DISCLAIMER : ONCE UPON A TIME NE M'APPARTIENT PAS ET JE N'AI AUCUN BÉNÉFICE FINANCIER.

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Parce qu'il ne faut jamais désespérer

par

L.P.E

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Rating : M

Bêta : Sans beta attitré, hormis les deux yeux explosés qui me servent de beta-lecteurs ahah !

Warning : Rien de trash dans ce chapitre. C'est doux, c'est calme. Pfiou. Ah si, besoin de mouchoirs pour la fin !

Question : Je me demande comment chacun(e) d'entre vous aller interpréter la lettre !

Retard : Chômage, emménagement avec mon conjoint, projet(s). Ce chapitre 8 fête en quelques sortes nos deux ans ensemble ! Hé oui, en 2014, il était sorti pour les fêtes de fin d'année.


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CHAPITRE 8 : Simulacres.

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1er Décembre

Tout le monde a déjà menti. L'enfant qui vient de voler un quignon de pain, le parent qui veut faire croire au Père Noël, l'amie qui ne souhaite pas vexer. Les mensonges ont croisé le chemin de toutes âmes. Seulement, certains, plus que d'autres, ont une propension naturelle aux impostures. C'est le cas de Régina Mills qui n'existe plus que comme un simulacre à présent. Le matin, la jeune femme rassure son enfant sur sa santé bien qu'elle ne touche pas à son repas. Dans la salle de bains, sa myriade de fonds de teints et de poudres lui créent un teint sublime cachant une face un peu trop amaigrie puis une fois déguisée en femme parfaite, elle recouvre son rôle de mairesse de Storybrooke.

On n'y voit que du feu. Régina, à la manière d'une Rita Hayworth du vingt et unième siècle, joue à merveille son rôle et telle une Marilyn Monroe au bord du gouffre, jamais personne n'aurait soupçonné que cette femme ingurgite pilule sur pilule pour un cancer. Aux yeux de tous, Régina Mills est une femme comme toutes les autres. Avec l'élégance à la française et le must-have de l'orgueil, of course.

Cette femme est en train d'effectuer son grand ménage d'Hiver comme chaque premier jour de Décembre tandis que son fils, tout enrhumé, s'est emmitouflé dans les couettes du lit de sa mère en pianotant sur le clavier du Macbook ; Toto, quant à lui, dort tranquillement dans son panier. D'aucunes se contentent d'un grand ménage de Printemps mais Régina n'est pas de celles-ci. Affectionnant tout particulièrement la décoration d'intérieur, elle planifiait toujours trois grands ménages. L'hiver, pour sortir une décoration plus cocooning avec couettes et plaids bleu marines et des lumières plus diffuses. Le printemps et ses fleurs autant en tableaux que sur la vaisselle en porcelaine pour égayer un temps encore maussade sur Storybrooke. En été également avec un environnement entièrement refait sur le thème de la mer. En décoration, elle dépense sans compter ; cela lui permet de se ressourcer, de trouver un nouveau soi. Non que la jeune femme recherche les compliments, au contraire, Régina Mills aime cacher son foyer du regard d'autrui.

Pour l'heure, elle a opté pour une chambre « blanche comme neige », c'est l'expression exacte qu'elle a employée avec sa mère. La couette, le plaid, la suspension en boule japonaise, les murs, la porte et la fenêtre en pin à trois vantaux baignent dans l'immaculée. La chambre parentale semblait ouvrir sur une bulle spatio-temporelle absorbant tout stress et petits tracas de la vie. Seuls ressortent le luminaire en inox et les objets - une plante dans un cache-pot style antique, deux boîtes jaune clair et quelques livres - qui reposent dans le renfoncement où se trouve la fenêtre. Simple, apaisant, tout ce dont l'esprit de Régina avait besoin.

Ce soir-là, la jeune femme a décidé de sortir son vieil appareil Polaroid pour tapisser l'un de ses pans de mur avec des centaines de clichés pris au cours de sa vie.

La boîte lui glisse des mains quand elle l'attrape sur la dernière étagère de son placard et les clichés s'étalent sur le sol. Toto ouvre un oeil, son sommeil ainsi perturbé par le bruit, mais il reste dans son panier sans bouger d'un poil. Seul Henry se redresse.

« Attends, maman, je vais t'aider. » lui propose-t-il en voyant sa mère souffler d'agacement et masser son crâne. Il saute du lit puis s'accroupit pour ramasser une à une les photos. Régina mord sa lèvre inférieure tout en triant les photos par thème : « famille », « voyage », « mariage », « objets », « paysages ».

« Papa était photographe ? Je pensais qu'il était dans le commerce de yachts. », dit l'enfant.

Son regard s'attarda sur une photo où l'on voit sa mère courir sur le rivage donnant un coup de pied dans l'écume. L'image est particulièrement jolie et bien cadrée, on observe la giclée d'eau s'élever dans l'air, le paréo bleu ciel de Régina qui s'envole tout découvrant ses jambes, et le tout est mis en valeur par un coucher de soleil orangé.

« Non mais c'était sa passion.

— Il prenait vraiment tout et n'importe quoi en photos. Regarde, la photo d'un pot de fleurs !, s'exclame Henry en montrant à sa mère un cliché. Et là, une paire de chaussures sur un lit…

— Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une fois. C'est une citation de Roland Barthes. Ces chrysanthèmes, dans ce pot de fleurs, n'existent plus et au moment où elles ont été prises en photo, elles n'étaient déjà plus dans cet état à l'instant où Leopold les a photographiées. L'instant précédent la photo, elles n'avaient pas non plus atteint cet état.

— Photographier, c'est figer une seconde. Immortaliser un instant. »

L'enfant prend alors une photo du mariage de ses parents. Sa mère, si jeune avec un visage plus rond et des cheveux raides qui retombaient dans son dos, s'accrochait au bras de son père, un homme fort élégant au crâne dégarni dont le regard débordait de confiance en soi.

Régina fait une moue :

« Avec Leopold, nous étions en désaccord à ce sujet. J'estime que Roland Barthes n'a pas pris en compte un facteur majeur dans son raisonnement. Un facteur tout bête qui, pourtant, nous suit comme son ombre au jour le jour. »

L'enfant ne comprend pas ce propos et arque un sourcil interrogateur.

« Quel est ce paramètre si important, maman ? »

La question est si bien tournée que cela arrache un sourire discret à Régina. Son fils s'exprime si bien par moment, sa manière de parler s'adapte toujours au moment et aux personnes. Fait impressionnant pour un bonhomme de son âge.

« Le temps. Rien ne résiste au temps. Pas même les vestiges que nous entreposons actuellement dans les musées de nos jours. Ceux-ci disparaîtront un jour tout comme les photographies. Demande à ta grand-mère ses albums de familles, tu constateras que les photos s'abîment déjà et jaunissent malgré le demi-siècle écoulé seulement. »

Henry se contente seulement d'acquiescer. Des photos de familles sont étalées sous ses yeux. L'une d'entre elles le montrait alors qu'il était tout bébé dans les bras de sa mère ; son père qui l'enlaçait observait le petit Henry avec un large sourire.

« C'était quand ?

— De quoi parles-tu ?

— La photo, elle a été prise quand ? , demande Henry en désignant le cliché en question.

— Quatre mois après notre mariage. »

Régina comprend aussitôt que sa langue s'est trop vite délié.

« Mais au mariage, ton ventre n'est pas si rond que cela. Normalement, les femmes enceintes ont un ventre…

— Au mariage, je n'étais qu'à cinq mois de grossesse, Henry et la robe était plutôt large. », ment sa mère.

L'explication paraît peu vraisemblable. Trop peu pour convaincre l'enfant qui tend les photos à sa mère.

« Ta robe de mariage était très jolie, maman. J'aurais tellement voulu avoir ton élégance naturelle et l'air charismatique de Papa. »

Cette phrase sonne particulièrement faux mais la jeune femme s'en accommode tout en espérant que son fils ne pointe pas l'absence d'air de famille entre ses parents et lui. Alors qu'elle cherche un support pour afficher tous ces polaroids, les lumières s'éteignent brusquement.

« Panne d'électricité dans le quartier ! », s'écrie Henry, aussitôt posté sur la pointe des pieds devant la vitre. « Heureusement que l'ordinateur n'était pas branché sur secteur… »

— Tu vois de la lumière dans les autres quartiers ? Les lumières de rues ? Ca devrait bientôt revenir.

— Tout semble éteint. »

A tâtons, Régina cherche une boîte d'allumettes et deux bougies senteur qu'elle cache toujours dans son placard en cas de nuit romantique — ce qui n'était pas arrivé depuis des lustres. Ce souvenir de panne d'électricité serait agrémenté d'une odeur de rose.

« Je crois que le collage attendra demain. Il est temps de se coucher. », assure-t-elle. « Vas donc te laver le visage et te brosser les dents, Henry. Je te donne cette bougie pour t'éclairer, tu fais attention à ne pas te brûler. »

Regard levé au ciel. On sent que le fiston est lassé du côté excessivement maman poule de sa mère.

« On va laisser le panier de Toto dans ma chambre. Ce soir, on dort tous ensemble. », déclare Régina en posant la boîte de polaroids à côté de son lit.

L'air grognon du petit brun se transforme en un éclat de joie. Tout enthousiaste, il se lève, le chien collé à lui comme son ombre, et se précipite dans la salle de bain.

Ce soir-là, pas de conte mais tout ce petit monde est si fatigué qu'ils s'endorment rapidement : Henry dans les bras de sa mère et Toto sur les pieds de ceux-ci pour les réchauffer. Une scène de ménage des plus plaisantes.

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Ce jour-là, Régina l'appréhende depuis quelques temps maintenant. Il s'agit du rendez-vous pour préparer son opération. Elle allait rencontrer son chirurgien, celui qui lui sauverait peut-être la vie...ou non. Dans tous les cas, ce rendez-vous signifie beaucoup aux yeux de Régina car elle allait enfin être confrontée à sa maladie, à ce cancer qu'elle n'avait vu que sur des radios ou des analyses jusqu'à présent. Comme un soldat à qui on a donné une mission, elle allait être confrontée à son ennemi. Vivre sa guerre. Or, Régina est déterminée se battre. Le « colonel » Swan lui a donné de l'espoir en voulant tenter cette opération.

Le matin-même du rendez-vous, en ce deuxième jour de Décembre, son réveil est plus ou moins mouvementé par un Henry surexcité qui est prêt à mener un débat sur le port d'armes. Etant contre les armes, son fils n'hésite pas à s'opposer à quelques camarades à l'école, généralement des fils de chasseurs. Aux informations, on parle encore de la fusillade à Colorado Springs qui a fait trois morts. Le débat a été relancé suite à un événement de même nature bien plus meurtrier : quatorze morts, à San Berdano en Californie. Bien que Régina n'approuve pas non plus le port d'armes à des individus à peine majeurs et peu responsables, elle a caché à Henry qu'elle-même s'est procuré un holster quelques mois auparavant où elle place son revolver. En tant que maire de Storybrooke, elle est une personnalité influente et ses décisions peuvent déplaire à certaines personnes. Certains considèrent une femme comme un être plus faible également. Sous son trench, le holster passe toujours inaperçu.

Mais ce matin-ci, Régina n'en a cure des fusillades. Cette réaction paraît bien égoïste mais son rendez-vous à l'hôpital occupe toutes ses pensées. La jeune femme mise vraiment tout sur cette opération et se voit déjà passer un nouvel an à l'hôpital, le sourire aux lèvres, quand on lui annoncerait que le cancer avait déguerpi de sa cachette.

Arrivée à l'hôpital, une heure après avoir déposé Henry, qui l'avait supplié pour la énième fois avant de descendre de ne pas oublier son calendrier de Noël avec des chocolats. Régina débarque dans le capharnaüm hospitalier. Les fumeurs forment une barrière de volutes dansantes à plusieurs mètres devant le bâtiment tandis que des patients prennent l'air. La plupart des personnes sont entassées à l'intérieur pour se réfugier du froid glacial. On n'annonçait pas encore la neige et pourtant, la température à Storybrooke avoisinait déjà le zéro. Depuis la veille, la mairesse affichait d'ailleurs un look preppy spécial hiver qu'affectionnait tout particulièrement son mari autrefois. Couverte jusqu'aux fesses par un blazer long camel Stella Mc Cartney, elle avait doublé les couches de protection contre le froid avec un magnifique cardigan bleu marine Vera Wang et une longue écharpe de la même marque. Un joli pantalon en tissu Ralph Lauren très simple par le dessous et des loafers noirs aux pieds complétaient la tenue. Rien du look d'une patiente souffrant d'un cancer des poumons.

Quand le chirurgien la reçoit, il ne feint pas lui-même son étonnement face à cette jolie femme. Que la nature peut être cruelle…

Malgré les sourires et l'air cordial du chirurgien en vue d'atténuer l'anxiété de la jeune femme, cette dernière est loin d'être à l'aise dans ce cabinet très impersonnel. Le Docteur Ehrlich, bien qu'il ait l'air avenant, ne laisse rien traîner sur son bureau. Dossiers, papeteries, tout était rangé dans un tiroir de bureau. Régina remarque même que les dossiers de l'écran principal de l'ordinateur sont triés sous deux dossiers seulement,« Cours » et « Pro ». Jamais elle n'a vu une personne aussi minimaliste et méticuleux. Les marmonnements du chirurgien qui étudie son dossier, transféré par sa connaissance, le Docteur Swan, perturbent son analyse.

« Avez-vous constaté quelques améliorations avec les traitements proposés ? »

Régina hausse les épaules, son cerveau ressassant tous les soucis rencontrés ces dernières semaines. Elle se demande si les vomissements au lieu des évanouissements peuvent être considérés comme des améliorations.

« Je ne sais pas. Je suis encore essoufflée pour de petits efforts, parfois, la nausée…

— Je comprends, Mademoiselle Mills. », écourte le médecin qui ressent le malaise de la patiente.

Souhaitant éviter l'embarras en lui faisant dire qu'il n'y a aucune amélioration, il enchaîne sur d'autres questions :

« Alors fibroscopie, ok...avez-vous vu avec le docteur pour une résonance magnétique en vue d'affiner la recherche ?

— Non, Mademoiselle Swan avait déjà déterminé qu'il s'agissait d'un cancer à petites cellules avec la bronchoscopie mais j'ai passé un PET scan.

— Le nécessaire a été fait à ce que je vois. Mademoiselle Swan est une excellente pneumologue dont la renommée attire des patients d'autres états. Vous êtes entre de bonnes mains. »

Il continue de feuilleter le dossier pour tomber sur quelques résultats du scanner. Son analyse est accompagnée de quelques raclements de gorge.

« ...partie supérieure du lobe gauche et ganglions lymphatiques… , grommelle-t-il à voix haute en pleine réflexion avant de lever la tête :

— Votre cas n'est pas isolé, Mademoiselle. Je peux comprendre que cette situation est dure à vivre psychologiquement. Vous êtes-vous tournée vers une personne du corps médical qui pourrait vous accompagner psychologiquement ?

— Mon entourage est prévenu pour m...ma maladie, siffle Régina sur la défensive.

— Cancer, corrige le Docteur Erlich, faisant frissonner la mairesse. L'acceptation de son cancer passe d'abord par la capacité à mettre les mots exacts dessus.

— Vous n'y allez pas de main morte.

— Je m'adapte aux patients et vous êtes bien plus réceptive à la franchise, Mademoiselle Mills.

— C'est bien vrai. », s'accorde la mairesse.

Elle qui travaille un milieu où les coups bas sont récurrents et l'hypocrisie, la meilleure des armes, apprécie les gens qui osent être honnêtes avec elle, des personnes qui se passent de son statut pour dire ce qu'ils pensent réellement.

« Pour être honnête, je trouve que Mademoiselle Swan s'avance vraiment en tentant une opération aussi tôt. Vous êtes sous chimio ?, dit le chirurgien d'un air cynique.

— Non. Peut-être plus tard. »

En réponse, le Docteur Erlich ne peut s'empêcher de faire inconsciemment une moue indécise. Il est marqué dans son dossier que cette patiente passerait par deux cycles de chimio obligatoires.

« Oui. », se contente-t-il de répondre puis il lève enfin les yeux de ses feuilles pour s'écarter du dossier du fauteuil et poser ses coudes sur le bureau en joignant les deux mains. « Ce rendez-vous sert à vous expliquer exactement ce qu'il va se passer, à quoi sert cette opération. Je serai votre chirurgien ; bientôt, vous rencontrerez l'anesthésiste. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me les poser, Mademoiselle Mills. Je suis à votre disposition. »

— Mon pneumologue m'a un peu expliqué cette ablation et les deux cycles de chimio, que je refuse de faire cela dit. En effet, je lui ai affirmé qu'il n'était pas nécessaire de faire une chimio, je dois faire bonne figure au travail.

— Avez-vous conscience qu'il faudra vous arrêter à un moment ou à un autre ?

— Ce ne sera pas la peine. Je ne peux pas me le permettre.

— Un spécialiste saura mieux vous éclairer à ce sujet.

— Un psy, ce spécialiste, n'est-ce pas ?

— Oui, Mademoiselle Mills. Je vous invite toujours au soutien psychologique car les épreuves qui vous attendent nécessiteront un corps robuste, plein d'espoir. Se sentir mieux peut aider dans le traitement, cela fait des miracles parfois.

— Comment s'appelle votre psy ?

— Pardon ?

— Votre psy, celui dont vous me parlez celui que vous me conseillez pour me guider ?

— Docteur Jekyll. Je vous donnerai ses coordonnées à la fin de cette consultation. »

Régina ne répond pas cette fois et hoche la tête pour écouter attentivement les paroles du Docteur Erlich qui lui expose les différents stades de l'opération. Le rendez-vous ne dure pas plus de quarante-cinq minutes. Cela parait peu mais le planning de la mairesse est serré. Aurore le lui a envoyé dans un mail la veille. Avec le décès de Marianne, les dossiers entassés durant son hospitalisation et ceux qui venaient d'arriver, l'atmosphère est chaotique à la mairie. Il faut embaucher mais tellement de tâches deviennent une urgence que Régina n'a pas le temps de s'y pencher. En outre, l'approche des fêtes de fin d'année lui donne du fil à retordre. Noël et son explosion d'électricité, c'est à s'arracher les cheveux et la peau du crâne avec.

Bien que son programme porte peu sur l'écologie, qui est désormais une prérogative importante dans tout le pays, la brune n'affectionne pas véritablement ce surplus de guirlandes et de décorations sur quelques maisons, offrant ainsi un spectacle de sons et de lumières au passant. Régina pense notamment à la maison des Heller. Il ne s'agit pas véritablement de la famille Heller puisque Isaac et Cruella, sa concubine, vivent seulement en union libre. Autant Régina apprécie Isaac, un petit écrivain, bon ami avec Rumplestinskin, qui vivote de ses feuilles manuscrites dans l'ancien manoir de ses parents, qu'elle déteste profondément Cruella, une femme au foyer qui dépense des fortunes dans les vêtements et arbore outrageusement de vraies fourrures en peaux d'animaux rares. D'ailleurs, les cheveux de Ruby, la jeune fille qui travaille au café Mère-Grand, se dressent sur la tête en observant cette pratique. Cette dernière lui avait déballé un long diatribe sur les meurtres d'animaux et leurs massacres, le jour où il y eut pour la première fois une mesure contre l'exploitation dans la fourrure des animaux. Cette mesure avait été prise en Octobre 2013 à Weho en Californie. Après une argumentation détaillée de la jeune fille, Régina avait réfléchi sur la situation dans sa ville, se demandant si elle ne devait pas l'appliquer également pour ne plus voir cette Cruella se pavaner dans les rues de Storybrooke. Seulement, le pays entier n'est pas prêt à accepter un tel changement et sa ville n'est rien comparée à la richissime WeHo.

Au retour de son rendez-vous, Régina est vite prise d'assaut par Aurore ; après trois rencontres et un appel d'un Mr Gold, qui lui reproche à nouveau d'avoir détruit le trottoir devant son commerce et de vouloir le couler, la mairesse est enfin libérée pour récupérer Henry. Elle passe d'abord au supermarché afin de lui acheter un calendrier de l'Avent avec des chocolats. Son choix se porte sur celui avec le thème de la Guerre des Etoiles. Le septième épisode sortant le seize Décembre, tout un tapage marketing entoure cet évènement. Comme elle sait qu'Henry aime beaucoup la saga, Régina prend celui avec Dark Vador. Cette fois-ci, c'est un choix personnel : elle a toujours aimé les Méchants avec un grand M, les gros vilains qui veulent terroriser le monde. Si elle avait vécu dans un autre monde, Régina aurait certainement appartenu aux Vilains. C'est dans sa nature de rejeter les autres et d'avoir l'air hautaine, elle n'y peut rien.

Arrivée à l'école, elle se gare en vrac sur le parking de l'école puis court — les loafers sont d'ailleurs bien pratiques quand on veut rattraper son retard qu'une paire de talons à aiguilles - avant de se faufiler devant la horde de parents qui attendent la sortie. Une à une, les petites têtes sortirent. C'est d'abord le tour des petits puis allant croissant, arrive la classe d'Henry. Seulement, une fois le dernier enfant parti, Régina se retrouve seule à attendre. Cette situation anormale fait monter son stress et l'envie de fumer la presse. Mais elle a pris la décision d'arrêter deux jours auparavant, quelle fichue décision ! Mary-Margaret sort de l'école, échange quelques mots à sa collègue qui s'occupe de la sortie des classes ce soir-là puis rive son regard sur Régina en lui faisant signe de la rejoindre. La brune s'exécute et serre la main de Mary-Margaret :

« Bonjour Madame Blanchard. Où est Henry ?

— Je suis ravie de vous voir. Mademoiselle Mills, j'aimerais vous voir en privé. Pourriez-vous m'accorder quelques minutes ? , l'interroge-t-elle d'un air glacial.

Ses lèvres sont pincées, son regard bleu glacial. Sûrement une mauvaise nouvelle que Régina aurait voulu esquiver. Elle déteste les face-à-face avec cette femme.

« Bien sûr. Je vous suis. », sourit Régina avant de marcher derrière la femme. Vue de dos, Mary-Margaret ressemble à une petite ménagère sortie tout droit des publicités des années soixante. Sa tenue appartient également à cette même décennie. Accoutrée d'une jupe droite beige passée mode et d'un gilet à rayures rouges et blanche, c'est A.T.R.O.C.E. La mère d'Henry croit devenir myope rien qu'en regardant cette horreur vestimentaire. Une sensation de nausée la prend à la gorge et elle se demande si la tenue de la maîtresse de son garçon en est la cause.

Après s'être installées sur des fauteuils, l'une en face de l'autre, seulement séparées par un bureau bordélique avec un globe et une sorte de perchoir en bois.

« Henry est à la garderie le temps que nous parlions. »

Un gamin passe en courant dans le couloir.

« Tom Sawyer, il est interdit de courir dans les couloirs ! », ordonne à voix haute Mary-Margaret.

Alors qu'elle s'apprête à se lever pour rouspéter l'enfant et le ramener à la garderie, un homme assez beau au visage ovale sans imperfection, l'air franc, passe à ce moment précis et s'arrête devant le bureau.

« Je m'occupe du petit Sawyer, Madame Blanchard. Bonjour, Madame le Maire ! », s'exclame-t-il avant de replacer l'une de ses mèches dorées et de se mettre à la poursuite du petit garnement.

Mary-Margaret se rassoit.

« Jim, le nouveau professeur de sport. »

Régina acquiesce avant d'enchaîner :

« Que vouliez-vous me signaler, Madame Blanchard ? », demanda-t-elle tout en regardant sa montre, suivi d'un soupir d'agacement. « Je n'ai pas tout mon temps. »

La professeur d'Henry se frotte les mains avant de commencer à parler, les yeux dans les yeux :

« Henry a l'air un peu perturbé. Ses notes ont baissé, il a l'air rêveur en classe. Y a-t-il eu du changement chez lui ? J'ai remarqué que votre mère venait souvent le chercher ces dernières semaines.

— Je n'ai pas à vous parler de ma vie privée, se défend la mairesse d'un ton hautain.

— Je comprends, dit la maîtresse en se pinçant l'arrête du nez, l'air las. Mais Henry a l'air affecté par des évènements externes à l'école. Je suis inquiète pour lui. Ce n'est pas un reproche, Madame Mills.

— Mademoiselle, notifie Régina.

— Mademoiselle Mills.

— Il est vrai que certains événements ont pu chambouler Henry. Je ne pensais pas que ces événements auraient des conséquences sur le plan émotionnel avec un relâchement…

— Mademoiselle Mills, je ne sais pas ce qui se passe chez vous. En demandant à vous parler, je ne cherchais qu'à savoir si cet état était lié à son foyer. Vous venez de me le confirmer et je n'ai pas à vous en demander plus. »

Tout en essayant de rassurer la mère devant elle, faisant abstraction de son ressentiment, Mary-Margaret s'avance sur le bureau, les mains jointes et les doigts croisés.

« Ce n'est pas un jugement. Je suis seulement dévouée au bien-être des enfants que je garde.

— Bien », conclut Régina, ne sachant quoi dire de plus et voulant mettre fin à cette conversation qui ne l'arrange pas.

Elle se lève et tend une main à Mary-Margaret :

« Je m'occuperai d'Henry.

— N'oubliez pas qu'il s'agit d'un enfant. Même si Henry est très intelligent pour son âge, il n'en reste pas moins un bout de chou avec ses rêves et sa manière de voir le monde d'en bas.

— Oui, merci pour le conseil, insiste Régina en s'avançant à nouveau, la main tendue. Bonsoir, Madame Blanchard. »

La mairesse prend soin de ne pas utiliser l'expression « au revoir » car ce n'est certainement pas son attention. Cela dit, la maîtresse d'Henry avait parfaitement raison. A force de vivre seule avec Henry, la mère célibataire qu'elle incarne met son fils sur un piédestal quelques fois. Il prenait la place de « l'homme » en prenant soin de sa mère, en dormant parfois avec elle, en gérant le jardin. Bien trop souvent, Henry prenait une place bien trop responsabilisée pour un enfant et d'autres fois, a contrario, elle l'infantilisait trop en lui détaillant chaque tâche à faire comme un petit enfant de six ans ou en l'habillant.

La poignée de main est relativement glaciale, les pensées pleines de ressentiments réciproques et les regards défiants. Mary-Margaret reste à son bureau tandis que Régina arpente les couloirs de l'école pour récupérer Henry à la garderie, située de l'autre côté d'une cour intérieure. Cela lui rappelle des souvenirs où, avec Daniel, elle se cachait derrière des casiers pour qu'ils se bécotent tranquillement, loin des regards indiscrets. Daniel était un garçon très banal, pas le garçon qui fait chavirer des coeurs. Quelques mèches de ses cheveux châtains retombaient sur le devant de son front chatouillant le visage de Régina lorsqu'ils s'embrassaient. Comme son père tenait une écurie, son fiston l'y aidait souvent et ses vêtements empestaient la paille et le canasson mais Régina l'aimait. Même si c'était un simple garçon aux yeux clairs. Même s'il était issu d'un milieu très modeste. Même si ce n'était que Daniel Colter. Jamais elle n'avait présenté son amoureux à sa mère, même après plusieurs années. Il était son secret, celui qui la sortait de son quotidien où sa mère prenait plaisir à la rabaisser, à l'humilier. Elle avait menti à de nombreuses reprises uniquement pour le voir, elle s'était inventé des amies imaginaires à rejoindre dans Storybrooke puis quand sa mère devint suspicieuse et commença à l'espionner, Régina avait dû se forcer à trouver une amie passe-temps : une certaine Alice, une fille complètement allumée qui se trimballait sans cesse avec son lapin en laisse. Cette dernière n'hésitait pas à les couvrir ; les histoires romantiques, c'était son dada. Par la presse écrite, Régina avait appris bien des années plus tard qu'Alice était devenue un écrivain à succès, comptant un best-seller nommé Faux-Semblants. Les deux fausses copines s'étaient perdues de vue quand la famille Mills s'était éloigné. Puis Régina s'était émancipée et n'avait pas hésité à faire des folies avec Kathryn Griffith, son ancien nom de jeune fille avant de rencontrer David Nolan. Mais ces temps étaient révolus et Régina appréciait de s'être rangée. Contrairement à d'autres femmes de son âge, elle avait un métier stable et bien rémunéré ainsi qu'un enfant. Elle n'avait rien à réclamer de plus. Concrètement.

A la garderie, les enfants courent, le sourire aux lèvres. Il y a des petits qui jouent à la balle ; d'autres, à chat. Dans un coin de cour, sur un carré de terre, se déroule une partie de billes. Le long du mur de l'école, quatre filles s'amusent à un-deux-trois-soleil. Henry est introuvable. Régina se dirige alors vers les deux surveillants qui lui indique la cachette favorite de son enfant pendant la récréation. Derrière le perron, elle trouve le garçon en train de lire les contes de Perrault qu'il a certainement pris avant de partir à l'école, Violet et le petit Tom qu'elle a vu courir dans le couloir écoutent son fils avec attention. A quelques pas de leur cachette, ces deux se tournent et la saluent.

« Henry ! , l'interpelle Régina en regardant le petit cercle assis. Henry, viens, on rentre.

— Mais heureusement Barbe bleue n'a pas eu le moindre héritier de ses femmes. Cela signifiait donc que seule sa femme, sa dernière femme héritait de tous ces biens sans exception, s'empresse de lire Henry. Maman, attends, c'est juste la fin. Quelques lignes, s'il te plait ! »

Régina acquiesce avant de se poser sur le perron, une hanche en appui sur la pierre froide.

« La femme de Barbe-bleue était une femme très généreuse et son argent servit à faire le bonheur des autres en premier. Tout d'abord, elle aida sa soeur Anne en la mariant à un homme à la fort bonne réputation qui l'aimait depuis très longtemps. Une fois Anne mariée, elle se chargea de ses frères en leur achetant des Hommes, des charges de Capitaine. Plus tard, las de son état de veuve, elle se maria à homme tout aussi honnête que son beau-frère. Cette nouvelle vie lui fit oublier la mauvaise époque avec Barbe bleue.

— Ça me rappelle les histoires qu'on nous racontait à l'orphelinat, s'exclame le petit roux en remettant son chapeau de paille sur la tête.

— Alors, cette fois-ci, je dirais que la morale, c'est qu'il ne faut pas être trop curieux dans la vie !, conclut Violet avant de se lever.

— Oui, je suis assez d'accord également, confirme Henry. Je dois vous laisser.

— Madame Mills (cette fois-ci, Régina ne corrige pas comme il ne s'agit que d'un enfant.), est-ce qu'Henry viendra à la garderie demain ? , demanda le petit Tom en se levant pour lui aller à sa rencontre.

— Non, je crains que non. Allez, Henry, dis au revoir à tout le monde, vous vous verrez tous demain à la récréation. »

Quelques signes de la main et Henry suit sa mère sans réclamations et sans crises. Celle-ci, dans la voiture, lui annonce en plus qu'elle lui a acheté un superbe calendrier de l'Avent La Guerre des Etoiles, le jeune garçon explose de joie en l'apprenant. En plus, ils mangent de la tarte aux pommes ce soir, que de bonnes nouvelles ! Dès leur arrivée, il saute sur son calendrier pour dévorer les quatre premiers chocolats du calendrier.

« Henry, arrête de te gaver comme ça. Tu digèreras mal en mangeant ainsi. », le gronde Régina. « Vas mettre le couvert, j'ai besoin de m'allonger deux secondes. »

Les deux secondes s'éternisent en une longue heure. La brune s'est endormie en des ronflements sifflants et Henry décide de sortir un poulet pour le réchauffer et met une casserole sur les plaques chauffantes pour faire bouillir de l'eau. Il sait cuire des pâtes et du riz grâce à sa mamie Cora qui aime préparer le dîner avec lui quand il allait chez elle et Jack. Poulet-pâtes-salade, ce n'est pas le repas le plus diététique mais il a fait du mieux qu'il pouvait. Une fois le repas terminé, le garçon plie et range son petit tablier de cuisine pour se diriger vers le canapé et embrasser sa mère sur le front. Régina dort à poings fermés. Soudain, le bruit de la sonnette retentit et par chance, cela ne réveille pas la brune. Le garçon court vers la caméra qui donne sur le trottoir devant la maison et y voit une femme assez âgée, dans la quarantaine, aux cheveux peroxydés. Elle est enveloppée dans un trench bon marché noir et des ballerines aux pieds. Comme il ne connaît pas cette personne, Henry ne répond pas. Toto arrive à ses côtés comme pour le protéger en cas d'éventuels dangers.

« Hé bien, tu es là toi ? », dit Henry en caressant la tête de son chien qui renifle aussitôt sa main. « Oui, c'est bien moi mon Toto ! »

Toto agite alors sa queue de manière frénétique, l'air heureux de voir son nouveau petit maître puis il se dirige vers sa grande maîtresse pour renifler son visage en prenant appui avec ses deux pattes avant sur le rebord du canapé.

« Toto, je t'ai dit : pas de léchouilles au réveil ! », s'exclame Régina, réveillée en sursaut. Elle s'essuie le visage, écoeurée. « Oh ! Il est dix-neuf heures ! Henry, tu as eu le temps de mettre le couvert et de faire tes devoirs ? »

Le garçon rejoint sa mère et s'assied à côté d'elle.

« J'ai mis le couvert et préparé à manger. Pas de devoirs pour demain, maman.

— Comme tu es mignon ! , s'attendrit Régina en pressant son fils contre elle pour l'embrasser sur le front. Toto, quant à lui, est retourné s'allonger sagement dans son panier.

— J'irai sortir Toto après manger pour sa promenade, ajouta-t-elle avant de se lever. Du nouveau pendant que je dormais, mon chéri ?

— Juste une dame un peu bizarre qui a sonné à la porte mais je n'ai pas répondu.

— Sûrement une sans-abri, grommelle Régina tout en s'installant à table. Henry, merci pour le repas. »

Le repas se déroule dans un silence presque religieux. Régina avale de petites bouchées faisant fi de son écœurement tandis qu'Henry, pensif, observe la télévision allumée sur une chaîne d'infos. Les images défilent mais voir des blessés et du sang n'a plus aucun impact. Au final, on ne lit plus que les textes et les vidéos ne sont plus que l'illustration banale qui décore le sujet. Henry a déjà prévu le programme des infos : météo et événements dits catastrophiques, politique, santé désastreuse et pour achever la populace qui va se coucher avec des atrocités plein la tête, la guerre. Le jeune garçon détourne le visage à mi-parcours du journal alors que cela traitait un sujet sur l'importance des fruits comme l'orange en hiver pour faire le plein de vitamine C, puis il pose son regard sur sa mère. Il n'ose lui demander si elle a pris ses « gélules ». Plus les cernes de sa mère bleuissent sous le maquillage plus plâtré de jour en jour, plus son inquiétude croit. A l'école, il en a profité pour écumer quelques sites traitant de l'oncologie durant les récréations sur le portable dernier cri de son nouveau copain, Tom Sawyer mais les recherches avaient suscité plus d'angoisses que d'espoir, d'autant plus que sa mère ne disait rien à propos de son traitement. Il ne sait pas à quel stade est son cancer, ni de quelle nature il est. Il ne sait rien et peut tout imaginer malheureusement.

Après le repas, il prend sa douche et finit rapidement quelques devoirs pour le surlendemain pendant que sa mère promène Toto. En passant devant la chambre, le garçon s'arrête net quand ses yeux se posent sur l'ordinateur de sa mère. Peut-être qu'il s'y trouve quelques informations, quelques mails… La curiosité est cependant un vilain défaut, leçon que Cora lui prodigue souvent. Pendant quelques instants, il hésite puis il hausse les épaules et poursuit son chemin jusqu'à sa chambre pour s'y mettre en pyjama. Ce n'est pas le bon jour et il a trop peu de temps devant lui pour analyser le contenu de l'ordinateur de sa mère avant d'effacer toute trace de son passage sur l'historique.

Bien sûr, son esprit lui impose une évidence : pourquoi ne pas demander directement à sa mère ? Le courage lui manque inéluctablement. L'esprit plein d'inquiétudes, il se couche, rapidement rejoint par Toto dans sa chambre qui s'allonge sur le lit à ses pieds. Un baiser de sa mère, puis Morphée l'entoure de ses bras pour l'emmener dans des songes bien plus radieux.

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Le réveil est toujours un moment brutal, surtout le jeudi. Ce n'est ni le dernier jour de la semaine, annonçant le repos, le week-end, la douceur du foyer. Ce n'est ni la moitié de la semaine où l'on est lancé dans ces activités. C'est le jeudi, avant-dernier jour de la semaine de travail et de cours. On se sent fatigué mais il faut tenir car il n'est ni utile de se faire porter pâle, ni possible de baisser les bras car les projets sont bientôt achevés. Henry et Régina se lèvent donc difficilement. Moitié comateux, le fiston avale son bol en lisant les jeux sur le paquet de céréales chocolatées. Dans le salon, Régina tente une salutation du soleil mais ses nombreuses quintes de toux l'empêchent de se concentrer. Au final, elle sort une cigarette et respire à distance les effluves. C'est son nouveau geste de désintox : allumer une cigarette et s'asseoir à cinquante centimètres de celle-ci. Pour ne pas la porter à la bouche, Régina mime le geste de fumeur à l'aide d'un crayon HB dont le bout est rongé jusqu'à la mine. Après avoir analysé la méthode Allen Carr et bien d'autres thérapies, la femme avait opté pour une personnalisation de son sevrage. Même si elle penche vers un arrêt de la cigarette, il lui faut tout de même sa dose de drogue pour se calmer avant une journée à courir entre son travail et les dossiers partagés avec son employée pour soulager celle-ci. La semaine prochaine, on lui a promis l'arrivée d'une nouvelle.

Respiration de cigarette, départ, école, mairie, deux rendez-vous, six appels, trois respirations de cigarettes accompagnées d'un repas sur la pause de midi, un rendez-vous, deux appels.

L'avantage est que la journée est passée en un éclair et qu'elle n'eut qu'une minute de retard pour aller chercher son fils. Mary-Margaret Blanchard lui adresse même un léger sourire pour saluer l'événement.

Aussitôt entré dans la voiture, Henry abreuve Régina de paroles sur sa folle journée à l'école où il a pour la énième fois rondement bien mené un débat sur le port d'armes en s'appuyant sur les dernières actualités. Violette, son amie, avait même défendu sa position en rappelant la fusillade de Colombine et les meurtres commis par des enfants à peine conscients de la dangerosité de l'arme. A travers le discours d'Henry, Régina retrouve quelques-unes de ses tournures de phrases favorites dont des figures de styles particulièrement appréciés telles que les assonances, les hypallages ou les anaphores. Son fils était indéniablement doué et s'il versait dans une carrière dans la politique, il trouverait certainement quelques admirateurs d'autant plus que la forme s'accompagnait d'un contenu riche et travaillé.

Dès que la voiture est garée, Henry court chercher Toto pour le sortir tandis que Régina s'empresse de prendre le courrier dans la boîte aux lettres.

« Maman, je sors Toto dans le jardin derrière ! On va jouer un peu ! », lui crie l'enfant tandis que le chien tourne autour de lui en jappant, l'air joueur.

En arrivant, un bout de papier blanc dépassant par l'interstice de la boîte avait attiré son regard. Elle ouvre et aperçoit en effet une enveloppe de grand format pliée dans sa boîte qu'elle prend. La femme profite de la distraction de son enfant, après avoir fermé le portail, pour se faufiler rapidement à l'intérieur et scrute cette curieuse découverte en s'asseyant sur la véranda intérieure qui donne sur le jardin pour surveiller son fils et le chien. Une fois le haut de l'enveloppe déchirée, elle observe la lettre. Aucun indice. Pas une effluve, seule une écriture incurvée, droite et particulièrement soignée. Il n'y a ni destinataire, ni expéditeur ; toutefois, Régina se doute qu'elle lui est adressée. Quelques mots seulement visiblement écrits à la va-vite au crayon de papier apparaissent au coin de l'enveloppe :

« Une lettre de M'elle Swan. M'a dit de vous la faire parvenir à votre domicile à titre privé. Jabberwocky. »

La dame bizarre… mentionnée par Henry la veille n'était autre que l'assistante d'Emma Swan. Durant quelques instants, Régina se sent légèrement violée dans son intimité. Certes, son docteur et elle avaient conversé le soir de Thanksgiving autour d'une boisson. Certes, elles s'étaient fait quelques confidences. Certes, elle-même avait eu la vague impression de connaître Emma Swan depuis des années. Pourtant, le fait que la femme médecin lui envoie son assistante sur son territoire, son domaine privé, son chez-soi la gène un peu. Jabberwocky a de toute évidence utilisé les coordonnées personnelles récoltées à l'hôpital pour trouver son domicile mais la mairesse n'en voulait pas à cette femme qui n'avait fait qu'obéir à sa chef.

Elle cache donc l'enveloppe sous sa veste dans l'intention de la lire dans la soirée, une fois son fils couché.

Fort heureusement, Henry est peu bavard ce soir-là. Non qu'il soit de mauvaise humeur mais plutôt épuisé. Cela évite à Régina d'engager une conversation qui ne l'intéresserait pas comme son esprit est bien ailleurs, tourné vers cette lettre. Trois longues heures se passent avant qu'elle ne puisse plonger dans sa couette en satin de coton douce et moelleuse. Enroulée confortablement à l'intérieur, la jeune femme déplie la lettre, le coeur battant, se posant mille et une questions sur les raisons d'Emma Swan pour envoyer cette lettre : une mauvaise augure sur son cancer ? des reproches quant à sa façon de se comporter ? des critiques ?

« Chère Mademoiselle Mills (veuillez prêter attention à cette formule que vous affectionnez tant et que j'use par respect pour vous.)

Vous ayant analysé à de nombreuses reprises, je sais combien vous trouverez inconvenant cette démarche. Cette phrase-même vous mettra sans doute très mal à l'aise et la confiance que vous me témoignez sera fâcheusement trahie. Cette lettre n'a rien à voir avec votre santé, il serait bien malvenu de continuer à discuter par lettres interposées de sujets dont vous vous passerez bien.

J'aurais bien pu attendre notre prochain rendez-vous mais il n'y en aura peut-être pas d'autres, et c'est le mieux que l'on puisse souhaiter, sitôt votre opération passée. J'aurais pu me permettre de vous appeler. Non à votre travail car vous avez bien d'autres chats à fouetter que de parler à votre médecin. Vous contacter sur votre fixe chez vous aurait été plus intrusif. J'ai hésité puis j'en ai abandonné l'idée. Votre numéro de portable n'apparaît pas sur votre fiche de coordonnées.

Le temps me manque également en ce moment car je suis en déplacement avec mon collègue que vous connaissez déjà, le Docteur Lindelof, à Boston pour la 3ème conférence en Santé Respiratoire du 2 Décembre au 6 Décembre (temps de trajet non compris). Cela ne vous dit sûrement rien et pourtant, cette conférence rassemble plusieurs confrères de tout Etat pour nous présenter les dernières avancées médicales. Le programme est centré sur le cancer des poumons. Je ne m'étalerai pas sur le sujet car je vous ai promis de ne piper mot sur cela pour ne pas vous brusquer. Toutefois, de gros progrès ont été faits, Mademoiselle Mills. Soufflez, respirez, espérez.

J'aimerais remplir cette lettre de tournures multiples, endimanchées, et sans significations mais il me faut aller droit au but. Ce que je vous ai confié à Thanksgiving doit rester confidentiel. Cette nuit-là, j'ai retourné maintes et maintes fois cette scène au restaurant et il n'y a qu'un sentiment qui en est ressorti : le doute. Je pense que je suis allée trop loin. Bien que nous soyons deux adultes, deux femmes, il est des choses que nous devons garder pour nous-mêmes. Avant tout, je suis votre médecin et vous êtes ma patiente. Vos confidences m'ont bien sûr permis de mieux comprendre certaines de vos réactions, quelques traits de votre comportement mais je ne suis en rien une psychanalyste ou une psychologue et mon statut de médecin devrait me contraindre à ne pas sortir de sentiers battus.

Vous êtes une femme formidable, Madame Mills. Je souhaite le bien de tous mes patients mais votre courage est tel qu'il n'est pas passé inaperçu : il est particulier, spécial. Continuez d'être la femme que vous êtes actuellement. Ne vous fâchez pas et écoutez−moi : il vous faut persévérer, affronter, combattre cette maladie. Vous y parviendrez ; c'est ce que je vous souhaite avec toute mon affection.

Bien à vous,

Emma S. »

Régina replie cette lettre. Doucement. Minutieusement. Il est vingt-deux heures, l'heure de fermer les yeux pour se laisser aller au pays des rêveries. Cette lettre est comme une brique jetée dans son estomac. Elle lui laisse un goût amer. Si Emma Swan savait analyser l'apparence des gens pour en sortir le comportement, Régina Mills avait appris à lire au-delà des mots. Certains discours ne trompent pas. La lettre de son médecin, sous ses airs pompeux et son apparence élogieuse, colportait une toute autre information déplaisante, pour la brune du moins.

Emma Swan, son docteur depuis quelques mois seulement, lui demandait d'être distante. Elle lui faisait en quelques sorte ses adieux. Je pense que je suis allée trop loin... il est des choses que nous devons garder pour nous-mêmes... mon statut de médecin devrait me contraindre à ne pas sortir de sentiers battus. Ne vous fâchez pas et écoutez−moi.

Toutes ces tournures guindées sont un moyen de l'éviter.

« Qu'est-ce qui se cache derrière ce revers de situation ? », songe Régina en jetant la lettre loin d'elle. « Pourquoi ne pas continuer simplement à se parler en privé tout en faisant fi des diktats imposés par nos professions ? »

Régina ferme les yeux, soupire profondément essayant de soulager toutes les tensions accumulées et pose une main sur son coeur qui bat à la chamade.

Pourquoi ?

Pourquoi cette lettre la touche autant ?


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Je ne sais pas pour vous mais avec cette fin, je trouve qu'on avance un peu dans le schmilblic !

En fait, je me suis retrouvée coincée entre l'intrigue amoureuse et l'intrigue médicale. Pas facile de tout délier sans avoir l'air lourde dans le style.

Bientôt, on fête les deux ans de la fic. Dois-je avoir honte ou en être fier avec huit chapitres seulement T.T ?

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LongLiveCupidon : Coucou collègue wattpadienne ! En effet, je publie avant tout sur fanfiction, d'où la mise à jour avancée. Le seul souci, c'est que je ne comprends pas grand chose à Wattpad et lorsque je copie-colle dans leur brouillon, toute la forme est à refaire grrrr ! Merci beaucoup d'être venue me faire un coucou ici XD Gros bisous !

Guest chapter 7 . Sep 29 : Hello ! Oui, Cora aime indéniablement sa fille. De manière extrêmement maladroite, certes, mais elle l'aime ! Il ne faut pas oublier que nous n'avons que le point de vue de Régina. Arf, je crois bien que pour Noël, tu vas devoir relire encore la fiction T.T sorry ! Merci pour la review bisous !

Cécile : Bonjour Cécile ! Merci beaucoup pour tes compliments ! En effet, je fais tout autant de recherches précises par rapport à la série que par rapport à la maladie. Parfois, c'est à se cogner la tête contre un mur lol. En tout cas, tu as bien deviné...hum... ;) Encore merci !

essie943: Coucou ! Merci beaucoup pour ces jolis mots ! C'est très touchant !

Mel99 : Bonjour ! Question retard, c'est une misère en effet. Pourtant, j'ai un planning lol mais même en plannifiant tout, il suffit d'un ou deux contre-temps ou de la fatigue et les délais sont impossibles à tenir. On vit quoi ;) Henry est trop mignon, surtout avec Toto ! Merci encore pour ta review !

Artemis972 : Hello ! Peut-être qu'ENFIN on va avoir une prise de conscience des deux côtés ! Soit dit en passant, tu as un très bon sens de la déduction ! Merci d'être passée pour laisser un tit mot ^^

justinejannedu0760 : Coucou toi ! Indice : c'est dans le passage où Emma parle de son passé ! Merci pour ta review !

Solveig5 : Merci beaucoup Solveig pour tous ces compliments :)