A/N : C'est décidé, je ne ferai plus JAMAIS de promesse.
C'était pourtant bien parti. J'avais écrit une bonne partie de ce chapitre au moment où j'ai publié le précédent. Mais bon. J'ai eu quelques problèmes ces derniers temps -dont l'inévitable malédiction qui m'a frappée, celle de TOUJOURS PERDRE LES FEUILLES OU J'ÉCRIS MES CHAPITRES.
En plus de ça, j'ai tendance à ne jamais être satisfaite, et à changer pas mal de choses x)
Les événements de ce chapitre ont plus un effet psychologique sur Elinor qu'autre chose. Comme d'habitude, jusque là pas beaucoup d'action, mais elle finira par venir ! x)
... Si j'ai le courage de l'écrire. Il y a des parties déjà décidées de ma fiction auxquelles j'ai bien l'intention de me tenir, mais elles me découragent déjà. Alors qu'elles ne sont pas encore écrites. Misère ...
Enfin bon. J'espère que ce chapitre vous plaira quand même.
Bonne lecture !
- Ça vous permettra d'avoir la paix pendant une journée, à Orion et toi.
- Et bien, je suppose que ça peut être une bonne chose pour Regulus ... Il est si renfermé ! Et Sirius a bien besoin de la compagnie d'enfants aussi bien élevés que les tiens. Très bien. Ils doivent finir leurs devoirs d'ici-là, mais je ne vois pas d'inconvénients à ce qu'ils passent leur dernier jour chez toi.
- Hyperion sera ravi. Il va sans doute parler de Quidditch avec Regulus pendant une bonne partie de la journée. Et si je ne me trompe, Elinor semble s'entendre bien avec tes deux fils. Emma est un peu plus âgée, donc ils ne sont pas aussi proches, bien sûr. Mais je pense que resserrer un peu plus leurs liens ne peut pas faire de mal.
Il reste deux jours de vacances.
Ayant abandonné l'idée de faire de moi-même un bon devoir d'Astronomie, j'ai ravalé ma fierté et demandé de l'aide à ma sœur qui, après m'avoir sermonnée de ne pas m'y être prise plus tôt, a mis en application toutes ses connaissances, et toutes les informations qu'elle a cherchées dans son héritage de Black.
Il faut dire que, si les enfants Black sont tous nommés d'après une étoile ou une constellation, ce n'est pas venu de l'excentricité d'un parent un peu déséquilibré plusieurs siècles plus tôt. En fait, un de nos très lointains ancêtres était connu pour être le plus brillant astronome de son époque ; depuis, de génération en génération, les Black ont eu un lien très fort avec l'espace.
Il a fini par s'estomper, mais cette famille est quand même très fière de son hérédité et enseigne à chaque enfant les bases à connaître en ce qui concerne le ciel avant qu'il n'aille à Poudlard.
Bref. J'ai donc fini ce devoir hier, et je suis complètement libre.
- Elinor ?
- Ah, Hyperion. Tu veux venir lire avec moi ? je lui dis avec un grand sourire en tapotant mes genoux.
Il fait la moue.
- Je ne suis plus un gosse, je ne vais pas m'asseoir sur tes genoux.
- Mais bien sûr que tu es un gosse ! je réponds en l'attirant à côté de moi sur le canapé, avant de me serrer contre lui.
Il râle un peu pour la forme, mais il est content. Je suis sûre qu'il est content.
J'ai bien trop dédaigné mon petit frère ces derniers temps. Nous avons passé pas mal de temps ensemble en famille, bien sûr - nous sommes en vacances après tout - mais, des moments en tête à tête ? Tous les deux, dans notre repaire, à discuter de choses futiles en s'empiffrant de gaufres sous une couette ? Pas depuis longtemps.
- Qu'est-ce que tu lis ?
- Un traité sur l'utilisation optimale des anciens futharks.
- Je ne comprendrai jamais pourquoi tu t'y intéresses autant, répond-il en retroussant le nez. Les runes n'ont l'air ni passionnantes ni faciles.
Les lèvres s'étirent un peu. Il n'y a jamais été initié, il ne peut pas comprendre. Beaucoup de gens ont du mal à comprendre. Les runes sont tellement utiles.
- C'est passionnant. En magie, les mots ont une puissance extrême. Le pouvoir des formules latines vient de leur vieillesse, de leur signification. En théorie, les Grecs antiques étaient encore plus puissants. La magie avait une place à part à cette époque, c'est bien pour ça que la mythologie grecque est si connue. Malheureusement, il y a très peu de traces écrites de l'utilisation précise de la magie de l'époque. Pour les runes ... Elles sont peut-être moins anciennes que l'alphabet latin, mais l'alphabet runique en magie, lorsqu'il est bien utilisé, permet bien plus encore que le latin.
Il me regarde, à la fois intéressé et perplexe.
Hyperion est jeune. Il ne peut concevoir un intérêt si grand pour une matière qui lui semble ennuyeuse et inaccessible. Mais bon. Il a encore tout le temps du monde pour comprendre tout ça.
- Toutes seules, je reprends, les runes ont un sens. Lorsqu'elles sont placées côte à côte, elles en ont un autre. Imbriquées l'une dans l'autre, la signification change du tout au tout. L'alphabet latin permet très peu de modifications, et son pouvoir à l'écrit est très réduit. L'alphabet runique est totalement à l'opposé : on l'utilise peu à l'oral, mais il y a une marge de manœuvre et un potentiel d'amélioration illimités à l'écrit. Qu'on l'utilise pour des sceaux, des barrières ou pour lancer un sort programmé à l'avance. Cet alphabet qui semble réduit, constitué de simples bâtons, permet au final tellement de choses !
- Les runes sont si puissantes que ça ?
- Elles sont utilisables aussi bien sur les objets que sur les gens. Elles peuvent créer des liens et en défaire. Elles peuvent servir de manière offensive comme défensive. Mais comme leur apprentissage est plutôt long et complexe, peu de gens y ont recours.
Il semble songeur. Il n'a jamais dû y penser comme ça, après tout.
- C'est pour ça que c'est ta matière préférée, chuchote-t-il. Avec les Potions, qui peuvent guérir, envoûter, blesser, sauver, tuer ou hypnotiser.
- Et toi, qu'est-ce que c'est ? je demande alors, en lui ébouriffant les cheveux au passage.
- La Métamorphose.
Il n'a pas eu besoin d'y réfléchir une seule seconde.
Et bien. Je ne m'attendais pas à ça. Je croyais qu'il mentionnerait plutôt les cours de vol, les Sortilèges, ou encore le Soin aux Créatures magiques. Les matières dans lesquelles ont fait autant -voire plus- de pratique que de théorie, où on étudie des animaux étonnants, où on peut utiliser sa baguette et se servir réellement de magie ...
- Pourquoi ?
- Parce que j'aime essayer de comprendre. Il n'y a rien qui, logiquement, permette de transformer quelque chose en une chose totalement autre. Et les gens qui arrivent à se transformer, comment font-ils ? Ils doivent connaître parfaitement les anatomies humaine et animale pour ne pas oublier une partie de leurs organes, non ? Comment font-ils pour modifier ceux-là, d'ailleurs ? Comment passer d'une structure à une autre structure, tout en sachant que les matériaux, la taille, la forme, l'épaisseur, tout diffère ? ... Moi, j'aime la Métamorphose parce que je n'y trouve pas de logique, mais essayer de comprendre et de trouver, quelques part, cette logique, c'est très prenant.
Oh oh.
- Hyperion ... je commence lentement. Tu es en train d'y réfléchir avec le point de vue d'un Moldu qui découvre la magie. Ce que tu m'expliques, c'est exactement le mode de pensée des scientifiques du monde non-magique. Fais attention.
Il se fige et se met à rougir.
Père lui a déjà fait cette remarque de nombreuses fois. Même dans le monde magique, être trop curieux, ça apporte des problèmes.
- Je prends le point de vue d'un humain qui ne comprend pas un phénomène donné. Parce que jusqu'à preuve du contraire, ils sont humains au même titre que nous, non ? ajoute-t-il d'un ton insolent. Pourquoi ne pas les écouter, de temps en temps ?
Et merde.
Meeerde, merde, merde.
Merde.
- Hyperion ...
Je le regarde fixement, et je sais que je n'ai jamais eu l'air aussi sérieux, et il le remarque aussi, il ne peut que le remarquer, parce que ce qu'il m'a dit, ça ne me plaît pas, mais ce que je m'apprête à dire sera sans doute pire encore pour lui.
- ... Ne redis jamais ça. Ni à Père, ni à Mère, ni à Emma, ni à tes amis impurs, ni même, à moins d'une urgence, à moi. Tu as le droit de penser ce que tu veux, mais il est bien trop dangereux de le faire savoir. Tu ne peux le faire savoir. Tu es un Fawley, Hyperion !
- Mais ...
- C'est important, je l'interromps. Promets-moi. S'il-te-plaît.
Il est si jeune. Il ne comprend pas. Il lui faudra du temps, mais il faut qu'il accepte.
Il se lève, et je lis une colère sourde dans ses yeux, mais son visage est d'une neutralité si parfaite que Père l'applaudirait.
Puis il affiche une expression légèrement dédaigneuse très semblable à celle d'Emma quand elle s'exprime à qui que ce soit qu'elle juge plus bête qu'elle - c'est à dire la quasi-totalité du monde.
- Le problème avec toi, Elinor, c'est que tu n'as jamais été fichue de faire un choix.
Et il part.
...
Mon petit frère.
Mon petit frère adoré est en train de prendre la voie dangereuse qu'est celle d'un Traître à son sang.
- Si je comprends bien, Sirius continue à faire le casse-cou dès qu'il en a l'occasion à Poudlard ...
Sirius ne prend même pas la peine d'avoir l'air gêné ou piteux. Au contraire, il a l'air très fier de lui.
Nos deux cousins sont arrivés tout à l'heure, et nous sommes actuellement en train de discuter dans le salon. Forcés par Mère à s'asseoir côte à côte, l'ambiance entre eux n'était pas très détendue au départ, mais elle commence à s'adoucir. C'est un début.
- Et pour toi, Regulus, reprend-elle gentiment, comment se passent tes études ? D'après ce que j'ai entendu dire, tu es parti pour être aussi bon en Potions qu'Elinor, si ce n'est meilleur.
- Absolument pas, je réponds vivement. Personne de ma classe et encore moins d'une classe en-dessous ne me dépasse en Potions, Slughorn lui-même trouve que j'ai un niveau équivalent à ceux des Sixième année -voire début de Septième.
- Je ne te dépasse pas, mais je ne te suis en rien inférieur, dit-il innocemment.
Mais quel fourbe !
- De toute façon, c'est pas pour rien que je suis, avec Severus, la meilleure élève de mon année chez les Serpentards, et ce n'est pas demain la veille qu'un gamin va me dépasser, j'ajoute avec une mauvaise foi absolue.
- T'es une vraie patate en Arithmancie, pourtant, objecte Sirius.
- Ce n'était qu'une option inutile, et je l'ai arrêtée.
Les membres de ma famille se regardent entre eux.
Oh, ils veulent jouer à ça, hein.
- Je suis excellente en Potions, pratiquement bilingue en Runes, douée en Soin aux Créatures Magiques et en Sortilèges-
- Je t'arrête tout de suite, petite sœur, ton niveau est correct voire honorable, mais tu ne m'arriveras jamais à la cheville, raille Emma.
Je crois bien qu'ils cherchent à m'agacer.
- Je te dépasse en plusieurs matières, chère élève de septième année, je réponds avec agacement. Bref, Shepard trouve que j'ai un très bon niveau en Défense-
- Tu t'adresses à un futur Auror, me coupe Sirius. T'as un certain talent, mais je te bats toujours au combat.
- T'es lamentable à l'écrit, Sirius !
- Mais ça compte pas, la pratique est encore plus importante, il lâche avec un geste négligent de la main.
Je rêve ou ma famille entière (sauf Père, qui n'est pas là) est en train de se liguer contre moi pour me prouver que je suis nulle ?
Mais enfin, c'est pas croyable !
- Et la Métamorphose, alors ? J'ai jamais en dessous de A !
- C'est moi qui vais devenir un spécialiste en Métamorphose, répond Hyperion d'un ton très sérieux. Je suis désolé, Elinor, mais si nous nous allions contre toi, tu n'as aucune chance de gagner ce débat.
Mais ... mais ...
Mais quels enfoirés !
- Un match.
... Comment ça, un match.
- Mère, nous sommes cinq, et ni Hyperion ni Emma ni moi ne pratiquons le Quidditch, je réponds timidement.
J'aime bien le Quidditch. J'aime bien le regarder. Je vais souvent aux matchs à Poudlard. Sirius attire l'œil, avec sa manie de jeter des Cognards avec une force susceptible de fracasser le crâne de ses adversaires. Regulus virevolte comme une hirondelle, et il est sans contexte l'un des joueurs les plus rapides du château ; ses acrobaties complexes et sophistiquées forcent les spectateurs à le remarquer.
Mais si j'aime bien regarder le Quidditch, et que je m'y intéresse un minimum ... Je n'aime pas, mais pas, mais pas du tout y jouer.
C'est-à-dire que le premier cours de vol, à mon arrivée à Poudlard, m'a un chouïa traumatisée. J'ai enfourché mon balai et je me suis immédiatement élevée à quelques dizaines de mètres au-dessus du sol, tout en étant absolument incapable de redescendre.
Il faut dire que j'avais le vertige, à l'époque.
... Non, plus que ça, j'avais carrément la phobie de la hauteur. Je suis devenue livide et le professeur a eu besoin de l'aide de trois élèves pour me ramener sur le sol et me détacher de mon balai, que j'agrippais de toutes mes forces comme si ma vie en dépendait.
Depuis quelques années, ça va beaucoup mieux. Je monte de temps en temps sur un balai pendant les vacances, avec Hyperion, mais jamais au-dessus de quinze ou vingt mètres du sol. Et puis, il fallait bien que je perde ma phobie pour monter Ansuz, mais ce n'est pas pareil avec lui, ce n'est pas un balai. On s'y agrippe beaucoup plus facilement, et c'est moins risqué.
Bref. Toujours est-il que, lorsque je monte sur un balai, ce n'est pas pour jouer à un sport potentiellement dangereux et risquer de me fracasser le crâne à coups de Cognard, mais plutôt pour profiter de l'air frais et m'échapper un peu du sol.
Toujours est-il que Mère est décidée à me faire jouer.
- Bien sûr que non, nous sommes six !
...
Six.
Comme le chiffre ?
- ... Ne me dis pas que tu veux participer ?
Mère me regarde d'un air tout à fait effronté, relevant élégamment un de ses sourcils. Comme pour me dire "Dis donc, Elinor, un Botruc t'aurait-il bouffé le cerveau ? Tu ne débites que des conneries là."
- Évidemment que je participe. Et ça va se jouer entre Fawley contre Black ! s'écrie-t-elle en attrapant le bras de mes deux cousins.
- Tu ES une Fawley ! je réponds de manière presque hystérique.
- Sottises. Je suis une Black avant tout. J'ai du sang de Black. Je suis née Black. Plus de temps à perdre maintenant, allons-y !
...
- MAIS ENFIN, ESPÈCE DE POULPE INUTILE, ARRÊTE D'ESQUIVER LE SOUAFLE !
- NE M'INSULTE PAS, ELINOR.
Emma est le pire élément de cette équipe. Elle tremble comme une feuille -je crois que c'est la deuxième fois de sa vie qu'elle monte sur un balai- et s'éloigne en criant dès que la balle l'approche, malgré son rôle de Poursuiveuse.
Dans l'autre équipe, Sirius se bidonne tellement qu'il peine à tenir sur son balai et Mère passe son temps à marquer entre nos cerceaux improvisés.
- MERE, POURQUOI HYPERION ET MOI DEVONS NOUS RETROUVER AVEC CE POIDS MORT ?
Certes, je ne suis pas la meilleure qui soit sur un balai ... Mais je me débrouille, surtout depuis que j'ai surmonté ma phobie de la hauteur. Hyperion, lui, est déjà doué, vu comme il s'intéresse au Quidditch.
Le problème avec Emma, c'est que lorsqu'elle est arrivée à Poudlard et qu'elle a assisté au premier cours de vol, elle a catégoriquement refusé de monter sur un quelconque balai et, jetant un regard ombrageux et fier au prof, a déclaré que c'était indigne d'une lady comme moi, et je ne suis pas une de ces sauvages, je suis une Fawley. Puis elle contré chacun des arguments du professeur avec un léger air méprisant.
Du moins, c'est ce que Rodolphus m'a raconté. Mais je le crois, c'est tout à fait le style de ma sœur, même depuis qu'elle est une gamine.
- Hyperion, je gronde.
- Elinor, répond-il en un souffle.
- Tu es prêt ?
Il hoche la tête d'un air grave.
- INSURRECTIOOOOOOOOOOOOON !
D'un habile coup de baguette, mon prodige de petit-frère fait apparaître un torchon sale -un de ceux de notre elfe Pinky, peut-être- et le balance à la tête de Sirius qui perd le contrôle de son balai et fonce vers un arbre. Emma se contente d'envoyer un sort de Gravité puissant à Mère, tout en faisant bien attention à ne pas lui faire le moindre mal ; nous ne pourrions jamais nous regarder dans une glace si nous la blessions d'une manière ou d'une autre.
Mère se retrouve donc progressivement tirée vers le sol, jusqu'à-ce que son balai y soit totalement collé et impossible à relever.
De mon côté, je jette rapidement un Rictusempra à Regulus, mais le voyant chuter brutalement vers le sol, je l'annule aussi vite.
Il est vrai que Regulus a toujours été chatouilleux, tiens. Je ne savais pas qu'il l'était encore à ce point.
Mais en le voyant remonter, je vois tout de suite à son regard que je n'aurais pas dû faire ça.
- HYPERION, SAUVE-MOI !
...
Le petit problème, c'est que, même si je fuis aussi vite que je le peux, Regulus est infiniment plus rapide que moi.
Je ne peux donc éviter le sort qui suit.
- AGUAMENTI !
...
Ok.
Tu veux la guerre, Reg ?
Tu l'auras.
- Quelqu'un veut du chocolat chaud ?
Mère étouffe un rire. Nous avons tous levé la main.
Quelques minutes plus tard, une délicieuse odeur nous chatouille le nez, tandis que plusieurs tasses arrivent avant de léviter devant nos visages.
- Quelle idée de faire une bataille d'eau par ce temps, aussi, soupire Mère.
- Si les équipes avaient été plus équilibrées, ça ne serait pas arrivé ! réplique vertement Hyperion.
C'est vrai. Regulus est l'attrapeur des Serpentards. Sirius est batteur chez les Gryffondors. Mère a été la capitaine et poursuiveuse des Serdaigles.
A côté de ça, Emma qui ne sait pas se tenir sur un balai, Hyperion qui se débrouille bien mais est encore un novice, et moi qui ai toujours un peu le vertige, nous n'arrivons pas à leur cheville.
Je tente vainement de retenir un profond rire en croisant le regard d'Emma. Elle est rouge, échevelée, épuisée et s'est emmitouflée dans un plaid à manches -la meilleure invention de tous les temps. Si loin de son apparence de parfaite petite princesse Sang-Pure habituelle !
Elle me jette un regard de défi puis soupire, l'air de penser "vas-y, c'est bon, tu peux te marrer". Je ne me gêne donc pas.
Si seulement nos camarades de Poudlard étaient là pour la voir.
- Mère, c'est vrai que tu connais Shepard ? demande soudainement Hyperion.
- Le professeur Shepard, corrige-t-elle en agitant le doigt. Et oui, je le connais. Du moins, je l'ai connu. Il était mon tuteur quand j'étais en stage. Absolument redoutable en combat autant que sur le terrain social. Il me terrifiait, ajoute-t-elle en riant.
Quelle surprise.
- Ça ne m'étonne pas, je lâche en haussant les épaules. Tu n'aurais pas quelques infos sur lui, qu'on puisse le faire chanter ?
- Elinor !
Mère arbore un faux air scandalisé, et nous tous savons qu'elle est simplement amusée.
- A vrai dire, Mère, je suis d'accord avec Elinor, annonce Emma à la surprise générale.
- Oui, ça sert toujours de savoir qui est son ennemi, ajoute Sirius avec empressement.
- Mais enfin, il n'est pas votre ennemi !
Nous, jeunes élèves de Poudlard, échangeons un regard entendu.
- Il nous a forcés à faire face à un Epouvantard, lâche Sirius.
- C'est dans le programme, proteste Mère. J'ai dû faire la même chose, et je n'étais qu'en troisième année.
Ah, elle veut vraiment débattre là-dessus ?
Et bien, quel qu'aient été les profs de DCFM qui lui ont enseigné, ils ne pouvaient pas être plus durs que ne l'est Shepard.
- Nous avons été mis en condition d'attaque de Détraqueurs, lance Emma, les bras croisés. Il n'y avait pas de danger, mais l'effet était le même.
Mère ouvre la bouche, mais ne sait visiblement pas quoi répondre. Je n'ai jamais vu de Détraqueur en vrai, mais je connais parfaitement les effets qu'ils ont sur l'homme.
Shepard nous apprend à survivre, mais c'est une survie douloureuse qu'il nous enseigne.
L'idée qu'une guerre épouvantable va se mettre en place, et que nous ne pourrons pas y échapper.
- Il nous a fait nous battre en duel sans nous classer par niveau, et cinq élèves ont fini à l'infirmerie, j'ajoute en haussant un sourcil.
Je n'ai rien contre Shepard, je le considère même comme un bon prof, mais il y a des limites à ne pas franchir. Même si on ne tombe évidemment pas toujours sur un adversaire de force égale, on ne devrait pas nous forcer à nous battre juste pour se faire écraser. Même si son but était de forcer les élèves plus faibles en Défense à compenser ces défauts par des tactiques différentes.
- Il nous a dit qu'il fallait nous préparer à la mort et à la souffrance, parce qu'elles sont inévitables en temps de guerre, marmonna timidement Hyperion.
- QUOI ?
Ce triple-cri fait sursauter les garçons. Emma, Mère et moi avons eu la même réaction.
Là ... Il est allé trop loin. Hyperion n'est qu'en première année. Cette classe n'est constituée que de gamins d'onze ans. Et à onze ans, qu'on s'approche d'une guerre ou pas, on ne devrait pas avoir à apprendre la notion de sacrifice.
- Excusez-moi, les enfants, dit Mère en se levant avec un sourire parfaitement terrorisant. J'avais oublié quelque chose d'important que je dois faire.
Il y a un bref silence.
- On parie combien qu'elle est allée lui gueuler dessus ? demande alors Sirius.
- Pousse-toi, je vais rien voir !
- Emma, tu prends toute la place ...
- On ne t'a jamais appris la galanterie, espèce de bon à rien ?
- SILENCE ! je crie.
Et le silence fut.
Dès que Sirius a lancé cette phrase pour rire, Hyperion, Emma et moi nous sommes regardés une brève seconde avant de nous précipiter dans ma chambre. Les deux Black nous ont suivis sans comprendre, mais ils sont maintenant aussi impatients que nous.
Il faut savoir que j'ai, d'une certaine manière, lié notre maison au château de Poudlard, l'année dernière. Cette idée peut paraître colossale, mais j'ai simplement utilisé mon savoir en Runes, le talent d'Emma en Sortilèges et de nombreux, nombreux bouquins de notre bibliothèque pour enfin finir par utiliser tout cela sur la glace de ma coiffeuse.
Oui, un peu comme Mère a lié mon miroir de poche à celui de Milliana. En un peu plus complexe.
Sauf que là, j'ai dû redoubler d'efforts et d'ingéniosité pour parvenir à marquer les miroirs de plusieurs salles du château, plusieurs bureaux - affreusement compliqué, et ayant été attrapée par un prof alors que Milliana était censée monter la garde, je me suis retrouvée avec une semaine de retenue - et tout simplement plusieurs classes en général.
L'année dernière, notre prof de Défense était tellement incompétent que m'infiltrer dans son bureau avait été ridiculement facile.
Apparemment, Shepard n'a pas retiré le miroir placé au-dessus de la cheminée - après tout, malgré sa méfiance constante, un miroir n'a en soi rien de dangereux.
La seule vraie -ENORME- difficulté que j'ai eue a été de relier ces miroirs au mien, tout en faisant en sorte de trouver un sort qui donnerait au mien une glace sans tain. Le savoir d'Emma m'a été terriblement utile, et même si elle m'a plusieurs fois dit que faire des activités interdites au lieu d'étudier était ridicule et absurde, elle semble avoir trouvé l'idée assez intéressante pour quand même m'apporter son aide.
Elle est plutôt cool, par moments.
Bref, mon but était de pouvoir voir, sans qu'on ne me voie moi. Et trouver une formule compatible avec ma formule runique -c'est compliqué à expliquer, mais l'opération est un vrai casse-gueule si les deux ne sont pas en adéquation- a été tellement dur que j'ai failli abandonner.
Mais l'abandon n'est pas Fawley.
Après ça, trouver un sort permettant également d'entendre correctement m'a pris quatre autre mois de pénible labeur.
Jusqu'à ce que je sois enfin satisfaite.
- Taisez-vous, on ne va pas entendre, je chuchote furieusement pour arrêter les bavardages agacés des quatre autres qui se poussent tout autour de moi pour être sûrs de pouvoir apprécier le spectacle.
Le miroir se trouble, et l'image apparaît.
- ... ne tolérerai pas que ... annonces froidement ... mon fils qu'il va mourir, Marcus !
- Il ne s'agit ... -on fils mais ... classe entière.
Nous regardons ce qui se passe d'un air soucieux.
Mère est dans le bureau de Shepard. Qu'elle appelle d'ailleurs par son prénom. Ils sont donc encore relativement proches, malgré le temps qui s'est écoulé depuis son stage chez les Aurors.
Elle est en train de vertement l'engueuler, mais il garde un air tout à fait neutre, très Shepardesque.
- Il y a des interférences ? demande Regulus.
Il est vrai que, même si le son est correct, on n'entend pas très bien.
- Le directeur et les professeurs sont en train de renforcer la protection de Poudlard en ce moment, depuis quelques temps, répond Emma à voix basse. A moins de renforcer énormément la formule qui a permis de relier ce miroir à ceux du château, le lien ne tiendra pas très longtemps, ce qui est très probable. L'école est très protégée, ce qui rend déjà difficile la communication magique avec l'extérieur, d'où les lettres.
C'est déjà un miracle que notre curieux mélange d'alphabets runique et latin ait eu un résultat positif, surtout si l'on prend en compte le fait que nous sommes seulement des élèves. J'ai eu de la chance et de l'aide, je n'aurais jamais accompli quoi que ce soit toute seule.
- ... sont que des ... -fants de onze ans !
Je n'ai jamais vu Mère aussi enragée.
Shepard ou pas Shepard, je plains toujours les personnes en mesure de la mettre en colère.
Peut-être est-ce le fait qu'ils se sont légèrement rapprochés, mais la phrase suivante est très claire.
- Enfants ou pas, ils doivent se préparer à ce qui arrive. Sinon, ils crèveront tous. Ton fils comme les autres.
Il penche légèrement la tête sur le côté pour esquiver le sort -qui a un éclat de magie sombre, j'en suis persuadée- que Mère vient de lui lancer, et la regarde calmement.
- Mais qu'est-ce qu'elle fait ? s'écrie Sirius, horrifié.
...
- Je crois que ça répond à la question que tous les frères et sœurs se posent. Hyperion, c'est toi le préféré.
Les autres rient nerveusement à ma maladroite tentative de détendre l'atmosphère. Aucun de nous ne s'attendait à une scène de ce genre.
Aucun de nous ne s'attendait à découvrir une telle facette de Mère.
Elle tuerait sans hésiter pour nous protéger.
Je m'approche légèrement. Mais à ce moment, Shepard se tourne vers le miroir, les sourcils froncés.
Et nous voyons tous arriver le sortilège vers nous, fracasser le miroir et brouiller définitivement l'image.
Le silence qui suit résonne bruyamment à nos oreilles.
- ... Il a deviné ? je murmure en observant la glace qui renvoie désormais notre reflet.
- Qu'est-ce que tu as fait ? demande Regulus, visiblement mal à l'aise.
- Rien ... Je me suis juste penchée et ... il l'a senti ?
Même à moi, ces paroles semblent invraisemblables. Il nous a fallu sept mois pour créer ce sortilège. Il n'est pas parfait, mais il est loin d'avoir une faille aussi immense.
Le flux de magie de son bureau n'est pas censé avoir changé, puisqu'il n'utilisait pas le miroir.
Il n'y avait que moi.
Et pourtant ...
Emma se racle la gorge et se redresse.
- Quelqu'un veut faire une partie de cartes ?
A/N : Voilà.
A mon avis, ça aurait pu être pire. Je m'excuse bien évidemment une nouvelle fois d'avoir été aussi longue à publier la suite, je vais essayer d'être plus rapide pour le prochain chapitre -mais comme je l'ai dit, plus de promesse. Je sais pas les tenir.
J'adore la mère d'Elinor. Je l'adore. Elle n'a pas honte de poliment envoyer chier toutes les conventions de sa société -tout en restant délicieusement élégante. Et en plus, elle ferait tout pour ses gosses.
Un pur modèle.
Bon, je vous dis donc au revoir ! (puisque la formule "à bientôt" est susceptible de se transformer en mensonge énorme, vu le temps exceptionnel que je mets pour la publication de mes chapitres.
Et croyez-moi, avec le bac, je vais battre tous les records.
Adieu !
