NA : Petit quiz : saviez-vous qu'au Québec la période des suppléances dans les écoles commençaient au début de novembre alors que la période des premiers bulletins des élèves coïncide avec la saison du début du rhume et de la grippe? C'est exactement pour cette raison (positive pour moi, négative pour les fanfictions) que je n'ai pas été très disponible pour l'écriture ces dernières semaines. Je tiens donc à m'excuser pour le délai. Merci de votre compréhension.


Parallèles et remerciements

Depuis sa naissance, le temps que j'avais pu passer avec Parker avait toujours été limité. Entre les querelles avec sa mère et les enquêtes, souvent je ne pouvais le voir qu'une fin de semaine sur deux, parfois encore moins que ça. Il y a même eu un temps où il s'est passé plusieurs mois sans que je ne le voie; pas un des moments des plus glorieux de ma carrière de père, je dois l'avouer.

Il y avait plusieurs avantages à être devenu le directeur-adjoint aux homicides du FBI : un bien meilleur salaire, beaucoup moins de risque de se faire tirer dessus, l'idée de savoir Bones – qui refusait de travailler avec un autre agent du FBI – toujours en sécurité au labo pendant qu'elle envoyait ses internes sur les scènes de crime, mais avant tout, beaucoup plus de temps pour faire exactement ce qu'il faisait ce jour-là. Lancer la balle avec son fils de seize ans pendant que Bones surveillait les plus jeunes qui jouaient dans le parc était devenu une tradition familiale. À chaque samedi, si la météo le permettait, nous préparions un pique-nique que nous allions manger au parc qui se situait tout près de chez nous.

Attrapant du bout du gant une balle rapide qui aurait pu être extrêmement douloureuse, je me demandai comment mon ado avait pu vieillir aussi vite. J'approchai mon fils, un sourire au coin des lèvres.

« Peux-tu me dire où est-ce que tu as appris à lancer comme ça?

- C'est toi qui m'as enseigné!

- Nah! Je t'ai enseigné plusieurs trucs dans ma vie, mais jamais je ne t'ai montré à lancer la balle comme ça! Je ne le sais même pas moi-même; il faudra que tu me montres comment tu fais ».

Il resta silencieux un bref instant, le temps de regarder son frère et sa sœur s'élancer dans le module de jeu poursuivis par Bones qui riait à gorge déployée avec ses enfants. Je l'entendis prendre une grande respiration avant de diriger son regard vers ses mains.

« P'pa, qu'est-ce qui est arrivé avec Hannah?

- Pardon?

- Hannah, ta copine avec qui tu es resté quand tu es revenu d'Afghanistan.

- Je me souviens.

- Comment t'as dit à Hannah que tu la quittais pour Bones?

- QUOI? Je me retournai vers mon fils, surpris par sa question. Mais d'où sors-tu un truc pareil? Qu'est-ce qui peux te faire croire que j'ai dit ça?

- Un jour, tu habites avec ta copine et le lendemain, Bones est enceinte et c'est toi qui es le père. J'étais peut-être jeune, papa, mais je n'étais pas stupide. Je savais que pour faire un bébé, il fallait coucher ensemble. Si je compte bien, le moment où Bones est tombée enceinte n'est pas très éloigné du moment où Hannah est disparue. J'ai donc assumé que tu l'avais quittée pour être avec Bones. C'est logique; tu as toujours aimé Bones plus que n'importe qui ».

Je pris un moment pour le regarder, n'arrivant pas à croire que j'avais cette conversation avec lui. Le cri des plus jeunes pouvaient se faire entendre au loin, mais pour un bref instant, toute mon attention était dirigée vers mon ainé avec qui j'étais sur le point d'avoir une conversation que j'aurais préféré éviter.

« Fiston, j'ai deux choses à te dire. D'abord, une seule relation non protégée peut amener à une grossesse. Tu le sais ça, je te l'ai déjà dit. L'existence de ta sœur en est la preuve. Tout s'est bien passé pour Bones et moi puisque nous étions deux adultes avec des emplois stables qui s'aimaient profondément, mais il n'en reste que c'était incroyablement imprudent de notre part de coucher ensemble sans protection. Ensuite, il y a eu au moins trois mois entre ma rupture avec Hannah et le soir où Bones et moi avions… tu sais… pour la première fois. Je sais que ça peut paraître stupide dans les circonstances actuelles, mais j'ai quitté Hannah parce qu'elle a refusé de m'épouser.

- Oh! »

Je regardais mon fils qui semblait à la fois un peu confus et déçu par ma réponse. Il passa devant moi, le regard dirigé vers le sol et alla s'affaler sur un banc tout près. Je le rejoignis et m'assit à une distance raisonnable de lui. Il y avait manifestement quelque chose qui clochait chez lui.

« Tu peux me dire ce qui ne va pas? Lui demandai-je d'un ton compréhensif.

- Julie…

- Oh! M'exclamai-je, je me doutais depuis longtemps que mon fils pouvait avoir des sentiments plus profonds pour son amie d'enfance qu'il n'osait se l'avouer. J'avais même été surpris lorsqu'il m'avait présenté une très jolie rousse du nom de Dakota il y a quelques semaines. Tu ressens des trucs pour Julie?

- Je ne sais pas. Peut-être. C'est juste que ces derniers temps, depuis que je sors avec Dakota, je la vois un peu moins et elle me manque, mais je ne sais pas si je m'ennuie simplement d'elle ou si je l'aime vraiment.

- Je crois que tu sais ce que tu ressens vraiment pour elle sans quoi tu ne m'aurais pas posé toutes ces questions à propos d'Hannah.

- Mais j'aime aussi Dakota.

- C'est possible.

- Tu crois qu'il est possible d'aimer plus d'une personne à la fois?

- Je t'aime, j'aime ton frère et ta soeur et j'aime Bones, non? Ça ne fait pas plusieurs personnes que j'aime en même temps?

- Ce n'est pas la même chose et tu le sais.

- Ok, bon. Euhm… oui, il possible d'aimer plusieurs personnes en même. À l'époque où elle restait chez moi, j'étais réellement amoureux d'Hannah, mais j'avais toujours Bones dans mon esprit. Je savais, dans le fond, que Bones était la femme de ma vie. J'aimais Hannah, mais j'aimais encore plus Bones.

- Mais pourquoi as-tu demandé à Hannah de t'épouser alors?

- Sweets.

- Sweets?

- Il m'a dit qu'il ne voulait pas se retrouver à mon âge et ne pas être marié comme moi. Il parlait comme si à 40 ans, notre vie était terminée. Je voulais lui montrer qu'il avait tord.

- C'est idiot.

- Mon fils, que tu le veuilles ou non, tu feras plusieurs choses idiotes dans ta vie et parmi celles-ci, il y en aura qui changeront le cours de ton existence. Proposer le mariage à Hannah était une erreur certes, mais sans son refus, ta sœur ne serait jamais venue au monde. La famille que nous avons aujourd'hui est là grâce au fait qu'Hannah ait refusé ma main.

- Qu'est-ce que je dois faire alors avec Julie et Dakota?

- Oh! Ça, ce n'est pas à moi de te le dire. Mais chose certaine : tout finit toujours par s'arranger. Si tu aimes vraiment Julie, un jour, vous aurez la chance d'être ensemble. Si tes sentiments ne sont que temporaires, ils s'évaporeront sans que tu ne t'en rendes compte.

- C'est ce qui est arrivé avec Bones. Vous êtes mariés aujourd'hui.

- Pousser Bones avant qu'elle ne soit prête a été la plus grande erreur de ma vie. J'ai été chanceux, Dieu m'a donné une nouvelle chance avec elle.

- Dieu et Hannah. Peut-être tu devrais la remercier », dit-il avant de se lever pour courir vers le module de jeux où se trouvaient ses frangins et de prendre ma jolie Marilou dans ses bras pour la faire grimper sur les barres d'escalade.

C'était une vision à voir. À quelques mètres seulement de moi, inconscients du fait qu'ils étaient observés avec affection, se trouvaient ma femme et mes enfants qui faisaient la course pour savoir qui traverserait les barres d'escalade le plus rapidement. Bones qui faisait équipe avec Félix, Loulou et Parker ensembles, je n'arrivais pas à croire la chance que j'avais d'avoir une famille aussi unie et aussi heureuse. Souriants, s'amusant comme peu de familles pouvaient s'amuser, chacun avait un air rayonnant au visage. La course terminée, Bones déposa un Félix glorieux au sol avant de se retourner vers moi. Elle m'envoya un sourire comblé d'affection et retourna au jeu avec les enfants.

Aussi improbable que cela puisse paraître, je ne pouvais pas être plus amoureux d'elle qu'en cet instant. Complètement dénuée de toute pudeur scientifique, se laissant simplement s'amuser avec ses enfants, jamais elle n'avait paru plus belle à mes yeux – et c'était une tâche difficile à accomplir parce qu'à tous les jours elle me paraissait plus belle que la veille.

Je contemplais le bonheur que je vivais en cet instant précis et je me disais une chose : tout ça était possible parce que Hannah m'avait dit non.

Je tentai un seul moment d'imaginer ma vie si j'avais épousé Hannah au lieu de Bones. Il est probable que malgré mes sentiments pour Bones, j'aurais été jusqu'au bout si elle avait accepté ma demande. Je me serais donc endormi tous les soirs dans les bras d'une femme tout en en aimant une autre. Les deux amours qui se chamaillaient non loin de moi ne seraient pas vivants. En fait, il est possible que jamais je ne puisse revivre les joies de la paternité. Cette seule idée me donnait le haut-le-cœur.

En ce moment précis, regardant ma famille s'amuser dans le parc, j'étais réellement reconnaissant envers Hannah d'avoir refusé ma main.


« C'est plus de 20 000 personnes qui ont manifesté hier à Tel-Aviv contre la montée de l'extrême-droite en Israël en l'honneur du 21e anniversaire de la mort de l'ancien premier ministre travailliste Yitzhak Rabin. Les manifestants protestaient contre les politiques de colonisation d'extrême-droite du gouvernement et les actions portés par certains citoyens contre les Palestiniens chez eux. On a avec nous aujourd'hui Hannah Burley en studio. Elle est reporteur attitrée à la région du Moyen-Orient depuis 5 ans maintenant. Bonjour Hannah.

- Bonjour Jodie.

- Contre quoi exactement manifestaient les protestataires hier?

- Depuis quelques années, il y a une grande remontée de l'extrême-droite en Israël. Certains rabbins, policiers et même certains politiciens poussent la population à se venger des actions prises par l'autorité palestinienne qui tendent vers l'indépendance. Ces gestes de vengeance ont souvent comme cible la population civile palestinienne. Les protestataires, qui ont choisi le vingt-et-unième anniversaire de la mort de leur ancien premier ministre comme symbole de leur message de paix, contestaient ces appels à la violence et dénonçaient les manquements à la démocratie provoqués par ces gestes.

- Pourquoi est-ce que les manifestants ont choisi le premier ministre Rabin comme symbole de la paix?

- On se souvenait que Rabin avait entamé un dialogue menant à un processus de paix avec les Palestiniens au début des années 1990. En 1993, le premier ministre Rabin et le président de l'autorité palestinienne Yasser Arafat ont signé un traité qu'on a appelé 'Les accords d'Oslo' et qui devait amener la paix dans cette région du monde en proie à la violence depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

- Ces efforts vers la paix ont d'ailleurs valu à ces deux personnes le prix Nobel de la paix en 1994 si je ne m'abuse, avait renchéri la chef d'antenne.

- C'est exact. Plusieurs personnes ont parlé de ce traité comme l'un des meilleurs espoirs pour la paix des cinquante dernières années. Ironiquement, cet homme de paix a été assassiné le 4 novembre 1995 par un extrémiste religieux qui était en désaccord avec les accords d'Oslo. Sa mort a grandement nui aux efforts pour la paix dans la région et a un peu rompu les relations entre les parties religieuse et laïque de la population israélienne ».

Elle dirigea son regard un instant vers la caméra, mais quelque chose attira son attention. Croisant rapidement mon regard, j'ai pu voir son visage se transformer sous mes yeux. Du plus grand professionnalisme dont elle était capable, elle devenait soudainement inconfortable, se rajustant sur son siège et son regard devenait fuyant. Je me cachai derrière le caméraman. Ma présence sur place n'avait pour but que de la revoir, pas de la ridiculiser en onde.

« Que demandaient donc les manifestants?

- … Hannah ne répondait pas et me cherchait du regard.

- Hannah?

- Oui, retrouva-t-elle son professionnalisme d'avant. Pardonnez-moi. Dans le fond, les manifestants demandaient l'arrêt d'un mouvement qu'on appelle dans la région 'ils doivent payer'. C'est ce mouvement qui pousse les Israéliens à poser des gestes contre les civils palestiniens et qui, selon certains manifestants, nuisent la démocratie israélienne. Ces personnes souhaiteraient la signature d'un accord de paix durable entre les deux peuples et un voisinage amical entre eux.

- En espérant que ces manifestants pour la paix parlent plus fort que ceux qui parlent de violence, dit finalement la présentatrice. Merci Hannah.

- Merci Jodie.

- Au retour de la pause publicitaire, les derniers développements dans l'affaire Hoffman ».

Une clochette derrière moi me fit sursauter et une lumière intense dans le studio s'alluma pour laisser le temps aux techniciens de son et de maquillage de s'affairer dans le studio. Un homme s'avança vers Hannah et lui chuchota à l'oreille.

Je m'étais rendu au studio pour lequel je savais que travaillait Hannah lorsque j'avais appris qu'elle était de retour au pays depuis quelques jours dans le cadre de la semaine des correspondants. Après notre rupture, il y a cinq ans, elle s'était fait offrir un poste de correspondante à Jérusalem et elle l'avait accepté avec empressement.

À mon arrivée sur place, j'ai flashé mon badge du FBI à tous ceux que je croisais et, il fallait se l'avouer, personne ne refusait l'accès à un studio au directeur de la section homicide du FBI.

Lorsque le reportage se termina, j'avançai vers le plateau où Hannah retirait avec hâte son micro et leva son regard pour croiser le mien.

« J'étais certaine que je n'avais pas vu de fantôme, dit-elle en souriant avant de m'embrasser sur chaque joue. Que me vaut la visite du directeur-adjoint du FBI section homicide? Je n'ai pas de problème, j'espère?

- Non, non! Je voulais simplement parler avec toi? Papoter. Peut-être, tu sais, prendre un café?

- Tu ne viens pas m'annoncer que tu viens d'hériter de 100 millions de dollars de ton grand-père, mais que tu dois te marier avant l'âge de 45 ans pour en hériter et que tu dois faire le tour de tes ex pour savoir qui peut accepter cette tâche ignoble de t'épouser pour la somme de 50 millions de dollars, n'est-ce pas?

- Pardon?

- C'est un film que j'ai regardé cette semaine, rit-elle. Je plaisante. Alors, tu m'as dit que tu m'offrais un café?

- Ouais », dis-je, me sentant soudainement mal-à-l'aise.

Le Starbuck du coin servait son menu habituel et son ambiance surexcitée du début de la journée s'était transformée en calme sérénité qui se prêtait bien aux rencontres telle que celle qui s'y passait. J'étais assis devant Hannah, sirotant dans un silence inconfortable nos cafés, et je tentais de trouver un sujet sécuritaire pour entamer la conversation.

« Alors, comment est Jérusalem? Lui demandais-je.

- Fébrile! Dangereuse, elle sourit.

- Tu dois t'y sentir comme un poisson dans l'eau.

- J'adore ça!

- T'as rencontré quelqu'un? Il y a une personne spéciale dans ta vie? Tentai-je

- Alors, ce sera une de ces rencontres! Affirma-t-elle en souriant comme si elle venait de comprendre un problème de maths vraiment difficile.

- De quel genre de rencontres veux-tu parler?

- Le genre où tu as appris que j'étais de retour au pays et tu as eu 'envie de me revoir', dit-elle en utilisant ses doigts pour former des guillemets.

- Tout ce que tu viens de dire est vrai, mais je ne suis pas sûr d'aimer le ton sur lequel tu l'as dit.

- Je ne vois pas ce que tu veux dire, dit-elle en feignant l'ignorance, flirtant visiblement avec moi.

- Hannah, si tu crois que je suis venu te voir pour coucher avec toi, je peux t'assurer que ce n'est pas ce genre de rencontre! » Dis-je finalement en perdant un peu patience.

Même si la conversation avec Parker la semaine dernière m'avait réveillé au fait que je devais parler à Hannah, ce n'était pas un exercice que j'étais content de faire. Rencontrer une ex dans un contexte complètement aléatoire ne me dérangeait en rien, mais cette situation me rendait grandement mal-à-l'aise et l'attitude d'Hannah n'aidait pas.

« Oh! Fit-elle comprenant que j'étais sérieux.

- Je voulais juste prendre de tes nouvelles, recommençais-je doucement. Tu sais? M'assurer que tout allait bien pour toi, que tu ne t'étais pas mis dans un quelconque pétrin.

- Je te connais Seeley, tu ne fais pas ces choses pour rien! Il doit sûrement y avoir d'autres motivations dans ta démarche.

- Hannah! Je soupirai.

- Oh mon Dieu! S'exclama-t-elle soudainement.

- Quoi? Quoi?

- Tu es malade. T'es mourant.

- Non! Dieu du Ciel, mais qu'est-ce qui peut te pousser à penser ça?

- Je ne sais pas. C'est peut-être l'envie soudaine de me rencontrer après cinq années de silence-radio qui aurait pu me mettre la puce à l'oreille. C'est quoi le truc alors? Dit-elle en regardant mes mains sur la table. Oh mais…

- Quoi, maintenant? Soupira-t-il.

- Tu as une alliance.

- Je sais.

- Tu es marié?

- Ouais, dis-je souriant. Depuis trois ans déjà.

- Waouh, tu ne perds pas de temps, dit-elle en hochant la tête. Tu l'as rencontrée où? Je veux connaitre toute l'histoire! S'écria-t-elle avec un faux enthousiasme alors que je sentais bien qu'elle aurait préféré ne rien apprendre. Elle est jolie? Tu as une photo d'elle?

- En fait, nous avons reçu nos cartes de Noël cette semaine », dis-je en sortant une carte que j'avais amenée pour elle et lui tendit. Elle sortit la carte de son enveloppe et ouvrit la bouche de surprise.

Nos cartes étaient particulièrement bien réussies cette année. Sur mes genoux, se trouvaient ma petite Loulou d'amour qui souriait à pleines dents, ses cheveux bruns foncés attachés en une petite queue de cheval chatouillant mon visage souriant. À côté de moi, Bones serrait bien fort notre superbe Félix qui, avec ses bouclettes dorées, ressemblaient à son grand frère à un point tel que tous savaient que ces deux garçons ne pouvaient être que des frères. Entre nous deux, Parker avait placé son visage heureux sur nos épaules. La photo était pratiquement parfaite.

« Oh, mais… finit-elle par dire. C'est Tempérance. Elle a l'air…

- Heureuse?

- J'aurais dit joviale, mais heureuse est un mot qui convient aussi.

- Sur mes genoux, c'est ma petite Marilou, notre petite surprise. Quand elle est arrivée… tout a changé. Tout!

- Elle a… demanda-t-elle

- 4 ans. Elle va en avoir 5 en février, dis-je alors que je voyais Hannah faire les maths dans sa tête. Elle a commencé la maternelle cette année et je peux t'assurer qu'elle a hérité du cerveau de sa maman. Son enseignante m'a dit qu'elle avait commencé à faire des liaisons de lettres et de son et qu'elle était même capable de lire quelques mots. Elle nous a écrit une petite histoire l'autre jour dans un des petits carnets que je prends pour noter les indices sur les scènes de crime. Je te jure, je pouvais lire les mots qu'elle avait écrits et son histoire avait du sens. J'ai enfanté une fouine!

- Pour une fouine, elle est mignonne, blagua Hannah en passant son doigt sur la photo. Et le petit garçon sur Tempérance?

- C'est mon Félix. Je peux officiellement dire qu'il est le seul parmi mes enfants dont j'ai planifié l'arrivée ». Je ris un peu en me rappelant le jour où Bones est entrée dans mon bureau et m'a annoncé avant même de me dire bonjour qu'elle voulait un autre enfant.

En un coup de vent, la porte de mon bureau s'était ouverte alors que je tentais de mettre de l'ordre dans mes boîtes dans le but de déménager à l'étage dans mon nouvel espace de travail. J'avais retourné mon visage vers la furie qui avait envahi la pièce et je souris en voyant ma nouvelle femme s'agiter à mes côtés.

« Je veux un autre enfant, avait-elle dit avant même que j'aie eu le temps d'ouvrir la bouche.

- Ok, bonjour Bones, tu vas bien? Dis-je sarcastiquement.

- Je n'ai pas le temps pour tes plaisanteries, Booth. Je dois être de retour au labo dans quinze minutes, mais je voulais t'informer que j'ai décidé ce matin qu'il serait temps pour nous deux de discuter de la possibilité d'avoir un nouvel enfant le plus tôt possible.

- Ok? Ne suis-je pas supposé avoir un dire quelconque dans cette conversation?

- Bien sûr! C'est pourquoi, j'ai décidé de venir t'annoncer en personne que je crois qu'il serait temps que nous nous reproduisions rapidement avant que je ne sois plus fertile pour mener à terme une grossesse saine. Nous sommes maintenant mariés, Marilou a atteint un âge où son autonomie s'accroît quotidiennement et tu viens de recevoir une promotion qui augmentera avec signifiance le temps que tu passeras à la maison. J'ai réalisé ce matin en parlant avec Angela que maintenant serait le moment idéal pour avoir un nouvel enfant. C'est pour que tu aies le temps de décider dans les plus brefs délais si tu es d'accord avec cette proposition que j'ai fait un détour pour venir te voir. Je veux que tu y réfléchisses et que nous décidions ensemble ce soir si nous allons nous engager dans une démarche de reproduction. Comme cette décision peut demander une réflexion profonde de ta part et que tu as beaucoup de travail à faire, je vais te laisser pour la journée et nous terminerons cette conversation ce soir à la maison. Elle s'avança vers moi et m'embrassa sur la joue. Au revoir ».

Elle était à la porte quand j'arrêtai sa course.

« Quand crois-tu qu'on pourrait arrêter d'utiliser des contraceptifs? »

Elle s'était retournée vers moi, avait fermé la porte de mon bureau et les stores à la fenêtre et neuf mois plus tard, mon petit Félix était au monde.

« J'ai peur qu'il me fasse courir quand il sera plus grand, dis-je en sortant de mes rêveries pour reprendre la conversation à propos de mon cadet. Il est constamment en train de se mettre dans le pétrin et il a une énergie incroyable! Beaucoup plus que papa qui commence à se trouver un peu vieux pour courir derrière ses petites jambes.

- Je suis contente pour toi Seeley. Tu as une superbe famille, elle sourit, les yeux collés à la carte. Comment va Parker?

- C'est un ado normal; il est très brillant. Il a eu un 100% en physique la semaine dernière. C'est certain que lorsqu'on a une belle-mère qui nous enseigne des théories de physique des particules de niveau universitaire, la science du lycée paraît plutôt banale. Mais, il reste un ado comme tous les autres. Il aime les sports, les filles. Il a eu quelques problèmes de filles par contre dernièrement.

- Quel genre de problème? Demanda-t-elle, curieuse.

- Tu sais, il est amoureux de sa meilleure amie alors qu'il a une nouvelle copine, dis-je doucement.

- Il n'y a que moi qui vois l'ironie de la situation ici? S'enquit-elle en riant.

- Non, c'est même lui qui m'a demandé comment faire pour dire à une femme qu'on a des sentiments pour une autre. Évidemment, je suis la personne la moins bien placée au monde pour lui donner ce genre de conseils. J'étais amoureux de la même femme depuis 7 ans et j'ai réussi à la pousser à me quitter, puis à tomber amoureux d'une autre pendant qu'elle réalisait qu'elle m'aimait. C'est quand il m'a dit que je devais te remercier de m'avoir donné une nouvelle opportunité avec Bones que j'ai réalisé qu'il avait peut-être raison.

- Pardon?

- Je sais que ça pourrait te paraître étrange parce qu'on a tous les deux souffert cette soirée où je t'ai demandé de m'épouser, mais je crois que je dois te remercier de m'avoir dit non.

- Au risque de me répéter : pardon?

- Tu sais? Si tu ne m'avais pas dit non, jamais nous aurions eu Marilou et tout ce qui s'est passé par la suite n'aurait jamais eu lieu.

- Tu veux dire?

- Je t'ai dit que Marilou était notre surprise. Je sais que tout ce ne s'est passé que trois mois après que tu soies partie, mais je ne croyais pas retomber pour Bones si rapidement après ton départ. Certains… événements nous ont rapprochés et avant même que j'aie le temps de comprendre ce qui se passait entre nous, elle était enceinte. C'est quand elle m'a annoncé qu'elle attendait mon enfant que tout est devenu clair pour moi : Bones est la femme de ma vie et je vais faire tout en mon pouvoir pour que notre relation fonctionne. Cette décision tient toujours aujourd'hui.

- Tu l'as demandé en mariage, déduit-elle.

- En fait, c'est elle m'a demandé en mariage, à la naissance de Loulou, définitivement un des plus beaux jours de ma vie. Apparemment qu'en voyant le visage de notre petit ange, elle a eu la révélation qu'une vie de famille où ses deux parents seraient mariés serait préférable pour notre petit trésor! L'infirmière l'avait placée dans ses bras, elle l'a embrassée, s'est présentée à elle, m'a demandé si je trouvais notre bébé magnifique et m'a ensuite demandé de l'épouser. Le plus beau jour de ma vie, dis-je avec mon sourire le plus bêta au visage.

- Alors, si je récapitule, tu as parcouru 400 km, tu m'as humiliée en onde et tu m'as traînée ici pour me remercier d'avoir refusé une vie merveilleuse que tu as maintenant avec une autre femme que j'ai considérée pendant quelques mois comme étant ma meilleure amie? Demanda-t-elle avec colère.

- C'est sûr que si tu le vois comme ça…

- Parce qu'il y a une autre façon de le voir?

- Écoute Hannah, l'idée ici n'est pas de te remettre au visage ce que tu aurais pu avoir. Je ne crois pas que si nous nous étions mariés, nous aurions eu une vie qui ressemble à celle que j'ai avec Bones aujourd'hui. Notre relation n'était pas complètement saine, Hannah; en tout cas, pas de mon côté. Je ne t'ai jamais dit certaines choses les plus importantes de ma vie.

- Comme…

- Comme?

- Dis-moi ces choses maintenant, exigea-t-elle avec amertume en s'affalant sur sa chaise et se croisant les bras. Je suis là, il n'y a plus de risques que je rompe avec toi et sincèrement, présentement, je ne crois pas qu'il soit possible que j'aie une moins bonne opinion de toi. Tu n'as rien à perdre. Vas-y.

- Ok, alors, tu l'auras voulu! Première chose que je ne t'ai jamais dite : j'ai un grave problème de jeu compulsif. J'ai complètement arrêté après ma première enquête avec Bones. Je ne pouvais pas me mesurer avec elle tous les jours tout en passant mes nuits à perdre la totalité de ma paie en jouant au poker avec des perdants. Deuxième chose : j'ai enlevé plus de vie dans ma carrière militaire qu'il sera possible d'en sauver dans ma carrière policière. Il n'y a pas une journée où je ne repense pas à une tête que j'ai vu exploser dans mon viseur après lui avoir tiré dessus. Troisième chose : quand j'étais petit, mon père était alcoolique à un point tel que je me couchais tous les soirs dans la peur qu'il entre dans ma chambre pour me rendre inconscient à coups de poing. Je vis tous les jours en craignant que cette partie de mon ADN se manifeste et que je devienne ce monstre à qui je dois mon existence.

- Oh Seeley!

- Oh! Ce n'est pas tout. Dernière chose que je ne t'ai jamais dite : je suis tombé amoureux de Bones le jour où je l'ai vue la première fois. Je suis entré dans sa salle de classe et pouf : coup de foudre! Pendant sept ans, j'ai rêvé toutes les nuits qu'elle grimpait dans mon lit pour me dire qu'elle m'aimait et qu'elle me voulait… et ça inclut les quelques mois où tu habitais chez moi. Le jour où c'est arrivé, et c'est pratiquement ce qui est arrivé pour vrai, j'ai compris que plus jamais je ne pourrais m'endormir dans d'autres bras sans penser à elle. C'est pour ça, Hannah, que même si nous nous étions mariés, tu n'aurais probablement pas été heureuse avec moi. On ne peut pas passer notre vie avec quelqu'un lorsque cette personne omet de mentionner des trucs aussi importants à propos d'elle-même. Tu as eu la clairvoyance de réaliser ça alors que je n'en savais rien et c'est pour ça que je te remercie aujourd'hui Hannah. Ça n'a rien à voir avec les vantardises!

- Vraiment?

- Vraiment. C'est avec sincérité que je voulais te remercier! Tu as été honnête avec moi alors que je ne réussissais pas à l'être avec moi-même.

- Je suppose que vu de cette façon…

- Il y a une autre façon de le voir? Je sortis mon sourire charmeur.

- Tu as vraiment l'air heureux, dit-elle en le regardant avant de baisser les yeux vers la carte qu'elle tenait dans ses mains. Et tu as une famille merveilleuse.

- Merci.

- Alors, on n'attend pas cinq autres années avant de se reparler?

- Bien sûr que non, tu ne voudrais pas manquer la prochaine addition à la famille Booth.

- Tu ne veux pas dire que…

- Non! Je plaisante! J'ai fermé boutique à la naissance de Félix. Je voulais simplement voir ta réaction.

- Tu es très méchant, rit-elle en me frappant amicalement le bras. Je suis contente pour toi, Seeley. Il n'y a pas une personne au monde qui mérite plus que toi d'avoir tout ce qu'elle a toujours voulue.

- Merci Hannah! Toi aussi, tu mérites ce qu'il y a le mieux au monde! Peu importe ce que c'est pour toi!

- Merci Seeley ».


Je faisais route vers la maison et je repensais à mon gars qui devait prendre une décision qui devait lui paraître incroyablement importante dans sa vie à ce moment-là. Peu importe la décision qu'il prendrait, la vie finirait par s'arranger pour que tout finisse pour le mieux. Parce que même si j'avais choisi Hannah à une certaine époque, tout s'était mis en place pour que ce soit Bones qui gagne en bout de ligne… et jamais je n'avais été plus reconnaissant envers Dieu et Hannah qu'au moment où je me stationnais dans l'allée de notre maison et que je vis les quatre amours de ma vie venir m'accueillir à la sortie de mon véhicule.

fin

NA : Merci pour tous vos commentaires qui sont toujours aussi précieux pour moi. Le prochain chapitre sera plutôt triste, mais je vais finir cette idée de fanfiction dans la joie et le bonheur, croyez-moi! :D