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Merci infiniment à Sarinette60 et Lana pour vos reviews !

VIII

Le réveil de Ginny fut relativement brutal. On tambourina violemment contre la porte de son appartement, l'extirpant contre son gré d'un sommeil agité. Elle gémit bruyamment et s'emmitoufla davantage dans sa couverture épaisse, refusant d'abandonner la chaleur rassurante de son lit. Son visiteur n'aurait qu'à revenir plus tard.

Malheureusement, les cognements contre la porte se firent plus virulents et au bout de dix minutes, il parût évident que son visiteur n'abandonnerait pas. Ginny rabattit la couverture sur le côté avec rogne et se redressa lentement, frottant ses yeux endormis.

Une douleur lancinante martelait son crâne et les bruits de la porte ne faisaient qu'empirer son mal. Elle se releva et se dirigea d'un pas chancelant vers son living-room, se cognant au passage contre sa table basse.

« J'arrive, par Merlin. » s'écria-t-elle en direction de la porte dont le tapage était devenu insupportable pour son mal de crâne.

Elle ouvrit la porte et se retrouva devant son amie et belle-sœur, Hermione Granger. Cette dernière entra en trombe dans l'appartement de Ginny, vêtue de sa robe de Médicomage, les cheveux plus ébouriffés que jamais et visiblement très agitée.

« Quel est ton problème, Hermione ? » lança Ginny d'un ton grincheux.

« Mon problème c'est ça. » s'exclama Hermione d'une voix haut-perchée, l'air contrarié.

Hermione paraissait ébranlée, presque en transe, ce qui ne lui ressemblait guère. Elle était habituellement calme en toute circonstance et son attitude posée était généralement un modèle pour Ginny. D'un geste fébrile, Hermione sortit l'exemplaire d'un journal et le déposa sur la table de Ginny.

Cette dernière s'empara du journal avec empressement. Les pages Société de la Gazette du Sorcier étaient consacrées au GAGE. Une double page présentait les faits marquants du Gala. Plusieurs clichés des différents invités illustraient la page et Ginny manqua de peu la crise cardiaque lorsqu'elle vit un cliché d'elle-même et de Malfoy sur un coin de la page. Elle reconnut immédiatement la photo qu'ils avaient pris la veille devant les photographes présents à l'évènement. Sur le cliché, toutefois, elle paraissait moins gauche qu'elle ne l'avait pensé. Le faux sourire qu'elle avait collé sur son visage paraissait même presque crédible.

Ses yeux s'agrandirent d'horreur lorsqu'elle vit l'image trembler sur la page avant d'être remplacée par un cliché de Malfoy et du baiser volé qu'il lui avait donné. La vision fut traumatisante pour Ginny et elle laissa échapper un hoquet apeuré.

Une nausée soudaine lui noua l'estomac. Bien que son dégoût fut des plus manifestes face à cette image, il s'agissait probablement des effets impardonnables de sa consommation excessive d'alcool lors de la soirée de la veille qui causait cette réaction.

Elle jura lourdement. Pour une fois, Hermione ne réprima pas Ginny sur son langage vulgaire.

« Exactement, Ginny. » renchérit Hermione d'un ton sidéré. « Que se passe-t-il entre toi et Malfoy pour l'amour de Merlin ? »

Ginny plongea son visage dans ses mains. Son crâne tambourinait toujours furieusement, elle avait mal au cœur, la nausée lui tordait le ventre et elle se haïssait pour avoir accepté l'offre de Draco Malfoy.

« Ginny ! » s'exclama de nouveau la voix d'Hermione, d'un ton impatient.

« Hermione, j'ai la gueule de bois. » parvint à articuler Ginny non sans difficulté.

« Ça m'est complètement égal, Ginevra Weasley. Je te rappelle que tu as vingt-cinq ans, que tu es une adulte et que tu devrais boire avec modération ! » s'emporta Hermione, à cran. « Je ne peux pas croire que tu aies été tellement saoule au point d'embrasser Draco Malfoy ! »

Elle semblait sur le point de se lancer dans l'un de ses longs sermons dont elle avait le secret. Ginny n'avait ni le courage, ni la patience pour le subir.

« DracoMalfoyetmoisommesencouple. » dit Ginny en rougissant.

Elle avait prononcé ces mots très vite, comme si cela aurait le pouvoir de les atténuer.

Hermione sembla tomber des nues. Sa bouche s'agrandit de surprise puis d'effroi. Elle semblait épouvantée, comme si Ginny lui avait avoué qu'elle était en phase terminale d'une maladie grave.

Un nouveau tapotement à la porte, plus pondéré cette fois, se fit entendre. Katrina pénétra dans la pièce, l'air rayonnant et plein de vivacité.

« Je t'ai apporté du café et des muffins Ginny. » annonça Katrina d'un ton réjoui.

Elle s'arrêta lorsqu'elle vit les deux jeunes femmes la regarder, l'air morose. Elle sembla analyser la scène rapidement. Elle remarqua le journal posé Ginny et une lueur de compréhension éclaira son regard. Elle s'avança vers la table, posant un sac où émanait une délicieuse odeur de café. Katrina tandis sa main en direction d'Hermione.

« Katrina Street-Porter. » se présenta-t-elle. « Je suis une amie de Ginny. »

Des lunettes surdimensionnées reposaient sur le haut de sa tête et elle portait un short kaki ainsi qu'une blouse crème. Comme à son habitude, elle était postée sur des talons gigantesques.

« Hermione Granger. » répondit Hermione d'un ton hésitant, jetant un regard méfiant à la main de Katrina.

Elle la serra néanmoins et un sourire éclatant apparût sur le visage de Katrina.

« Hermione Granger ? » demanda-t-elle, les yeux pétillants. « Vous êtes l'amie d'Harry Potter. »

Elle observa Hermione avec son air de prédatrice ayant repéré un éventuel gros contrat. Hermione hocha la tête. Elle était habituée aux mentions fréquentes de son meilleur ami.

« Je dérange ? » insista Katrina. « Ginny et moi étions supposés prendre le petit déjeuner ensemble. »

Ginny hocha la tête en direction d'Hermione, l'air désolé.

« Je ne serai pas longue. » répliqua Hermione d'un ton froid. « Puis-je te parler en privé, Ginny ? »

Ginny acquiesça avant de traîner des pieds en direction de sa chambre, Hermione sur ses talons. Cette dernière referma la porte d'un claquement sec alors que Ginny s'asseyait sur son lit et serrait l'un de ses oreillers près de sa poitrine.

« Dans quelle dimension alternative penses-tu qu'il serait accepté pour toi de fréquenter, Draco Malfoy ? La fouine ? Celui qui a passé toute sa scolarité à nous insulter et à nous tyranniser Ron, Harry et moi ? A me traiter de Sang-de-Bourbe ? » demanda Hermione, estomaquée.

Un sentiment de culpabilité rongea Ginny lorsqu'elle vit l'expression heurtée de son amie. Malfoy et ses amis avaient été particulièrement écœurants envers Hermione à cause de ses origines moldues. Elle eut presque envie de tout lui avouer, mais la présence de Katrina dans la pièce attenante l'en dissuada. Elle savait également qu'elle était tenue par un contrat magique.

« C'était il y a dix ans. Mal… Draco a changé depuis. » répondit Ginny d'un ton robotique.

Elle avait du mal à comprendre comment elle parvenait à déballer ce discours préfabriqué sans problèmes. Elle évita toutefois le regard de son amie.

« Je ne peux pas le croire. » dit Hermione, en secouant la tête, comme si elle tentait de sortir d'un mauvais rêve. « Ta famille va devenir complètement hors de contrôle. »

Ginny laissa échapper un gémissement plaintif.

« Je suis venue aussitôt que j'ai vu l'article, ce matin. J'ai dû reprogrammé une chirurgie, Ginny, tu t'en rends compte ? » lança Hermione.

Ginny garda le silence.

« Attends que tes frères voient ça. » dit Hermione avec panique. « Ron va complètement déchanter. Pourquoi, Ginny ? »

La panique envahit également Ginny. Lorsque sa famille verrait l'article, ils tomberaient des nues. Ensuite, ils lanceraient une chasse à l'homme contre Draco Malfoy. Elle ne put s'empêcher de rire intérieurement à cette pensée. Elle se rappela ensuite qu'elle était supposée jouer les amoureuses transies et elle grimaça.

« Je vais leur parler. Mais j'ai besoin de ton aide avant ça. » décréta Ginny.

Une demi-heure plus tard, Hermione accepta de retourner à Sainte-Mangouste. Elle avait passé la demi-heure précédente à contacter chacune des épouses et petites amies du clan Weasley. La mission était d'empêcher les mâles Weasley de mettre la main sur une copie de l'édition du jour de la Gazette du Sorcier. Heureusement pour Ginny, aucun d'entre eux ne travaillaient le weekend, ce qui faciliterait la tâche. Elle fut soulagée d'avoir une si bonne relation avec ses différentes belles-sœurs. Molly Weasley accepta également de faire de même avec Arthur à condition que Ginny révèle la nouvelle à sa famille le jour même. Molly convoqua donc une réunion familiale d'urgence, plus tard dans la journée.

Une fois Hermione disparut de l'appartement, Ginny se tourna vers Katrina qui avait fait profil bas pendant toute la scène. Lorsque Ginny s'installa à la table, Katrina poussa vers elle un café et des muffins. Ginny mordit dans un muffin au beurre, l'air avide. Elle était affamée.

« Je suis cuite. » dit-elle après avoir avalé une grande gorgée de café. « Malfoy est mort. »

« Tout le monde est un peu appréhensif avant de présenter son partenaire à sa famille. » déclara Katrina, d'une voix pleine d'assurance.

Elle était absorbée dans la lecture de la Gazette du Sorcier.

« Tu ne connais pas ma famille. Ils détestent les Malfoy. » dit Ginny avec désarroi.

« Aucun problème, Ginny. Draco Malfoy est un nouvel homme. Nous avons activement travaillé sur sa réputation ces derniers mois. » assura Katrina, d'un ton confiant.

Ginny abandonna. Visiblement, Katrina ne voulait rien entendre et la migraine de Ginny était trop douloureuse pour qu'elle insiste davantage.

« La soirée d'hier fut un succès, qu'en penses-tu ? » demanda Katrina d'un ton enjoué. « Nous avons obtenu l'invitation de Cressida Warrington et vous êtes apparus dans la Gazette. C'est encore mieux que ce que j'avais imaginé. »

« Ça c'est ton point de vue. » rétorqua Ginny, l'air morose.

Elle tressaillit en se remémorant la fin de la soirée de la veille.

Draco Malfoy s'écarta d'elle, la laissant totalement estomaquée par son geste inattendu. Des flashs aveuglants d'appareil photos surgirent de nulle part et Ginny tourna la tête dans leur direction. Elle vit un photographe avec un badge de la Gazette autour du cou. Son visage était tordu par une expression surexcitée et il s'empressa de quitter le balcon une fois son cliché obtenu.

Ginny se retourna vers Malfoy, une expression furibonde et incrédule sur son visage. Il arborait de nouveau cet air arrogant qu'elle détestait tant et elle eut envie de l'étrangler.

« Comment ose-tu ? » murmura-t-elle d'une dangereusement basse. « Petit…espèce de…Je vais te…. »

Elle était tellement en colère qu'elle n'arrivait pas à articuler de paroles cohérentes. Si Malfoy pensait qu'il pouvait l'embrasser sans son consentement, il se mettait le doigt dans l'œil. Elle sortit sa baguette d'un geste rageur et hurla un sort dans sa direction.

« Qu'-est ce que… » lança Malfoy avec surprise.

Une horde de chauves-souris sortirent de sa baguette et chargèrent en direction de Malfoy. Il brandit les bras pour protéger son visage des attaques des petites créatures avant d'ériger sa baguette et de lancer un contre sort, faisant disparaitre les chauves-souris. Ginny lui jeta un regard satisfait. Il semblait furieux.

Toutefois, avant qu'il ne puisse prononcer la moindre parole, Ginny se dirigea vers l'un des bosquets pour déverser le contenu de son estomac.

« Tu n'es pas sérieuse, Weasley. » entendit-elle Malfoy lancer derrière elle, l'air dégouté.

Toutefois elle sentit les mains de Malfoy dégager ses cheveux alors qu'elle continuait à vomir dans le bosquet. Si quelqu'un était entré dans le balcon à cet instant précis, il aurait sans doute trouvé la scène particulièrement cocasse.

« C'est ridicule. » poursuivit Malfoy en levant les yeux au ciel. « Quel âge as-tu Weasley, quinze ans ? »

Ginny se redressa, le visage écarlate, humiliée. Lorsqu'elle leva les yeux vers Malfoy, son expression était neutre et non emplie de jugements, comme elle s'y était attendue. En silence, il prit le mouchoir de son smoking et le tendit à Ginny. Elle s'en empara d'un geste hésitant avant de s'essuyer la bouche avec.

« Je vais chercher Katrina, il est temps que tu rentres. » dit-il d'un ton neutre.

Quelques minutes plus tard, Katrina pénétrait sur le balcon, l'air un peu paniqué, pour raccompagner Ginny chez elle.

Ginny grimaça d'embarras en repensant au malaise qu'elle avait ressenti la veille. Revoir Malfoy après cette scène inconfortable serait extrêmement gênant. Mais elle s'avançait trop. Elle devrait d'abord s'expliquer auprès du clan Weasley.

Après une longue douche énergisante, Katrina entraîna Ginny sur le Cours Ecarlate où Benny les attendait devant la façade d'une boutique surnommée Le Palace Pailleté de Madame Patty. Comme à son habitude, il était d'une humeur particulièrement joyeuse.

« Pas trop tôt. » dit-il en guise de bonjour.

Katrina le gratifia d'un sourire étincelant avant de pénétrer dans la boutique, Ginny sur ses talons.

Ils entrèrent dans ce qui semblait être un atelier de couture. L'endroit était étroit, plein à craquer de différents espaces de travail sur lesquels se dressaient des machines à coudre tournant seules, et divers accessoires de couture. Aux murs, plus d'une centaine de casiers s'entassaient, dans lesquels on trouvait des tissus triés par coloris et par matières. Certains des tissus se déplaçaient seuls en direction des machines en fonctionnement. D'autres s'enroulaient seuls avant de reprendre sagement leur place dans le casier approprié.

Une sonnette imitant le hennissement d'une licorne retentit à leur entrée.

« Ne l'appelle pas Monsieur. » murmura soudain Benny aux oreilles de Ginny.

Cette dernière lui jeta un regard confus.

« Pourquoi diable… » commença Ginny.

Une porte attenante à l'atelier s'ouvrit et Ginny s'interrompit lorsqu'une femme à l'apparence extravagante entra dans la pièce. Elle portait un maquillage épais, ainsi qu'une large perruque blond platine, volumineuse, affublée d'un bandeau jaune. Les traits de son visage semblaient très masculins, ainsi que sa morphologie générale, enveloppée dans une robe à motifs à pois.

« Madame Patty. » s'exclama Benny d'une voix enthousiaste en se dirigeant vers la femme.

La dénommée Patty posa deux bises sur les joues de Benny puis se dirigea vers Katrina et Ginny. Elle les salua avec autant de chaleur.

« Ravie de te revoir Benny. Je commençais presque à penser que tu avais oublié l'adresse de ma boutique. » dit-elle d'une voix grave, faussement coléreuse.

Benny eut le bon goût de paraitre gêné.

« Beaucoup de travail, Madame Patty. Et comment pourrai-je oublier la meilleure couturière du pays ? » dit-il.

Madame Patty laissa échapper un gloussement, semblant flattée.

« Je te présente Katrina et Ginevra. » déclara Benny en désignant les deux femmes d'un geste de la tête.

Il se tourna ensuite vers elle et lança :

« Madame Patty est la couturière la plus talentueuse du pays. Ses créations s'arrachent dans le monde entier auprès de sa clientèle de niche. »

« Nous avons besoin de vos services exceptionnels, Madame Patty. » dit Katrina. « Ginny est désormais un personnage public et son style doit être irréprochable. Vos créations permettrait de la différencier de ce qui se fait actuellement dans le milieu. »

« Cela te permettrait également d'obtenir de la visibilité auprès d'une nouvelle clientèle. » ajouta Benny.

Madame Patty sembla hésitante. Elle tritura le coin d'une table de découpage avec ses longs ongles manucurés.

« Je ne sais pas… » dit-elle. « Mes créations sont trop spéciales et trop singulières pour plaire au grand public. »

« Pourquoi ne pas faire un essai ? » suggéra Katrina. « Ginny va assister au Bal de L'Ellébore la semaine prochaine. Elle pourrait porter l'une de vos créations. »

« Mes créations au Bal de l'Ellébore ? » répéta Madame Patty, comme si elle n'y croyait pas. « Mon rêve de petit garçon. »

« Et dans les magazines de tout le pays. » promis Katrina avec assurance.

Cela sembla finalement convaincre la couturière dont l'expression devient un peu plus assurée. Elle hocha la tête frénétiquement.

« Ne perdons pas de temps. » dit Madame Patty d'un ton résolu.

Elle attrapa le bras de Ginny et la mena dans une pièce attenante. La pièce avaient des murs colorés, où divers dessins et patrons de tenues extravagantes étaient accrochés. Des dizaines de mannequins arboraient des tenues animées et originales.

Madame Patty invita Ginny à monter sur un tabouret puis agita sa baguette devant elle, érigeant des mouvements gracieux et concentrés. Plusieurs objets s'agitèrent autour de Ginny. Un ruban à mesurer se déroula près de ses jambes, la faisant sursauter. Bientôt, un corset s'enroula autour de sa taille, la faisant suffoquer.

Madame Patty semblait donner des instructions à voix haute, et ses différents instruments s'agitaient joyeusement dans les airs, au rythme de ses paroles. Ginny vit même une plume gribouiller furieusement sur un morceau de parchemin vierge.

« De l'art. » commenta Benny en observant Madame Patty avec un respect non dissimulé.

« Au travail mes enfants. » ordonna Madame Patty d'une voix chantante. « Dessinez, découpez, crantez, surfilez ! »

Elle paraissait plongée dans son monde. Ginny n'osa rien dire mais elle jeta un regard peu assuré en direction de Katrina. Elle laissa échapper un cri de douleur lorsqu'un aiguille pointue lui piqua le coude.

« Ow. » gémit-elle avec une grimace, massant son coude.

« Veuillez excusez mes enfants, ils sont parfois un peu trop enthousiastes, à l'image de leur Mama. » déclara Madame Patty.

Ginny lui jeta un regard interloquée. Était-elle la seule à voir que cette femme avait des problèmes ?

« Vos enfants ? » répéta Ginny, sans comprendre.

Madame Patty hocha la tête et agita sa baguette en murmurant « Nox »

La pièce fut plongée dans l'obscurité totale et Ginny émit un cri de stupeur lorsqu'elle vit une douzaine de petites créatures brillantes s'affairer dans la pièce. Elle mesuraient à peine trente centimètres, d'une couleur bleue topaze, avec des oreilles pointues et des yeux d'un noir de jais.

« Je vous présente mes fidèles employés. Ce sont des lutins travailleurs, à ne pas confondre avec des lutins farceurs. Ils assistent les artistes, comme moi. Lorsqu'un lutin s'attache à un artiste, il lui reste loyal pour l'éternité. » expliqua Madame Patty avec attachement.

Ginny vit l'un des lutins travailleurs agiter le ruban mesureur autour de ses mollets. Un autre gribouillait sur un parchemin avec une plume qui faisait la moitié de sa taille.

Madame Patty agita de nouveau sa baguette, et la lumière revint dans la pièce. Ginny cligna plusieurs fois des yeux alors qu'elle s'habituait de nouveau à la lumière aveuglante. Les lutins disparurent de son champ de vision.

« Il nous faut de la soie. » déclara Madame Patty de nouveau pour elle. « Fine, douce, satinée... Bordeaux.»

Des dizaines de tissus défilèrent autour de Ginny sous le regard indécis de Madame Patty. Au bout de ce qui sembla une éternité, Madame Patty libéra finalement Ginny. Elle semblait avoir fait son choix. Elle indiqua à Ginny qu'elle travaillerait sur la robe et aurait probablement besoin qu'elle revienne pour des essais et des ajustements.

« Combien de temps cela va-t-il prendre ? » demanda Katrina.

Benny lui jeta un regard critique qu'elle ignora.

« Probablement cinquante -deux, non plutôt cinquante-trois heures de travail effectif. » répondit Madame Patty.

Katrina fronça les sourcils.

« Sera-t-elle prête pour samedi prochain ? » insista Katrina. « Le bal est dans une semaine. »

« Je l'ignore. » répondit Madame Patty, prise au dépourvu. « C'est un travail méthodique et très long.»

« Nous en avons totalement conscience. » intervint Benny pour temporiser la situation, empêchant Katrina de répliquer.

Madame Patty hocha la tête, semblant heurtée.

« Les tissus magiques sont capricieux et ils n'aiment pas être froissés. Il faut les traiter avec respect et tendresse. S'ils sont stressés, la robe n'aura pas le résultat escompté. » dit-elle l'air crispé, adressant un regard courroucé en direction de Katrina, comme si cette dernière avait proféré une insulte grave à son égard.

Benny remercia profusément Madame Patty avant d'entraîner Ginny et Katrina hors de la boutique. Une fois sur le Cours Écarlate, il se tourna vers Katrina, l'air offusqué.

« Peux-tu faire preuve de tact ? Je te rappelle que nous devrions être reconnaissants qu'une artiste de son envergure accepte de créer cette robe ! »

Ginny ne fit pas de commentaire mais trouva que Benny était bien culotté de mentionner le manque de tact de quelqu'un d'autre. Katrina leva les yeux au ciel et fit un geste impatient de la main.

« Nous sommes en droit de poser de questions. » rétorqua Katrina avec irritation. « Je te rappelle que Mr. Malfoy paie une petite fortune pour sa création. D'ailleurs, la visibilité pour elle serait énorme dans ce type d'évènement. A sa place, je resterai enfermée dans mon atelier pour faire en sorte que la robe soit parfaite et prête avant le Bal. »

Katrina avait perdu son habituel ton enjoué et son ton glacial sembla remettre Benny à sa place.

« D'ailleurs, je te rappelle que je te paie pour choisir des tenues, pas pour me faire la morale. » ajouta Katrina d'un ton venimeux.

Ginny fut estomaquée par le soudain emportement de Katrina. Benny ne fit aucun commentaire supplémentaire. Katrina s'élança sur le Cours Écarlate, les devançant rapidement. Ses talons hauts provoquaient des claquements secs contre les dalles lisses. Benny et Ginny échangèrent un long regard avant de la suivre.

« Rappelle moi de ne jamais l'énerver. » lança Ginny à voix basse.

« Tu n'as encore rien vu. » assura Benny. « Elle est exécrable quand elle s'y met. »

« On devrait faire grève. » proposa Ginny d'un ton mutin.

Ils pouffèrent de rire stupidement pendant quelques secondes avant de s'interrompre rapidement lorsque Katrina jeta un regard sévère par-dessus son épaule.

Ils déjeunèrent dans un petit restaurant libanais et Katrina sembla se détendre, retrouvant son engouement habituel. Toute la conversation fut tournée vers la réunion d'urgence du clan Weasley à laquelle Ginny devrait s'expliquer sur ses choix récents.

« Il est impératif que tu sois convaincante. Si ta famille n'y croie pas, personne n'y croira. » dit Katrina.

« Convaincante ? » répéta Ginny. « Ils vont penser que je suis tombée sur la tête. »

Elle expliqua à Benny et Katrina ses années à Poudlard et la haine mutuelle que se vouaient son frère, Harry et Hermione envers Draco Malfoy et ses sbires.

« C'est de l'histoire ancienne, des idioties d'écoliers. » rétorqua Katrina. « Vous êtes tous adultes, vous avez tous changé. Il est temps d'enterrer la hache de guerre. »

Ginny rétorqua à voix basse et Katrina ne sembla pas entendre son commentaire.

« Peut-être que tu as besoin d'alliés. » lança soudainement Benny. « Je suis sûr que certains membres de ta famille ne seraient pas aussi virulents que d'autres. »

Ginny réfléchit quelques secondes. Benny avait peut-être raison. Ron, évidemment, serait le plus véhément. Il haïssait Malfoy pour des raisons évidentes. George également. Ses frères plus âgés, comme Bill et Charlie, n'avaient eu aucune interaction avec Draco. Hermione ferait sans doute pencher la balance d'un côté ou de l'autre concernant Charlie. La réaction de Percy, elle, serait une surprise. Elle n'était pas certaine de la manière dont il prendrait la nouvelle.

Elle laissa échapper un soupir à en fendre l'âme lorsqu'elle se sépara de Katrina et Benny. A contrecœur, elle rentra dans son appartement, et passa l'après-midi avachie dans son canapé, un pot de glace à la citrouille dans les bras, jetant des regards tous les cinq minutes à l'horloge, appréhendant l'heure fatidique qui s'approchait à grand pas.

Aux alentours de cinq heures, elle entendit des coups contre sa porte et leva les yeux aux ciel. Pourquoi avait-elle autant de visites aujourd'hui ?

Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle ouvrit la porte et que ses yeux tombèrent sur Draco Malfoy.

« Tu devrais investir dans une vraie sonnette, Weasley. » commenta-t-il.

Elle ne s'attendait pas à le voir aussi tôt après la fin de soirée désastreuse de la veille. Elle resta devant la porte, la bouche légèrement entrouverte.

« Je peux entrer ? » insista-t-il, levant un sourcil interrogateur.

« Hum, oui, oui. » articula Ginny en s'effaçant pour le laisser pénétrer dans l'appartement.

Comme à son habitude, il était impeccablement habillé. Il portait un pantalon noir en denim ainsi qu'une chemise grise anthracite. Il resta debout, attendant visiblement son autorisation pour s'asseoir.

« Assied-toi, Malfoy. » dit-elle en désignant le sofa d'un geste de la main.

Draco s'installa sur le fauteuil. Elle remarqua pour la première fois depuis son arrivée qu'il tenait des fleurs dans sa main.

« Tu vas réellement m'offrir des fleurs pour ton attitude d'hier ? » demanda Ginny avec ironie.

Elle n'avait pas oublié son baiser non désiré de la veille. Un sourire satisfait apparut sur le visage de Draco.

« Je crois plutôt que c'est moi qui devrait recevoir des fleurs après ton attitude. » déclara-t-il.

Ginny rougit. La fin de la soirée avait été assez humiliante. Elle n'avait pas besoin qu'il le lui rappelle.

« D'ailleurs ces fleurs ne sont pas pour toi. Je t'en offrirais si je n'étais pas certain que tu me les enverrais à la figure. »

Ce fut au tour de Ginny d'arborer un sourire satisfait. Après tout, Malfoy semblait comprendre à quoi il devait s'attendre avec elle. Il y réfléchirait probablement à deux fois avant de tenter de l'embrasser, désormais.

« Pour qui sont-elles, dans ce cas ? » demanda-t-elle avec curiosité.

« Ma belle-mère. » répondit Draco avec nonchalance. « Après tout, je la rencontre aujourd'hui. »

Les paroles de Draco mirent quelques secondes avant de percuter dans l'esprit de Ginny. Ses yeux s'agrandirent de surprise.

« Non, non et non. » refusa-t-elle immédiatement, en plein désarroi.

« Katrina m'a indiqué que tu étais en terrifiée à l'idée d'annoncer la nouvelle à ta famille. Je dois de toute façon les rencontrer. Pourquoi ne pas le faire maintenant ? » suggéra Draco.

« Tu ne comprends pas Malfoy. » intercéda Ginny. « Tu te jettes dans la fosse aux lions. »

« Les lions craignent les serpents, Ginevra. »

Il s'attira un regard noir de la part de la jeune femme.

« Écoute, je sais pertinemment que ta famille me déteste. Je savais de quoi il retournait en te proposant ce contrat. Ne t'en fais pas moi. » assura Draco d'une voix confiante.

Ginny lâcha l'affaire. Personne ne semblait comprendre la guerre mondiale qui s'annonçait. Malfoy ne voulait pas l'entendre ? Il comprendrait bien vite.

« Très bien. » céda-t-elle.

Elle jeta un regard au bouquet de fleurs : des amaryllis blanches.

« Ce sont les fleurs préférés de ma mère. » s'étonna-t-elle. « Comme l'as-tu su ? »

« J'emploie Katrina pour son sens du détail et de la recherche. » répondit Malfoy évasivement. « Allons-y ? Nous risquons d'être en retard. Je n'aimerais pas faire mauvaise impression.»

Ginny leva les yeux au ciel avant de se diriger vers le porte-manteau pour prendre sa veste et son sac à main. Ils se dirigèrent vers la cheminée, et, après avoir lancé un soupir résigné, Ginny s'écria : « Le Terrier ! »

A sa grande surprise, lorsqu'ils apparurent dans le living-room du Terrier, ils furent accueillis par le clan Weasley dans sa totalité. Une vingtaine de regards assassins se posèrent sur Draco Malfoy. Ginny gémit alors qu'elle reconnaissait un exemplaire de journal ouvert dans les mains de Ron.

« Oh Merlin. » chuchota-t-elle, mortifiée.

Fin du chapitre

Comment vont réagir les Weasley? Draco en sortira-t-il vivant ? Vous le saurez dans le prochain chapitre !

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