- Ça va, mademoiselle Johannson ? me demanda le jeune copilote.
- Merci Jonathan, tout va bien.
J'étais confortablement assise, devant une table, mes documents éparpillés. Une main sur Excalibur, je me répétais la démarche à suivre une fois à Tiwanaku. J'avais réussi, au British Museum, à convaincre le directeur que j'avais besoin, pour de nouvelles découvertes, d'Excalibur. Étant donné que j'étais l'une des personnes ayant retrouvé cette épée et l'ayant donné à ce musée, il ne pouvait pas me refusait ça. Puis, bien plus facilement que prévu, j'avais trouvé un jet privé qui s'était offert de m'accompagner en Bolivie. De là, je descendrai en parachute jusqu'à Tiwanaku. Tout se déroulait donc comme prévu. Mon portable vibra. Je décrochais, me doutant déjà de l'identité de l'appelant.
- Johannson j'écoute.
- Lauren ! Où es-tu ?
- Lara ! Quel plaisir de t'avoir au téléphone, tu as fini ta conférence ?
- Arrête de faire l'idiote ! En sortant de la salle, je découvre Amanda évanouie, qui me racontes, en la réveillant, que tu as l'intention d'aller à Helheim ! Qu'est ce que tu fiches, bon sang ?
- J'ai des choses à faire. Et quelqu'un à récupérer.
- Alors Amanda ne pas m'as pas raconté de sornettes. Tu as bien l'intention de sortir du royaume des morts Alister.
Je serrais les dents.
- C'est exact. Et je ne laisserai personne se mettre en travers de mon chemin.
- Tu es folle ! Tu te souviens pourtant de ce qu'il s'est passé quand j'ai … retrouvé ma mère, disparue en depuis des années en Avalon.
- Oui, mais comme tu le dis, cela faisait des années qu'elle était là-bas, contrairement à Alister. Et puis Helheim est un grand royaume, il se trouve peut être ailleurs, plus en sureté.
- Lauren, personne n'est en sécurité dans le royaume des morts ! Pas même moi, rappelle-toi ! J'ai failli y laisser ma peau.
- Peu m'importe. Si je dois y laisser la peau, alors je retrouverais quand même Alister !
- Non, écoute-moi, tu es à peine rétablie, tu crois pouvoir affronter des morts ?
- Je ferais n'importe quoi pour le retrouver !
Je coupais la communication. Mon cœur battait bien trop fort. Lara en savait plus que moi, mais j'étais convaincue qu'elle avait tort sur certains points. Lorsqu'elle avait revu sa mère, disparu depuis des années en Avalon (ou Helheim mais peu importe le nom), ce fut cauchemardesque. Elle avait péri là-bas, et s'était transformé en monstre, en morte-vivante. Mais je pensais qu'elle était devenu ainsi que parce quelle y avait passé plus de trente années. Alister, lui, avait encore une chance d'être un homme et non un monstre, et je ne laisserais pas cette chance passer. Je me penchais par-dessus mon siège.
- Jonathan, sommes nous bientôt arrivés ?
- Très bientôt, mademoiselle ! Dans dix minutes vous pourrez faire le grand saut vers votre site archéologique.
- Merci !
Je rassemblais mes documents, que je rangeais dans un sac à dos. J'y accrochais Excalibur, et posa le tout sur mon dos. Je resserrais les holsters autour de mes cuisses. Avant de partir, j'avais fait un détour par le manoir, et y avait emprunté des affaires appartenant à Lara. Un équipement complet pour voyager dans les civilisations inconnues, comme elle le faisait si bien. Je m'installais le parachute, et une fois prête, me positionnait devant la porte. Je n'avais plus qu'à attendre.
- Papa, maman, si vous me voyez, j'espère que vous serez fier de moi ! soupirai-je, devant le socle en pierre.
Je venais d'atterrir, et la nuit commençait à tomber. Je sortis l'épée de mon sac.
- Bon, si j'ai compris, on met l'épée dans le socle, on touche les menhirs dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, et on touche légèrement l'épée pour qu'elle ouvre le portail.
Je regardais des débris au sol.
- En espérant qu'il s'ouvre même si c'est cassé …
Je respirais un grand coup, et planta Excalibur dans le socle. Une lumière verte m'aveugla, et les signes dessinés au sol s'illuminèrent de cette même couleur. Je regardais avec étonnement le phénomène. Jusque là, ça marchait. Je m'avançais vers le premier menhir, et posa ma main sur la pierre. Celle-ci s'ouvrit en quatre, me faisant reculer, brilla intensément, et se referma.
- Magnifique, c'est ce qu'il doit se passer.
Je fis de même avec le reste. Une fois la tâche accomplie, je me retournais vers l'épée. Enfin, le moment crucial était là. Je m'approchais. Ma main se posa sur le pommeau, et soudain, l'épée tourna sur elle-même et s'enfonça plus profondément dans la pierre. Le sol trembla, et les débris qui jonchaient celui-ci se mirent à vibrer. Ils se soulevèrent alors, et sous mes yeux ébahis, se recomposèrent en un cercle immense qui vint se placer derrière le socle. Le cercle se mit à tourner sur lui-même, et une sorte de voile opaque se plaça à l'intérieur.
- Le portail est ouvert …
Je restais quelques minutes abasourdi devant ce phénomène surnaturel, puis je secouais la tête.
- C'n'est pas le moment de rêvasser ! Maintenant, il faut … que je sorte l'épée du socle.
Et oui, pour atteindre Helheim, il fallait que je récupère l'épée, ce qui me téléporterait, en quelque sorte, au royaume des morts. Je fronçais les sourcils.
- Courage !
Soudain, le bruit assourdissant d'un hélicoptère me sorti de ma concentration. Je levais la tête, et aperçu, au bout d'une échelle, Lara.
- Lauren ! Ça suffit, ne touche pas à cette épée ! me hurla t-elle.
- Laisse-moi tranquille !
Je détournais la tête.
- NON ! C'est de la folie, stop !
Je lui jetais un coup d'œil et découvris qu'elle descendait à une vitesse ahurissante de son échelle … pour venir me stopper.
Je jurais, et posais ma main sur le pommeau de l'épée. Cela faisait peur tout de même. Ah ! Si Lara n'était pas là, j'aurais eu tout le temps nécessaire à prendre mon courage en main ! Mais le temps pressé, et mon courage m'abandonnait. Alors que j'entendis Lara tomber au sol, mon regard se posa sur ma main, où brillait, à la lumière verte, ma bague de fiançailles. Mon Dieu, comment pouvais-je avoir peur d'aller en Helheim … alors que c'était pour Alister ! Je tournais la tête. Je vis Lara tendre la main vers moi. Ma main s'accrocha l'épée, et j'extirpais celle-ci du socle. Lara m'empoigna au même instant. Et soudain, une lumière nous aveugla, et je me sentis comme absorbée ailleurs. Excalibur à la main, et Lara accrochée à l'autre, je compris alors que je partais pour Helheim.
