12.
Laissant de côté les interrogations quant au retour impromptu de son père, Skyrone avait fait mettre les petits plats dans les grands aux Cuisines afin de satisfaire les goûts de chacun.
La Nounou faisant jouer Valysse avec une oreille toujours attentive au baby-phone toujours fixé à sa ceinture, Delly avait fini de s'apprêter pour le dîner.
- Toujours aucune idée pour expliquer la présence d'Albator ? fit-elle tandis que Skyrone fixait le collier à son cou.
- Je ne vois vraiment pas en quoi la position d'Aldéran peut justifier que papa soit revenu en catastrophe, et surtout en catimini, avec ce week-end mystère pour couronner le tout ! Je me suis creusé la tête tout le début de soirée. Aldéran n'a, apparemment, aucun souci de santé. Je suis resté en contact avec le médecin su SIGiP et s'il y avait un problème avec le suivi de sa greffe, il me le dirait, sans trahir le secret médical. Non, je ne vois absolument pas…
Il s'approcha de la fenêtre alors qu'Aldéran venait de ranger son tout-terrain sport dans la cour de graviers roses.
- La fête va pouvoir commencer, grommela-t-il sur un ton lugubre.
Le week-end allait être long, l'atmosphère lourde, et il pressentait une catastrophe avant qu'il ne finisse !
D'excellente humeur en revanche, Aldéran s'était tranquillement installé à son appartement, déposant son léger bagage.
Douché, changé, il était ensuite redescendu, se dirigeant vers la terrasse face aux piscines en paliers où aurait lieu le repas.
- Qu'est-ce que tu fiches là, toi ? !
- Merci pour l'accueil, ça fait chaud au cœur, rétorqua légèrement son père. Et, jusqu'à preuve du contraire, ce domaine appartient à ta mère et moi !
- C'est trop de bonté que de nous laisser y poser les pieds, ironisa encore Aldéran en s'asseyant sur une banquette-balançoire, Torko préférant demeurer près des portes-fenêtres, dans l'ombre, son pelage noir n'appréciant guère les rayons d'un soleil trop intense.
- Oui, je trouve aussi… Il va falloir que nous révisions le règlement d'ordre intérieur !
Aldéran éclata de rire alors que Skyrone et Delly venaient les rejoindre.
Mais contrairement aux appréhensions de l'aîné, les discussions avaient été légères durant le repas, la bonne humeur de mise.
Cependant, Aldéran n'avait pu attendre plus pour laisser son naturel reprendre le dessus.
- Si tu prétends qu'on te manquait, je ne te croirai pas ! lança-t-il sur un ton néanmoins toujours amusé. A la rigueur, si tu évoques tes petites-filles…
- Je crois que tu es le mieux placé pour deviner… Cette vague de massacres, qui portent une signature bien particulière…
- Ne me dis pas que le Général Grendele t'a fait part de son délire : Kwendel toujours vivant ?
Albator inclina positivement la tête tandis que devant le regard interloqué de Skyrone, son cadet rapporta les massacres des dernières semaines.
Skyrone sentit alors le sang se glacer dans ses veines alors qu'il commençait à envisager l'impensable tout en lisant cette vérité dans le regard de son père !
- Ridicule ! aboya Aldéran. Ce sujet a été clos avec mon général. Je ne vais certainement pas le rouvrir avec toi ! siffla-t-il à l'adresse de son père. Kwendel est mort, et nous le savons tous pertinemment !
La Roseraie était silencieuse. Les projecteurs de l'extérieur étaient désormais les principales lueurs sur le domaine.
Demeuré dans la bibliothèque, Albator s'était perdu dans ses pensées, réfléchissant à ce qui l'attendait au cours des heures à venir.
« Je sais ce que je dois faire… Mais comment vais-je bien pouvoir m'y prendre ! ? Aldie, tu n'as aucune idée, aucun soupçon. En revanche, je suis certain que Kwendel a compris et qu'il va tenter quelque chose pour m'échapper ! J'ai fait verrouiller les grilles, tu ne pourras pas passer ! ».
Il y eut quelques infimes sifflements, un vase vola en éclat, le coin du dossier en bois du fauteuil explosa, des trous et un peu de fumées marquèrent des livres et le tapis alors que en un fulgurant réflexe Albator avait bondi hors de son fauteuil pour s'abriter un instant derrière une colonne.
Non seulement pris pour cible dans sa maison, le pirate avait aussi la désagréable surprise d'être sous les tirs de son propre cosmogun !
13.
" Si seulement je n'avais pas relâché mon attention au lieu de laisser mon esprit vagabonder... "
Albator ne put retenir une grimace à la vue de la veste posée sur le dossier du siège qu'il venait de quitter, le cosmogun de Toshiro dans l'une des poches, hors de sa portée !
« Pourquoi j'ai jamais songé à dissimuler une arme dans un de ces vases ! ? ».
Braquant toujours son père, de son cosmogun, Aldéran – ou plutôt Kwendel - s'avança.
- Tu es le seul à pouvoir m'arrêter.
- Je suis le seul à pouvoir te sauver !
- Ca revient au même, et tu m'as déjà mis à terre une fois avant de me livrer à ces chirurgiens qui m'ont tué avant de m'ôter le cœur ! éructa Kwendel. Moi, je vais transpercer le tien ! Tu
penses vraiment avoir une chance contre moi ?
- J'ai toujours su me sortir des pires situations !
- Comment ? Tu vas me lancer un pot de fleurs, une petite table dans les jambes, essayer de trouver de la poussière à me balancer dans les yeux, … ? Non, tu es fichu, vieux débris !
- Je ne suis pas seul !
- Ah oui ? s'étonna Aldéran avant de voir tout se brouiller et de s'écrouler.
- Sky ? fit pour sa part Albator à l'adresse de son aîné.
- J'ai dû agir dans l'urgence, te voyant dans cette situation, s'excusa presque Skyrone en ôtant la capsule du pistolet à tranquillisant dont il venait d'user.
- Que lui as-tu injecté ?
- Un solide sédatif. Il va être KO quelques heures… Papa, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce qu'Aldéran… ?
- C'est long à t'expliquer…
- On a du temps, là…
Alors que Torko allait et venait, ignorant comment réagir, incapable d'attaquer les proches de son maître qui l'avaient pourtant agressé, Albator s'assit, décontenancé, dépassé aussi, n'ayant toujours pas réalisé même s'il savait depuis plusieurs jours.
- Kwendel a pris le contrôle de son jumeau !
Skyrone glissa et boucla la ceinture de sécurité autour de son cadet qui était toujours plongé dans un profond sommeil.
- Sois sans crainte, il dormira jusqu'à ce que tu rejoignes l'Arcadia. Tu es sûr de ne pas avoir besoin de moi ?
- Doc Ban prendra le relais, ne t'inquiète pas.
- Si, je me tracasse… Sois prudent, mon papa !
- Aïe ! Qu'est-ce que tu as fait ? rugit Aldéran en se libérant de l'étreinte de son père et en se redressant sur le lit de l'appartement qui occupait le château arrière de l'Arcadia.
- Saharya, la Magicienne m'a confié ce bracelet de contrôle, il va contenir la part maléfique en toi et me permettre de t'amener à elle.
Aldéran fixa l'anneau lumineux qui cerclait désormais son poignet droit tandis que ses prunelles retrouvaient leur sérénité.
- Qu'est-ce qui m'arrive ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Jusqu'à présent, rien de trop grave. Détends-toi, on a un petit voyage à faire !
- Où ça ? questionna un peu étourdiment le jeune homme.
- Nous allons au château-bulle de Saharya !
- Qui ?
- Saharya, la Magicienne Blanche.
- Elle va pouvoir m'aider ?
- Elle le prétend, en tout cas.
