Creamelie, ce chapitre, il est pour toi parce qu'il n'aurait très certainement jamais vu le jour de cette manière si tu ne m'avais pas fait remarquer certaines choses… ;)


« Killian, dépêche-toi, tu es enfermé dans la salle de bain depuis des heures ! Moi aussi j'ai un rendez-vous ce soir, je te rappelle, et j'aimerais me préparer.

– J'arrive, deux minutes ! »

David soupira derrière la porte, impatient. Il savait que, malgré ses dires, son colocataire n'était pas prêt de sortir. Il voulait tellement que tout soit parfait pour ce premier dîner en tête-à-tête avec Emma… D'un autre côté, ceci ne pouvait que faire sourire le châtain : il était si soulagé de voir son ami de nouveau ainsi, d'aussi bonne humeur et heureux ! S'il venait à arriver en retard chez Mary-Margareth par sa faute, il savait qu'elle comprendrait parfaitement et ne lui en voudrait pas. C'est pourquoi il partit s'asseoir sur son lit en attendant et envoya un message à sa bien-aimée pour la prévenir de ne pas s'inquiéter. Puis il laissa ses pensées dériver au matin-même, lorsque son meilleur ami l'avait retrouvé, les yeux brillants d'une joie à peine contenue, devant la faculté.

« Eh, mate, l'avait-il interpellé. J'ai besoin de ton aide…

– Pourquoi donc ?

– Emma… Emma m'a proposé que l'on se voie ce soir et… je me demandais si tu ne connaissais pas un bon restaurant à Boston où je pourrais l'amener ?

– Si, bien sûr, le Bella Notte est très bien : ce n'est pas très grand, mais on y mange très bien et puis la vue sur la ville y est magnifique. C'est à deux pas des rives de la rivière Charles, en plus. Par contre tu sais que tu n'as plus de voiture, n'est-ce pas ?

– Ce n'est pas un problème, ça, elle m'a dit que l'on pourrait prendre la sienne. Merci du conseil en tout cas, je vais vite appeler pour réserver. »

Il s'en était ensuite allé d'un pas léger, toujours aussi souriant. Jamais David ne l'avait vu à ce point enjoué depuis la mort de Milah. Il fallait croire que la blonde était capable de véritables miracles sur l'irlandais… Et il espérait sincèrement que cette fois-ci, leur histoire marche pour de bon.

Il n'eut pas le temps de se perdre davantage dans ses songes puisque enfin, le bruit d'une serrure qui s'ouvre se fit entendre et Killian, les cheveux encore mouillés suite à la douche qu'il venait de prendre, apparut dans l'entrebâillement de leur chambre.

« Tu en as mis du temps, lui fit d'une voix faussement énervée son colocataire en se levant pour prendre sa place.

– Je sais, désolé… J'ai tellement peur de ne pas être à la hauteur, si tu savais ! lui répondit le brun en se grattant derrière l'oreille avec un air gêné.

– Eh bien, je ne sais pas ce que t'a fait Emma mais ça change de toutes tes autres aventures où tu partais à chaque fois confiant.

– Emma n'est pas une simple « aventure »…

– Je sais, ne t'inquiète pas. Et arrête de stresser, tout va bien se passer, j'en suis sûr, voulut le rassurer son ami en posant sa main sur son épaule.

– J'espère… »

L'irlandais sembla vouloir ajouter quelque chose, mais se ravisa au dernier moment de peur de paraître ridicule avec ses questions. C'est qu'il n'avait plus l'habitude d'organiser des rendez-vous amoureux ! Heureusement que David était là pour l'aider à faire en sorte que tout se passe au mieux et qu'il n'oublie aucun détail. C'est pourquoi, alors que son colocataire s'apprêtait à refermer la porte de la salle de bain, il lui demanda tout de même :

« Au fait… Je pensais passer lui acheter une rose avant d'aller chez elle, tu crois que c'est une bonne idée ou c'est trop ?

– C'est parfait, je suis certain qu'elle appréciera le geste, répliqua le châtain avant de s'enfermer à son tour pour se préparer. »

A présent soulagé, Killian n'avait plus qu'à attendre que le temps passe jusqu'à dix-neuf heures. Il était bien trop nerveux pour tenir en place, c'est pourquoi il fit des aller-retours dans l'appartement dans l'espoir de se calmer quelque peu. Après tout, ce n'était rien d'autre qu'un dîner et ce n'était pas comme s'il n'avait jamais passé de moment seul-à-seul avec Emma par le passé. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de douter, d'avoir peur de ne pas être à la hauteur.

Alors qu'il cherchait à se rassurer par tous les moyens, son regard se posa sur la photographie de Milah et lui qui gisait sur le meuble du salon, bien à la vue de tous. Il la prit dans ses mains et la contempla un instant avant de faire quelque chose qu'il n'avait jamais osé auparavant : il partit la ranger dans un des tiroirs de sa chambre. Si Emma venait à entrer chez lui – ce soir ou un autre jour –, il ne voulait pas qu'elle y tombe dessus et puisse croire qu'il n'avait toujours pas tourné la page de son premier amour. Et puis, qui sait, peut-être qu'un jour, elle serait remplacée par une nouvelle photographie, celle de la blonde et lui, cette fois-ci…


De son côté, Emma, à présent rentrée d'une longue journée de cours qui lui avait semblé interminable, cherchait désespérément dans ses placards quoi se mettre pour le soir-même. Elle n'était pas exactement le genre de fille à porter des robes ni se faire vraiment belle pour qui que ce soit mais elle était prête à faire un effort, parce que c'était Killian, et qu'elle avait envie d'enfin croire au bonheur. C'est pourquoi, après avoir longuement hésité, elle opta pour une simple mais jolie robe rose pâle et attacha ses longs cheveux blonds en une queue de cheval, ce qui lui donnait un air innocent qui lui allait si bien.

Une fois entièrement prête, elle rejoignit Elsa et Anna (qui, en apprenant que la jeune fille avait un rendez-vous avec son cousin l'avait suppliée de passer chez elle pour les voir avant qu'ils ne s'en aillent) pour savoir ce qu'elles pensaient de sa tenue. Lorsqu'elle les retrouva dans le salon, elle les questionna :

« J'aimerais des avis sincères… Qu'est-ce que vous en pensez ?

– Wow, laissa s'échapper Anna, surprise. Tu devrais mettre des robes plus souvent, ça te va super bien !

– Je suis du même avis que ma sœur, renchérit sa colocataire. »

La blonde sourit face à ces remarques et les remercia, rassurée. Elle regarda ensuite l'horloge accrochée à l'un des murs de la pièce et qui indiquait dix-huit heures cinquante-cinq. Killian n'allait à présent plus tarder. Son cœur se serra dans sa poitrine, un mélange d'excitation et de peur parcourant son corps en cet instant. Pourvu que tout se passe sans aucun incident… Elle n'avait tellement plus l'habitude des rendez-vous de la sorte.

Elle n'eut pas le temps de s'inquiéter davantage puisque la sonnette retentit. Elle se précipita pour ouvrir et resta bouche bée devant la vision du jeune homme face à elle, encore plus beau qu'à l'accoutumée (elle ne pensait sincèrement pas cela possible) ; lui aussi avait fait des efforts vestimentaires, semblait-il. Il contempla Emma de la tête aux pieds, elle était si belle qu'il en perdrait ses mots ! Cependant il se reprit bien vite et réussit à murmurer, ses yeux brillants d'envie :

« Tu es magnifique, Swan.

– Et toi, tu es…

– Je sais, la coupa le garçon. »

La jeune fille laissa s'échapper un petit rire face à cette remarque – il ne changerait donc jamais… – avant de le laisser rentrer dans l'appartement. Killian salua ses cousines d'un geste de la main auquel elles répondirent par un sourire, heureuses de voir ces personnes qui comptaient tant pour elles profiter des petits bonheurs de cette vie qui les avait tant fait souffrir par le passé. Il était grand temps que leur douleur cesse enfin. Il lui tendit ensuite la rose qu'il tenait dans sa main et qu'elle attrapa sans le lâcher du regard.

« Je… merci, fut-elle simplement capable de lui répondre. »

Elle la garda précieusement avec elle tandis qu'elle attrapait ses clés de voiture et qu'ils se dirigèrent tous deux vers la sortie.

« Bonne soirée ! leur firent d'une même voix Anna et Elsa tandis qu'ils fermaient la porte derrière eux. »

Ils se dirigèrent d'un même pas et main dans la main, en silence, jusqu'à un parking à l'arrière de l'immeuble où était garé le véhicule. Lorsque Emma s'approcha d'une petite coccinelle jaune au devant quelque peu cabossé, son compagnon se stoppa net dans sa marche et son corps se figea, comme s'il venait de voir quelque chose d'horrible. Des images défilaient à toute allure dans son cerveau, des chiffres, des lettres, « AS », un visage… Ce n'était pas possible, pensait-il, une telle coïncidence ne pouvait pas exister. Et pourquoi ce soir, alors qu'il allait enfin goûter à un moment de répit ?

La blonde le dévisagea sans comprendre ce qu'il se passait mais remarqua bien rapidement son regard livide qui ne présageait rien de bon. Elle ne l'avait jamais vu ainsi, il paraissait au bord de l'implosion, ses poings s'étaient resserrés et c'était tout comme s'il ne la voyait plus, qu'elle n'était plus là.

« Killian, l'appela-t-elle doucement en caressant son bras pour le faire revenir à la réalité. Killian, qu'est-ce qu'il se passe ?

– Je… rien, excuse-moi, reprit soudain ses esprits l'intéressé. Allons-y si nous ne voulons pas être en retard.

– Tu es sûr que tout va bien ?

– Je te le promets. »

L'irlandais détestait mentir, mais il n'avait pas le choix. Il ne pouvait pas risquer de gâcher la soirée d'Emma à cause de simples suppositions certainement infondées. Après tout, elle n'était sûrement pas la seule à posséder une telle voiture. Mais elle était la seule endommagée de cette façon à l'avant et possédant les lettres « AS » dans sa plaque d'immatriculation, lui souffla une voix dans sa tête. Il la chasse rapidement en montant dans le véhicule, se forçant à sourire à la blonde et refoulant ses plus sombres pensées. Il était en compagnie de la fille dont il était tombé amoureux et qui l'aimait certainement elle aussi, ou avait au moins des sentiments pour lui, il n'allait tout de même pas laisser son passé refaire surface alors qu'un futur beaucoup plus beau semblait se tracer pour lui.

Une fois arrivés au petit restaurant conseillé par David, ils furent installés à une table avec vue sur la rivière Charles. Le repas se passa sans encombre ni moment de blanc entre les deux étudiants. Le tout jeune couple discuta de nombreux sujets différents, ce qui permit au brun d'oublier momentanément ses soucis. A vrai dire, il passa même une très bonne soirée et Emma aussi. Ils quittèrent les lieux vers vingt-trois heures et décidèrent de se promener le long du cours d'eau avant de rentrer chez eux. Main dans la main, ils marchèrent d'abord sans rien dire avant que Killian ne s'aperçoive que la blonde frissonnait à cause du vent froid qui s'était levé. Malgré ses protestations, il enleva sa veste et la lui offrit ; ils purent ainsi continuer tranquillement leur promenade nocturne.

Sur le chemin du retour, l'irlandais s'arrêta tout à coup dans sa marche sous le regard incrédule de la blonde. Il avait beaucoup réfléchi, et il fallait qu'il lui parle de ses inquiétudes. Il ne pourrait pas vivre avec ce doute présent à son esprit ; il devait en avoir le cœur net. C'est pourquoi il attrapa les mains de la jeune fille pour qu'elle lui fasse face et planta ses irises assombries dans les siennes. Il inspira longuement, puis lui demanda :

« Ta voiture… tu l'as achetée quand ?

– Je… je ne l'ai pas achetée, on me l'a offerte, avoua timidement Emma, ne sachant pas où il voulait en venir ni pourquoi lui poser une telle question.

– Qui ?

– Neal… »

Le visage de Killian se décomposa instantanément à l'entente de ce prénom. Il ne manquerait plus que ce soit lui…

« Est-ce que tu aurais gardé une photo de lui, par hasard ?

– Sérieusement, Killian ? s'écria la blonde en commençant à s'énerver. Tu veux vraiment que l'on parle de lui alors qu'on passait une bonne soirée jusque-là ? Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?!

– Excuse-moi… C'est que, ta voiture… Elle ressemble étrangement à celle qui nous est rentrés dedans, ce soir-là. Je sais que tu n'es certainement pas la seule à posséder une coccinelle jaune, mais une coccinelle jaune endommagée à l'avant avec les lettres « AS » dans sa plaque d'immatriculation et qui vient du Maine ? Je n'en ai jamais vu d'autres. J'aurais préféré m'en rendre compte un autre jour et ne pas gâcher ce moment mais je ne pouvais pas rester sans savoir, je suis désolé. »

Cette fois, ce fut au tour d'Emma de se décomposer complètement. Elle ne s'attendait vraiment pas à une révélation du genre et avait du mal à y croire : certes, Neal était un lâche, mais pas un meurtrier. Cependant, puisqu'elle ne possédait plus rien le concernant à part sa voiture – elle en avait besoin d'une mais ne disposait pas d'assez d'argent pour en acheter, c'est pourquoi elle l'avait gardée – elle décrit le garçon du mieux qu'elle put et avec le plus de détails possibles au brun. Son cœur se serrait dans sa poitrine rien qu'à la pensée du jeune homme. Après tout, s'il était bien celui qui avait provoqué l'accident, cela justifierait le fait qu'il lui ait fait cadeau de son véhicule peu de temps après son départ. Peut-être avait-il roulé des heures durant pour s'éloigner le plus possible de Storybrooke afin qu'elle ne le retrouve jamais et c'est ainsi qu'il avait fini par rentrer dans la voiture de Killian et s'était encore enfui, car c'est tout ce qu'il savait faire. Peut-être, par peur d'être retrouvé à cause de sa plaque d'immatriculation qu'aurait pu mémoriser le conducteur, avait-il offert sa coccinelle à Emma. Ou peut-être tout ceci n'était-il rien d'autre qu'une simple coïncidence ?

Malheureusement, le brun ne cessait de blêmir au fur et à mesure que la jeune fille avançait dans la description de son ex-petit-ami. Même s'il n'avait plus qu'un souvenir flou de lui, il était pratiquement certain que c'était l'homme dont elle parlait. Mais, pour en être tout à fait sûr, il lui posa une dernière question :

« Et… c'était quand, la dernière fois que tu l'as vu ?

– Il y a un an et demi, deux ans à peu près…

– C'est lui. »

Les mots s'étaient échappés seuls de la bouche du brun mais cette fois, plus aucun doute n'était possible : son accident avait eu lieu à la même période environ. Une telle concordance ne pouvaient tout bonnement pas exister. Ce monde avait donc une justice, finalement. A présent qu'il savait qui il était, il serait facile de le livrer à la police. A moins que…

« Killian, je sais à quoi tu penses, mais je t'en prie, ne fais pas ça, le sortit soudainement de ses pensées la voix d'Emma tandis qu'elle prenait ses mains entre les siennes.

– Pourquoi ? Il faut que ce salaud paie pour le mal qu'il nous a fait à tous les deux !

– Tu ne le connais pas aussi bien que je l'ai connu. A l'heure qu'il est, s'il est vraiment à l'origine de ton accident, il a très bien pu avoir quitté le pays et changé d'identité pour ne pas se faire prendre. Et même si la police le retrouve, maintenant que sa voiture m'appartient, je suis sûre qu'il serait capable de leur faire croire que c'est moi qui conduisais ce soir-là, que tu t'es retrouvé inconscient et que donc ta parole ne vaut rien. Ça va nous faire plus souffrir qu'autre chose. Il faut qu'on accepte que c'est du passé tout ça et qu'on aille de l'avant. »

La blonde s'étonna elle-même d'énoncer un tel discours après tous les doutes qui avaient pu prendre part d'elle ces dernières semaines. Mais le temps d'une soirée, l'irlandais avait réussi à lui faire oublier ses questionnements et elle avait réellement passé du bon temps en sa compagnie, ce qui lui avait donné envie d'y croire vraiment et d'enfin mettre toutes ses douleurs de côté. Elle espérait sincèrement que Killian en fasse de même avec ses propres démons. Elle ferait tout pour, en tout cas. Lui aussi parut surpris par ses paroles. Il ne répondit d'abord rien, réfléchissant à ce qu'elle venait de dire, puis émit un faible sourire.

« Tu as peut-être raison, murmura-t-il en la rapprochant de lui pour la prendre dans ses bras. »

La tête enfouie dans ses cheveux, il respirait son doux parfum, ce qui eut le don de le calmer immédiatement. Il fallait qu'il arrête de penser à cette histoire. Après tout, se venger ne changerait rien ni ne ramènerait Milah à la vie. Et puis, il avait Emma, à présent. Et il aimait cette jeune fille plus qu'il n'avait jamais aimé quelqu'un auparavant. Il ne pouvait pas risquer de la perdre à cause d'un lâche. Elle s'était enfin ouverte à lui, elle avait enfin surmonté ses peurs, ce n'était pas pour que lui régresse à son tour ! C'est pourquoi il se détacha de son étreinte même s'il aurait aimé y rester jusqu'à la fin de ses jours et lui proposa de continuer leur balade. Il avait déjà assez gâché leur rendez-vous, il voulait maintenant se rattraper et laisser une bonne impression à l'étudiante. Ils continuèrent donc leur chemin un moment en discutant de sujets plus légers puis décidèrent de rentrer au campus. Une fois arrivés devant chez Emma, Killian se tourna vers cette dernière.

« Je suis désolé pour tout à l'heure… J'espère n'avoir pas tout gâché…

– Mais non, ne t'inquiète pas, le rassura la blonde en prenant ses mains dans les siennes et entremêlant leurs doigts ensemble. A vrai dire, pendant que l'on mangeait, tu as vraiment à réussi à me faire oublier… tout. Merci pour ça. Je t'aurais bien proposé de rentrer prendre un dernier verre, mais Elsa, Anna, Kristoff et Graham sont là, alors… Enfin, tu peux venir si tu veux. Mais… On aurait peut-être mieux fait de s'arrêter chez toi avant, en fait…

– On y pensera la prochaine fois.

– Parce qu'il y aura une prochaine fois ?

– Bien sûr. Enfin, si tu le souhaites… »

La jeune fille ne répliqua rien et se contenta de l'embrasser – les gestes avaient parfois plus d'impact que les mots. Elle serait bien restée là, tout contre lui, pendant des heures mais elle dut finalement se résigner et se détacha à contre-cœur de lui. Peut-être était-ce encore temps pour qu'ils aillent jusqu'à l'appartement de Killian ? Elle se ressaisit cependant et retira sa veste à contre-cœur pour la lui rendre tandis que l'irlandais se détachait, prêt à sortir du véhicule malgré son envie de rester avec elle et de l'embrasser à nouveau sans jamais plus la quitter.

« Bonne nuit, Killian, lui fit la blonde.

– Bonne nuit, love. »

Lorsqu'il fut hors de sa vue, elle partit garer sa voiture et remonta jusqu'à sa chambre d'étudiante, un sourire illuminant son visage. Il fallait l'admettre, malgré l'incident, elle avait vraiment passé une très bonne soirée en compagnie du garçon… Une fois la porte passée, tous les regards se tournèrent dans sa direction. Curieuse, Anna la questionna :

« Alors, c'était comment ? Raconte-nous tout !

– Plus tard, je vais me coucher. Bonne nuit tout le monde.

– Elle a l'air heureuse, fit remarquer Elsa une fois leur amie partie.

– Oui, et ça fait plaisir à voir ! renchérit sa sœur. »

Heureuse, elle l'était, c'était certain. Et c'était même la première fois de sa vie qu'elle se sentait aussi bien…


Quand Killian rentra chez lui, personne ne l'attendait. En effet, David passait, comme de plus en plus souvent ces derniers temps, la nuit chez Mary-Margareth. Il aurait aimé terminer la soirée avec Emma, s'endormir avec elle dans ses bras, en sécurité et loin de leurs problèmes personnels, mais il était peut-être encore trop tôt pour cela. Après tout, ils n'étaient ensemble que depuis quelques jours seulement et il savait que la jeune fille souhaitait prendre son temps. Il respectait ses choix, et les comprenait parfaitement.

Il resta un moment sur le pas de sa porte, sans bouger. Il hésitait à enlever sa veste pour l'accrocher au porte-manteau à ses côtés : elle avait fini par s'imprégner de la douce odeur de la blonde. S'il fermait les yeux, il pouvait presque l'imaginer tout contre son corps dans une douce étreinte.

Il finit cependant par se résigner et se déshabilla puis, à présent simplement vêtu de son pantalon, il partit se coucher dans son lit. Il ne prit pas la peine de passer sous les couvertures et positionna simplement sa tête sur ses bras croisés. Il contempla longuement le plafond tout en repensant à son rendez-vous – les bons moments, du moins, s'obligeant à omettre la découverte qu'il avait faite à propos de Neal – puis laissa s'échapper un soupir.

« Cette fille est tellement exceptionnelle, chuchota-t-il pour lui-même. Je suis certain que tu l'aurais adorée et que vous auriez facilement sympathisé… »

Bien entendu, puisqu'il était seul, aucune réponse ne parvint à l'irlandais. Il avait pourtant pris cette habitude de parler à son défunt frère dans des moments comme celui-ci, où il n'avait personne avec qui discuter, lorsque David n'était pas là ou qu'il ne voulait pas le déranger avec ses soucis. Cela lui faisait du bien.

« J'ai bien cru tout gâcher quand je me suis rendu compte que son ex est aussi le connard qui a tué Milah. Mais elle a réussi à me faire oublier ma haine envers lui. Elle a raison, après tout, il est temps que j'aille de l'avant. »

Il expliqua la scène en détails, comme pour exorciser sa peine, puis continua son récit pendant de longues minutes, n'oubliant rien de ce qu'il s'était passé. Revivre sa soirée de cette façon ne pouvait que le faire sourire à travers les quelques larmes qui commençaient à perler au coin de ses yeux. Il aurait tant aimé que son frère rencontre Emma. Malheureusement, c'était impossible. Certains jours, comme celui-ci, son aîné lui manquait plus que d'autres. Mais il ne se laisserait pas abattre. Plus jamais. Plus maintenant qu'il avait la jeune fille à ses côtés.

Il loua les qualités de la blonde encore longtemps jusqu'à ce qu'il finisse par tout simplement tomber de fatigue, avec en tête l'imagine de l'étudiante tout sourire à ses côtés, leurs doigts entremêlés les uns aux autres. Il était tellement tombé amoureux d'elle, c'en était presque irréel…


Emma dormait paisiblement, bercée par le mouvement des vagues sous le bateau qui avançait doucement à travers les eaux, lorsqu'elle sentit un bras la secouer doucement.

« Réveille-toi, sweetheart, réveille-toi… »

La jeune fille soupira et s'étira avant d'ouvrir les yeux et se retrouva nez-à-nez avec James qui lui sourit timidement quand leurs regards se croisèrent. Elle fit de même et lui rendit son sourire.

« Bonjour, love. Bien dormi ?

– Oui… Mais tu aurais pu me laisser me reposer plus longtemps, il ne fait même pas encore jour ! répliqua la princesse tout en baillant lorsqu'elle vit qu'il faisait toujours noir au travers du hublot qui se trouvait non loin d'elle.

– Je sais, mais… c'est le grand jour. Nous devons être prêts le plus rapidement possible. »

A ces mots, la blonde se releva immédiatement et son sourit disparut aussitôt. Ils allaient bientôt amarrer sur l'Île Maudite, où le Capitaine Crochet risquait de périr dans d'affreuses souffrances sous la colère de Méchante Reine à cause d'elle. Enfin, c'est ce qu'il s'imaginait puisque après avoir longuement discuté avec lui et s'être rendu compte qu'il ne la dupait pas et voulait réellement la sauver à présent qu'il avait appris à la connaître, elle avait décidé qu'elle viendrait avec lui, même s'il refusait catégoriquement. Elle lui avait pardonné et ne pouvait décemment pas le laisser mourir sans tout tenter pour lui venir en aide ! Elle avait donc fait son propre plan de son côté, sans en parler à personne, surtout pas au principal intéressé.

Ils passèrent la journée à faire les derniers préparatifs et à s'assurer qu'ils n'avaient rien oublié pour que tout se passe du mieux possible. En fin d'après-midi, ils aperçurent enfin la terre. Puis, à la nuit tombée, ils amarrèrent et James s'approcha de la princesse pour faire ses adieux. Il aurait aimé lui dire qu'il était tombé amoureux d'elle, qu'elle avait changé sa vie en bien et avait fait de lui un homme meilleur, mais à quoi bon ? Il était certain qu'il allait mourir ce soir et ne la reverrait jamais, il ne voulait pas la faire souffrir davantage que ce qu'il l'avait fait. Et puis, depuis le temps et avec ce qu'ils s'étaient racontés durant ces derniers jours, elle devait fortement s'en douter.

« Je crois que c'est le moment où nos chemins se séparent, commença-t-il, une boule à la gorge. J'ai été ravi de faire ta connaissance, Emma. J'espère que tout se passera bien pour toi…

– Toi aussi… Fais attention, surtout.

– Ne t'inquiète pas, je suis un survivant, tu sais, tenta-t-il de la rassurer. »

Elle l'espérait sincèrement, qu'il allait survivre, oui. Elle parut vouloir ajouter quelque chose, mais se ravisa finalement. Des larmes perlaient dans le coin de ses yeux, mais elle luttait pour ne pas qu'elles coulent le long de ses joues. Elle ne voulait surtout pas qu'il la voie pleurer.

Puisqu'ils n'avaient plus rien à se dire et qu'il était temps pour le capitaine de partir, ils se lancèrent un dernier regard avant de se détourner l'un de l'autre. Cependant, après quelques pas, Emma se retourna dans sa direction et s'écria :

« James, attends ! »

A ces mots il s'arrêta et la regarda, la surprise pouvant se lire sur son visage. Elle se mit à courir et se jeta à son cou, avant de l'embrasser. Tant pis pour les conséquences. Elle avait fini par s'attacher réellement à lui et ne voulait pas le laisser partir et risquer de ne plus jamais le revoir sans avoir goûté au moins une dernière fois à ses lèvres. D'abord stupéfait par ce geste dont il ne s'attendait pas du tout, il ne bougea pas par peur d'être en train de rêver puis répondit à son baiser, laissant ses mains se perdre dans ses longs cheveux blonds. C'était encore mieux que la première fois qu'ils s'étaient embrassés. Ils profitèrent de l'un et de l'autre du mieux qu'ils purent, sachant qu'ils n'auraient plus droit au répit ensuite. Lorsqu'ils se séparèrent quelque peu, ils gardèrent cependant leur front collé l'un à l'autre, se souriant sincèrement. Puis, avant de le quitter pour le laisser partir, la princesse murmura à son égard :

« Merci… pour tout. »

Cette fois, quand elle prit la direction inverse du pirate, elle ne se retourna plus jamais. Elle savait qu'elle le reverrait bientôt, de toute façon.

Avec le départ des deux protagonistes chacun de leur côté, la scène se retrouva vide et les lumières s'éteignirent complètement. Cette séparation marquait aussi la fin du deuxième acte de la pièce. Il n'en restait plus qu'un à répéter en détails, et tout serait presque parfait. Ils avaient pris un peu de retard, mais rien d'insurmontable. Ils seraient prêts à temps pour la représentation finale le soir de la remise des diplômes qui marquerait aussi la fin de l'année scolaire. Mais ils avaient encore du temps avant d'y penser, ce n'était que dans quelques mois, après tout.

C'est pourquoi, une fois le cours terminé et les dernières instructions de Madame Darbus données, tous les élèves quittèrent la salle de théâtre en riant et sereins. Tout se passerait bien.