Sept ans… Aujourd'hui encore, c'est un anniversaire que je fêterais seule. Je m'assois contre le mur gris et soupire. Ma main se porte machinalement au collier qui s'incruste dans ma peau. Ils ont dit qu'il était mort, mais je sais que ce n'est pas vrai. Ils ont menti et j'ignore pourquoi.

Comment une Ishbal de 15 ans a-t-elle fait pour survivre dans une ville aussi grande, sans pouvoir s'éloigner de cette foutue prison ? Je l'ignore moi-même. Déjà, la règle d'or, porter des lunettes noires pour cacher la couleur de mes yeux. Et à force de traîner comme une âme en peine, on m'a autorisé à rester dans l'enceinte à condition que je gagne ma vie en balayant, lavant… C'est un peu comme si j'étais prisonnière, alors que j'ai le droit de sortir. Mais je ne peux pas !

J'ai vérifié, au-delà de cinq kilomètres je me sens fiévreuse, mon cœur cogne de plus en plus fort, ma vue se brouille, mon sang bouillonne. Cinq kilomètres, j'ai de la marge penseraient certains. Vous aimeriez, vous ? Au bout de sept ans, vous connaissez la moindre fissure dans un rayon de cinq kilomètres autour de la prison, super ! Je connais tous les gardiens, du plus vieux au petit jeune, j'ai vu des prisonniers entrer et ressortir « les pieds devant » comme ils disent. Je n'ai pas d'amis à l'extérieur, mais je m'entends bien avec les gardiens sans vraiment m'attacher. Ca ne me dérange pas, je sais qu'au moins un m'a aimé. Roy Mustang… J'ai appris qu'il était passé lieutenant colonel. Je suis heureuse pour lui. Je ne l'ai jamais revu et je n'y tiens plus. Il doit avoir construit sa vie, je n'y ai plus ma place… Surtout que je ne peux pas quitter ces lieux.

Je vis peut-être dans la même enceinte que lui, mais comme il est sensé avoir été exécuté, je ne le vois jamais. Non pas que je voudrais le revoir, si ce n'est pour lui coller mon poing dans la figure. Le souvenir de ce qu'il a fait subir à ces pauvres enfants me brûle encore et chaque nuit me fait me réveiller en pleurs.

Ah... si, je me souviens… de cette fois, de cette unique fois...


Six ans auparavant, deux semaines avant la prétendue exécution de Kimblee

Cela fera bientôt un an que je suis arrivée ici. Le chef m'a enfin donné une chambre. Je travaille dur chaque jour, pour qu'ils ne puissent pas me mettre dehors. Et même s'ils le faisaient, cela ne changerait rien. Je suis à jamais condamnée à errer, jusqu'au jour où la mort viendra me délivrer. Je n'ai pas peur. Ce sera la fin de mon calvaire, et la certitude que ce monstre ne blessera plus jamais personne.

Il n'y a pas plus simple que l'univers d'une prison : il y a l'entrée, les cellules, et la cour. Les prisonniers sortent une fois le matin, une fois l'après-midi. Moi j'évite ces moments-là, encore que je doute que Kimblee ait le droit de sortir. Il ferait sans doute un dernier massacre avant de s'évader dans un grand nuage de sang et de fumée. Mesdames et messieurs, ce soir pour votre plus grand plaisir, le magicien Zolf J. Kimblee ! … Je crois que je suis un peu fatiguée.

Lylia, lessiiiive. Ouiiii j'arrive. Ce n'est pas comme si j'étais la seule à travailler voyons monsieur le chef. Bon il est pas méchant, je l'aime bien, mais il pourrait envoyer quelqu'un pour m'aider lorsqu'il faut laver tous les draps crasseux de toutes les cellules miteuses. Et un drap, et de deux, et de… Sur celui que je tiens entre les mains, il y a des tâches de sang. Je n'aime pas ça. Ca me rappelle trop Kimblee. Les yeux de cet homme me hantent à chaque fois que je ferme les miens. Et que je voie là maintenant, alors que pourtant je suis réveillée. C'est drôle, même avec mes lunettes de soleil, je la distingue encore parfaitement… Cette couleur qui éveille la folie des hommes…

Je n'ai pourtant rien bu, alors pourquoi ? Ah, c'est vraiment lui ? Avec un truc en bois qui lui emprisonne les mains et quatre gardiens qui le surveillent. Il s'est arrêté dès qu'il m'a vu. J'aimerais croire qu'il ne m'a pas reconnu, mais son sourire me prouve le contraire. Il fait la sourde oreille aux ordres qu'on lui lance et s'approche de moi. Il me dévore du regard, il jubile. Les gardiens l'empoignent et le ramènent dans le couloir. Une matraque lui atterrit dans les côtes, une autre sur la nuque. Il est sonné. Mais pas une seconde il a détaché ses yeux or de moi.

Je tremble. Je ne m'en suis rendue compte que lorsque mes jambes m'ont lâchée. Et lui continue de sourire, continue de me fixer, continue de me murmurer ces mots qui me font mal. Il les énumère tous, à voix basse, ses victimes. Mes parents, Sham, l'adolescent, les femmes et les enfants, le militaire. Il s'inquiète de savoir si j'ai toujours mon collier et éclate d'un rire sadique, enfiévrée. Il est heureux car enfin il a la possibilité de faire du mal à quelqu'un. Et ce quelqu'un c'est moi. Les gardiens ont peur, ils le ramènent dans sa cellule. L'un d'eux s'inquiète de savoir si je vais bien. Je réponds d'un simple sourire triste. Qu'est-ce que vous voulez, je suis liée à cet homme, que je le veuille ou non. Alors vaut mieux en rire qu'en pleurer.


Retour au présent

Je suis assise contre ce mur, un dessin de gâteau tracé à la va-vite dans la poussière face à moi. Hier on m'a dit qu'il avait été exécuté pour de bon. Alors va falloir qu'on m'explique ce que signifie cette explosion au laboratoire. Je lève les yeux vers le ciel gris et attend. Il est libre et il va revenir. Sauf s'il m'a oublié, alors il s'en ira loin, et je mourrai. Mais dans les deux cas, je souffrirai. Vaut mieux en rire qu'en pleurer? Je n'en suis plus si sûr