Chapitre 8 : Le contrôleur fiscal

Harry

Je vais peut-être vous paraître fou, mais j'adore mon métier. Non, vraiment, je vous assure. J'adore être un contrôleur fiscal.

Bien sûr, il ne s'agit pas d'un métier à proprement parler de passion (rares sont ceux qui sont amoureux de la comptabilité et du droit fiscal) mais je trouve qu'il me convient parfaitement. Il cadre bien avec mon esprit rigoureux et organisé. Et puis... Partout où je vais, dans toutes les boîtes que j'inspecte, j'aime bien observer les gens. Ils sont une source inépuisable de fascination pour moi.

Je me souviens pourtant que mes proches avaient essayé de me dissuader de devenir contrôleur fiscal, arguant que j'étais trop gentil pour ce genre de métier. Je sais qu'ils pensaient bien faire, mais la suite leur a donné tort.

J'ai beau être gentil, je déteste les gens qui trichent et qui mentent. Et je sais parfaitement me montrer intransigeant avec les boîtes qui ne payent pas leurs impôts et truquent les comptes.

J'adore mon métier, même si je ne vous cache pas qu'il est parfois difficile à exercer. Vérifier les comptes d'une entreprise n'est jamais une mince affaire. On tombe souvent sur des gens réticents, qui essayent de vous cacher des fraudes, et qui vivent votre venue comme une intrusion dans leur vie d'entreprise. Ce n'est pas toujours facile à gérer. Et quand on tombe sur une boîte comme Nimbus… Les choses peuvent devenir très compliquées.

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de mettre les pieds dans une boîte de pub. Pour ma part, c'était la première fois.

Laissez-moi vous dire une chose : ces gens sont tout simplement barges.

Si vous pensez que j'exagère, c'est que vous n'êtes jamais allés à Nimbus.

Déjà, lorsque vous entrez dans les locaux de Nimbus, vous vous dites que quelque chose ne tourne pas rond. Vous y respirez un étrange mélange d'odeurs de nicotine, de café et de nourriture pour chats. Chats qui se promènent d'ailleurs un peu partout en liberté dans les bureaux, sans que personne ne dise rien.

A ce stade, vous êtes tellement sous le choc que vous ne remarquez pas à quel point l'endroit est bordélique. Je ne vous raconte pas le cauchemar pour rassembler tous leurs documents comptables.

Ensuite, vous rencontrez les membres de l'équipe créative, et là, vous vous dites que vous êtes entrés dans la quatrième dimension. Passons sur les Nymphadora Tonks qui changent de couleur de cheveux toutes les semaines et fument trois paquets de cigarette par jour, les Dean Thomas qui possèdent au moins six téléphones et quatre ordinateurs dernier cri, et les Padma Patil qui vous racontent leur accouchement sans péridurale dans les moindres détails. Parce que ces trois-là atteignent encore des niveaux de sanité raisonnables.

Non, moi je vous parle de spécimens encore plus gravement atteints.

Prenez par exemple Dolores Ombrage. Elle, c'est une vieille de la vieille. C'est limite si elle ne travaillait pas dans la pub quand ça s'appelait encore la réclame. Elle s'habille exclusivement en rose et ramène ses quatre chats (Mr Propre, Gervita, Nike et Oreos) tous les jours au travail avec elle.

Je m'en méfie comme de la peste. J'ai l'impression que derrière ses airs de vieille dame sénile, se cache un véritable démon. Elle a essayé à plusieurs reprises de m'embobiner, de manière plus ou moins discrète. Heureusement que je commence à avoir l'habitude de ce métier.

Dans la catégorie complètement barrés, il y a aussi leur boss, Zacharias Smith. Lui, c'est un malade mental. Quand il n'est pas content, il balance des objets, crie sur tout le monde et finit par menacer de virer ses employés. J'ai rarement vu patron plus tyrannique. Le pire, c'est que j'ai l'impression que ses employés l'apprécient tout de même.

Cependant, le clou de la collection reste tout de même Drago Malefoy.

Aaaah… Drago Malefoy.

Comment vous le décrire exactement ?

Une espèce de pile électrique surexcitée en permanence (il a probablement plus de coke que d'eau dans son organisme). Je l'ai vu à l'oeuvre : il a dix idées à la seconde et il fait le double du travail de ses collègues.

Son métier et le monde de la pub, c'est toute sa vie. Son appart est décoré exclusivement par des affiches de publicité, vous imaginez ? Il connaît par cœur l'histoire de la pub, et comme tout bon publicitaire, pense qu'elle est indispensable dans notre société de consommation. D'ailleurs, il m'a déjà dit très sérieusement qu'il considérait la publicité comme le onzième art.

Malefoy, c'est aussi un visage d'ange. Des traits fins. Des yeux d'un gris perçants. Des cheveux d'un blond si pâle qu'on dirait presque qu'ils sont blancs.

Et un sourire ravageur.

Bref, on lui donnerait le bon dieu sans confession (ou presque).

Bien entendu, sous ses airs d'ange se cache un véritable démon. Hermione a été très claire là-dessus : c'est un menteur et un manipulateur. Il fait du mal aux gens, souvent sans même s'en rendre compte. C'est pourquoi j'avais décidé au début de m'en méfier comme de la peste, malgré ses nombreuses tentatives de rapprochement.

Pourtant, malgré tous les avertissements de ma meilleure amie, j'ai fini par tomber dans le panneau. Parce que, mine de rien, il me fait craquer, le publicitaire timbré.

Quand je l'ai croisé en boîte de nuit, vendredi dernier, je n'ai pas pu lui résister, et nous nous sommes retrouvés à nous peloter dans les toilettes. Et ce qui en temps normal m'aurait parut grotesque fut un moment formidable. Laissez-moi vous dire que j'ai rarement vécu quelque chose d'aussi intense avec un gars…

Ensuite, parce que visiblement Malefoy avait encore un coin de son cerveau qui fonctionnait, il m'a proposé qu'on aille chez lui pour faire plus ample connaissance.

Et bien sûr, j'ai accepté.

Je mentirais si je disais que la nuit qui a suivi n'a pas été mémorable. Parce qu'elle l'a été, et à bien des égards.

Malefoy avait l'air plutôt content, lui aussi. Il m'a clairement fait comprendre qu'il voulait plus qu'une nuit sans lendemain. J'ai préféré éluder la question et je me suis empressé de rentrer chez moi sans demander mon reste.

Le problème, c'est que ne comprenais pas ce qu'il attendait de moi. Est-ce qu'il voulait un plan cul sans prise de tête ? Ou est-ce qu'il recherchait une relation plus sérieuse ? J'étais totalement perdu.

Je passais le reste de mon week-end à tourner ces questions dans ma tête sans y trouver de réponse. Et pour une fois je ne pouvais même pas demander conseil à Ron et Hermione. Impossible de leur dire que j'avais couché avec Malefoy ! Hermione aurait été furieuse...

J'avais la boule au ventre en arrivant au bureau, lundi matin. Je me demandais comment nos retrouvailles allaient se passer. J'ai vite été fixé lorsqu'il s'est pointé dans mon bureau juste après mon arrivée. Il a pris bien soin de fermer la porte derrière lui avant de me sauter dessus pour m'embrasser.

"Doucement ! ai-je fait. C'est pas très correct, sur un lieu de travail…

- Potter, Potter… a-t-il susurré. N'as-tu toujours pas compris que les règles sont faites pour être enfreintes ?

J'ai éclaté de rire.

- Non, ça ne m'avait jamais effleuré l'esprit… Mais maintenant que tu le dis… Je devrais peut-être changer de boulot, du coup, parce que bon, un contrôleur fiscal qui ne respecte pas les règles, ça fait un peu tâche, ai-je répondu sur un ton taquin.

- Oh non, surtout pas… T'es trop bandant en contrôleur fiscal ! s'est-il indigné.

- Tu dois être le premier chez qui ça suscite un fantasme. Normalement c'est plutôt les hommes en uniformes…

- Trop classiques. Les contrôleurs fiscaux c'est beaucoup mieux. Ils arrivent et ils vous mettent des grosses amendes… a-t-il soufflé d'un ton sensuel dans mon oreille.

- Et sinon, tu voulais me dire quelque chose ? ai-je demandé pour changer de sujet et surtout éviter que la situation ne dégénère.

Malefoy a eu l'air de revenir d'un coup à la réalité.

- Ah oui ! s'est-il exclamé. Est-ce que tu fais quelque chose mercredi soir ?

Depuis nos ébats de vendredi dernier, Malefoy et moi sommes passés au tutoiement. Je dois reconnaître que j'ai encore du mal à m'y habituer, mais ce n'est pas désagréable.

- Euh… Non, pourquoi ? ai-je fait, curieux.

- On… on pourrait faire un truc ensemble, puis rentrer chez moi, non ?

Sur le coup, j'ai un peu été pris au dépourvu.

- Oui, pourquoi pas. Tu pensais à quoi exactement ?

- Un cinéma ? a suggéré Malefoy. Je sais, c'est banal, mais ça nous permettra de nous peloter dans un coin de la salle, a t-il ajouté avec un clin d'oeil.


Voilà comment je me suis retrouvé, mercredi soir, au cinéma, en compagnie de Drago Malefoy. Je dois admettre que j'aime bien l'ambiance des cinémas, surtout pour un premier rendez-vous. C'est souvent en regardant un film avec une personne qu'on en apprend plus sur elle, sur sa sensibilité, sur son sens de l'humour, sur ses goûts… Bon, et puis, comme Malefoy l'avait si subtilement remarqué, c'est assez propice à l'intimité.

Nous nous étions mis d'accord pour aller voir une comédie qui venait tout juste de sortir. Personnellement, c'est un de mes genres préférés, surtout pour décompresser après le boulot. Sans grande surprise, Malefoy était aussi partant pour rigoler un bon coup.

Nous avions choisi le film un peu au hasard, parce que le résumé nous plaisait, et nous ne l'avons pas regretté. J'ai rarement autant ris. Pourtant, le reste des spectateurs avait l'air de trouver le film plutôt nul. Certains sont même sortis avant la fin. J'avais l'impression qu'il n'y avait que Malefoy et moi que ce film faisait rire. C'est à ce moment-là que je me suis dit que j'avais peut-être enfin trouvé quelqu'un qui partageait mon sens de l'humour douteux.

Vers la fin du film, un des personnages a sorti une phrase un peu hasardeuse et surtout complètement hors contexte, et nous sommes tous les deux partis dans un fou rire de dix minutes. Je crois que les autres spectateurs n'en pouvaient plus de nous.

En fait, à la réflexion, je crois que ce film était vraiment nul. Mais c'est ça qui nous a plu. On en est sorti avec plein de nouvelles punchlines. Sur le chemin, Malefoy n'arrêtait pas d'en ressortir en disant qu'il les verrait bien dans des pubs.

Lorsque nous sommes arrivés chez lui, nous étions encore en train de rire. Nous nous sommes installés dans son canapé avec des verres de vin et nous avons passé la soirée à parler de nos films absurdes préférés. Nous avions un peu les mêmes références, question mauvais films, c'en était presque étonnant.

A un moment, Malefoy s'est penché vers moi pour m'embrasser. C'était à la fois tendre et doux. Mon cœur battait fort dans ma poitrine et je sentais ma respiration s'accélérer.

C'est à ce moment-là que j'ai compris que c'était le début de la fin.

Parce que je commençais déjà à m'attacher à lui.