Après leur « dispute » , le Détective Murdoch n'avait plus revu le Docteur Ogden pendant plusieurs jours. Il se risqua à demander à une infirmière si elle avait pris des jours de congés, remarquant que son charme arrivait à lui faire répondre à toutes ses questions. Mais le Docteur Ogden était simplement très occupée aux Urgences et n'avait pas le temps de passer le voir. Après tout, il n'avait plus réellement besoin d'elle, sur le plan médical en tout cas. Sur le plan personnel en revanche, c'était une toute autre histoire. Elle ne quittait pas ses pensées. Il la cherchait du regard constamment lorsqu'il quittait sa chambre, il sentait son cœur se serrer dans sa poitrine lorsqu'il voyait que ce n'état jamais elle qui rentrait dans sa chambre. Il se surprit même à être déçu toutes les fois où Liza lui rendit visite, préférant voir le Docteur Ogden passer la porte et lui adresser un tendre sourire.


Ce jour là pourtant, il la vit mais il savait que cela avait été par obligation.

Les Docteurs Tash, Garland et Ogden étaient venus lui rendre visite pour un point devenu quotidien. Les trois médecins se tenaient au bout du lit, lui posant diverses questions, lui donnant des informations sur son état. Le Docteur Tash, responsable de sa rééducation, montra à ses collègues ses progrès, retirant une partie du drap pour lui demander de bouger les jambes, ce qu'il fit avec difficulté.

Tash et Garland parlaient beaucoup, William leur répondait du mieux qu'il le pouvait, tentant de se concentrer sur eux et non sur la jeune femme qui se trouvait au fond de la pièce et qui se contentait de noter les constatations de ses collègues, déterminée à ne pas croiser le regard du patient. Ce ne fut que lorsque les deux hommes se tournèrent vers elle qu'il croisa son regard, juste quelques secondes avant qu'elle n'accorde son attention à son époux.

-Avez-vous des questions ou des recommandations Docteur Ogden? Lança Darcy.

-Non, je, elle croisa le regard de William, je n'ai rien à rajouter Docteur Garland, dit-elle avec un pâle sourire.

-Bien, dans ce cas Détective Murdoch, reprit Darcy, nous nous reverrons d'ici une semaine.

William ne répondit pas et acquiesça simplement alors que Darcy quitta simplement la pièce.

-Nous reprendrons nos exercices à la piscine cette après-midi William, dit Isaac.

-Bien Docteur.

Isaac lança un regard à Julia et quitta lui aussi la pièce. Il ne s'en fallut pas davantage à Julia pour se diriger vers la porte avant même qu'il ne l'ait totalement fermé.

-Docteur Ogden, lança William presque suppliant, attendez.

Il la vit se figer sur place, hésiter, ne le regardant toujours pas. Alors il inspira profondément et reprit la parole. S'il lui avait été possible de faire usage de ses jambes, il savait qu'il se serait précipité vers elle pour l'empêcher de sortir, mais là, tout ce qu'il pouvait faire était de la retenir simplement par ses mots, espérant que cela suffirait. Elle ne bougea pas, lui tournant le dos, sa main sur la poignée de la porte qui était fermée.

-Pardonnez-moi, murmura-t-il doucement, je suis infiniment désolé, je…mes mots ont été durs à votre encontre et je m'en veux terriblement. Ce qui m'arrive me fait oublier qui je suis. Je suis en colère constamment et je m'en prends à tout le monde.

-C'est au Docteur Roberts que vous devriez dire tout cela, grommela Julia sans se retourner.

-C'est vous que j'ai blessé et je le regrette profondément.

-Ne le faites pas, dit-elle toujours avec froideur, je ne suis que votre médecin Détective et j'en ai vu d'autres.

-Acceptez mes excuses je vous en prie, reprit le jeune homme, je ne supporterai plus de passer une semaine de plus en sachant que vous ne souhaitez plus m'adresser la parole.

Le silence tomba et Julia tourna le visage vers lui doucement. Il cru voir une larme dans le creux de ses yeux, mais pourtant, elle ne laissa pas couler sur sa joue. Elle ancra son regard dans le sien pendant quelques instants avant de baisser la tête.

-Je suis navrée, dit-elle doucement avant de sortir sans lui adresser un seul regard.

William sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Il s'en voulait terriblement, pour ce qu'il était devenu, pour ne pas être en mesure de la suivre, de la prendre dans ses bras, pour ne pas pouvoir lui dire pourquoi cette situation le peinait tellement. Il aurait voulu se faire pardonner, par n'importe quel moyen, même le plus inavouable, celui hantait un bon nombre de ses pensées.


Lorsqu'il avait appris qu'elle avait eu une vie avant lui, il avait été incroyablement jaloux. Jaloux de tout ces hommes avec qui elle dînait ou allait au théâtre régulièrement. Jaloux de ses amis d'Université. Jaloux de Isaac Tash. Jaloux de tout ceux qui savaient la faire rire, rougir. Il avait été jaloux de eux tous. Il ne supportait pas les regards que les hommes portaient sur elle, alors qu'il devait bien avouer que ses yeux avaient caressé plus d'une fois les courbes de son corps et qu'il était capable de la reconnaitre de dos sans la moindre hésitation. Il devait admettre qu'il l'avait observé si souvent qu'il connaissait sa démarche dans les moindres détails, qu'il pouvait dessiner les méandres de ses mèches de cheveux. Il l'avait tellement regardé toutes ces années qu'il lui suffisait de fermer les yeux pour la voir avec détails. Mais il voulait que ce privilège lui soit réservé à lui et lui seul, et son cœur bouillonnait lorsqu'il remarquait à quel point elle fascinait les autres hommes qu'elle croisait. Il ne s'en étonnait pas, elle le fascinait également, mais lui, c'était différent, il l'aimait, comme personne ne devait l'aimer sur cette Terre.

Elle arrivait à révéler le meilleur de lui, et le plus mauvais aussi, ce sentiment de jalousie qui le rongeait encore davantage lorsqu'elle marchait au bras de son époux. Eh puis, il y avait eu cette enquête dans le camp de nudiste. Ce jour où il la vit dans son plus simple appareil. Ce jour où il cru défaillir en réalisant que cette vue divine ne lui avait pas été destinée, ce jour où il comprit que de nombreux hommes avaient déjà vu ce qu'il s'était imaginé dans ses nuits les plus passionnées. Il réalisa que ses collègues avaient levé les yeux sur ce corps qu'il désirait tant et la jalousie s'était emparé de lui une fois encore. Il la voulait pour lui, et lui seul. Et il réalisait que cela ne pouvait jamais être le cas, car elle avait été à d'autres avant lui.


Le soleil brillait dans le ciel sans nuage de Toronto. C'était un temps agréable pour déjeuner à l'extérieur et Liza profita de sa pause déjeuné pour venir savourer un repas avec son fiancé à la cafétéria de l'hôpital.

Ils se trouvaient assis en terrasse, le fauteuil roulant de William glissé sous la table, chacun un plateau devant eux.

-Tu aurais dû me ramener quelque chose autre que cette nourriture, grommela William en regardant son assiette, je commence à ne plus supporter cette cuisine.

-Arrêtes de ronchonner, ça vaut bien les nombreuses fois où tu m'as traîné dans un fast-food, ou lorsque nous avons mangé notre fameux dîner pour notre anniversaire de nos cinq ans ensembles.

Il leva les yeux vers elle et elle soupira.

-Du beurre de cacahuète avec de la confiture, William, comme dîner romantique on a vu mieux.

-Je ne suis pas un cuisinier des plus brillants, dit-il en riant doucement, tu le sais.

-En effet, mais je t'aime quand même mon amour, dit-elle en se penchant vers lui pour l'embrasser tendrement.

Il lui sourit en retour et ils se mirent à manger tranquillement, parlant de choses et d'autres. Lorsque soudain, pour une raison qu'il ignorait, son instinct lui criait de lever les yeux de son assiette. Lorsqu'il le fit, il croisa aussitôt le regard d'une jeune femme un peu plus loin. Celle-ci prenait place en face d'un homme qui déposa un baiser sur ses lèvres avant de commencer à manger. Malgré le fait que Liza lui parlait d'une importante affaire sur laquelle elle travaillait, il ne l'entendait pas, il ne pouvait quitter le regard de la jeune femme qui se trouvait plus loin, immobile.

-Julia, tu m'entends? Lança Darcy en prenant sa main.

-Oui, oui, excuse-moi, j'ai la tête ailleurs ces derniers temps, soupira-t-elle en fuyant enfin le regard de William, un dîner chez les Lamare, oui ce serait avec joie.

-Eddie veut me montrer son dernier bar, ils ont rénové une charmante demeure et la piscine intérieure est sublime.

Julia lui sourit poliment et il reprit.

-Tu sais, nous pourrions envisager d'en faire de même.

-Une piscine intérieure?

-Acheter une autre maison, plus grande.

-J'aime notre maison Darcy.

-Une bicoque victorienne qui tombe en ruine, soupira son mari, tu parles d'un logement.

-Je m'y sens bien, s'offusqua Julia, et si tu étais un peu plus présent chez nous, peut être que les travaux avanceraient plus vite.

-Si tu consentais à payer une entreprise pour le faire, les travaux seraient terminés, nous l'aurions vendu et nous vivrions dans une maison plus grande et confortable. Le bricolage ce n'est pas mon truc. Nous gagnons assez pour nous permettre de vivre dans une maison plus grande, ne crois-tu pas?

-En quoi cela servait qu'elle soit plus grande Darcy, s'emportait doucement la jeune femme, nous n'avons pas d'enfants et tu n'es jamais là. Ce serait juste pour parader auprès de tes amis?

-Julia pas ici, murmura Darcy en regardant autour d'eux, nous en reparlerons plus tard.

-Oui, tu as raison, soupira Julia en se levant, nous en reparlerons plus tard, comme à chaque fois que tu souhaites que ton « impétueuse » épouse ne dise pas ce qu'elle pense.

-Qu'est-ce que tu fais? Lança-t-il en la voyant prendre son plateau.

-Je n'ai plus faim. Je retourne travailler, après tout, c'est tout ce qui compte. Un bon salaire pour une superbe maison vide.

-Julia, lança Darcy alors qu'elle s'éloignait déjà au pas de course sans se retourner.

William la regarda passer quelques mètres plus loin. Il croisa son regard et lui sourit timidement. Elle ne put s'empêcher d'en faire de même, juste une seule seconde, sans ralentir sa course. A cet instant, le cœur du Détective se remplit de joie et il remercia silencieusement le Docteur Garland d'avoir mis en colère son épouse, car celle-ci semblait alors oublier toute rancune envers lui.


à suivre...