* renvoie à Porcelaine, ** renvoie à Jusqu'ici tout va bien, *** renvoie aux deux

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Chapitre 8

Le déjeuner avait été court. Trunks était reparti en courant vers d'autres réunions, rendez-vous, ou dieu sait quoi, qui constituait son quotidien. En regagnant paresseusement le bureau de Dragan, Goten réalisa qu'il détesterait cette vie et se demanda si Trunks l'appréciait vraiment, de son côté. Elle était si loin de l'insouciance de leur jeunesse.

Arrivé dans le bureau minimaliste de Dragan, Goten emballa précautionneusement son ordinateur portable qu'il comptait emmener à un informaticien avec qui il travaillait. En fait d'informaticien, c'était un geek devenu totalement agoraphobe, à l'hygiène douteuse. Limite schizophrène et néanmoins extraordinairement efficace. Goten lui mit un texto pour annoncer son arrivée. Le gars ne répondait jamais au téléphone.

Il se rassit dans le fauteuil douillet de Dragan pour appeler Marron. Elle décrocha rapidement mais l'oreille de Goten fut agressée par un cafouillage à l'autre bout de la ligne

- Goten ! Attends…crachota la voix de Marron.

Il attendit un instant qu'elle reprenne la communication.

- Je suis contente de t'avoir en ligne, ça va mieux ?

- Nickel… Dis-moi j'aurais besoin que tu m'expliques certains trucs au sujet d'un mec que je piste et je…

Il fut encore interrompu par un bruit et il entendit son amie qui parlait à une autre personne. Elle ne pouvait jamais se concentrer sur une seule chose en même temps. En habitué, Goten patienta encore.

- Ouais, tu veux des infos, bien sûr, mais dis-donc, je me demandais un truc hier, reprit-elle, quand est-ce que tu nous présentes ta copine ?

Goten fut pris au dépourvu par la question qui se trouvait à des milliers d'années-lumière de ses préoccupations du moment. Evidemment, pour Marron, c'était le boulot de Goten, quel qu'il soit, qui indifférait totalement.

- Ta copine. Tu vois de qui je veux parler ? reprit Marron avec sarcasme.

- Bah, euh… Si tu veux, un de ces jours…En fait…

- Un de ces jours ? A ton enterrement par exemple ? coupa-t-elle.

Goten leva les yeux au ciel en frottant l'arrière de son crâne. Il ne comprenait pas très bien où son amie voulait en venir.

- Tu crois pas que t'exagères un peu, là ? ça fait quoi ? Trois-quatre mois que je sors avec elle…

- Cinq, rectifia froidement Marron.

- Cinq ? Et alors ? On passera vous voir à l'occasion, c'est pas pour ça que je t'appelle.

- Je sais, c'est jamais pour ça que tu m'appelles, tu m'appelles pour ton stupide boulot qui a failli te tuer hier soir, encore…

Goten réalisa subitement à quel point ses amis, et sa famille aussi certainement, avaient eu peur la veille. Il se souvenait de sa propre terreur mais n'avait pas imaginé celle qu'avait pu être celle de ses proches. Marron avait visiblement été marquée par son « accident » dans l'appartement de Dragan. Il revit furtivement le visage décomposé de Bra quand elle s'était penchée sur lui avant de lui donner le haricot.

- C'est bon Marron, je vais bien, protesta-t-il avec douceur.

- Prouve-le moi. Viens manger ce soir avec Evana.

Goten comprit alors que l'inquiétude de Marron ne s'arrêtait plus à sa santé physique. Elle avait besoin subitement de le savoir heureux. Il ne lui échappa pas qu'elle faisait un lien, conscient ou non, avec le retour de Bra.

Il devait bien admettre que sa vie sentimentale lui avait laissé plus de cicatrices* que toutes les épreuves qu'il avait pu faire endurer à son corps, sa vie durant. Et Marron et Trunks étaient très soucieux de cette vie sentimentale depuis Valèse ***. Cette histoire l'avait envoyé au fond du trou et ils devaient à ses deux amis de l'avoir suivi jusqu'au bout. C'est pour ça qu'il ne pouvait pas leur reprocher de s'en préoccuper aujourd'hui.

La vérité, c'est que Goten n'avait jamais vraiment pensé à la nécessité de présenter Evana à ses amis. De toute façon, sa vie sociale était devenue si ridicule, qu'en fait d'amis, il devait rôder dans sa vie, tout juste, deux vieux copains et Trunks et Marron. Sans compter les quelques relations de boulot, qui n'étaient que des relations de boulot, dont il ne savait presque rien. Il n'avait pas grand-chose à envier à Dragan, après tout.

Quant à ses parents et sa famille, Evana les avait croisés une unique fois à l'enterrement de son grand-père où elle était passée officiellement pour une collègue de travail.

Chichi aurait tout de suite découvert le subterfuge si elle n'avait pas été si accablée à ce moment-là. Elle n'avait même pas posé de questions sur la jeune fille. Videl avait fait une vague allusion mais n'avait pas insisté.

Si on ajoutait à tout cela que Goten n'avait jamais expliqué à Evana sa légère différence avec le genre humain classique, il n'était pas vraiment sur le point de l'introduire dans son petit monde. Plus honnêtement, il ne s'était jamais posé la question pour l'instant.

Il se souvenait qu'Evana avait évoqué l'idée de connaître ses amis. Elle-même semblait en avoir peu et les quelques tentatives qu'elle avait entreprises pour que Goten les rencontre, avaient toujours avorté à cause du boulot.

Pourtant, Marron avait pointé le fait qu'il sortait avec Evana depuis cinq mois, ce que Goten n'avait jamais vraiment calculé, et ce qui était pourtant, au regard de son parcours de ces dernières années, assez notable.

Malgré tout, Goten, sans se l'expliquer, n'avait aucune envie de mélanger ses deux vies. Il n'avait pas l'impression qu'Evana en souffrait. Bien sûr, il ne pouvait ignorer la curiosité qui perçait par moment dans son attitude habituellement réservé, mais elle semblait se contenter de ce qu'il avait à lui offrir et le laissait prendre son temps, sans jamais exiger. C'est ce qui lui plaisait chez elle. Elle était exactement ce qu'il lui fallait.

Il n'était pas tout à fait dupe de la situation. Il savait qu'il avait perdu l'exaltation qu'il avait pu connaître avec Bra. Mais après tout, qu'est-ce qu'elle lui avait rapporté ? Une chute libre de cinquante étages ou à peu près. Il se faisait vieux pour toutes ces conneries. Il avait retrouvé son équilibre avec son boulot, et avec Evana aussi. Pourquoi ses amis avaient-ils besoin de bousculer ses petits arrangements avec la vie ?

Mais Goten connaissait Marron. Elle devait ruminer son idée d'inviter le couple, depuis au moins la veille. Il l'imaginait assez bien, attendant le senzu salvateur en se reprochant âprement de n'avoir jamais vérifié si Evana avait rendu son ami heureux, si elle avait réellement suffi à lui faire oublier le reste. Et comme Goten avait besoin urgent de se renseigner sur le Pixie Club, il n'aurait pas moyen d'échapper à l'idée fixe de Marron.

D'un autre côté, Goten se doutait qu'Evana accepterait tout de suite la proposition. Il travaillait beaucoup et sortait rarement avec elle. Le mieux qu'il lui avait offert était un week-end en bord de mer. Il réalisa qu'il était réellement un piètre petit ami et qu'avec un petit effort, il pourrait tout à la fois contenter Marron et Evana, ce qui était plutôt un bon calcul.

- C'est bon, maugréa-t-il avec un soupir de vaincu, je vais voir si c'est possible pour elle…

- Parfait, à l'heure que tu veux.

- Ouais, mais je passerai en fin d'après-midi parce que j'ai des trucs à te demander pour le boulot, c'est noté ?

- Tu sais que je peux rien te refuser je serai à la maison vers 18 heures.

Goten se massa la tempe. Et c'est elle qui dit ça…pensa-t-il en raccrochant avec lassitude. La conversation lui laissait un arrière-goût désagréable. Il se prit subitement à redouter que Marron, qui pouvait boire comme un trou à ses heures, ne se mettent à gaffer en racontant les détails de sa vie à Evana alors qu'elle ignorait même qu'il avait explosé avec l'appartement de Dragan la nuit précédente.

Il saisit l'ordinateur et se leva en se promettant d'avoir une sérieuse discussion avec Marron avant qu'Evana ne se joigne à eux.

Lorsqu'il arriva dans le hall, au moment où il allait sortir de l'immeuble, il repéra de très loin, sur le parvis, une chevelure caractéristique. Il eut un moment d'hésitation et subitement, stupidement, il décida de se retrancher dans un coin reculé de l'entrée.

C'était idiot, Trunks le lui avait encore rappelé, il devait être capable de se comporter normalement en présence de Bra. Il se promit de le faire, plus tard. A cet instant, il n'avait pas envie de la croiser. Il aurait dû au moins la remercier pour le senzu mais même ce sujet le mettait mal à l'aise. Le senzu, c'était encore une référence à leur histoire*.

Il ne put s'empêcher d'observer ce qu'elle faisait au travers des portes vitrées de l'entrée et eut un reniflement de dédain inconscient en constatant qu'elle parlait avec un type au volant d'un bolide dernier modèle. Il n'avait pas vu la tête du gars à cause des vitres fumées. Tellement…Bra. Même sans lui parler, sans qu'elle le voie, elle arrivait encore à mettre ses nerfs en ébullition.

La jeune fille discutait avec vivacité et claqua la portière avec un agacement évident, ce qui laissait penser qu'elle était énervée. Goten en déduisit, sans autre forme de réflexion, que le type avait tenté un truc sans permission. Bien fait. En même temps, il serrait les poings, prenant conscience qu'il se ridiculisait maintenant, à se planquer à l'ombre de la plante verte de l'entrée en observant avidement la scène.

Bra entra dans le building sans le remarquer et s'engouffra dans l'ascenseur d'un pas pressé. Quand elle eut disparu, Goten reprit son chemin pour regagner l'extérieur. Il remarqua que la voiture était toujours là. Il ne distinguait toujours pas le gars à l'intérieur. Subitement, il démarra en trombe en faisant vrombir le moteur.

Goten sentit son estomac se tordre. Vraiment, la journée était merdique.

Il se rendit chez l'informaticien. Tout le monde l'appelait le geek. Ce n'était pas un surnom très sympathique mais il avait l'air de s'en accommoder. Goten, de son côté s'efforçait de ne pas l'utiliser en sa présence et de l'appeler par son vrai nom, Skrin.

Il habitait un quartier à peu près aussi miteux que celui de Goten, mis à part le fait qu'il était situé en ville, dans un enchevêtrement d'immeubles à quatre ou cinq étages, semblant tous sur le point de s'écrouler.

Goten patienta un bon moment sur le pallier crasseux devant sa porte. Le geek mettait toujours beaucoup de temps à ouvrir sa porte et Goten le soupçonnait d'avoir implanté des micro-caméra un peu partout dans le couloir pour vérifier le profil de ses visiteurs. Ce mec avait une trouille monstre des gens. Finalement, Goten l'entendit tirer les multiples verrous derrière la porte. Elle s'ouvrit toute seule comme mue par une force autonome.

Goten entra dans l'appartement sombre et étriqué, encombrés d'ordinateurs désossés et de piles de magazines en tout genre. Un écran de télévision fonctionnait dans un minuscule salon vide de tout occupant.

- Son, ça fait longtemps, j'ai vu ton texto, lança Skin, debout dans l'encadrement de la porte d'une pièce au fond du couloir.

Il était petit et chétif, ce qui, compte tenu de l'exercice physique qui devait être le sien, n'était pas bien étonnant. Il portait, comme à son habitude, un T-shirt avec une inscription débile que personne ne lirait jamais puisqu'il avait peu de chance de croiser un être vivant de toute sa journée.

Goten lui sourit et lui serra la main, un peu réticent devant ses doigts gluants de chocolat. Le chocolat semblait être la base de son alimentation quotidienne et des papiers d'emballage de barres coupe-faim jonchaient le sol çà et là.

- Alors, quand est-ce que tu me présentes ta copine ? plaisanta Skrin.

Goten faillit éclater de rire à l'idée que cette question lui était posée pour la deuxième fois dans la journée. Mais Skrin ne parlait pas d'Evana dont il ignorait même l'existence.

Skrin était obsédé par Marron. Il avait trouvé sur un site de tabloïd une image d'elle avec Goten, prise quelques années auparavant. Depuis, Goten pouvait lui demander ce qu'il voulait ou presque, pourvu qu'il lui promette une photo de Marron. Si son amie avait su ça, elle l'aurait certainement étripé. Mais Skin était inoffensif, il était à peine capable de sortir de chez lui pour descendre une poubelle et, à vue de nez, Goten évaluait qu'il n'avait jamais dû approcher une fille de très près.

- Passe à la maison, un de ces jours, j'organiserai une rencontre, répliqua Goten.

Skrin se contenta de ricaner, en tiquant à l'idée de « passer à la maison ».

- Alors, c'est quoi aujourd'hui ? reprit le Geek en tripotant nerveusement sa tignasse.

Goten lui tendit l'ordinateur de Dragan.

- Regarde ce que tu trouves là-dedans, et surtout, vois si y a des trucs au sujet d'un « Pixie Club »

Skrin, qui observait la machine, redressa subitement la tête.

- C'est à la Capsule Corp, ça ! siffla-t-il.

- T'inquiète pas pour ça, double prix. Tu m'appelle, c'est bon ?

Goten remarqua que le geek s'agitait plus que d'habitude. Il l'aimait bien dans le fond et commençait à le connaître suffisamment pour décrypter ses tics, ses intonations de voix qui en disaient plus que ses mots.

- Double prix, mais, hey… t'oublie pas une photo de ta copine. Nan… au moins deux photos, insista-t-il en tapotant le logo de la Capsule gravé sur l'ordinateur.

Goten roula des yeux. Les prix de Skrin étaient exorbitants.

- C'est d'accord. Mais attention aux abus, Skrin.

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