Précédemment, dans 'Corridors of Time'...

"Qu'est-ce t'as eu comme cadeau pour le nouvel an?"

"Du pognon, des fringues en cuir et des boules de geisha. Et toi, Shika?"

"Un mec!"

Et maintenant, place au chapitre 8 !

Comme d'habitude, les notes de l'auteur sont en bas de page. N'oubliez pas non plus les schémas disponibles sur mon profil. Bonne lecture!


La vaste salle de conférence était en proie à ce bordel si caractéristique qui précédait toute présentation devant un immense parterre d'élèves qui, pour la plupart, se contrefoutent royalement de ce qui va suivre. Pas moins de deux milles jeunes présents sur place attendaient l'arrivée des intervenants en discutant entre eux, répartis en des centaines de groupes d'amis plus ou moins importants.

Parmi eux, la quasi-totalité de l'équipe de l'Alba Madonna occupait l'extrémité gauche de plusieurs rangs vers le milieu de la pièce. Seuls Hidan, Temari et Konohamaru manquaient à l'appel ; et pour cause, cette rencontre était organisée conjointement par l'entreprise UHTC et l'Université de Mintos à destination de l'ensemble des étudiants de première et deuxième année du campus afin que ceux-ci puissent découvrir le complexe scientifique Asclepius et échanger avec divers membres du personnel.

Comme pour tout évènement de ce genre, chacun était plus ou moins enthousiaste de devoir y assister. Certains étaient ravis de visiter ce fleuron de la recherche et du développement des nouvelles technologies de pointe. D'autres n'étaient intéressés que par le pot qui suivrait. D'autres encore regrettaient de ne pas pouvoir rester tranquillement chez eux à la place. Et parmi ces derniers, les plus grandes gueules n'hésitaient pas à le clamer haut et fort :

— Putain, comment gâcher un après-midi ! pesta Kankurô, installé en bout de rangée, et qui faisait partie des plus agacés du lot. Pourquoi faut toujours que ces réunions de merde soient obligatoires ?

— T'as fini de te plaindre ? soupira Shikamaru avec dans la voix cette lassitude et cette absence d'énergie qui le caractérisaient tant. Ça fait quatre fois que tu répètes ça en même pas trois minutes. C'est bon, on a compris que tu préfèrerais être chez toi en train de baiser avec Kiba.

— Difficile de lui donner tort, plaisanta l'Inuzuka, assis entre les deux, en adressant un sourire badin ainsi qu'un clin d'œil à son ananas d'ex.

— Ne me dis pas que toi, l'incarnation même de la flemmardise, tu préfèrerais pas être peinard avec Hidan plutôt qu'ici ? Ah mais non, je suis con ! Un geek comme toi, tu dois être au paradis ici !

— T'as quand même fait fort sur ce coup là, intervint Ino qui était installée derrière eux. Toi, la feignasse par excellence qui rêve de ne jamais rien glander, tu croises par hasard un millionnaire sur une plage et trois mois après, vous sortez ensemble. Un jour, faudra que tu m'expliques comment t'as réussi un coup pareil.

— En étant moins casse-couilles que toi ?

— En même temps, c'est difficile de faire pire qu'elle, la tacla Kankurô.

— À t'entendre, on croirait que t'es jalouse, ajouta Kiba.

— Tu m'étonnes ! un mec plein aux as, pour une droguée du shopping comme elle, on peut pas rêver mieux, renchérit son actuel petit-ami. Pourquoi tu crois qu'elle essaye de piquer Sasuke à Naruto ?

— Et encore, entre son don pour défoncer les voitures et la quantité de fringues, de godasses et autres conneries qu'elle achète, même Hidan ou Sasuke seraient ruinés en moins de deux, l'acheva le Nara.

— Bande de cons !

L'évident énervement de la blonde ne fit qu'amuser plus encore le trio, sans compter Sakura qui bien qu'éloignée n'avait rien manqué de l'échange pour son plus grand bonheur. Toutefois, les rires de Kankurô stoppèrent brusquement, laissant place à une expression de choc et d'incrédulité la plus totale sur sa figure. En un éclair, il pivota sur lui-même, son regard allant se poser sur trois inconnus en train de se diriger vers la scène tout en discutant ; probablement des intervenants de la conférence.

Son attention semblait particulièrement attirée par l'un d'eux, un homme a priori âgé d'une trentaine d'années, aux cheveux rouges évoquant vaguement ceux de Gaara et dont la taille ne devait guère dépasser les un mètre soixante-cinq.

Il parvint enfin à se ressaisir et à réagir alors que l'individu en question commençait à s'éloigner, se levant promptement de son siège avant de l'appeler, une lueur d'espoir brillant au fond de ses orbes d'onyx.

— Sasori !

Celui qu'il fixait l'avait visiblement entendu puisqu'il se figea de suite et se retourna. Quelques secondes s'écoulèrent durant lesquels ses sombres yeux interrogateurs scrutaient ce garçon qui venait de l'appeler tandis que son cerveau fouillait les méandres de sa mémoire à la recherche d'un nom à mettre sur ce visage qui ne paraissait pas totalement inconnu jusqu'à ce qu'enfin il sembla réaliser de qui il s'agissait.

— Kankurô ? finit-il par répondre avec une légère hésitation dans la voix.

L'intéressé se fendit d'un large sourire et tous deux s'approchèrent alors l'un de l'autre pour s'enlacer tels deux proches amis, ce sous le regard surpris des camarades de l'un et des collègues de l'autre.

Incapable de résister à sa curiosité d'autant plus renforcée que son amant était directement concerné, Kiba se pencha vers son 'beau-frère' assis devant le Nara.

— Tu sais qui c'est ?

— Sasori, répondit Gaara, impassible comme à son habitude.

— Merci, ça j'avais compris. Mais encore ?

— Un ami.

Avec un soupir, l'Inuzuka abandonna tout espoir d'en tirer quelque chose. Même une tombe lui en apprendrait plus sur le défunt qu'elle renferme. S'il voulait des réponses, il aurait plus vite fait de poser les questions directement à Kankurô.

Pendant ce temps, une fois leur étreinte terminée, le dénommé Sasori prévint les deux personnes qui l'accompagnaient de ne pas l'attendre, qu'il les rejoindrait sur scène, suite à quoi il reporta son attention sur Kankurô.

— Ça fait tellement plaisir de te revoir ! Depuis le temps, j'avais fini par abandonner l'idée qu'on se recroiserait un jour.

— Pareil. Tu ne répondais plus du tout aux messages, j'avais peur qu'il te soit arrivé quelque chose de grave.

— Ben, pour ne rien te cacher, c'est le cas. J'ai été coincé pendant des mois en soins intensifs à l'hôpital tellement j'étais mal. J'ai voulu te prévenir dès que j'ai eu l'occasion de me servir d'un ordi, seulement plus moyen d'accéder à ma boîte mail et évidemment je ne me souvenais plus de ton adresse. Après, j'ai essayé d'appeler chez toi sauf qu'entre temps, vous aviez déménagé et personne n'a su me dire où vous étiez parti.

— À Navarre. Le vieux a été transféré là-bas pour son boulot. Tu le connais, évidemment il nous a ni demandé notre avis ni même prévenus. On l'a appris le jour où les déménageurs se sont pointés pour embarquer les meubles.

— Visiblement, c'est toujours l'amour fou entre vous deux, ironisa le plus vieux.

— Je sais toujours pas comment Maman a pu épouser un connard pareil...

— Bref. Puisque t'es là aujourd'hui, j'en déduis que t'es à l'université de Mintos maintenant ? Merde, et dire que t'étais à peine au collège la dernière fois qu'on s'est vus.

— Ouais… Et toi, qu'est-ce tu fous ici ?

— À ton avis ? Je bosse ici, depuis bientôt six ans. Je…

— Sasori.

La voix qui venait de le couper venait d'un grand individu à l'apparence pour le moins singulière. Ce qui frappait le plus était sans conteste le masque métallique qu'il portait et qui à en juger par les étranges mécanismes au niveau des yeux devait faire office de lunettes ultra-sophistiquées. À cela venaient s'ajouter des cheveux blancs comme neige parfaitement coiffés sur le sommet du crâne mais qui s'ébouriffaient de plus en plus à mesure qu'ils descendaient vers la nuque. L'ensemble associé aux quelques rides qui ornaient son front ainsi que le coin de sa bouche suggéraient un âge assez avancé. Néanmoins, vieux ou pas, son allure et son comportement témoignaient d'une forme physique ainsi que d'une vivacité d'esprit qui n'avaient rien à envier à tous les jeunots présents dans la salle.

— Désolé d'interrompre mais nous allons démarrer la présentation.

— J'arrive, professeur. On se retrouve tout à l'heure, pendant le pot, ok ? convint-il avant de s'éloigner.

Tandis que tous deux se dirigeaient vers la scène, Kankurô se rassit sur sa chaise, un large sourire illuminant son visage comme rarement Kiba l'avait vu auparavant. De quoi intriguer un peu plus encore ce dernier.

— Un ami à toi ? le questionna-t-il sans détour, démarche qui n'étonna guère son amant. Autant l'Inuzuka n'était pas du genre jaloux, autant il était d'une extrême curiosité, en particulier lorsqu'un sujet le concernait.

Kankurô lui narra alors brièvement sa première rencontre avec Sasori douze ans plus tôt. Suite à une dispute quelque peu violente avec son vieux coincé de paternel, le gosse de huit ans au tempérament déjà très explosif qu'il était avait quitté en trombe la maison familiale afin de se calmer les nerfs en errant au hasard des rues.

C'est en se baladant dans l'un des parcs de la ville qu'il était tombé sur ce théâtre de marionnettes qui l'avait tour à tour surpris, intéressé et envoûté au point de le convaincre d'aborder les artistes une fois la représentation terminée. La virtuosité avait été telle qu'il s'attendait à avoir affaire à deux ou trois personnes d'âge moyen, pas sur un seul et unique mec d'une vingtaine d'années à peine, de même, celui-ci n'aurait jamais cru se retrouver un jour face à un gamin aussi enthousiaste qui lui réclamait de bien vouloir lui enseigner son art.

Tous deux avaient très vite sympathisé, se retrouvant chaque week-end au parc où Kankurô venait assister au show pour ensuite passer du temps en tête-à-tête avec Sasori qui lui faisait peu à peu découvrir les ficelles du métier. Au bout de quelques temps, ils avaient commencé à se voir chez le plus vieux qui lui avait appris à fabriquer ses propres marionnettes. Ils avaient même été jusqu'à monter un court spectacle à deux.

Dire qu'à l'époque, ils étaient les meilleurs amis du monde n'eut pas été si exagéré que ça. Même lorsque le plus vieux était parti étudier à l'étranger, ils s'envoyaient des mails quasi-quotidiennement, jusqu'à ce jour terrible où leurs échanges s'étaient brusquement arrêtés. Sasori ne répondait plus, ne donnait plus le moindre signe de vie. Quelques semaines plus tard, les Akabane avaient déménagé et tous deux s'étaient perdus de vue depuis, chacun espérant revoir l'autre un jour sans vraiment y croire.

— En clair, t'as bien fait de pas sécher la visite, résuma le Nara, ce que l'intéressé confirma d'un simple grognement.

Pendant qu'il racontait son histoire, l'équipe organisatrice avait semble-t-il fini de se préparer et s'apprêtait à démarrer la conférence. Pas moins d'une vingtaine d'hommes et de femmes, parmi lesquels Sasori lui-même, étaient alignés en deux rangées en arrière-plan tandis que l'inconnu au masque métallique s'avança sur le devant de la scène micro à la main. Son sourire avait cette troublante particularité d'être à la fois chaleureux et néanmoins inquiétant ; la caricature parfaite du savant fou.

— Bonjour à tous. Au nom d'Uchiha High Tech Corporation, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue à Asclepius. Je suis le professeur Desty Nova, doyen des chercheurs et directeur scientifique du site. Avant toute chose, je me dois de vous transmettre les plus sincères excuses de notre président ainsi que de madame Ijuuin, la directrice générale du laboratoire, pour leur absence. Il était prévu de longue date qu'ils vous accueillent personnellement mais tous deux ont été convoqués il y a tout juste quelques jours pour une réunion au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche…

— C'est pas censé être Sasuke le président d'UHTC ? s'interrogea Kankurô.

— S'il le voulait, oui, confirma Kiba. L'entreprise appartenait à ses parents. Légalement, il aurait le droit d'en reprendre la direction, sauf qu'il n'en a pas envie. Rapport à tu-sais-quoi…

— Je vous prie également de bien vouloir m'excuser de vous imposer cette horreur, poursuivit l'intervenant en désignant son masque. Malheureusement, je souffre depuis ma naissance de ce que vous connaissez peut-être sous le nom des 'yeux de la nuit', une maladie génétique rare dont je vous épargnerai les détails. Toujours est-il que sans ce dispositif, la lumière brûlerait mes yeux en quelques minutes. Et je ne sais pas vous mais je préfère être inconvenant plutôt qu'aveugle…

— Il compte nous raconter sa vie ou quoi ? soupira Shikamaru qui sentait son ennui s'approfondir.

— Et puis, c'est pas comme si on n'avait pas l'habitude, ajouta l'Inuzuka en jetant un bref regard à Shino et ses éternelles lunettes noires.

— Lui au moins il est bien élevé...

— Ta gueule, Ino ! rétorquèrent en chœur les deux ex-amants.

Ces formalités désormais réglées, le professeur se lança alors dans une présentation relativement détaillée d'Asclepius, complexe scientifique bâti par le groupe UHTC près d'une décennie auparavant avec l'intention d'y réunir les cerveaux les plus brillants et les plus prometteurs qui soient et leur offrir le financement ainsi que tout l'équipement nécessaire pour effectuer leurs recherches.

Les nombreux projets à l'étude touchaient des disciplines aussi variées que complexes, allant de la génétique à la robotique en passant par la botanique ou encore la pharmacologie. Le seul et unique point commun entre tous était la finalité, à savoir expérimenter toutes les applications médicales possibles et imaginables de chacun de ces domaines. En effet, bien qu'associé à l'ensemble de la société qui lui fournissait le matériel technologique de pointe nécessaire à son activité, Asclepius était avant tout rattaché à la Fondation Uchiha pour la Santé et l'Éducation, la branche humanitaire d'UHTC.

S'ensuivirent de brèves interventions successives par la vingtaine de membres du personnel dont la majorité, en plus d'être versé dans une spécialité bien précise, arborait un look quelque peu insolite voire carrément excentrique, à croire qu'il s'agissait là d'une condition sine qua non pour devenir chercheur…

— Putain, c'est quoi cet allumé qui se balade avec un lapin en peluche sous le bras ? murmura Suigetsu quand vint le tour d'un quadra dont la tête n'inspirait pas vraiment confiance. Et l'autre à côté, regardez-moi sa tronche de sale vicieux. Ils font des trucs pas nets avec des gosses ceux-là, c'est pas possible autrement.

— Arrête de dire des conneries ! l'engueula Karin avec une claque à l'arrière du crâne. Les professeurs Ni et Hebi sont des références dans le milieu de la génétique, certainement pas de vulgaires pédophiles !

— Ça m'étonne pas que tu les aimes bien. Déjà à Spellhold, t'avais un penchant pour les vieux vicelards !

Tandis que ces deux là s'engageaient dans un énième échange d'amabilités, les intervenants continuaient à se succéder. Détail intéressant, contrairement à ce que l'on aurait pu être en droit d'attendre, il n'y avait pas que des vétérans de plus de cinquante piges qui s'étaient déjà fait un nom dans la communauté scientifique. Au milieu des Kurotsuchi, Clown, Vegapunk, Hojo, Regal et autres sommités, il y avait également tout un tas de jeunes prodiges dont le talent et l'intelligence n'avaient rien à envier à ceux de leurs ainés.

Parmi ceux-ci, seizième du lot, le trentenaire Sasori, ou plus formellement Docteur Kubira, pionnier de la cybernétique et chef du département correspondant ; un statut qui étonna Kankurô. Certes, son ami avait toujours été brillant et avait entamé de longues études avant qu'ils ne se perdent de vue mais de là à ce que celui-ci devienne un des chercheurs les plus respectés de sa génération, il devait bien admettre qu'il était sur le cul.

Une fois que les vingt scientifiques eurent tous pris la parole, ce fut l'heure de l'instant promo ; un passage obligé dans n'importe quelle présentation de ce genre. C'était même presque logique dans ce cas ci ; après tout, si le complexe Asclepius était en partenariat avec l'université de Mintos, c'était avant tout dans le but de repérer les élèves les plus prometteurs et ainsi tenter de leur mettre le grappin dessus avant même leur diplôme en poche. Et un des moyens d'y parvenir était de leur offrir la possibilité d'effectuer les divers projets qui leurs seraient imposés tout au long de leur cursus universitaire au sein des laboratoires sous la tutelle d'un de leurs scientifiques renommés, voire de compléter cela par des expériences professionnelles durant les vacances estivales.

— Bosser ici, renchérit Suigetsu. Mais bien sûr ! C'est un coup à finir en cobaye humain et à se faire trifouiller le cerveau par tous ces psychopathes.

— T'as rien à craindre, le rassura Karin avec perfidie. Ils s'apercevraient vite que t'as rien dans le crâne.

— Toi, ils te dissèqueraient au bout d'une journée juste pour que tu leur foutes la paix !

Enfin, après trois longues heures tantôt passionnantes tantôt emmerdantes selon les avis, la conférence toucha à sa fin et le professeur Nova convia alors ses plus que nombreux invités au pot au cours duquel ils pourraient à loisir s'entretenir avec l'ensemble du personnel qui les avait rejoints.

Comme prévu, Kankurô s'empressa d'aller rejoindre Sasori, impatient de reprendre leur discussion autour d'un verre. Tous deux se bombardèrent alors de questions sur ce que chacun avait vécu durant cette dernière décennie, le tout sous l'oreille attentive d'une partie de la bande.

D'un côté, le plus vieux raconta les mois de galère à l'hôpital pour se rétablir puis effectuer toute la rééducation nécessaire. Malgré l'insistance de Kankurô, pas un mot ne filtra quant à la cause de ce séjour en soins intensifs, Sasori expliquant d'une voix clairement marquée qu'il n'avait aucune envie de parler ou de repenser à ce cauchemar. Une fois sorti, il avait pu finir ses études et s'était vite tourné vers la cybernétique, domaine qui ne lui paraissait pas si éloigné de son autre passion, à savoir le marionnettisme. Très vite, il avait tapé dans l'œil des responsables d'Asclepius et avait pu intégrer le complexe où il travaillait aujourd'hui.

De l'autre Kankurô narra l'installation de la famille à Navarre ainsi que les années à se faire chier sur les bancs du collège et du lycée, années durant lesquelles il n'avait cessé de s'entraîner tant à la manipulation qu'à la fabrication des marionnettes. Puis les départ successifs de Temari, lui-même et Gaara pour Mintos, officiellement pour étudier, officieusement aussi pour ne plus avoir à supporter leur connard de père.

Il en profita pour lui présenter les membres de la bande qui les entouraient, à commencer par le plus important d'entre eux, Kiba. Il apprit par la même occasion qu'il partageait de fait un autre point commun avec Sasori, celui-ci avouant avoir lui aussi goûté à la brioche maudite. (1) Toutefois, lui n'avait pas la chance d'être en couple à l'heure actuelle. Il éprouvait certes des sentiments pour un jeune artiste qu'il fréquentait depuis plusieurs mois déjà mais n'avait pas encore osé déclarer sa flamme.

Au bout d'une heure, une annonce au micro pria les milliers d'étudiants présents de se rassembler à l'extérieur et de rejoindre les bus qui devaient les ramener à l'Université. Avant de se séparer, les deux vieux amis échangèrent leur numéro, bien décidés à ne plus perdre contact. Une telle chance n'arrivait qu'une fois, pas deux ; pas question de la laisser passer !

S'enlaçant une dernière fois en guise d'au revoir, tous deux affichaient un sourire des plus radieux. Ce n'était peut-être pas le plus beau jour de leur vie mais sans aucun doute l'un des meilleurs…

. . . . . . .

L'inquiétude. Une émotion qu'Hidan n'avait presque jamais ressentie au cours de sa longue existence.

À l'ère ninja, son fanatisme et son inconscience étaient tels qu'il ne se faisait jamais de mouron, pas même lorsqu'il livrait des combats à mort face à de redoutables adversaires. Plus tard, une fois libéré de sa tombe, il n'était certes plus aussi allumé qu'avant mais entre son immortalité, ses capacités surhumaines au sein d'un monde devenu normal et le fait qu'il n'avait ni proches, ni biens précieux, il n'avait a priori aucune raison de se faire de souci.

Pourtant, aujourd'hui, quelque chose le préoccupait, au point qu'il n'arrivait pas à dormir. En temps normal, il aurait rejoint le pays des rêves en moins de deux comme après chaque soirée bien remplie, mais là son cerveau était trop agité pour trouver sommeil.

La soirée s'annonçait pourtant bien au départ. En plus de fêter le dix-neuvième de Gaara ainsi que le vingtième de Shino, il s'agissait de la dernière nuit de détente dont les jeunots pourraient pleinement profiter avant l'exécrable semaine de partiels qui les attendait. Seul ce petit génie de Shikamaru ne se souciait guère de ces épreuves mais comme d'habitude, il était réquisitionné pour aider les autres durant le week-end de révisions intensives qui précèderait. Inutile de dire qu'ils comptaient bien s'amuser au maximum.

Malheureusement, un nom était venu tout gâcher : Sasori.

Quand il avait eu vent que Kankurô avait retrouvé un ami d'enfance lors de la conférence, jamais il n'aurait imaginé que l'ami en question n'était autre qu'un de ses anciens complices de l'Akatsuki. Et bien qu'il se soit forcé à ne rien en montrer à toute la clique jusqu'à leur départ, cette nouvelle restait en permanence au cœur de ses pensées.

En vérité, l'information en elle-même ne le surprenait pas. La présence d'Asuma au tournoi de Shogi avait confirmé ce qu'il soupçonnait depuis la première rencontre sur la plage, à savoir que les jeunes de l'équipe n'étaient pas les seuls fantômes à avoir soudain ressurgi du passé. Ajoutée à cela la forte probabilité que le frère de Sasuke soit bel et bien le Itachi auquel il pensait et il n'en fallait pas plus pour comprendre qu'il devait s'attendre à voir débarquer d'autres têtes connues.

Seulement, entre l'intense bonheur qu'il vivait au sein de la bande et la naissance inattendue de sa relation amoureuse avec Shikamaru, il avait peu à peu baissé sa garde au fil des semaines au point d'en oublier qu'un tel évènement pouvait se produire à tout instant. Mais aujourd'hui, tout était revenu à la charge dès l'instant où le nom de Sasori avait été mentionné.

De nombreuses questions entouraient ce mystérieux retour des morts et en dépit des recherches de l'albinos, la plupart restaient sans réponse. Deux en particulier occupaient une place centrale dans cette énigme, deux intimement liées et sur lesquelles il n'était hélas guère plus avancé qu'au début.

Primo, tous ces êtres étaient-ils les copies conformes de leur incarnation passée ?

Rien ne lui permettait de l'affirmer ou de le contredire. Après tout, la réapparition de Sasori n'était pas forcément alarmante en soi, pas plus que celle de n'importe quel autre membre de l'Akatsuki. Tout le problème était de savoir s'il était toujours la même ordure sanguinaire qu'autrefois. A priori, il était apparu comme un type sympa et bienveillant auprès de la bande mais Hidan était bien placé pour savoir que derrière un tel masque se cache parfois le pire meurtrier qui soit.

Pour être fixé, il aurait fallu qu'il retrouve puis passe du temps avec quelqu'un qu'il connaissait un tant soit peu afin de l'étudier. Et tout le problème était là : il ne connaissait personne. Même son ex-partenaire Kakuzu, sans doute la personne dont il était le plus proche au moment de son enfermement sous terre, même lui était un parfait inconnu. Et le peu qu'il avait entrevu de gens comme Shikamaru ou Asuma à l'époque où ils étaient adversaires était loin d'être suffisant pour apporter une réponse valable.

Secundo, l'histoire se répétait-elle ?

La nature même du phénomène auquel il était confronté demeurait un mystère. Il n'avait que de nombreuses hypothèses avec en prime la possibilité qu'aucune d'elle ne soit la bonne.

La théorie la plus répandue et la plus acceptée considère le temps comme une droite infini, tel un cours d'eau qui s'écoule sans jamais tarir. Toutefois, nombre des thèses qu'il avait lues, notamment religieuses, lui confèrent non pas une dimension linéaire mais cyclique. Ainsi, le temps serait comme un sablier que l'on retourne chaque fois que le sable était totalement écoulé.

Les versions divergeaient néanmoins quant à l'exactitude des cycles. Est-ce que les mêmes évènements se reproduisaient mais avec des êtres différents ? Ou était-ce l'inverse, les mêmes personnes mais un scénario différent ? Ou bien l'histoire se répétait-elle précisément jusque dans ses moindres détails ? Ou uniquement dans une certaine mesure ?

Là aussi, l'albinos ne savait quoi penser. Certes le meurtre des parents de Sasuke rappelait étrangement ce que Deidara lui avait raconté au sujet du massacre du clan Uchiha par Itachi, néanmoins il ne semblait pas avoir le même âge dans les deux cas. Fallait-il en déduire que l'histoire se répétait dans les grandes lignes ?

Mieux valait rester prudent à l'avenir, du moins tant qu'il ignorerait la réponse à cette question, car si l'histoire était bel et bien en train de se répéter, alors il était le seul à pouvoir changer cela. Son immortalité le rendait de fait encore plus spécial. Cela ferait de lui le seul être vivant capable d'influencer l'avenir ; le seul sur qui le destin n'a aucune emprise… pas vrai ?

Le destin n'allait quand même pas le faire redevenir le monstre qu'il était autrefois ? Rien que l'idée lui faisait froid dans le dos !

À tort ou à raison, l'instinct d'Hidan était catégorique : l'arrivée de Sasori n'annonçait rien de bon. Certes, ce ne serait pas la première fois qu'il devrait faire face à des emmerdes, mais la grande différence, c'est que cette fois, il avait quelque chose à perdre…


(1) 'Avoir goûté à la brioche maudite', une expression que j'adore pour désigner le fait d'être homosexuel. :p

Notes de l'auteur:

Voilà, l'intrigue pointe le bout de son nez. Comme je l'ai dit plus haut, j'ai conscience que la totalité du chapitre n'a l'air que d'un énorme remplissage inutile tellement il ne se passe rien mais croyez-moi, c'est loin d'être le cas. C'est juste que comme dans un thriller, vous ne vous en rendrez compte que plus tard dans l'histoire. ^^

Vous aurez peut-être compris les diverses références employées : Desty Nova tiré de Gunnm, Kurotsuchi de Bleach, Vegapunk et Clown de One Piece ou encore Ni de Saiyuki... tant de scientifiques déjantés qu'on adore pour leur folie. XD

Le nom de Sasori, Kubira, fait lui référence à un marionnettiste de Samurai Deeper Kyo.

Le schéma de l'intrigue mis à jour est disponible sur mon profil.

Le titre de ce chapitre est quant à lui une référence à une musique du légendaire RPG/action 'Secret of Mana'

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