Les jours suivants furent parmi les plus durs à vivre pour l'ensemble de la cour. Une atmosphère pesante régnait dans le château, la rupture était de notoriété publique vu le nombre de personnes qui avaient assisté à la scène où il avait demandé à May de partir. Et depuis le jour où la jeune femme avait réapparu, ils s'évitaient soigneusement engendrant des tensions chez toutes les personnes les côtoyant. Uther était la plupart du temps d'une humeur massacrante, laissant ses plus mauvais côtés refaire surface. Il ne parlait que quand cela était nécessaire, laissait son fils gérer une grande partie des affaires courantes du royaume, alors qu'il passait de plus en plus de temps seul à ruminer dans ses quartiers.
May avait négocié avec Gaius de modifier ses tournées pour ne plus être en contact direct avec Uther, privilégiant les visites en dehors du château. Elle ne partageait plus ses repas avec le Roi mais restait avec Gwen, Gaius ou Merlin. Cette situation la meurtrissait au plus profond d'elle-même, elle aimait toujours Uther mais il lui avait tellement fait de mal qu'elle était incapable de lui pardonner, sachant qu'en plus il ne lui avait jamais fait d'excuses…
Une semaine après le retour de May…
Un soir, Uther dinait avec Arthur et Morgane. Et comme tous les soirs depuis une semaine il ne décrochait pas une parole, avait le visage fermé, son regard éteint. Morgane commençait à en avoir assez de ses humeurs, elle le pratiquait depuis qu'elle avait dix ans, là elle était adulte et semblait être la seule à oser lui parler quand il était dans cet état. Tous les autres, même Arthur et Gaius le fuyait courageusement.
- Cela va-t-il durer encore longtemps ? demanda-t-elle en le fixant de ses yeux bleus profonds.
- Peux-tu préciser le sujet ? dit Uther en ne quittant pas son assiette des yeux.
- De vous et May ! Vous allez restés encore longtemps comme ça à vous ignorer ?
Uther daigna lever son regard vers sa pupille et la toisa hautainement, commençant à sentir une pointe d'agacement naître en lui, comme à chaque fois qu'il savait que Morgane ne lâcherait pas si facilement.
- Ce ne sont pas tes affaires, dit-il d'une voix aussi calme que possible.
- Au contraire, cela pèse sur tout le monde.
Le Roi allait répondre quand Arthur le prit de cours.
- Elle a raison, Père. Votre comportement entraine une ambiance lourde dans tout Camelot. Alors qu'il suffirait de ….
- De… ?
Uther le fixait avec intérêt, qu'allait-il encore pouvoir lui soumettre comme idée insensée. Mais son fils n'osa pas terminer sa phrase, conscient que cela allait mettre le Roi hors de lui.
- De vous excuser !
- Pardon ? De m'excuser ? Pourquoi je m'excuserai ? Je n'ai rien fait qui nécessite de quelconques excuses.
L'intonation définitivement agressive sur laquelle il avait répondu fit sortir Morgane d'elle-même. Elle se leva en même temps qu'elle répondit.
- Pourquoi ? Vous l'avez traitée comme une moins que rien, lui jetant à la figure votre statut de Roi. May partage votre vie, ce n'est pas comme si vous ne la connaissiez pas. Vous lui avez manqué de respect ! Vous lui avez demandé de partir ! Je pense que ce sont des raisons suffisantes pour vous excuser, c'est le minimum que vous puissiez faire !
Uther se leva à son tour pour lui faire face, n'aimant pas se faire dominer physiquement par quelqu'un. Arthur assistait à l'échange, habitué à ces accrochages entre son père et Morgane, après tout elle était la seule qui lui tenait tête dans tout Camelot. La seule avec May, bien sûr. Et il savait comment cela allait finir, Uther allait perdre patience et la renvoyer dans ses quartiers ou pire aux fers. Cela n'allait pas être la première fois ni la dernière.
- Si quelqu'un doit faire des excuses, c'est elle !
- Père ! arrêtez…
- Vous délirez ! May ne vous a rien fait. Elle…
Mais Uther était réellement en colère contre Morgane, il ne lui laissa pas le temps de répliquer, opposant une main à Arthur, lui signifiant que cela n'était pas ses affaires et qu'il devait se taire.
- Elle m'a tenu tête en public, à oser me contredire ! Je suis le Roi ! Je ne m'excuserai pas !
- Voilà qui répond à ma question…
Tous tournèrent la tête vers l'endroit d'où venait cette intervention et virent May qui se tenait debout à quelques mètres d'eux. Elle était seule, plantée devant eux et les fixait avec chagrin.
- J'étais venue parler, mais …visiblement il n'y a rien à dire.
Elle tourna les talons et sortit de la salle rapidement.
- Faites quelque chose ! dit la pupille du Roi à son tuteur.
Le Roi resta pétrifié, conscient qu'elle avait entendu leur « conversation » avec Morgane. Il avait encore une fois vu des larmes couler sur les joues de May, des larmes qu'il avait provoquées. Mais une nouvelle fois, il était incapable de sortir la moindre excuse pour elle.
- Vous êtes naturellement idiot ou vous le faites exprès ? lança Morgane à Uther en se jetant à la poursuite de son amie.
Morgane rattrapa la médecin dans la cour du château.
- May ! attends.
- Morgane, dit-elle en se tournant vers elle. Tu n'as pas à faire ça.
- Uther est un idiot. Il faut bien que quelqu'un lui dise, non ?expliqua-t-elle
- Tu prends des risques inutiles pour moi. Je ne veux pas qu'il te châtie par ma faute.
Morgane remarqua malgré la pénombre à quel point May avait été blessé encore une fois par l'attitude de son tuteur.
- Uther et moi, c'est une longue histoire. Je ne t'ai pas attendue pour m'accrocher avec lui…sourit Morgane en essuyant une des larmes de son amie.
- J'apprécie que tu prennes ma défense, mais arrête. Cela finira mal.
- May...
- Morgane je sais que tu veux m'aider, mais je ne veux pas que tu aies des ennuis. S'il te plait promets-moi que tu ne t'opposeras plus à lui de la sorte pour moi.
- May, tu ne peux pas me demander cela.
- Si je te le demande. Promets-le.
Morgane souffla longuement, et prit son amie dans les bras.
- Je te le promets.
Deux jours plus tard…
Quelqu'un frappa à la porte, deux coups brefs mais assez forts. Gwen alla ouvrir la porte et se figea en une attitude clairement hostile en découvrant le visiteur. Uther. Il nota le comportement inamical de la servante, il s'y était attendu en réalité, parfaitement conscient que les amis de May, et ils étaient nombreux le tenait pour responsable de la situation et de la peine de leur amie.
- Sire.
- Gwen. Je sais qu'il est tard, mais j'aimerais parler à May.
Gwen était surprise que le Roi ait fut le déplacement jusqu'à sa maison, dans la ville haute. Le Roi ne sortait que rarement de son château.
- Elle ne veut pas vous voir, répondit sèchement la servante.
Gwen se tenait sur le pas de sa porte, n'ayant en aucune manière incité Uther à entrer chez elle. Il était peut-être le Roi, mais elle était chez elle. Il ne bougea pas, restant immobile devant elle.
- Demande-le-lui, s'il te plait.
- Non. Elle a été très claire à ce sujet…
Gwen se retourna en sentant une main se poser sur son épaule. Elle vit May qui s'était levée.
- Laisse, Gwen.
- May ? insista la jeune servante.
- Ça va aller, ne t'inquiète pas.
Elle jeta un dernier regard foudroyant à Uther avant de disparaître à l'intérieur de la maison. May s'avança devant la porte, la refermant derrière elle. Elle lui parlerait donc dehors.
- Que veux-tu ?
- Je suis venu te demander de revenir au château.
Elle leva un sourcil surprise à sa requête.
- Vraiment ? Pourquoi je ferais cela ?
- Je pense avoir compris le message. Tu me manques, et cela me fait tellement mal que je n'arrive plus à me concentrer sur quoique ce soit, je ne fais que penser à toi. Je ne suis plus moi-même…
May ferma les yeux en écoutant sa tirade qu'il avait dû répéter avant de venir ici.
- Je crois que tu n'as pas saisi, Uther. Tu es venu ici parce que tu souffres, et non parce que tu m'as fait souffrir. Tu es juste venu pour soulager ta peine, rien de plus.
- May, je t'aime, j'ai besoin de toi.
- Je le sais, et je t'aime aussi mais tu dois prendre conscience de ce que tu m'as fait. Tu m'as brisé le cœur, pas seulement avec tes mots, mais aussi avec tes actes. Je veux des excuses, et des excuses sincères.
Uther se redressa alors, il venait de comprendre qu'elle ne reviendrait pas. Il laissa son regard se perdre dans les yeux bleus de sa « compagne », elle lui manquait tellement, il était persuadé que le fait qu'il vienne lui demander, non la supplier de revenir serait suffisant. Mais il n'en était rien, la situation était bien plus désespérée qu'il ne l'avait pensé.
- Bonne nuit Uther.
Et sur ces paroles elle regagna l'intérieur de la maison de Gwen, laissant le Roi seul devant la porte close.
Gwen observa son amie entrer et la vit s'appuyer le dos contre la porte en soupirant. Elle s'approcha d'elle et comprit qu'elle pleurait silencieusement, la détresse se lisant clairement dans ses yeux. Elle avait tenu devant lui, mais craquait maintenant qu'il n'était plus là pour l'observer.
- May.
- Tu avais raison, Gwen, je n'aurais pas dû lui parler. Ça me fait mal de le voir, il me manque.
- Je sais.
Elle prit May dans ses bras, et la sentit fondre en larmes contre son épaule.
- Est-ce qu'il s'est excusé, au moins ? demanda Gwen d'une voix aussi douce que possible.
- Non.
- Il le fera, il a juste besoin de temps pour réaliser. Tu sais, je suis déjà surprise qu'il soit venu jusqu'ici pour te parler. Il tient à toi, May.
La médecin s'écarta de Gwen pour la regarder, elle lui apportait un réconfort indispensable, sans lequel elle n'aurait pas tenu plus de quelques heures dans cette situation. Pourquoi se sentait-elle si mal en ce moment ? Elle mourrait d'envie de rejoindre Uther et de le serrer contrer elle, mais il l'avait blessée. Et quand elle repensait à ce qu'il lui avait dit, elle ne désirait soudain plus le rejoindre… C'était ce double sentiment contradictoire qui la consumait.
