut ravie par la douceur sucrée qui glissait sur son palet.
Elle se terra dans un coin de la salle à manger et reprit son observation. Les Nains avaient pratiquement fini de vider le garde-manger de Bilbon. Ce dernier courrait toujours à droite et à gauche, se faufilant entre ses invités indésirables afin d'éviter un accident sur sa vaisselle : ses habits étaient collés contre sa peau tant son corps ruisselait de transpiration !
Dans l'entrée, Gandalf comptait les Nains sur ses doigts. Les deux premiers dont il prononça les noms étaient inconnus d'Edlothia : Kili et Fili, qui avaient dû débarquer plus tôt dans la soirée. Ils passaient justement devant le Magicien Gris et transportaient un tonneau – sûrement empli de bière ou de vin : ils étaient, à l'image d'Ori, relativement jeunes par rapport à leurs compères. L'un avait les cheveux bruns tandis que l'autre était blond, mais nul doute qu'ils étaient des jumeaux car leurs ressemblances étaient frappantes.
- Il semble qu'un Nain manque à l'appel, marmonna le Magicien Gris dans sa barbe à la fin de son énumération.
- Il est en retard.
Edlothia se hissa discrètement sur la pointe des pieds pour voir qui avait parlé : il s'agissait d'un Nain dont elle ignorait l'identité également. Elle fut immédiatement impressionnée par l'aura intimidante qui émanait de cet homme : il était plus grand que ses comparses, son crâne chauve reflétait la lumière émanant des bougies suspendues et sa barbe sombre renvoyait des chatoiements bleutés. Sa voix était grave et bourrue.
- Il revient d'une réunion de notre clan. Il va arriver, informa-t-il Gandalf avant d'ingurgiter une gorgée de bière dans la pinte qu'il tenait.
Edlothia posa sa tasse vide sur un coin de la table, là où il y avait encore de la place. Le Nain manquant ne pouvait être que Thorin Ecu-de-Chêne car elle ne l'avait toujours pas vu.
Les Nains commencèrent à s'installer autour des deux tables que l'on avait assemblées pour l'occasion, signalant par là-même que le festin pouvait commencer à être englouti. Ils parlaient fort et firent racler sans ménagement les chaises en bois sur le plancher. Edlothia préféra rester aux côtés de Gandalf, et ce fut ainsi qu'elle se retrouva flanquée du vieux magicien et du Nain nommé Óin – si sa mémoire était bonne.
La jeune femme constata rapidement que les convenances de table différaient selon la culture des peuples, car si les Hobbits mangeaient avec douceur pour mieux apprécier le goût des aliments, les Nains dévoraient tout ce que leur main attrapait. La table débordait littéralement de plats richement garnis en viandes, légumes, pommes de terre, boudins et fromages. Il ne semblait pas y avoir d'ordre pour les manger car les Nains avalaient tout ce que leurs doigts agrippaient. Tandis que Gandalf se servait pour le moment de lamelles de fromage, son voisin Óin avait déjà avalé trois parts de viande tranchée.
Edlothia se servit à son tour de tomates et de quelques feuilles de salade. Elle désirait goûter au même fromage que Gandalf, mais le plat était déjà parti à l'autre bout de la table.
- Excusez-moi, Monsieur Óin? dit-elle en se penchant vers lui.
Le Nain se tourna alors vers la jeune femme en enfonçant un drôle d'instrument dans son oreille gauche : cela ressemblait étrangement à… un entonnoir ?
- Que dites-vous ?
- Hm… je voudrais, si cela est possible, le plat à fromage qui est par là-bas, demanda-t-elle en lui désignant une assiettée qui était entre les mains du Nain au visage rieur – elle avait également oublié son nom !
Son voisin s'exécuta aussitôt, comme s'il désirait retourner à son repas le plus tôt possible : il se leva de son siège et tendit le bras à l'extrême, manquant ainsi de donner un coup de poing au Nain chauve et à Dori, situés à la gauche d'Óin. En quelques secondes à peine, là où la jeune femme aurait dû faire le tour de la table pour accéder à son mets, le Nain lui avait apporté l'objet de ses désirs. Edlothia remarqua alors la présence d'un autre Nain dont la blancheur étincelante de sa barbe et de ses longs cheveux dépeignait comme un point immaculé au milieu des habits sombres des Nains l'environnant.
- Merci, dit-elle, souriante, en attrapant le plat donné par Óin.
Elle put enfin de servir deux tranches de fromage et déguster ce qu'elle appellerait son entrée. Au fur et à mesure que sa fourchette faisait le chemin entre son assiette et sa bouche, Edlothia comprit l'engouement des Nains à se jeter sur la nourriture : tout était divinement bon ! Bilbon avait vraiment le don de choisir et d'entretenir la bonne nourriture. La jeune femme était juste peinée que tout son garde-manger disparaisse ainsi dans l'estomac de quatorze convives seulement alors qu'il aurait pu s'en rassasier pour tout l'hiver.
Edlothia enchaina son repas en se fournissant en légumes verts et viande rosée. Plusieurs fois, des boules de fromage ou de pains volaient à quelques centimètres de son visage seulement. Deux bottes en cuir finirent même par apparaitre dans son champ de vision :
- Qui veut une bière ? demandait le Nain blond à la cantonade, marchant et prenant garde maladroitement à ne pas écraser la nourriture étalée sur la table.
La jeune femme avisa alors la silhouette de Bilbon, éloignée de ce repas gargantuesque, dont le visage atterré signifiait clairement qu'il aurait préféré passer une soirée tranquille.
- N'y avez-vous pas été trop fort avec Bilbon ? interpella Edlothia à l'encontre de Gandalf. Il est aussi pâle que les étoiles.
- Il s'en remettra, vous pouvez lui faire confiance, la rassura-t-il. Ce festin est-il à votre goût ?
- Oh oui, bien sûr ! C'en est même gênant d'avaler tous ces plats sans qu'il n'y ait de limite.
- Profitez-en ! s'exclama alors Bombur, assis en bout de table à proximité de Gandalf. Vous avez la peau sur les os : même un troll des montagnes ne voudrait pas de vous !
La blague amusa la compagnie de Nains qui s'esclaffa bruyamment en tapant du poing contre la table. Les joues d'Edlothia s'empourprèrent de honte et de colère : même si se faire ridiculiser ainsi était vexant, elle devait reconnaître que Bombur avait raison. Un coup de vent, et elle se briserait comme un fragile roseau !
Sans prévenir, les Nains se redressèrent pour faire claquer leurs pintes de bière entre elles avant d'en ingurgiter d'un coup sec le contenu. Un silence inattendu emplit la pièce. Le liquide doré s'échappait de leurs bouches et venait se perdre dans leurs barbes fournies. Puis ils abattirent les chopes sur la table… avant d'émettre des rots les plus grossiers et bruyants les uns que les autres. C'était à celui qui durait le plus longtemps, et la récompense revenait à Ori ! On ne pouvait pas dire que leur haleine, mêlée d'alcool et de fromage, fut des plus agréables à sentir ! Les Nains pouffèrent de rire et reprirent le fil de leurs repas comme si de rien n'était. Quant à Edlothia, elle visualisait clairement dans son esprit les récits enchanteurs et pleins d'éloges contés par le voyageur Renar se briser comme un verre lâché sur le sol.
- Qui êtes-vous exactement, Demoiselle ? Je crois que nous n'avons pas eu l'occasion de nous présenter.
C'était le jeune Nain aux cheveux bruns, nommé Kili, installé en face de Gandalf, qui venait de s'adresser à elle. Son visage avait des traits communs avec le lutin, lui donnant ainsi un air farceur plaqué sur la figure.
- Je m'appelle Edlothia, et je suis la disciple de Gandalf, se présenta-t-elle en parlant tout de même relativement fort afin de surpasser le brouhaha ambiant.
- Disciple de Gandalf ! s'exclama-t-il, tout surpris. Déjà que c'est une chose rare de croiser un Magicien, mais en plus une apprentie magicienne ! Et que savez-vous faire exactement ?
La question paralysa Edlothia : que répondre ? L'art de perdre la mémoire, était-ce une réponse correcte ?
- Ceci, Kili, vous le saurez en temps venu, intercéda Gandalf, venant ainsi secourir la jeune femme du naufrage.
- De toute manière, pour être votre élève, je suppose qu'elle doit savoir manier une puissante magie ! s'écria le dénommé Kili.
- Et je vais vous dire de quelle magie il s'agit : la magie culinaire !
La plaisanterie, sortie tout droit de la bouche du Nain chauve, fit à nouveau rire toute l'assemblée, sauf la concernée et Gandalf.
- Tu ferais mieux de ne pas trop la taquiner car elle pourrait te jeter un sort pendant le voyage, lança le Nain au visage enjoué attablé à l'autre bout de la pièce – Bofur, ainsi s'appelait-il !
- Comment ? Vous faites partie de la Compagnie ? s'étonna Kili, ignorant visiblement cette information.
- Oui, c'est exact, répondit la jeune femme d'une petite voix cette fois-ci, ne souhaitant ne pas se faire remarquer davantage.
- Cela se voit à sa tenue, expliqua alors Bofur. On voit tout de suite qu'elle est adaptée aux voyages puisque ce sont des habits tout à fait masculins – même si ce n'est pas courant pour une jeune femme, j'en conviens. Et puis, je suppose qu'elle n'accompagne pas Gandalf le Gris pour rien !
Edlothia lança un regard en biais à Gandalf. Elle n'y connaissait pas grand-chose en matière de mode vestimentaire, mais peut-être le fait que les couleurs soient sombres et qu'elle porte un pantalon, là où les Hobbites dansaient dans des robes en dentelles, soulignaient sa différence. Mais au moins, ses habits avaient le mérite de rendre les déplacements d'Edlothia discrets.
- Vous êtes très perspicace, Bofur, complimenta Gandalf. En effet, Edlothia nous accompagnera au cours de notre Quête.
- Une touche féminine apportera un peu de fraicheur, ce n'est pas plus mal, commenta le jumeau blond, Fili, sourire aux lèvres.
- Une femme n'a rien à faire dans une Compagnie de guerriers ! tonna le Nain chauve, soudain furibond.
- Il est vrai que ce n'est pas chose courante de voir une femme participer à une aventure, quelle qu'elle soit, continua Dori d'un ton calme et sérieux.
- Chose courante ? Cela devrait leur être interdit ! s'insurgea le chauve. La guerre est une affaire d'hommes, de guerriers, pas de maitresses de maison !
Tous les Nains se mirent alors à débattre au sujet de l'utilité des femmes dans la guerre et dans les foyers, criant et s'injuriant en alternance, quand la voix de Gandalf se fit soudain entendre. Les flammes des bougies vacillèrent tandis que l'air devenait glacial autour d'eux : Gandalf s'était levé et une aura sombre l'entourait tout entier, comme s'il avait enfilé un capuchon noir.
- Edlothia a sa place dans la Compagnie au même titre que chacun d'entre vous !
Sa voix n'était plus qu'un grondement, comme le tonnerre dans un ciel nuageux, et semblait émaner d'outre-tombe. Un craquement sourd ricochait contre les murs boisés. La jeune femme se recroquevilla sur sa chaise, désirant disparaitre à tout prix de Cul-de-Sac en ce moment même. Si c'était cela la magie, alors Edlothia préférait largement s'en passer.
Le mutisme scella la bouche des Nains : ils se lancèrent des regards, abordant un air penaud comme l'enfant qui avait dit une bêtise. Le Nain au crâne rasé paraissait néanmoins contenir difficilement des propos cinglants car sa mâchoire était crispée et ses poings serrés. Gandalf se rassit et poursuivit son repas dans l'indifférence la plus totale. Edlothia était très gênée d'avoir été la cause involontaire de cette dispute alors que l'ambiance allait bon train, mais elle était médusée et énervée par toutes ces réactions masculines à l'encontre des femmes. Qu'avaient-ils tous contre elles, à la fin ?
Toutefois, c'était mal connaître l'entrain naturel des Nains : progressivement, les murmures s'élevèrent et l'engouement reprit ses droits. La jeune femme se surprit à apprécier de nouveau les lancers de tomates et de boulettes de pain ainsi que les postillons fusant de la bouche des petits hommes dès qu'une blague faisait rire l'assemblée.
Au bout d'une heure, les plats en porcelaine dévoilaient enfin leur blancheur laiteuse car plus aucune nourriture ne les recouvrait. Edlothia, Gandalf et les douze Nains avaient vidé pratiquement tout le garde-manger sous les yeux accablés de Bilbon. Une partie des invités commença à se lever pour finir tranquillement leurs pintes de bière dans le salon. Le magicien avait proposé à la jeune femme le fameux thé de Sûza, mais elle refusa poliment. Elle se leva à son tour de sa chaise et chercha à rejoindre le Hobbit qui continuait à pourchasser désespérément les Nains.
- Excusez-moi, c'est un napperon, pas un torchon !
Il arracha violemment le tissu en dentelles des mains de Nori et n'apprécia guère la plaisanterie que lui lança Bofur sur un sport nommé le croquet.
- La peste soit ces Nains ! bougonna Bilbon en faisant de grands gestes.
Edlothia s'apprêta à l'aborder quand il bondit sur Gandalf qui arrivait dans la dépendance de la salle à manger.
- Mon cher Bilbon, que diable avez-vous ? lui demanda-t-il d'un ton innocent.
- Ce que j'ai ? Je suis envahi par des Nains, que font-ils ici ? éructa-t-il en serrant les poings.
- C'est une troupe fort joyeuse lorsqu'on y est habitué.
- Fort joyeuse ? répéta Bilbon d'un air outré. Edlothia, trouvez-vous aussi que c'est une troupe fort joyeuse ? Des gens joyeux ont tout de même le respect de l'hôte qui les accueille et de la nourriture qu'on leur sert !
La jeune femme, n'aimant pas trop qu'on la prenne à parti de cette manière, s'éclipsa discrètement, abandonnant son hôte à ses colères elle était d'autre part honteuse d'avoir participé involontairement à ce saccage, mais… l'appel du ventre était plus fort que tout ! Bilbon entraina alors Gandalf dans l'entrée de la maison, pointant du doigt tous les dégâts commis par les Nains des murs jusqu'aux tapis de sol.
Edlothia arpenta lentement la dépendance où avaient trouvé refuge d'autres Nains. Ils contemplaient les objets de décoration possédés par le Hobbit, hochant la tête dans un signe d'approbation et avares de commentaires en tous genres. Elle n'osait pas aborder ces hommes qui, malgré leurs petites tailles, étaient tout de même impressionnants : elle n'avait pas besoin de sa mémoire pour comprendre qu'ils étaient des personnages endurcis et expérimentés que rien ne semblait effrayer. Et ils parlaient tellement forts que s'exprimer en leur présence était difficile ! Toutefois, elle n'était pas dupe quant aux regards incessants que beaucoup d'entre eux lui jetaient.
Elle redressa vivement la tête lorsqu'un des Nains s'approcha d'elle soudainement : c'était le Nain aux cheveux et à la barbe immaculés qui lui donnaient l'apparence d'un sage.
- Je crois que nous n'avons pas eu l'occasion de nous présenter, s'annonça-t-il, un sourire aimable gravé sur son visage. Balin, pour vous servir.
Il exécuta une ravissante révérence en écartant les bras. Elle répondit avec moins de spontanéité, angoissée à l'idée de s'adresser à l'un des Nains les plus intimidants du groupe malgré son vieil âge apparent :
- Edlothia, pour vous servir.
- Agréable soirée, n'est-ce-pas ?
- Oui, très.
- Mais très bruyante ? plaisanta le dénommé Balin en lui faisant un clin-d'œil.
Surprise, elle ne put s'empêcher néanmoins de glousser doucement, couvrant sa bouche du revers de la main. Le Nain à la barbe blanche comprit que cela équivalait à un « oui ». Il fit encore quelques pas vers elle, mains dans les poches. Ils étaient très proches désormais et l'air étrange qu'il avait soudain plaqué sur la figure n'échappa pas à Edlothia.
- J'avoue être quelque peu surpris par ce que j'ai entendu à table. Vous comptez réellement rejoindre la Compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne ? Je ne peux vous cacher qu'il est rare de voir une femme participer à une aventure…
Elle recouvrit dans la seconde tout son sérieux. Elle se concentra sur les mots qu'elle allait prononcer : elle ne devait faire aucun faux-pas et ne pas attirer trop l'attention sur elle, Gandalf le lui avait assez répété, même si elle était piquée au vif par la dernière remarque du Nain.
- C'est exact, Monsieur Balin, répondit-elle en tentant de contrôler au mieux le timbre vacillant de sa voix. Il me semble que Thorin Ecu-de-Chêne m'ait d'ores et déjà acceptée. Et je ne pense pas que mon sexe ait un quelconque impact sur ma participation…
Sa voix s'était faite toute petite sur les derniers mots, comme s'ils avaient eu du mal à sortir. Le Nain la dévisagea un instant, la sondant de ses yeux sombres. Pensait-il, au fond de lui-même, que la présence d'une femme était réellement saugrenue ?
- Avez-vous signé le contrat relatif à cette Quête ?
Ses sourcils roux se levèrent.
- Un contrat ? Non, je n'étais point au courant.
- Alors, je pense que nous devrons nous entretenir au cours de cette soirée, affirma Balin d'un hochement de la tête.
- C'est entendu.
- Etes-vous au courant des objectifs de cette Quête ? Des dangers, des périls que nous risquons d'encourir ?
Edlothia plissa les yeux, suspicieuse. Puis, une illumination éclaira son esprit tandis qu'elle comprenait les véritables attentions du Nain : il était en train de la tester. De la jauger, afin de d'évaluer ses connaissances sur cette Quête, comme si la prochaine adhésion de la « disciple » du Magicien Gris n'était qu'une erreur, un accident à corriger. D'où ses manières agréables à son encontre.
- Si je puis me permettre, Monsieur Balin, je crois en savoir assez sur cette Quête. Vous voulez reconquérir la Montagne Solitaire et tuer un Dragon. Je sais tout cela et m'y suis préparée.
La jeune femme fit de nouveau une révérence, mais une révérence empreinte d'une nouvelle détermination.
- J'espère que vous m'accepterez à ma juste valeur au sein de cette Compagnie et que je vous serai d'une grande aide. De plus, Maître Gandalf me fait confiance et je ne trahirai en rien ses espérances.
Elle essaya de croire à ces dernières paroles même si au fond d'elle, elle n'en pensait pas un mot : elle ignorait si elle était Magicienne mais espérait au plus profond d'elle que cela était vrai. Si les Nains se rendaient compte qu'elle ne possédait aucun pouvoir, ils la rejetteraient davantage. Et elle ne voulait en aucun cas qu'ils refusent sa présence, autrement… elle se retrouverait à nouveau seule. Or, elle avait besoin de cette Compagnie pour voyager en quête de ses souvenirs fragmentés.
Balin sembla cependant convaincu par ses réactions car il opina de la tête, ses lèvres ridées étirées en un fin sourire. Peut-être qu'il changerait d'avis lorsqu'il lui ferait signer ce fameux contrat… Il finit par la quitter en s'inclinant légèrement, lui montrant ainsi qu'il la respectait malgré ses préjugés.
Edlothia savait, au plus profond d'elle, que cette soirée n'était qu'un prélude. Le commencement d'un nouveau départ pour elle. Cette invasion de Nains chez Mr. Sacquet ne signifiait en effet qu'une seule chose : la Compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne allait se former et se préparer à la Quête. C'était une réunion, ni plus ni moins. Un attroupement de Nains à Hobbitebourg ne paraissait pas être une coïncidence car, si elle se rappelait des quelques heures passées auparavant, la carte de Gwaorn Maldwin montrait explicitement que les Nains habitaient dans les montagnes se situant pour la plupart à l'est ou au sud de la Comté.
Ses pensées s'envolèrent brusquement lorsqu'une assiette fila à toute vitesse sous son nez. Puis deux autres. Pourtant dos à elle, mains en l'air, c'était Bifur qui les récupérait sans même avoir besoin de se retourner. La jeune femme fit volte-face : c'était le Nain aux cheveux blonds qui les lançait agilement. Elle entendit alors des tintements de vaisselle provenant de la salle à manger, mais les bruits étaient clairs et rythmés, comme un air que l'on entonnerait. Que fabriquaient encore les Nains ?
- Attention, demoiselle ! criait Fili en poursuivant son lancer d'assiettes et de verres en porcelaine.
- C'était à ma mère ! hurlait Bilbon dans le couloir. Cette faïence du Quartier-Ouest a plus d'un siècle !
Kili jonglait habilement avec des tasses, son jumeau les récupérait au vol. C'était leur manière à eux de débarrasser la table ?
- Arrêtez ! Vous allez les émousser ! réprimanda vivement Bilbon.
Edlothia se décala alors afin de mieux voir ce qu'il se passait, et elle ne fut pas déçue de la scène : tandis que les jumeaux s'envoyaient la vaisselle, les Nains qui étaient toujours attablés croisaient le fer des fourchettes entre elles et tapaient des pieds en rythme.
- On va émousser les couteaux ! lança Bofur d'un ton joyeux.
Et alors, l'impensable arriva : les Nains chantèrent. Mais pas une chanson sombre ou monotone, non : une chanson pleine de gaité et d'espièglerie, ainsi que Bilbon le lui avait raconté dans l'après-midi.
Emoussez couteaux
Tordez fourchettes
Brisez bouteilles
En mille morceaux
Cassez verres et assiettes
V'là ce que Sacquet déteste !
Sur la nappe
Etalez le gras
Laissez les os
Par terre, en tas
Versez le lait sur le sol propre
Que le vin éclabousse les portes
Les pots au court-bouillon
Broyez avec un court bâton
Ceux qui auront résisté
Envoyez-les valser
V'là ce que Sacquet déteste !
Loin d'illustrer la parole par l'acte, les Nains étaient en train de vider la salle à manger de tout son désordre : chantant, dansant, jonglant et valsant, ils envoyaient à une vitesse hallucinante tous les couverts et assiettes dans la dépendance. Gandalf, pipe à la bouche, riait devant les cabrioles effectuées par cette joyeuse troupe. Edlothia fut rapidement emportée par cette incroyable allégresse car elle se mit à siffloter et taper des mains en rythme avec les petits hommes, évitant quelques fois un lancer de tasse ou de couteau et oubliant pour un instant la défiance des Nains à son égard. Bofur avait sorti une flûte et jouait un air en accord avec la chanson.
A la fin, Bilbon débarqua dans la pièce, apeuré de voir sa précieuse vaisselle ébouillantée par les Nains, mais il n'en était rien : il découvrit une pile d'assiettes et de verres soigneusement rangée sur la table tandis que la petite compagnie s'était regroupée et s'esclaffait devant la mine surprise du Hobbit. Gandalf était peut-être le plus satisfait d'entre eux car cela démontrait à Bilbon que ces Nains n'étaient pas si irrespectueux qu'ils en avaient l'air et, exceptionnellement, semblaient même s'accorder avec les récits glorifiants du voyageur Renar… même si Edlothia, quant à elle, avait retrouvé son amertume quant à l'attitude de certains Nains à son égard…
Toc toc toc
Trois coups frappés lourdement contre la porte interrompirent soudainement cette bonne humeur. Les quinze habitants de Cul-de-Sac se tournèrent dans un même mouvement vers la source du bruit tandis que le vieux magicien murmurait :
- Il est ici.
Un voile recouvrit les épaules d'Edlothia : elle savait de qui il s'agissait. Elle savait également que sa nouvelle destinée se jouerait dans les heures à venir… dans la maison de Mr. Sacquet.
Bonjour à tous et à toutes !
Hey, ça y est, nous sommes à l'aube de la Quête pour Erebor ! Je vous remercie à tous, vous qui me lisez et/ou me laissez des commentaires qui me font énormément plaisir. Mes plus chaleureux remerciements vont en particulier à La plume d'Elena, Miki99, Casimirette53, Naewenn76 aliena wyvern, bee-du-06 et PaulinaDragona pour leurs reviews fort chaleureuses, ainsi qu'à Aliister pour m'avoir mise dans ses follows !
Je réponds ici aux anonymes :
bee-du-06 : je te remercie beaucoup pour ton commentaire fort agréable ! Je vois que beaucoup de monde apprécient Bilbon, et il faut dire que l'acteur le rend bien également beaucoup d'entre vous m'ont dit aussi que mon écriture n'était pas lourde et je vous en remercie, car en fait j'avais précisé ce point parce que j'avais peur d'ennuyer les lecteurs… la confiance et moi, ça fait deux XD donc vraiment, merci à vous, cela me rassure beaucoup.
PaulinaDragona : je te remercie pour ton commentaire très sympathique ! Je suis ravie que ma fiction te plaise et j'espère que ça le restera pour la suite ^^ tes encouragements me font chaud au cœur !
Egalement, je précise que je vais faire quelques petites rectifications dans mes anciens chapitres, surtout en ce qui concerne les noms anglais. En fait, je préfère maintenir la version française car ce n'est pas cohérent à mes yeux de faire cohabiter les prénoms anglais et les lieux en français. Donc, je vais tout remettre à neuf donc, si vous voyez encore un Baggins ou Oakenshield traîner, n'hésitez pas à m'en faire part !
Aussi, je vais changer un point très gênant dans ma fic : le passage des sous-vêtements dans le chapitre 6 sur les conseils de Naewenn76 (merci à elle !). Je vais supprimer ce passage, puis, lorsque j'en serai arriver à la moitié de L'Etrangère d'Ennor (dans un petit moment à mon avis ^^), je ferai une réécriture d'ensemble afin de rectifier quelques problèmes ou incohérences qui pourraient resurgir.
Voilà pour les informations générales ! Pensez-vous que les Nains accueilleront Edlothia dans la Compagnie avec un sourire à s'en décrocher la mâchoire ? Ou alors la massacreront-ils avec leurs haches et massues ? (ok, là j'exagère XD). Vous avez ici un petit aperçu du caractère que je réserve aux Nains. Peut-être seriez-vous surpris, mais je ne suis pas prophète, alors vivement… dimanche prochain ? Je ne suis plus sûre en réalité de maintenir le rythme de publication à tous les dimanches, mais ne vous inquiétez pas, car je pense que je n'excéderai pas les deux semaines. Pour le chapitre 9, on peut se dire sans souci à dimanche de la semaine prochaine !
Merci d'avoir lu ! :D
PS: au fait, à chaque fois que je publies un chapitre, les tirets pour les dialogues ne s'affichent pas et je dois tous les remettre. Si quelqu'un sait le pourquoi du comment, je suis toute ouïe :)
