Avant-propos : J'ai préféré prendre un peu d'avance plutôt que de poster à chaud, afin d'être sûr de ne pas modifier mon schéma. Mais ça y est, j'ai dessiné un plan sur une feuille qui contient toutes les étapes de mon récit. Je ne sais pas trop quelle place ça va prendre en nombre de mots, mais je dirais que ce récit en est au tiers de sa longueur. Voire un peu plus du tiers.
Voici enfin le dernier personnage de mon groupe de 9. Ce n'est pas le plus important, loin de là. Mais il a son intérêt. Vous allez vite comprendez pourquoi si vous le comparez à tous les autres. Par suite, les chapitres seront des chapitres normaux, puisqu'il n'y a plus à présenter de personnages. J'ai décidé de rester focalisé sur David pour l'immersion. Mais on croisera les autres personnages de temps à autres. Bonne lecture !
TRAVIS COHEN
Je pouvais pas vraiment lui refuser. J'ai jamais rien pu lui refuser. C'est ma grand-mère quoi. Quand elle est pas énervée, elle est sympa, elle me fait des compliments. Au bahut, on me fait jamais de compliments. C'est plutôt l'inverse. J'aime pas les gens du bahut de toute façon. Mon père me dit que j'ai pas assez confiance en moi et que je me repose trop sur ma grand-ma. Mais il comprend pas. Maman, elle, elle comprend et dit que ma grand-mère mérite l'intérêt que je lui porte. Et elle a raison. J'ai appris à plaire à grand-ma. Et ça commence par ne jamais lui demander quoique ce soit à propos de son passé.
Mais là, lorsque je suis venu lui rendre visite, elle m'a dit d'un coup qu'elle voulait aller à cette ville, Silent Hill. Je lui ai demandé pourquoi et après m'avoir jaugé elle a accepté de répondre en me disant que c'était là où elle avait vécu par le passé. J'étais tout excité. J'allais pouvoir en apprendre beaucoup plus sur grand-mère. Mais elle, elle ne l'était pas. Excitée. Du coup, j'ai pas voulu lui demander ce qu'elle voulait y faire. Je me suis contenté de conduire la voiture puis de la déplacer dans le brouillard quand on est arrivé. C'est que j'ai l'habitude de la transporter, grand-ma. Elle compte sur moi. Et je suis fier d'être ses jambes. Enfin, façon de parler. Elle a dit qu'il ne fallait pas prévenir papa ou maman parce que sinon ils voudraient absolument venir avec nous. Et elle me l'a dit, grand-ma : elle veut que ce soit seulement elle et moi. Je suis vraiment fier.
Et j'ai un peu peur aussi. Elle m'a dit quand on est arrivé que la ville était abandonnée, mais elle ne m'a pas prévenu qu'on allait croiser ces bestioles. J'aime les films d'horreurs, mais on se rend vite compte dans la réalité que c'est pas aussi sympa. On voit mieux le mouvement et on entend mieux les bruits, il y a l'odeur et le fait qu'il peut nous atteindre. Grand-ma avait pris son fusil, elle sait anticiper. Et donc j'ai du nous débarrasser des créatures. C'était marrant de les dégommer. On s'est pas mal baladés et finalement on est arrivé dans cet hôpital.
Là, je dois avouer que j'ai un doute. Quand j'ai vu le gars derrière la porte de l'ascenseur, j'ai cru à un monstre. Mais je voulais vérifier avant de tirer. Seulement grand-ma m'a forcé à le faire, elle me l'a ordonné alors je lui ai fais confiance. En fait, c'est un humain, comme nous. Je sais pas pourquoi grand-ma dit qu'on ne peut pas lui faire confiance, il avait vraiment l'air d'être un humain. Et dans un endroit pareil, je pense que toute aide est la bienvenue. Alors je sais pas… Je continue de faire ce que me dit ma grand-mère mais j'aime pas l'idée de tirer même sur les gens qui ne nous veulent pas de mal. C'est pas correct. Il faut que j'y pense sérieusement. A faire une chose que je n'ai jamais osé faire pour tout un tas de raisons. Ne pas lui obéir. Ca revient à la trahir quelque part mais… Je n'en serai que plus courageux. S'il le faut, je le ferai. Eh, c'est quoi cette sirène d'alarme ? Grand-ma devient nerveuse et marmonne tout un tas de trucs… J'ai mal au crâne…
CONNIVENCE
David se réveilla avec la sensation des larmes séchées sur sa peau. Il posa ses mains sur le sol pour se relever et remarqua que le sol était humide. Il ouvrit les yeux pour voir que la pièce n'était à présent plus éclairée que par une lumière rouge qui filtrait au travers de la barricade condamnant la fenêtre. L'odeur de savon avait totalement disparu et avait été remplacé par une odeur acide de produits chimiques non identifiables. Faisant le tour de la pièce des yeux, il vit que Liza attendait assise contre un mur, l'air hagard. Il l'appela doucement et elle leva un visage rassuré vers lui.
« Tu es encore resté longtemps endormi…
– Tu n'es pas affectée par tout ça ?
– Je ne sais pas, il fait tellement noir et c'est tellement silencieux pendant un moment que je ne me rend pas compte. Mais quand la lumière revient, je suis debout.
– C'est peut-être parce que tu viens de cette ville.
– Aucune idée.
Le père de famille marqua une pause.
– Oui, tu as raison.
Il se rendit compte alors qu'il avait encore la poupée du Chapelier dans la main et fit une grimace de douleur.
– Serait-ce un jeu de piste qu'elle m'impose ?… Je ne peux pas abandonner maintenant de toute façon. On est encore dans la version sombre de la ville, on dirait…
– Comme dans la ruelle. Et je n'ai pas osé regarder derrière la porte.
– Tu as bien fait, dit David dans un sourire tout en prenant son arme. Je crois que c'est pire lorsque c'est comme ça, question monstres.
Liza regarda la poupée puis fixa David avec un air inquiet.
– Tu es sûr que ça va aller ?
– Tu t'en fais pour moi ?
– Je t'ai vu pleurer, roulé en boule. Quand moi je fais ça, c'est que je ne vais pas bien du tout. C'est… c'est ta fille qui te fait mal ?
– Je… Non, pas exactement. C'est plus… les déceptions.
– Tu devrais arrêter de penser à ta fille.
David se tourna vivement vers Liza qui le regardait avec un air réellement concerné.
– Depuis que je t'ai rencontré, à chaque fois que tu y penses, ça te fait mal. Pourquoi y penser ?
– Mais c'est elle que je suis venu chercher ici ! Elle est ici, dans cette ville ! Enfin je pense… J'espère…Tu ne peux pas saisir ça, Liza, c'est… Un truc d'adulte.
– Ce que je vois c'est qu'elle te rend triste. Tu es sûr que ça vaut le coup, tout ce que tu fais ? Tu sais, mes parents ont disparu, et en fait… Y a plus que toi. Je veux bien rester avec toi. Si tu veux, même, je ferai comme elle faisait, pour combler ton vide.
A ces mots, David eut un bref étourdissement et se tourna vers l'innocente petite Liza qui la regardait avec un air affectueux. Des bribes de pensées lui traversèrent l'esprit : elle ressemblait beaucoup à Lizzie… Il pourrait se rattraper avec elle… Il n'aurait pas à continuer ces recherches épuisantes… Elle était seule, l'abandonner aurait été cruel…
La fatigue de son esprit et la douleur de toutes ces années seuls le plongèrent dans une semi-folie qui lui faisait mettre de côté tous ce qui concernait Lizzie. Ne restait que cette petite fille face à lui qu'il pourrait faire grandir, combler, sans plus avoir à penser à ce fantôme qui la hantait.
De son côté Liza gardait un air innocent. Mais dans son dos, ses mains n'arrêtaient pas de bouger, démontrant un stress assez important. De plus un léger tic agitait son sourcil droit. Elle n'était pas à l'aise.
S'avançant vers Liza tel un zombie, David était en train de remplacer peu à peu Lizzie par Liza dans son esprit lorsqu'il marcha sur quelque chose en le déchirant en partie. Baissant les yeux, il vit la poupée du Chapelier qu'il avait laissé tomber. Aussitôt ses souvenirs lui firent faire un voyage en arrière et il vit sa fille, lovée sous la couette, attendant que son père imite le Chapelier avec cette voix rigolote qu'elle aimait tant.
Il se baissa pour prendre la poupée dont le cou était à moitié déchiré puis se tourna vivement vers Liza plaquée contre le mur qui le regardait avec des yeux tremblants.
– Ne me gronde pas, s'il te plaît, ne me gronde pas ! gémit-elle. Je ne pensais pas de mauvaises choses…
David demeura calme. Il ne pouvait entièrement en vouloir à sa protégée, il avait lui-même cédé à la tentation d'abandonner pendant un instant.
– Je ne te gronderai pas, Liza. Je dois avouer que je ne comprend pas pourquoi tu as dis tout cela, mais je m'en fiche. Je te garde avec moi, c'est la promesse que je t'ai faite.
Liza courut se serrer contre lui et geignit :
– Je suis désolée… Vraiment désolée…
– Viens-tu vraiment d'ici ?
– Oui, souffla-t-elle. Je peux te jurer que oui.
– Tu n'as vraiment plus de parents ?
– Je te promets que non.
– Bien, je te crois.
Il fourra la poupée dans sa sacoche, prit le fusil contre le mur et s'avança vers la porte.
– Il est temps de bouger. Enfin s'il est possible de sortir d'ici lorsque le monde est « à rouille et à sang ».
– Et puis il y a peut-être encore ces gens bizarres qui t'ont tiré dessus, remarqua Liza restant contre lui.
– Oui, aussi. Allez… »
Il ouvrit la porte et alluma sa lampe torche à sa ceinture. Il s'avança sur ce qui semblait être une grille en-dessous de laquelle des formes bougeaient. Mais il n'aurait su dire quel genre de formes exactement. Il se força à faire abstraction de cette présence sous ses pieds et s'avança dans le couloir. Outre les murs désormais recouverts d'une sorte de peau rougeâtre et scellée par endroit par des barres métalliques, il ne semblait pas y avoir de monstre.
David fut vite étouffé par la chaleur qui régnait dans l'endroit et décida d'atteindre le toit pour respirer un peu d'air frais, même sous une pluie glacée. La cage d'escalier n'avait guère changée si ce n'était le sang qui coulait des murs. A ce stade de son aventure, David n'y fit même pas attention. Il grimpa jusqu'au toit et ouvrit la porte, inspirant un grand coup. L'air frais lui fit du bien mais son petit bonheur fut de courte durée lorsqu'il remarqua dans un coin Drill Head, les bras croisés, son couteau géant planté dans le sol devant lui. Le toit était désormais pourvu de grilles sur les rebords qui montaient si haut que David se serait cru dans une cage. Les plaques du sol étaient toutes pourries et suintaient un liquide brunâtre. La foreuse qui servait de tête à Drill Head visait directement David. Celui-ci resta un moment paralysé de stupeur puis ne sut pas quel comportement adopter. Drill Head décida pour lui.
Saisissant son coutelas géant, la créature chargea David avec une vélocité déconcertante. Le père de famille eut juste le temps de se reculer dans la cage d'escalier pour ne pas être embroché par le coup d'estoc que donna Drill Head. Il put cependant sentir l'air emporté par l'épée lui fouetter le visage. Tombant sur le postérieur, il hurla à Liza de descendre tandis qu'il se rétablissait et que Drill Head retirait son épée de la porte du toit restée ouverte et désormais éventrée sérieusement.
Drill Head voulut rentrer dans la cage, mais l'entrée était trop petite. Il entama alors de l'élargir avec son poing. Pendant qu'il fracassait l'encadrement, David eut la tentation de lui tirer dessus puisqu'il était devant lui et coincé. Mais quelque chose en lui, une intuition puissante, lui disait que cette créature ne pouvait mourir. Que s'il la faisait tomber, elle n'en s'en relèverait que mieux. Aussi après l'avoir mise en joue quelques secondes, il dévala les escaliers. Liza l'attendait au niveau du 3e étage et il lui intima d'un geste de main de descendre encore un étage. Ouvrant brusquement la porte du 2e étage, il tomba nez à nez avec un Camisole qui commença à élargir le trou qu'il avait dans la poitrine. Ne prenant même pas le temps de viser, pressé par l'hypothèse que Drill Head les rattrape, il lui donna un ample coup de crosse dans la tête. Sans pour autant tomber, la créature recula en dodelinant de la tête – où ce qui ressemblait à une tête. Laissant assez d'espace pour que le duo entre, David s'avança et dit à Liza d'une voix basse :
« Ferme la porte, avec un peu de chance il ne nous repérera pas ici. »
Liza acquiesça vivement et poussa la porte pour la fermer le plus doucement possible. De son côté, David décida d'en découdre avec le Camisole au corps à corps afin d'être le moins bruyant possible. Ayant pris l'habitude des horreurs de ce monde, il arrivait désormais à mettre de côté leur monstruosité et envisageait le combat d'une manière technique.
Il n'était pas d'un naturel violent et la perte de sa fille l'avait rendu mou. Mais il avait déjà cassé la figure à une personne louche qui tournait autour de Lizzie et plus jeune il avait eu à se battre. Aussi il sut faire quelques pas de côté pour déstabiliser la bête et lui mettre un autre coup de crosse dans la tête. Cependant après ce coup la créature sembla réagir et d'un bond serra ses jambes autour de la taille de David, se collant contre lui face à face. N'ayant pas assez de marge pour se battre avec son arme, il la lâcha et entreprit de rouer de coups le Camisole. La créature s'apprêtait à déverser son venin lorsqu'il parvint à lui écarter les jambes et à glisser sur le côté pour éviter le jet. Ce ne fut pas le cas de Liza qui en reçut un peu et se cacha les yeux en gémissant faiblement.
David, constatant le dégât, fut submergé par une vague de rage et se rua sur la créature en serrant les dents et en la tabassant à main nue dans la tête. La créature finit par s'effondrer, gigotant dans son sang. David, les mains endolories et ensanglantées, se rua sur Liza pour voir les dégâts après avoir constaté que le risque « créature » était désormais nul. Elle avait de légères brûlures au visage et ses yeux étaient rougis. Elle sanglota :
– J'aurais pas du rester si près, désolé. Mais je me suis dit que… que… je pourrais t'aider si tu étais vraiment en danger.
David fouilla intensément dans son sac pour trouver du baume pour brûlure dans le kit de secours.
– Non-non, c'est moi, Liza, c'est moi. Putain, j'aurais du vérifier que tu étais en sécurité, c'est ma faute… C'est pas possible, je réussis rien.
Il finit par trouver ce qu'il cherchait et après voir enlevé de son visage la saleté avec un peu de gaze, commença à appliquer la pommade sur le visage rougis voire par endroit légèrement boursouflé de la fillette. Celle-ci regardait le sol d'un air triste. David était prêt à se taper la tête contre un mur pour avoir oublié de vérifier la position de Liza avant d'entamer le combat. Il essaya de trouver la justification à cet oubli et se rendit compte qu'au final, Liza était une sacrée petite fille. Elle l'avait suivi partout sans broncher, avait couru, sauté, enduré des poursuites, supporté la violence, tout ceci sans craquer.
Il se demanda si Lizzie était du même genre. Aussi forte. Il n'aurait pu le dire, leur vie avait toujours été calme. Quoique… Elle avait bien affronté la trahison de « maman » et s'en était vite remise. Oui, c'était une petite fille forte. Qu'il allait continuer de chercher.
Il prit les joues de Liza et tourna son visage vers lui.
– Ca ira ? dit-il doucement.
Après un moment de vague Liza sourit et acquiesça d'un coup.
– Oui. »
Ils se relevèrent, David saisissant son fusil au passage, alors que des pas lourds se firent entendre dans l'escalier. Le père de famille prit alors la main de Liza et lentement la tira loin de la porte de l'escalier. Les pas se firent de plus en plus proches tandis que David essuyait vaguement son visage avec sa manche. Il n'arrangea guère la propreté de sa peau, sa manche étant déjà couvertes de toute sorte de saletés. En fait, plus rien n'était propre chez lui et sur lui. L'humidité et la transpiration avait fini de le rendre repoussant pour quiconque l'aurait croisé dans la rue. Sauf dans une rue de Silent Hill.
Les mains de Liza accrochées cette fois au jean de David se mirent peu à peu à trembler. David se tourna vers elle et il put voir qu'elle était réellement terrorisée, les yeux écarquillés. Ce monstre, tout particulièrement, semblait lui faire peur. Il murmura :
« Liza… Il te fait vraiment peur ?
– Oui, répondit-elle dans un souffle.
– Pourquoi ?
Elle répondit sans quitter la porte des yeux :
– Il est unique. Il traque. Il te traque. On ne peut pas l'arrêter. Il n'a pas… la même signification.
– La même signification que quoi ? demanda David qui pensait avoir trouver un chemin vers les réponses.
– La même signification pour toi, David…
– Hein ?
– Toi aussi tu le sens, non ? Il ne te fait pas le même effet…
– En effet, mais… Je suppose que c'est parce qu'il est massif et lourdement armé.
Liza secoua la tête.
– Il est à toi, David.
– A moi ? Sois plus précise… »
Un grand coup dans la porte vint couper court à la conversation. Tandis que le bruit sourd résonnait dans le couloir, les deux être humaibs regardèrent en silence la porte marquée par un impact gros comme un poing. Une fois le silence revenu, David retint son souffle, craignant de faire le moindre petit bruit. Puis finalement il put entendre Drill Head descendre les escaliers. Il se permit alors de souffler et calmer son rythme cardiaque. Il se tourna vers Liza qui, ayant retrouvé son calme, le fuit du regard et se tritura les poignets. David aurait pu insister. Mais il n'avait pas envie de la brusquer et il sentait que de toute façon elle n'allait rien ajouter. C'était certain désormais, qui qu'elle soit, elle savait ce qui se passait ici.
Mais qui qu'elle soit, elle était également une enfant qui était terrorisée quand un monstre risquait d'apparaître, qui pleurait quand elle avait mal et qui ne cessait de s'agripper au seul adulte dans les parages. Elle méritait toujours sa protection.
Il regarda autour de lui et constata que le couloir était exactement le même qu'au 3e à un détail près : il n'y avait pas une porte pour les chambres. A la place se tenaient des sortes de cages à l'intérieur desquelles était pendu… quelque chose. Impossible de savoir quoi, ça ne ressemblait à rien. S'arrachant à cette vision glauque, David se dirigea vers le fond et fut tenté un moment de franchir la double porte indiquant « Chambre de jour » via un panneau décrépi et dégoûtant, mais son instinct lui dit que ce n'était pas une bonne idée.
Il passa donc dans l'autre partie du couloir et essaya toutes les portes. Aucune d'entre elle n'était ouverte, leur verrou semblant être tout simplement « cassé », sauf une… Il y pénétra et découvrit un enchevêtrement de barres de fer placées verticalement et horizontalement dans toute la salle et un peu n'importe comment. Certaines barres étaient reliées par des plaques en fer et au fond de la salle un petit objet ainsi qu'une petite bouteille étaient posées sur une des plaques.
David dit à Liza de rester hors de la salle pour faire le guet puis en se faufilant entre les barres, voire en se contorsionnant, il parvint jusqu'au flacon et le prit entre ses mains. Etait indiqué dessus : « Elixir des bois de Silent Hill : une petite gorgée pour tenir toute la journée ». Il haussa un sourcil puis haussa les épaules en mettant la bouteille dans son sac. Puis il se saisit de ce qui s'était révélé être tout simplement une clé après laquelle était attaché un petit bout de carton indiquant « Salle de la Pompe ». Il mit la clé dans sa poche avec une certaine satisfaction. Il avait désormais deux clés.
C'est alors que les barres commencèrent à circuler selon leurs axes dans une bruit métallique tonitruant. Alerté par le bruit, il évita de justesse une barre qui manqua de l'assommer. Il mit son fusil à l'épaule et commença à se faufiler comme il put entre les barres. Il surveillait en particulier tout ce qui frôlait sa tête. Raison pour laquelle il ne vit pas deux barres lui coincer la cheville et commencer à la lui tordre. La douleur lui fit relever la jambe à temps pour éviter qu'il se casse quelque chose mais il souffrait. Boitant, il évita le reste des obstacles et sortit pour s'affaler contre le mur du couloir. Liza se rua vers lui.
« Tu t'es fais mal à la jambe ?
– Ma cheville est tordue. Je crois.
Se mordant la lèvre, Liza se pencha sur le pantalon de David et remonta la jambe blessée. Elle entreprit de toucher la zone sensible. David grinça des dents et, telle un médecin qui a trouvé le problème, Liza se mit à farfouiller le sac de son protecteur. Elle dénicha finalement une bouteille de Synthol, lut les indications et s'en mit sur les paumes avec méticulosité.
David observa sa protégée commencer à lui masser la cheville avec force de ses petites mains. Peu à peu un sourire se dessina sur son visage. Typiquement ce qu'aurait fait Lizzie. Prendre l'initiative et faire comme elle avait lu dans les livres ou vu à la télé. Liza releva la tête.
– Je sais pas si ça va servir à quelque chose en fait…
– Si, ça va me faire du bien, tu as bien réagi.
Il se releva. L'entorse était moins grave qu'il ne pensait, il se l'était juste tordue comme on peut le faire dans la vie de tous les jours en faisant un pas de travers. Mais il préféra imputer ce mieux à Liza et la félicita de ses soins. Elle parut comblée et fière.
Boitant légèrement, David prit les escaliers, non sans craindre que Drill Head attende quelque part dans le secteur. Liza le suivit, et sa fierté laissa place à un air encore plus coupable qu'auparavant. Elle avait presque l'air désespérée. Mais David ne pouvait le voir.
Il parvint en bas des escaliers et s'apprêta à passer la porte lorsqu'il entendit des voix. Il les reconnut bien vite : l'une d'entre elle était la voix rauque est fatiguée et de Nicolas. L'autre était la voix désagréable de la femme qui avait voulu le tuer un peu plus tôt. Il entrouvrit la porte et ne vit que le rez-de-chaussée vide transformé par l'univers alterné. Il fit quelques pas sur la grille qui tenait lieu de sol au couloir et se déplaça silencieusement le long d'un mur fait de peau, ignorant la sensation chaude et humide de celle-ci, et intima à Liza de faire de même, ce qu'elle fit sans rechigner. Ce faisant il écouta la conversation.
« … pas, on ne peut pas sortir !
– Tu es toujours aussi incompétent qu'avant, Nicolas…
Nicolas soupira.
– Je vois que toi aussi tu es toujours aussi désagréable. Et tu as failli me tuer, on ne peut pas dire que tu te bonifies avec le temps, Muriel…
– Je ne t'avais pas reconnu. Je t'ai pris pour une de ces choses, expliqua tranquillement la dite Muriel.
– Alors que j'avais déjà parlé ? Tu n'es pas crédible, mais je m'en moque. De toute façon, je ne compte pas m'éterniser avec toi.
Muriel eut un rire mauvais alors que David était arrivé au bout du couloir et s'accroupissait pour écouter sans être repéré en éteignant sa lampe.
– Je t'en prie Nicolas, ne te moque pas de moi. Tu es bien content de m'avoir trouvée. Je suis certain que ça te rassure de trouver quelqu'un dans la même situation que toi. Si tu es toujours aussi courageux qu'avant…
Elle laissa sa phrase en suspens pour bien appuyer le fait qu'elle le prenait pour un froussard.
– Comment ça, « dans la même situation » ?
– Je suis persuadée que tu as été appelé par la ville comme moi. Et ce parce que tu as participé à ce fiasco d'il y a longtemps. On est dans la même galère.
La voix de Nicolas trembla légèrement.
– Ne me met pas dans le même panier que toi, Muriel.
– Ha ! Elle est bien bonne ! Je vois bien là ton côté couard, Nicolas Harrington ! Toi comme moi, on y a participé ! Tu es exactement dans le même « panier » que moi, comme tu dis.
– Grand-ma, intervint le jeune homme, de quoi vous parlez ?
– Je t'en prie Travis, rétorqua sèchement sa grand-mère, cesse de poser des questions indiscrètes.
– Je pourrais lui raconter, dit sombrement Nicolas.
– Fais ça et je te tue, Nicolas. Et puis… je suis certaine que ce sont des menaces en l'air… Tu ne pourras jamais admettre ce que tu as fais, comme tu n'as jamais pu admettre à Dahlia que…
– La ferme, vieille vipère ! cria Nicolas. Ca n'a rien à voir !
– Oh, tu crois ? Je pense qu'une petite introspection te ferait du bien… C'est l'endroit idéal en plus. Tu ne veux pas aller te recueillir ? D'ailleurs, tu cherchais quoi ici ?
– Ce ne sont pas tes affaires. Et tu dirais la même chose si je te le demandais.
– Finalement tu me connais assez bien.
– Oh, j'ai pu apprendre à te connaître lors de toutes nos réunions… Intervenant toujours avec passion lorsqu'il s'agissait de punir. Tu étais juste un petit peu moins folle que Dahlia. C'est pour ça que ce n'était pas toi qui dirigeait le culte…
– Je pense que c'est surtout parce qu'elle avait de l'argent ! Je n'ai jamais trempé dans son petit trafic.
– Tu n'as rien fais pour l'en empêcher.
– Ca enrichissait le culte. Je ne peux le nier. Mais elle en gardait une bonne partie pour elle-même. Cette traînée…
– Tu ne sais cracher que du venin, tu es vraiment fatigante.
– Et toi tu es d'un ennui mortel… Allez Travis, on va trouver une autre sortie…
– D'accord grand-ma. »
David se recula subitement pour qu'en passant au loin la veille femme ne le voit pas dans l'ombre. Puis lorsqu'elle fut passée et eut pris l'autre escalier, David s'avança vers l'accueil de l'hôpital. Nicolas essayait de défoncer une plaque de métal avec son fusil. De sa voix la plus calme, le père de famille l'appela. Il se retourna d'un coup en mettant en joue son fusil, puis montra clairement une mine réjouie altérée toutefois par la fatigue.
– David ! Vous êtes encore en vie, Dieu merci…
– Je suis également heureux de constater que vous allez bien.
Nick prit soudain un air inquiet.
– Vous… Vous venez de redescendre ?
– J'ai tout entendu. Cette Muriel a essayé de me tuer tout à l'heure. Alors qu'elle savait que j'étais une vie.
– Une vie ?
– Oh euh… C'est un terme qu'employait… une fillette… Vous n'avez pas croisé des faux jumeaux ?
– Non…
David constata alors que Liza était restée cachée.
– Liza, viens ici, tu ne crains rien. C'est Nicolas, un ami, je t'en ai déjà parlé.
Liza sortit timidement de derrière le mur et vint se mettre derrière David. Puis lorsqu'elle eut dévisagé Nicolas dont les yeux s'écarquillèrent en la voyant, elle s'agrippa fermement à David et hurla de toutes ses forces, vrillant les tympans de ce dernier :
– Tue-le ! Tue ce salopard ! Il doit mourir ! TUE-LE !! »
Un joli exemple de cliffhanger que voici. Mais j'adore ça...
