DISCLAIMER ! Je tiens à préciser que le chapitre 8 précédemment publié a été supprimé et remplacé par celui-ci, tout simplement parce qu'il ne me plaisait plus. Sur ce, bonne lecture et à bientôt pour la suite ~

L'histoire originale et les personnages de Shingeki no Kyojin appartiennent (toujours) à leur créateur, Hajime Isayama.


Loin, très loin de la grande ville, dans une campagne fertile et verdoyante, une petite louve s'en va chasser.

Une toute petite fille aux cheveux courts et bouclés, aux incisives manquantes et aux joues brûlées par le soleil, est cachée derrière les racines d'un arbre. Elle s'est aplatie par terre, son arme à la main, et guette patiemment sa proie. À ses côtés somnole son compagnon, un vieux chien à moitié sourd.

« Il ne va plus tarder... » lui chuchote-t-elle.

Elle l'a observé pendant des jours. Elle a retenu toutes ses habitudes, ses forces et ses faiblesses, pour pouvoir l'attaquer pile au bon moment. La patience n'est pas son fort... Mais pour une fois, elle a pris sur elle. Elle est enfin prête.

Bientôt, elle entend des pas se rapprocher. Ces pas lourds sont ceux d'un être grand et fort. Le chien, qui a tout de même conservé son odorat, sort de sa léthargie et lève la tête en grognant.

« Chhhhutt, Pascha ! » le réprimande la petite. « Tu vas nous faire prendre ! Reste calme ! »

Mais elle-même a du mal à contenir son excitation. Elle tient là l'occasion de rentrer à la maison en héroïne. On la considérera enfin comme une grande. Elle ne tient plus en place et trépigne d'impatience. Pascha la regarde avec étonnement.

Le sol tremble presque. Un grondement, puis un soupir et une odeur de brûlé accompagnent l'arrivée de l'ennemi. La petite montre trois de ses petits doigts à Pascha. Puis deux. Puis un.

« À L'ATTAAAAQUE ! »

En poussant son cri de guerre, elle bondit de sa cachette et se rue sur l'ennemi. Il sursaute. Elle profite de l'effet de surprise pour s'accrocher à ses jambes et l'escalader. Son entraînement porte ses fruits, c'est un vrai petit lézard, et elle atteint rapidement la nuque de son adversaire. Alors elle glousse, lève son bâton au-dessus de sa tête, et l'abat dans un nouveau cri.

Puis une main l'attrape par le col, la décroche de sa prise et lui prend son arme pour la lancer le plus loin possible.

« Qu'est-ce que tu fabriques, bon sang ?! »

Son grand frère fronce les sourcils. Il n'est pas aussi musclé que leur père, mais déjà presque aussi grand, et sa barbe en collier lui donne un air sévère.

« T'es toujours dans mes pattes. J'en ai marre !

- Mais, Jack... Ze sasse les titans !

- Toi ? Allons bon. T'es encore qu'un minuscule têtard.

- PAS VRAI ! »

L'enfant, qui en a plus qu'assez des propos de son aîné, se met à gigoter pour qu'il la lâche enfin. Mais il n'en est rien. Jack se contente de rigoler. Le chien, qui ne comprend pas ce qui se passe, aboie joyeusement et remue la queue.

« Tu t'moques touzours de moi. Ze suis super courageuse, tu sais !

- Ah bon ? »

Il la repose sur ses pieds, et reprends sa cigarette tombée dans une motte de terre. Puis il ébouriffe tendrement le crâne de sa petite sœur.

« On va voir ça. Je vais te montrer quelque chose. »

Dana le regarde avec méfiance. Puis elle ramasse son bâton et se décide à le suivre. Il la mène sur le chemin qui serpente entre les champs du domaine. Aujourd'hui, il fait plus chaud que d'habitude. Jack s'arrête près d'une barrière et se tourne vers la petite.

« Je te propose un marché. Si tu réussis cette épreuve, je ne me moquerai plus de toi pendant, disons... un mois entier. Mais dans le cas contraire, tu devras me laisser ta part de soupe un soir sur deux. D'accord ? »

Pour une fois, il semble très sérieux. Il a l'air de la considérer comme une grande, à présent. Pas question de se défiler. Alors elle lui tend sa petite main, qu'il serre pour sceller leur accord.

« Bien. Attends-moi ici. »

il s'éloigne. Pascha reste près de sa maîtresse ; il s'est vite rendormi.

Elle s'assoit sur un rocher plat pour attendre son frère, et pour mieux surveiller les alentours. Si ça se trouve, des braconniers ou pire, des titans surgiront sur le domaine. Et Dana devait se tenir prête à protéger sa famille.

Au bout d'une quinzaine de minutes, Jack revient vers elle. Il cache quelque chose derrière son dos. Solennel, il s'arrête et toise la petite de toute sa hauteur.

« Je veux que tu puisse approcher tes peurs jusqu'à les toucher. Ainsi, tu les élimineras, et tu seras une vraie guerrière. »

La rouquine ne le quitte pas du regard. Ses paroles lui font ravaler sa salive. Allez, courage...

Le jeune homme finit par lui montrer ce qu'il cachait : un serpent dans chaque main. Il les tient fermement et de manière à ce qu'ils ne mordent pas. Il a l'habitude. Mais sa cadette pâlit subitement et se met à trembler comme une feuille.

« T'inquiète pas. Ce n'sont que des couleuvres, leur poison n'est pas mortel ! En plus elles sont crevées.

- Mais elles... E-elles sont hyper longues...

- Oui, ce sont des femelles.

- Ze... Z'ai plus envie de zouer.

- C'est pas un jeu, sœurette ! Approche ta main. »

La petite louve est terrorisée. Mais le sourire en coin de Jack ne lui plaît pas du tout. Refusant de lui donner raison, elle louche sur les bestioles. Bientôt, elle effleure leurs écailles du bout des doigts.

« C'est tout froid.

- Alors, tu as peur ?

- ... Non. »

L'aîné ricane. Puis, imitant le sifflement de colère d'un serpent, il balance les cadavres sur Dana. Celle-ci hurle.

« Ha, t'as perdu ! T'as perdu, petit têtard ! »

Elle agite les bras pour se défaire de ces vilaines bêtes. Tant et si bien qu'elle glisse du rocher et se rétame par terre. Elle se relève, trébuche, et fuit en courant alors que Jack éclate de rire.

Méchant, méchant, méchant ! Son grand frère est toujours méchant ! Les grands frères, c'est nul !

Les yeux remplis de larmes, Dana déboule dans la cour du corps de ferme. Une femme aux cheveux bruns est en train de tirer de l'eau au puits.

« Mama ! MAAAMAAAA ! »

La petite se jette sur la femme et s'accroche à sa jupe. Celle-ci s'accroupit, la mine inquiète.

« Ma chérie, ton genou ! Tu l'as encore égratigné ! »

Dana a fondu en larmes. Elle sanglote si fort qu'on ne comprend plus ce qu'elle dit, et de la morve coule de son nez. Sa mère la mouche avec son tablier. Puis elle l'attire contre sa poitrine, l'entourant de ses bras consolateurs.

« Chhhtt, mon bébé... Ne pleure plus. Je suis là. »


Quand elle put enfin faire une pause, Dana s'empressa d'ouvrir sa gourde. Elle laissa l'eau fraîche couler sur son menton et en aspergea son visage. Si la canopée touffue protégeait les futurs cadets des rayons directs du soleil, elle ne les empêchait pas de mourir de chaud, car ils couraient presque sans s'arrêter depuis le matin.

Voilà presque un an et demi que Dana était remise sur pieds. Il lui avait fallu quatre mois pour guérir. En avait découlé une perte de poids considérable. C'est d'ailleurs ce qui avait failli l'empêcher de passer les tests d'admission ; à peine quarante-cinq kilos pour un mètre soixante, ce n'était pas suffisant pour les médecins militaires. La rouquine était parvenue à les convaincre à force d'argumenter. Ce n'était même pas un miracle à ses yeux : en sortant de l'infirmerie, elle avait adressé un doigt d'honneur au ciel, comme pour montrer au destin qu'elle avait fini par gagner.

Dès qu'elle avait pu se rendre à la caserne, elle s'était inscrite aux tests d'admission. Équitation, course de fond, survie, résistance... Les postulants étaient tenus d'y participer, à toute heure et par tous les temps. Certains étaient partis dès les premiers jours. Les autres étaient éliminés au compte-gouttes. Ne restaient que les plus solides. Ceux-ci allaient bientôt savoir si l'armée les accueillerait ou les renverrait chez eux.

Elle s'adossa à un arbre tandis que sa camarade, Petra Ral, étirait ses muscles endoloris. Cette jeune fille était dotée d'une grande force de caractère, et surprenait par ses résultats aux différents tests. Il ne fallait pas se fier à sa petite taille. Elle irait loin. Un jour, alors que Dana avait refusé son aide après une chute, Petra lui avait dit :

« L'entraide entre les soldats fera la force de notre armée. Autant commencer tout de suite, non ? »

Ces mots lui avaient tout de suite plu. Au fil des jours, un lien s'était tissé entre elles, et elles étaient devenues bien plus que des camarades. De vraies amies.

Aujourd'hui, elles passaient ensemble une de leurs dernières épreuves, une course d'orientation dans la forêt des arbres géants. Il fallait récupérer le plus de fanions possible en une journée. Le but était d'évaluer leurs capacités à se repérer, bien sûr, mais aussi leur endurance et le parcours emprunté. Car pour les expéditions ou les interventions d'urgence, chaque minute comptait. Il ne fallait rien laisser au hasard.

Petra s'essuya le front d'un revers de manche, puis sortit une carte et un crayon de bois de son sac. Elle cocha l'endroit où elles venait de trouver un fanion. A son sourire en coin, Dana devina qu'elles étaient en bonne voie.

« Quelle heure est-il, à ton avis ? » lui demanda sa cadette.

La jeune fille consulta leur boussole, qu'elle gardait autour du cou, et scruta la cime des arbres.

« Difficile à dire. Le soleil a l'air de se trouver vers l'ouest, alors je dirais... fin d'après-midi.

- On a bien avancé, mais il nous en manque deux.

-Alors... On vient de récupérer celui-là. »

Elles posèrent la carte contre un arbre pour la consulter à deux. Les deux fanions étaient assez éloignés l'un de l'autre, et à distance(s) égale(s) du point d'arrivée.

« Je propose de prendre vers le Nord. » suggéra Petra. « Le chemin est tortueux, mais on évitera le ravin. »

Dana se contenta d'acquiescer. Elle savait que si son amie avait proposé ce chemin, c'était pour lui éviter tout risque de chute inutile. Il arrivait que les jambes de Dana la lâchent sans prévenir, sans douleur, n'importe quand. Cela devenait beaucoup moins fréquent depuis quelques mois, mais Petra se faisait toujours du souci pour ses camarades. Et elle était d'un tempérament plus prudent que son amie.

Les deux filles reprirent leur route d'un pas rapide, pour accélérer petit à petit et commencer à courir dans la descente. Dana prit la tête, comme souvent.

« Alors, tu as réfléchi à la faction que tu rejoindra une fois dans l'armée ? » lança-t-elle à sa camarade.

« Toujours pas. On ne connaît même pas nos résultats aux derniers tests, si ça se trouve je ne serai pas retenue...

- Tu rigoles ? Regarde jusqu'où tu es allée ! Tu es une véritable combattante ! Tes parents... »

Dana s'interrompit. Aperçevant un tronc sur leur chemin, elle accéléra pour sauter par dessus comme avec un cheval d'arçon.

« Tes parents seront fiers de toi ! »

Petra soupira, mais ne put s'empêcher de lâcher un sourire. Ses parents avaient eu du mal à accepter son départ. Surtout son père qui, de nature nerveuse, avait peur de ce qui pouvait lui arriver. Mais dans leurs dernières lettres, ils semblaient se rendre compte qu'elle grandissait et qu'il était temps pour elle de quitter le nid. Dana avait sans doute raison. Bien qu'elle ne voyait jamais son aînée écrire à qui que ce soit...