« Je crois que Mr Aizawa et All Might ne vont pas tarder à passer te voir, reprit Shoto en changeant complètement de sujet. Ils avaient des choses importantes à te dire, je crois.
Ca sent l'engueulade à plein nez ! »
Aisu avait parlé sur le ton de la rigolade, comme si cela l'importait autant que sa première paire de chaussettes, ce qui était le cas, et Shoto la regarda sans comprendre. Cependant, toujours dans le rôle de celui qui doit orienter la discussion pour qu'elle ne meure pas, il lui raconta les circonstances particulières dans lesquelles il s'était réveillé, après sa nuit à l'infirmerie. Recovery Girl était en train de passer un savon à un All Might qui semblait, tout d'un coup, beaucoup moins puissant qu'à l'ordinaire. Les noms d'Izuku et d'Aisu avaient été plusieurs fois cités et l'infirmière reprochait au symbole de la paix de ne pas savoir arrêter ses élèves avant qu'ils ne se blessent. En y réfléchissant, l'infirmière n'avait peut-être pas totalement tort.
A l'entente de l'histoire, la jeune femme riait et, pour Shoto, c'était tout ce qui comptait. Il aurait tout le temps, plus tard, de lui poser les questions qu'il voulait poser, d'obtenir les réponses qu'il voulait obtenir.
Comme annoncé par Shoto, les deux professeurs toquèrent à la porte quelques minutes plus tard, avant d'entrer. Le professeur principal de la Seconde A regarda le jeune homme d'un regard aux multiples sous-entendus. Sûrement était-il bien loin de s'imaginer qu'il le trouverait ici. L'adolescent comprit rapidement qu'il était de trop et partit après s'être excusé auprès de la jeune femme.
Les deux adultes restèrent silencieux quelques instants et Aisu se sentit presque revivre. Sa performance avait été médiocre et les deux hommes ne devaient être là que pour la sermonner. Avec un peu de chance peut-être iraient-ils jusqu'à lui demander de quitter Yuei.
« Tu as fait un très beau combat, commença le symbole de la paix. Tu as beaucoup de qualités et tu es capable de faire de grandes choses en tant que super-héroïne.
Cependant, il faudrait que tu apprennes à ne pas dépasser tes limites, continua Eraser Head. Finir dans cet état est inacceptable. »
Aisu comprit au ton grave de Mr Aizawa qu'elle avait failli y passer et qu'elle était plus que chanceuse de s'en être sortie avec aussi peu de séquelles et de douleurs. Que serait-elle devenue si Recovery Girl n'avait pas pu la prendre en charge dans la minute ? Cependant, il subsistait quelque chose que la jeune femme ne comprenait pas. Comment All Might pouvait-il dire qu'elle avait fait un beau combat et qu'elle avait des qualités dans ce domaine ? Elle était sidérée, elle qui avait pensé se faire plus que disputer au lieu d'être félicitée.
Ce lycée était décidément un obstacle de taille conséquente.
All Might lui fit le rapport de l'exercice, qui avait déjà été fait en classe le jour-même des combats mais qu'elle avait manqué. Les deux professeurs repartirent finalement assez rapidement, laissant la salle dans un silence glacial.
La fatigue se fit soudainement ressentir, maintenant que le silence avait envahi la pièce, et Aisu s'endormit sans même s'en rendre totalement compte.
Quelques jours plus tard, lorsqu'Aisu fut enfin autorisée à retourner en cours tout en ayant interdiction de prendre part aux combats pour le moment, elle sentit pour la première fois depuis son entrée dans la classe le regard de ses camarades. Son invisibilité lui manquait déjà, ironique pour quelqu'un qui avait passé les derniers jours à regretter de ne pas s'être fait plus d'amis La jeune femme comprit qu'ils étaient tous au courant de son affrontement avec Shoto mais, encore une fois, ce n'est malheureusement pas de la déception mais bien de l'admiration qu'elle vit dans leurs yeux. C'était à ne plus rien y comprendre.
Quelques douleurs physiques subsistaient toujours mais Aisu vivait avec ce n'était presque rien en comparaison avec ce qu'elle ressentait quelques jours plus tôt. Au moins n'avait-elle plus l'impression que son corps était intérieurement brisé, que chacun de ses os, de ses muscles, étaient en pièces.
Aisu ne savait pas quoi faire, comment réagir. D'habitude, elle s'installait tel un fantôme et personne ne faisait attention à elle : c'était comme si elle n'existait pas. Au loin, Shoto vit son malaise et l'interpella pour qu'elle le rejoigne, ce qu'elle fit.
« Aisu, commença Shoto, je te présente Izuku, Tenya et Ochako ! »
Shoto lui avait indiqué tour-à-tour un garçon aux cheveux verts, un autre garçon plutôt grand à lunettes et une fille brune. Aisu les avait déjà vu, bien sûr, mais elle n'avait jamais essayé un tant soit peu de retenir leurs noms. Ils essayèrent de lui faire poliment la conversation, notamment en parlant de son « magnifique combat ». La jeune femme commençait déjà à en avoir marre, de ce foutu combat, ne pouvait-on pas la laisser tranquille par rapport à ça ?
Tenya, en bon délégué, ordonna à la classe de s'asseoir, arguant que les cours n'allaient plus tarder à commencer.
« On mange ensemble, ce midi ? »
Aisu se retourna vers Shoto. Il devait forcément penser, encore, à ces réponses qu'il voulait tant et elle ne fut que trop heureuse d'avoir une excuse parfaite pour refuser : étant obligée de manger avec son père, c'était malheureusement pour la jeune femme impossible de manger à la cantine en sa compagnie. Pour une fois que l'un de ses parents lui facilitait la vie, autant en profiter sans aucun scrupule.
Les cours commencèrent quelques minutes plus tard et Aisu pu goûter à la joie de redevenir fantomatique et penser à autre chose. Au cours des derniers jours, elle avait malheureusement prit un retard considérable dans son travail et ses recherches Yuei était vraiment la plus inutile des choses chronophages. Comme à son habitude, la jeune femme ne suivit donc pas le cours, à quoi bon, de toute façon, puisque les seules choses qui l'intéressaient ne seraient jamais enseignées dans ce lycée ?
Lorsque la sonnerie retentit pour signaler la fin des cours et le début de la pause-déjeuner, Aisu prit tout son temps pour sortir de la salle, non seulement parce qu'elle ne voulait pas aggraver ses douleurs, mais aussi parce qu'elle voulait voir si son père aurait la patience de l'attendre.
