~ Chapitre 7 ~
Ils arrivèrent au café le plus proche dans un silence un peu gênant du point de vue de Jean, et plutôt agréable pour Marco. Ils s'installèrent à la première table pour deux de la terrasse, face à face. Marco s'appuyait sur l'une de ses mains, regardant vers le café – qui était un restaurant d'ailleurs, vu le nombre de gens qui mangeaient déjà – attendant visiblement qu'un serveur s'intéresse à eux. Pendant ce temps, Jean s'appuya sur ses deux poings, détaillant une nouvelle fois Marco. Il avait vraiment tout pour plaire, et Jean ne doutait pas de son succès auprès des femmes. Plus il le regardait, plus il avait l'impression que le peu d'hétérosexualité qui restait en lui s'évaporait en agonisant.
- T'as pas entendu un cri, ou quelque chose dans le genre ? Demanda Marco.
- Si, le cri d'agonie du peu d'hétérosexualité que j'avais gardé en moi et qui se fait torturer par un apollon…
Il avait vraiment répondu sans réfléchir.
- Je te parle d'un vrai cri.
Marco affichait un sourire mi amusé, mi moqueur. Il avait très bien compris.
- Ah… fut la seule chose intelligible que Jean pu répondre avant de détourner le regard, gêné.
- Jean !
Celui-ci grimaça en voyant un serveur pas si inconnu que ça arriver à sa table. Pourquoi fallait-il qu'ils soient tombés sur le seul café où il risquait de croiser un de ses amis ?
Connie, vêtu de sa tenu de serveur et muni d'un carnet et d'un stylo, arriva bien trop vite au goût de Jean à leur table.
Il jeta un regard à Jean, avec un grand sourire, puis se tourna vers Marco, et reposa enfin un regard complice sur Jean qui soupirait déjà.
- La fille ?
- Y'a pas de fille…
- Bah, il suffisait de le dire que c'était un mec !
Il lui fit un clin d'œil et Jean soupira, encore.
- Bon, alors, vous prenez quoi les amoureux ?
- Connie ! C'est un ami !
- Rhô… C'est bon ! Alors, vous prenez quoi ?
Marco n'hésita pas une seule seconde, visiblement pas gêné du tout par les remarques du serveur.
- Un café.
Jean avait bizarrement envie d'un sirop de fraise. Mais il ne l'avouerait jamais. Il n'allait pas prendre ça ! Mais alors qu'il allait dire "la même chose", Connie disparu en disant qu'il s'occupait de tout.
- Et moi ?
Il soupira une énième fois, priant intérieurement tout les dieux que Connie lui ramène un café, et pas un truc débile. Il se rappuya sur ses mains et se mit à fixer le vide, soudainement de moins bonne humeur qu'à l'arrivé, étrangement…
- C'était un ami ?
Marco n'arrivait pas à cacher un certain amusement.
- Un futur ex ami.
- Et c'était quoi cette histoire de fille ?
- Rien…
Marco insista du regard et Jean soupira.
- Un seul foutu matin je suis arrivé en souriant, et ils se sont tous mis en tête que c'était à cause d'une fille…
- Et ils ont pas pensé au garçon ?
- Apparemment pas.
- Tu en as beaucoup d'autres des futurs ex amis ?
- Beaucoup trop à mon goût.
C'est à ce moment là que réapparu Connie avec un grand sourire, un café, et… un sirop de fraise.
"Je vais le tuer" fut la seule pensée de Jean, qui serra les dents, le fusillant d'un regard noir.
- Voilà !
En plus, Connie avait eu la "bonne idée" de rajouter la paille rose en spirale, celle qu'ils ne mettaient que pour les enfants de moins de cinq ans – la preuve étant cette petite fille trois tables plus loin qui se régalait de la même boisson avec la même paille. Jean se retint de lui jeter le verre à la figure et à la place, il essayait, pour une fois, de contenir sa colère. Connie voyait presque des ondes noirs s'échapper de lui, et commença à partir mais se retourna vers Jean qui le fusillait déjà du regard, et ajouta avec un sourire innocent et un petit geste pour lui faire comprendre :
- T'as pas oublié les… j'espère ?
- CONNIE !
Ce dernier pris la poudre d'escampette alors que Marco fit semblant de s'intéresser à son café, se retenant de rire. Connie, ayant remarquer – ce qui n'est pas vraiment difficile à remarqué en même temps – son masque, a eu la gentillesse de lui apporter avec son café une paille. Il n'aimait pas, mais c'était quand même plus pratique. Et puis, la sienne était normale… Pas rose et en spirale…
Il sirotait donc son café en regardant du coin de l'œil Jean qui semblait en plein conflit intérieur.
Boire ou ne pas boire, telle est la question… Bon, ce sirop de fraise le nargue, mais s'il se laisse avoir, il aura l'air tout bonnement ridicule ! Face à Marco, c'est impensable ! Allez, Jean, tu ne vas pas le boire quand même ! … Rha, mais sinon, tu vas le payer pour rien !
Cédant donc à son envie de sirop de fraise, après un regard dédaigneux au verre, il prend la paille du bout des doigts pour la poser sur le rebord de la table, et boit son sirop d'un air tout à fait indifférent. On pouvait presque lire sur son visage "je suis obligé de boire cet immondice, pas ma faute, pas envie".
Marco trancha le silence qui s'était installé avec un petit sourire.
- Moi j'aime bien ton futur ex ami. Connie, c'est ça ? S'ils sont tous comme ça, je sens que je vais pas m'ennuyer !
- T'as pas vu Eren, un vrai boulet ce type…
- Il me tarde de voir ça…
Après un petit silence, Jean reprend d'un air un peu incertain.
- Marco… Tu sais, en fait, on se voit tout les samedis après-midi comme la semaine dernière… Tu peux venir, si tu veux…
- Bien sûr !
Jean ne put s'empêcher de sourire devant le visage rayonnant de Marco. Bordel, comment pouvait-on laisser un tel homme à l'écart ? Comment son ex a-t-elle pu aller voir ailleurs ?
Marco, lui, était plus qu'heureux. Connie l'avait regardé avec amusement. C'est tout. Mais ça, à la limite, il s'en foutait. Jean. Jean le regardait différemment des autres. Et apparemment, il ne le laissait pas indifférent… Il espérait seulement que Jean ne tombe pas amoureux de lui. Pas que ça le gênerait, mais même si lui aussi l'aimait, ce serait impossible. La moitié de son visage est peut-être magnifique et digne d'un "apollon", apparemment, mais l'autre est à l'opposé. Tout son corps est marqué par la brûlure, et jamais personne ne voudrait aimer un corps comme le sien. S'il pouvait être beau aujourd'hui, c'est bien parce qu'il cachait ses blessures.
Finalement, la soirée se passa bien. Ils discutaient avec légèreté, rigolant de temps en temps sur des anecdotes ridicules. Marco taquina Jean à propos du sirop de fraise, lui arrachant le pourquoi du comment Connie lui avait apporté ça. Jean a donc du avoué que c'était son péché mignon, mais ne râla pas trop longtemps se laissant à admirer le rire de Marco, encore. Et il fut aussi très heureux de ne pas recroisé Connie, un autre serveur étant venu pour la note. C'est avec le sourire qu'ils se dirent "à demain" avant de se séparer, rentrant chacun chez eux.
