Ichigo ouvrit un œil, puis un deuxième. Le réveil n'avait pas encore sonné, il s'était endormi à deux heures et demie du matin par terre, mais il pétait la forme.

Tiens, c'est bizarre, il s'était endormi par terre et il se réveillait dans son lit... et en excellente compagnie qui plus est : Rukia s'accrochait à son bras, et l'empêchait de se lever.

- D'accord, sur ce coup, les rôles sont inversés, marmonna-t-il. Mais je vais quand même pas la baffer pour la réveiller... si ?

Il entreprit de détacher les doigts de son amie un à un, et parvint, après cinq bonnes minutes à dégager son poignet. Il se glissa ensuite au bout du lit, et la regarda dormir.

Elle semblait tellement fragile dans son sommeil ! Elle avait l'air d'une petite fille, emmitouflée dans ses vêtements trop grands.

Il l'a prit doucement dans ses bras et la déposa dans son placard avant de refermer la porte pour se changer. Une fois fait, il décida de l'attendre avant de l'aller manger, et essaya de nouveau de la voir par son reiatsu.

Il ferma les yeux, et se concentra sur la petite silhouette qu'il devinait derrière la porte.

Rukia émettait des ondes positives, rassurantes. Il était tellement concentré que son reiatsu dérapa, et il se retrouva en contact avec celui de son père, qui écoutait - comme à son habitude - à la porte.

Il eut un mouvement de surprise. Son père avait un reiatsu énorme, il en ressentait la force jusque dans sa chambre, mais également très contrôlé. Il n'en laissait pas plus échapper que ce qu'il fallait. Alors qu'il sentait Yuzu et Karin, dans la chambre à côté, en laissant suinter sans aucun contrôle. Mais où son père avait-il appris à canaliser son énergie spirituelle ?

- à la Soul Society, dit une voix bourrue qui lui semblait lointaine, même s'il sentait son propriétaire tout proche.

Ichigo ouvrit brusquement les yeux.

- Hein ?! D'où tu connais la Soul Society, Papa ?!

- Rukia, je sais que tu dors pas, tu peux te montrer, je vais pas te manger.

La porte du placard s'ouvrit, et une Rukia un peu échevelée en sortit.

- Là, Papa, je vais avoir besoin d'une explication.

- Tu l'auras. Ce soir. On en reparlera quand tu reviendras du lycée. Vous allez finir être en retard.

Isshin ne semblait pas contrarié, ou furieux ; il avait perdu son exubérance habituelle, et arborait – pour la première fois depuis la mort de sa femme – un air sérieux.

Rukia obéit aussitôt, et se prépara à aller dans la salle de bains se changer, quand Renji fit son apparition à la fenêtre.

D'un mouvement las, Ichigo lui ouvrit, et le Shinigami se glissa dans la pièce.

- Vous ne pourriez pas utiliser la porte, comme tout le monde ? s'impatienta Isshin. J'aimerais quand même bien savoir qui débarque par ta fenêtre, Ichigo. Et j'ai ressenti plusieurs reiatsu puissants ces derniers temps. Des Shinigamis en mission ? ajouta-t-il à l'attention du Vice Capitaine aux cheveux rouges.

- Euh... oui, monsieur, balbutia Renji, surpris que le père Kurosaki puisse le voir. Je leur dirais.

- Merci. Bon, Ichigo, je sens que tu vas pas aller en cours aujourd'hui. Ni pour un petit moment, donc essaie de me revenir entier. Pour tes sœurs.

Il tourna les talons et s'en alla en fermant la porte.

- Ton père peut nous voir, Ichigo ? s'exclama Renji. Je savais pas, moi !

- Moi non plus, figure-toi. Ça me surprend autant que toi. Mais... qu'est-ce que tu fais là ?

- Urahara m'a envoyé vous chercher. Le portail a été activé en moins de temps qu'il ne le pensait. On est prêts à partir.

- Maintenant ?!

- Oui, venez à la boutique, vous laisserez vos corps là-bas.

- Ok, merci, Renji.

- Au fait, demanda soudain le Shinigami, qui s'apprêtais à ressortir par la fenêtre, qu'est-ce que tu fiches avec ses fringues, Rukia ? Isshin est arrivé à l'improviste, c'est ça ?

Rukia et Ichigo devinrent rouge en moins d'une seconde – ça commençait à devenir une habitude !

- Non, mais hier soir, après sa douche...

- C'est bon, passe-moi les détails ! râla le Shinigami aux cheveux rouges, qui sentait une colère sourde monter en lui envers ce fichu Shinigami remplaçant. J'arrive très bien à imaginer sans que tu me fasses de dessin...

- Mais c'est pas ce que tu crois ! s'écria Ichigo.

- C'est ça, c'est ça, c'est ce qu'ils disent tous... Bon, c'est pas tout, mais quand faut y aller, faut y aller ! J'en porte un sur mon dos, où vous vous débrouillerez sans moi ?

- On devrait y arriver.

- Et il faut que je passe quelque part, ajouta Ichigo, qui venait de se souvenir de quelque chose.

- Ah bon ? Où ça ?

- Ça ne te regarde pas. On se retrouve chez Urahara.

Il le poussa sans ménagement par la fenêtre et la referma.

- On va où ? lui demanda Rukia, qui semblait perplexe.

- Il faut qu'on récupère Keigo et Mizuiro. Qu'on leur explique, et qu'on sache s'ils peuvent nous être utiles.

- Ah. D'accord, allons-y.

Ils dévalèrent les escaliers en courant, et ne s'arrêtèrent même pas pour manger un morceau. Ils enfilèrent chacun un paire de baskets et coururent aussi vite qu'ils le purent jusque chez Keigo, et virent Ikkaku et Yumichika sortir de l'appartement, toujours dans leur Gigaï. Ils n'avaient pas pris le risque de laisser les Mod Soul ruiner le peu de réputation qu'ils avaient réussi à obtenir. Ils attrapèrent Keigo par le poignet, et après un briefing plus que bref – « viens avec nous ! » - ils se rendirent chez Mizuiro. Heureusement, ils n'eurent pas à l'appeler, car il sentit leur reiatsu, et descendit aussitôt.

Toujours sans s'arrêter, ils se ruèrent chez Urahara, qui se demandait – surtout après avoir écouté Renji – ce que pouvaient bien mijoter Kurosaki et Rukia.

Quelle ne fut pas sa surprise de le voir débarouler avec ses deux meilleurs amis. Keigo et Mizuiro semblaient se demander ce qu'ils faisaient là.

En effet, autour de la table se trouvait toute la petite clique des Shinigamis, avec Ishida, qui semblait désapprouver sa présence ici, Chad, toujours aussi impassible, et Inoue, qui les regardait avec des yeux ronds comme des ballons. Ces trois-là semblaient parfaitement savoir ce qui se passait. Les deux nouveaux, en revanche, l'ignoraient totalement.

- Ah ! s'exclama Urahara Kisuke en déployant son éternel éventail devant son visage. Renji nous a tout raconté, Kurosaki-san...

« Et merde, y pouvait pas la fermer, pour une fois, ce hérisson ?! » pensa Ichigo en songeant à étriper Renji au sens propre du terme à la première occasion.

- C'est vrai, Ichigo, renchérit Yoruichi avec un petit sourire en coin, comment se fait-il que Rukia porte tes vêtements ?

L'intéressée rougit aussitôt, mais ne répondit pas et s'assit en silence.

- Alors, Ichigo ? lança Mizuiro avec un œil inquisiteur. Tu vas continuer à me dire qu'il n'y a rien entre Kuchiki-san et toi ?

- Continuer ? s'exclama Urahara en refermant son éventail d'un geste sec. Comment ça ?

- Hier soir, ils étaient troooooooop craquants, se pâma Keigo en faisant des mimiques encore plus débiles que d'ordinaire. Ils étaient enlacés près du fleuve... tous mouillés... on se serait crus dans un film romantique...

- Keigo, siffla Ichigo qui était à deux doigts de péter les plombs, as-tu le moindre idée de ce qu'est le romantisme ?

- Bien sûr que non, voyons, lança son « ami » en haussant les épaules. Mais ça sonnait bien, alors...

- Bon sang, mais qui m'a fichu des ânes pareils ?! Vous êtes presque pires que mon père ! finit par exploser le jeune homme aux cheveux roux. On est ici pour parler de ma vie sentimentale ou de l'enlèvement de Tatsuki ?!

La remarque jeta un grand froid. Effectivement, le problème Tatsuki était resté en suspens.

- Ainsi, elle a bien disparu, dit Mizuiro en s'asseyant, bientôt suivi par Ichigo et Keigo.

- Oui. Ils ne vous ont pas raconté ? demanda Kisuke.

- Non, ils ont dit qu'ils y réfléchiraient. Je vois que ça a été rapide.

- Mais eux ne nous ont pas dit pourquoi ils vous ont amené ici, ajouta Yoruichi.

- Mizuiro et Keigo ont eu la même réaction que Chad, Tatsuki, et Inoue en étant proche de moi, expliqua Ichigo. Apparemment, Mizuiro peut sentir les émotions à travers le reiatsu... c'est ça ?

- En gros. C'est compliqué à expliquer. On va dire que je ressens les sentiments, les questionnements, lorsque je sens l'aura des gens qui m'entourant. Ça fait un petit moment que j'y arrive, mais ça n'a jamais été aussi net qu'avec vous... les...

- Shinigamis, termina Byakuya de sa voix basse et atone.

- Vous êtes bizarre, vous, ajouta Mizuiro en se tournant vers le Capitaine. Votre aura est impressionnante, mais j'ai du mal à vous sentir. Je suppose que, à l'instar de ce masque d'impassibilité, vous dissimulez les sentiments les plus forts de votre aura. C'est dommage. J'aime bien connaître un peu la personne avec laquelle je parle. Mais je pense qu'avec un peu d'habitude...

- Navré pour vous, répondit Byakuya, qui semblait penser tout le contraire.

Seuls Renji et Rukia, qui le connaissaient bien, décelèrent l'infime lueur d'amusement qui dansait au fond de ses yeux bruns et froids.

- Mais comme vous, ajouta Mizuiro, je me demande qu'elle est la capacité de Keigo.

Là, Byakuya haussa un sourcil, ce qui équivalait, pour le commun des mortels, à une expression de franche surprise, avec les yeux écarquillés, la mâchoire qui se décroche, et en option, le petit bond de vingt centimètres. Ce gamin était doué.

- Je ressens aussi les interrogations, lui rappela Mizuiro. Pas seulement les émotions.

« Et zut, pensa le Capitaine. En plus des émotions, il va falloir que j'arrête de me poser des questions. Ça va être sympa... il faut que je me méfie de ce gamin... »

- Vous allez y arriver, dit Mizuiro en répondant à la phrase silencieuse de Byakuya. Vous avez déjà une maîtrise impressionnante de vos émotions. Et mon rayon d'action est quand même limité...

- Vous pouvez aussi lire dans les pensées ?! s'étonna le Capitaine.

- Non, mais vos pensées sont reflétées dans votre aura. Je ressens que vous êtes perturbé, inquiet, en colère,...

- Je crois que c'est bon, souffla Byakuya, qui n'avait pas envie que toutes ses émotions, qu'il avait mis tant de temps à maîtriser, étaient étalées sans aucune gêne par

ce gamin qu'il ne connaissait pas.

- Moi aussi, renchérit Ichigo, qui commençait à avoir des sueurs froides.

Il ne tenait pas à connaître tous les sentiments du Capitaine le plus froid du Seireitei. Il savait que Byakuya le haïssait, et ne tenait pas à en savoir d'avantage.

- C'est vrai ! s'exclama Urahara en déployant de nouveau son éventail pour cacher son visage.

- Il faut qu'on parte pour le Hueco Mundo maintenant, ajouta Inoue. J'essaie de ne pas imaginer Tatsuki entre les mains d'Aizen, d'Ulquiorra, et de Grimmjow.

- C'est un problème, en effet, car elle ne sait rien d'Aizen, de sa trahison, et de ce qu'il compte faire du Hogyoukou. Elle est plus vulnérable que quiconque. Mais un autre point me perturbe, et votre ami vient de le soulever...

Tout le monde se tourna vers lui avec de grands yeux étonnés.

- Que fait votre autre camarade?

Là, dans un mouvement parfaitement synchronisé, toutes les têtes firent face à Keigo, qui se recroquevilla sur lui-même.

- C'est vrai, ça, dit Ishida. Qu'est-ce que tu peux faire, toi, Keigo ?

- Euh... Ben...

Pour une fois, Keigo avait perdu son exubérance. Il était pâle, son sourire avait disparu, et il avait baissé la tête.

- Je ne pense pas que le pouvoir d'Asano-san dépasse la simple capacité de voir les Shinigamis, dit Mizuiro. Son aura est différente de celle d'Orihime-chan ou Sado-san. Quand à celle d'Ishida-san, je n'en parle pas.

- Bon, alors Keigo restera ici. Nous, on doit y aller, renchérit Inoue.

Pour une fois, c'était elle qui était prête à foncer tête baissée, car le souvenir de sa capture par Aizen et Ulquiorra était encore très présente dans son esprit, et elle ne souhaitait rien de tout cela à son amie.

- Je suis d'accord avec Inoue, ajouta Ichigo. On y va.

- Je viens ? demanda Mizuiro.

Ichigo s'apprêtait à répondre, mais Urahara le devança :

- Mauvaise idée. Ton pouvoir est passif, tu ne peux pas attaquer ou te défendre. Tu es dépendant des autres. Mais ton don est intéressant, je me pencherais dessus.

Bien que visiblement peiné, Mizuiro n'ajouta rien.

- Vous venez aussi ? demanda Ichigo aux Shinigamis présents autour de lui.

- Oui, répondit Hitsugaya de sa voix grave. Le commandant Yamamoto a autorisé notre venue dans le Hueco Mundo, et le capitaine Kuchiki a obtenu une dérogation pour nous accompagner. En attendant, la ville de Karakura sera sous la responsabilité d'un autre Shinigami.

- Qui ?

- Je ne sais pas. Il ou elle devrait arriver peu après notre départ. Urahara est chargé de l'intérim au cas où. Il est autorisé à utiliser son Zanpakutôh si des âmes sont en danger.

Ichigo acquiesça, puis se leva, imité par tous les autres.

Les Shinigamis allongèrent leurs corps – artificiels ou non – dans une petite pièce à l'écart de la boutique, puis se dirigèrent vers la salle d'entraînement souterraine de Urahara.

Ils se rassemblèrent devant deux madriers qui semblaient plantés dans les rochers, et laissèrent l'homme au bob s'occuper d'ouvrir le portail.

- Marchez tout droit en concentrant votre reiatsu, et vous arriverez au Hueco Mundo sains et saufs. Bonne chance !

Il prononça quelques mots, et une sorte de bouche noire et béante s'ouvrit dans le vide. D'un pas résigné, tous les Shinigamis, Ichigo, Inoue, Chad, et Ishida y plongèrent, et le portail se referma.