Sa vie
Chapitre 8 : Gardes
Rodrigue retenait avec difficulté son sourire
Pendant plus de six ans et demi, il avait oublié comment faire parce qu'on lui avait arraché la moitié de son âme.
A présent qu'on la lui avait rendu, il reprenait le goût de vivre et n'était pas le seul.
Bien qu'il ne puisse pas s'ouvrir à Shion sur sa paternité, Sage avait décidé de passer autant de temps que possible avec le petit garçon. Shion en avait été un peu étonné jusqu'à ce que le pope lui explique.
Il était l'un des derniers Atlante, il était un chevalier d'or, il l'entraînerait pour faire un pope honorable.
Même si aucun d'eux ne survivaient pas à la guerre, Sage voulait absolument apprendre tout ce qu'il savait au jeune garçon.
Deux heures tous les matins, Shion apprenait donc sur les genoux du pope toutes les ficelles du métier ainsi que tous les rites et les moindres éléments de la culture de sa race.
L'après midi, Shion passait encore deux heures avec le pope dans le Grand Hall pendant qu'il rendait la justice. Un autre chevalier d'or devait y assister en tant que témoin et garde au cas où quelqu'un n'aimerait pas une décision.
C'était toujours Rodrigue.
Le lendemain du retour de Shion, Sage les avait tous convoqués à part Shion qui dormait encore.
Ils avaient l'interdiction de mentionner sa paternité à l'enfant.
Ils avaient l'interdiction chercher à séparer Shion d'El Cid.
Quand à Rodrigue, il était officiellement le guide de Shion dans tout ce qui lui restait à apprendre pour devenir un or efficace ainsi que son partenaire d'entraînement.
Au grand amusement de tous ses confrères, le Capricorne n'avait pu s'empêcher de sauter au cou de Mani avait de reprendre toute sa retenue.
C'était adorable de voir le Capricorne retrouver un peu de joie de vivre.
Mais pour l'instant, le dit espagnol était très occupé à surveiller du coin de l'œil Shion qui se tortillait de plus en plus à sa place.
Normalement, la Justice ne dirait pas plus de deux heure mais un cas exceptionnel c'était présenté. Depuis près de cinq heures, l'enfant devait rester debout, immobile.
Pendant quatre heures, il avait été parfait. A présent, il se tortillait comme un vers.
Le Capricorne profita d'une commotion parmi les scribes pour se couler près de l'enfant.
"- Tu ne dois pas bouger, Shion. Je sais que c'est ennuyeux mais..;"
Le front un peu rose, l'enfant baissa le nez, les mains crispées sur les cuisses.
Le Capricorne comprit enfin.
"- Ha ! Attends…"
El Cid se pencha sur le pope pour lui murmurer un mot.
Sage retint un sourire avant de hocher la tête.
L'espagnol prit l'enfant par la main.
"- Viens avec moi."
Shion suivit l'adulte avec soulagement.
Ils se faufilèrent derrière un rideau pour tomber presque immédiatement sur un lieu d'aisance.
"- C'est prévu…."
Il lui montra une légère fente qui permettait de surveiller quand même le Grand Hall.
"- Même occupé, tu peux faire ton devoir…"
L'enfant gloussa.
Il trouvait l'idée cocasse.
Ils ressortirent puis reprirent leur place.
Shion sourit au Capricorne.
Il apprenait à lui faire confiance.
Non… il lui faisait déjà confiance.
Il lui avait toujours fait confiance, même avant de le connaître lui semblait-il. Même lorsqu'il n'était qu'un visage sans nom sur le mur de son étable.
C'était à lui que le petit garçon racontait ses journées, le soir.
Même s'il ne s'était très vite plus souvenu de qui était le capricorne une fois que Manigoldo était partit, il avait toujours été fidèle à sa promesse de penser à lui. Avec le temps, il n'avait plus su pourquoi, mais chaque soir, il racontait à se dessin passé tout ce qu'il faisait.
Vraiment, le Capricorne avait été son confident avant même qu'il ne vienne au Sanctuaire.
***
Le derrière levé et le museau sous une pierre, Manigoldo cherchait à attraper la petite créature qui se cachait dessous.
Il ne voulait pas lui faire peur mais la bestiole commençait à l'agacer.
Un pied se posa sur ses fesses.
Il se redressa avec un grondement.
"- Qui ose ?"
"- Couché, Mani… Ne t'étonnes pas d'avoir un pied au fesses si tu les exposent comme ça."
Le Cancer renifla.
Le Capricorne allait vraiment mieux depuis le retour de Shion.
"- Qu'est ce que tu fais à quatre pattes ?"
Le lapin qui se cachait sous la pierre profita de la distraction du cancer pour se sauver à toutes pattes.
L'italien grogna.
Son lapin ! Flûte.
"- Mais qu'est ce que tu voulais à cette pauvre bête ?"
"- Je voulais l'offrir à Albafica." Expliqua le cancer, les joues roses.
Le Capricorne leva un sourcil.
"- Pour qu'il le tue dès qu'il le touche ?"
"- ….J'avais oublié ce détail."
L'espagnol secoua la tête.
Depuis qu'il n'était plus en permanence sous la surveillance de l'italien, Manigoldo semblait décidé à utiliser son temps autrement. Albafica lui paraissait le réceptacle idéal pour son temps tout neuf d'ailleurs. Et peut-être même pour son affection qui sait ?
"- Faudra que tu m'aides avec lui !" Insista le Cancer.
Le Capricorne aurait pu refuser.
L'aider avec le poison vivant ? Comment faire ? Il n'en savait rien mais….
"- Evidement."
Le cancer était comme un frère pour lui.
"- Alors, comment ça marche avec Shion ?"
"- Il est moins timide…. Je crois qu'il m'aime bien." Avoua Rodrigue avec un sourire doux.
"- Comment pourrait-il ne pas t'aimer ?
Le Capricorne grogna un peu.
Oui il se savait ridicule mais… Bon sang, il aimait tant ce petit bout de chevalier d'or….
Un sourire un peu sadique aux lèvres, Mani s'assit sur un rocher près de son vieil ami.
"- Raconte à grand frère…"
"- Je suis plus vieux que toi."
"- Pas grave, raconte !"
L'espagnol soupira mais s'assit pour répondre.
"- Des fois, j'ai l'impression qu'il se souvient a peine de mon nom et de mon existence, mais la seconde d'après, il se pend à mon cou comme s'il n'était jamais parti avant de littéralement fuir en courant comme si j'avais voulu l'agresser….J'avoue être totalement perdu…
Le Cancer lui tapota l'épaule.
"- Je suis juste un chevalier à moitié fou, Rod'… mais je crois que la meilleure chose à faire, c'est justement de faire comme si de rien n'était. Laisse le reprendre ses marques tout seul. Ca fait jamais que quatre jours qu'il est là après tout. Si certains souvenirs inconscients commencent à remonter, il pourra aussi bien t'attaquer pour l'avoir abandonné que fondre en larmes dans tes bras." Soupira Mani.
Rodrigue donna un brutal coup de poing dans l'un des rochers près de lui.
La pierre se brisa, éclatant en gravillons.
"- Casse pas le matériel…" Le gronda Manigoldo.
"- Qu'est ce que tu veux que je fasse ?"
Dokho passa devant eux en courant.
Le jeune apprenti les salua sommairement avant de filer à son entraînement avec l'aîné des gémeaux. Il ne lui manquait pas grand-chose pour avoir sa propre armure. Juste un petit rien de résistance physique et le contrôle total du septième sens.
Le Cancer eut un sourire en coin.
"- Si tu sais pas quoi faire, concentre toi sur la séduction de Shion, cela est bien déterminé à gagner son cœur." Rappela l'italien en montrant le jeune chinois du pouce.
Le regard de l'espagnol s'assombrit.
Il ne laisserait personne lui voler Shion. Et encore moins un gosse comme ce nabot.
Shion était à lui et rien qu'a lui.
Pour toujours.
S'il le fallait, il tuerait quiconque tenterait de le lui voler encore.
Une seconde, il imagina le plaisir qu'il ressentirait s'il pouvait arracher le cœur de Sisyphe.
***
"- Shion !!!"
Le jeune Bélier s'arrêta.
Après une longue après midi de garde puis encore deux heures passées avec Asmita pour contrôler étroitement ses pouvoirs psychiques, Shion se sentait épuisé.
Comme toujours quand il était fatigué, il se sentait ronchon.
Il était peut-être un chevalier d'or entraîné, mais il n'en restait pas moins un petit garçon qui venait de passer deux heures assis en tailleur sur le sol froid du temple de la vierge pour détendre son esprit et apprendre à se caparaçonner contre les agressions extérieures.
Il était bien trop ouvert pour un chevalier d'or. N'importe quel ennemi utiliserait cette faiblesse s'il le pouvait.
"- Bonjour Dokho !"
La jeune Balance se jeta à son cou.
Shion l'aimait bien. Bon, il était parfois pénible à sauter partout mais…
"- Tu viens ? J'ai trouvé un truc super ! Sur le côté du temple des gémeaux, y a un grand trou avec des poules dedans. Je suis sur qu'on peut leur voler de œufs ! C'est bon les œufs à gober !!!"
Shion grimaça.
Il était fatigué.
Contrairement à Dokho qui n'avait que son entraînement quotidien, lui devait en plus travailler avec Rodrigue (qu'il appréciait de plus en plus), assurer son travail de chevalier d'or, puis Asmita… Et encore n'avait-il pas finit !
Dégel l'attendait dans sa maison pour lui faire travailler un peu ses langues.
"- Pas ce soir, Dokho. J'ai encore du travail…"
La jeune Balance l'attrapa par le bras.
"- Ha c'est pas grave ! Tu n'arrêtes pas ! Allez viens ! On va aller jouer un peu tous les deux !"
"- Mais…mais…Mais non…."
Les protestations de l'enfant moururent sur ses lèvres.
Il n'avait pas l'habitude d'être avec un enfant de son âge et encore moins avec un gosse déterminé à lui faire faire des bêtises.
"- Dokho… Dégel m'attends…"
"- Pas grave !" Sourit la Balance en l'entraînant vers la troisième maison. "Tu iras tout à l'heure !" La jeune balance n'aimait pas trop Dégel. Il le trouvait trop coincé. " il pourra lire comme ça" Sans compter qu'il détestait la lecture.
Une fois arrivés près du troisième Temple, ils se faufilèrent aussi discrètement que possible vers l'arrière de la maison.
Dokho connaissait bien les lieux pour s'y entrainer tous les jours, à sa grande irritation. Il avait peur d'Aspro.
Le chevalier des gémeaux était bizarre.
Deuteros était plus sympa, mais il ne le voyait jamais ailleurs que sur le toit de sa maison ou caché derrière une colonne.
Il lui faisait peine.
Sans trop savoir quoi faire pour refuser sans que Dokho décide qu'il était méchant avec lui, Shion finit par le suivre.
Dégel serait sans doute en colère contre lui…
Son inquiétude disparue devant la dizaine de poules qui s'ébattaient dans un petit canyon bien abrité, sans doute installées là par Aspro.
Heureux comme un gosse, oubliant pour une fois qu'il n'était pas un simple gamin de neuf ans comme les autres, Shion suivit Dokho à la chasse aux œufs.
Lorsqu'il remonta, deux heures plus tard, son casque remplis d'œufs frais, il avait totalement oublié ses obligations de l'après midi.
"- Shion…."
La voix était froide.
Glacée même…
Et si elle était adolescente, elle était néanmoins très mécontente.
"- Ho… Dégel….Heu….je…"
Le Verseau croisa les bras sur sa poitrine.
Intérieurement, il luttait contre un sourire.
Le cheveu en l'air avec des plumes dedans, des marques de coups de bec sur les mains et le nez, une fiente de poule sur l'épaulette, un œuf cassé sur le bras, le petit garçon faisait…Adorable…
Mais le petit garçon était un Chevalier d'Or !!!
Il avait des responsabilités.
"- Où étais-tu ?"
"- …. Dokho et moi…. On a trouvé des poules et…"
Il montra son casque remplit d'œufs au Verseau.
"- Ils sont tout frais !"
Dégel serra les mâchoires.
"- Viens avec moi."
Il ne pouvait punir l'enfant, ils étaient égaux.
Shion le suivit, le museau bas.
A sa grande honte, il s'était amusé comme un fou finalement même s'il assumait totalement avoir séché ses devoirs.
Il soupira silencieusement.
"- EL CID !"
Shion tressaillit.
Le Capricorne reposa sa rapière.
"- Dégel ?"
Le verseau sauta dans la petite arène d'entraînement derrière la maison de l'espagnol.
"- Je crois que tu devrais avoir une petite discussion avec Shion…"
Le visage fermé du Verseau et la petite mine de Shion firent soupirer le capricorne.
Il voulait que Shion revienne vers lui comme lorsqu'il était petit. Pas qu'il le craigne comme un symbole de l'autorité… Comme Sisyphe…
Pourtant, il reconnaissait que Dégel avait raison.
"- Je m'en occupe…"
"- Merci…"
Le Verseau laissa le couple.
Rodrigue hésita une seconde à s'accroupir devant l'enfant…non, le jeune chevalier d'or.
"- Alors ?"
L'enfant baissa les yeux.
Il détestait décevoir le Capricorne.
Il ne comprenait pas pourquoi, mais sentir la déception dans sa voix comme ça lui donnait envie de pleurer…Et de se jeter dans ses bras en le suppliant de le pardonner aussi…
Sans qu'il le veuille, un petit sanglot lui échappa.
Il sentait le regard qu'il imaginait froid sur lui.
Il sentait presque le Capricorne froncer les sourcils.
Une larme roula sur sa joue.
"- Je… je ….suis…désolé…." Hoqueta l'enfant.
Sans qu'il ne comprenne pourquoi, le petit garçon fondit soudain en larme, le cœur crevé d'avoir déçut l'adulte.
Avec n'importe quel autre, il aurait juste baisé la tête mais pas avec El Cid.
Avec lui, c'était presque la fin du monde que de l'avoir déçut.
Stupéfait, Rodrigue resta figé un instant.
Mais…Mais pourquoi Shion pleurait-il ? Il ne l'avait même pas grondé !
Il ne lui avait rien dit !
"- Shion ?"
Le petit garçon se détourna, honteux et de plus en plus désespéré.
Rodrigue s'accroupit près de l'enfant.
Tout doucement, il l'attira contre lui pour le soulever de terre et le serrer contre lui, à l'abri dans ses bras puissants.
Shion s'accrocha à l'adulte de toutes ses forces.
Le nez dans le cou de l'espagnol, il sanglotait comme un tout petit.
"- Pa…pa…pardon…. Me…me cha…me chasse pas… Pas encore…." Hoqueta le jeune Bélier au désespoir.
Perdu, aussi désespéré que Shion, Rodrigue le berça contre lui.
"- Shhhh… Tout va bien Shion… Jamais plus tu ne me quitteras…. Je te le promets…" Rejetait encore et encore le Capricorne.
D'un côté, il était désolé par les pleurs de son petit compagnon. D'un autre, il était heureux… Qu'il ne le chasse pas encore…pas ENCORE…. Shion se souvenait-il ? Même si jamais El Cid n'avait chassé son petit Atlante, il ne doutait pas que l'enfant l'ait vécut ainsi. Avait-il oblitéré son existence pour se protéger de ce rejet ?
Petit à petit, Shion se calma.
Il se sentait tellement bien dans les bras du Capricorne… plus encore que dans ceux de Manigoldo.
Il se sentait à l'abri, en confiance totale… A sa place tout simplement….
Un énorme soupir lui échappa soudain.
La main de Rodrigue qui caressait ses cheveux et son dos, son bras sous ses cuisses qui le tenait confortablement, le torse large et musclé de l'espagnol qui le réchauffait, sa peau toute douce au creux de son cou juste sous ses lèvres…
Sans réfléchir, Shion déposa un bisou sur la peau veloutée.
L'espagnol frémit de plaisir.
Normalement, il aurait dut être horrifié de prendre plaisir au baiser d'un enfant mais il n'en était rien.
Il n'y avait rien de sexuel dans ce baiser comme il n'y avait rien de sexuel dans le plaisir qu'il en tirait.
C'était totalement différent.
C'était simplement… une satisfaction d'être là, le même genre que celui qu'éprouve un bébé d'être dans les bras de sa mère, le plaisir simple du contact, certes charnel mais en aucun cas déviant qui unissait deux frères, deux parents….
Le petit garçon soupira encore de satisfaction.
Pour la première fois depuis des années, il se sentait totalement en paix. La faim qui le poussait encore à partager avec les armures malgré ce qui lui était arrivé avec l'inconnu en costume venait de se taire, soufflée, remplacée par une plénitude qu'il n'avait jamais espéré ressentir.
Il ferma les yeux.
El Capricorne ramassa d'une main le casque remplit d'œuf du petit garçon puis porta le tout dans sa maison.
Il posa les œufs dans la réserve froide de son appartement avant d'aller se laisser tomber sur le canapé défoncé.
Le bout de chou se serra plus étroitement contre lui, à la chercher de sa chaleur.
"- Shion ?"
La voix douce fit relever le nez au petit.
"- Tu veux bien me lâcher ? Juste le temps que j'enlève mon armure." Expliqua l'adulte lorsque les bras du bambin se resserrèrent autour de son cou.
Shion hésita un peu.
Finalement, il lâcha le Capricorne pour se recroqueviller sur le canapé.
El Cid renvoya son armure à son coffret.
"- Tu peux enlever la tienne aussi tu sais…"
L'enfant obéit, le nez bas.
Rodrigue sourit.
Comme lui quand il avait reçut son armure, l'enfant la portait avec juste un petit short court sur les fesses. Il était important les premiers temps que le contact entre le chevalier et son armure soit aussi étendu que possible. Avec le temps, ce ne serait plus aussi nécessaire. Mais pour l'instant, il fallait que la symbiose entre les deux partenaires s'établisse.
L'espagnol se rassit.
A peine avait-il posé son derrière sur le canapé qu'il se retrouvait à nouveau les bras plein d'un petit garçon tremblant.
Immédiatement, ses bras trouvèrent leurs place autour de lui, une de ses mains sur son dos et l'autre sur sa tête.
Shion soupira de plaisir.
Comme lui, le Capricorne ne portait pas de chemise.
La chaleur de sa peau sur la sienne le soulageait d'une douleur presque physique qu'il n'avait jamais eut conscience de ressentir en permanence.
Rodrigue se mit machinalement à lui caresser le dos du bout des doigts.
Petit à petit, il sentait le gamin fondre contre lui jusqu'à se mouler contre son torse plus étroitement d'un poulpe. S'il voulait qu'il le lâche, il faudrait probablement y aller avec un pied de biche.
D'une voix douce pour ne pas l'effrayer, surtout que lui-même se sentait mieux que jamais depuis près de sept ans, le capricorne finit par lui demander.
"- Pourquoi Dégel était-il en colère contre toi ?"
Trop bien pour s'effrayer encore, le petit garçon soupira une fois de plus.
"- Avec Dokho, on a été voler des œufs aux poules qu'Aspro garde derrière son temple."
"- Ha ! Ca explique les plumes et les éraflures alors." Sourit Rodrigue.
Le jeune Bélier hocha la tête mollement.
La main du Capricorne sur son dos, l'autre qui glissait dans ses cheveux et lui massait tout doucement le crâne…
Il se sentait s'endormir mais pas complètement non plus.
Son corps se détendait mais son esprit se faisait de plus en plus clair.
"- C'est toi qui a eut cette idée ?"
Shion secoua la tête, machinalement, il caressait le torse nu de Rodrigue comme un petit caresse un doudou pour se réconforter.
"- Non, c'est Dokho qui m'a dit de venir. Je voulais pas à cause de Dégel mais…."
"- Mais ?"
"- Dokho est mon ami et je ne veux pas qu'il ne m'aime plus." Avoua le petit.
Rodrigue se raidit une seconde.
Dokho était déjà son rival.
Il le savait.
Il ne laisserait pas faire.
"- Alors tu t'es laissé convaincre ?"
"- Oui…"
"- ….. Ce n'est pas bien, tu le sais n'est ce pas ?"
Le jeune Bélier baissa les yeux, les pommettes roses de honte.
"- Je sais…"
"- Bon… Si tu veux, j'irais parler à Dokho pour lui expliquer qu'il ne doit pas te détourner de ton devoir mais qu'il peut venir jouer avec toi après."
Shion releva les yeux, un immense sourire au visage.
"- Ho oui! S'il te plait !!!"
Rodrigue l'embrassa sur le front.
"- Bon… Alors tout va bien. Mais il faudra que tu ailles t'excuser auprès de Dégel, d'accord ?"
Shion hocha vigoureusement la tête.
"- Oui ! Promis !"
"- Bien…"
Shion se recolla étroitement contre le Capricorne.
"- Ma Roro…" Murmura l'enfant avec un énorme soupir de pur plaisir.
Le cœur de l'espagnol fit un bond joyeux dans sa poitrine.
Même si l'enfant ne s'en souvenait plus et ne s'en rappelait pas vraiment, il était encore là, tout au fond de sa mémoire.
"- Ma petite grenouille." Sourit le capricorne avant d'effleurer les points de vie de l'enfant du bout des doigts.
Shion ferma les yeux.
Par ce partage qui le mettait en contact plus étroit encore avec l'espagnol, il sentait son amour pour lui et son besoin de l'avoir près de lui.
Le petit déposa un petit baiser sur les lèvres de Rodrigue.
Le geste était celui d'un enfant, mais il était aussi intime que la légère caresse de Rodrigue sur ses points de vie.
Il serait bien resté là où il était toute sa vie.
Plus détendu que jamais, Shion s'endormit.
***
Sage taptapait des doigts sur le bras de son trône.
Depuis une demi heure, ils attendaient l'arrivée du Capricorne et du Bélier.
Comme chaque mercredi, les ors venaient faire leur rapport au Pope. Comment se passaient les entraînements, quelles étaient les nouvelles des gardes et des villages alentour relayées par les bronzes et les argents sous les ordres des ors…..
Pour la première fois depuis qu'il avait son armure d'or (et qu'il n'était pas au gnouf), Rodrigue n'était pas là.
Il n'était pas tôt pourtant, presque dix heures du matin !
Quand à Shion, personne ne l'avait vu depuis la veille.
"- Quelqu'un sait-il où ils sont ?" Finit par s'énerve Sage.
Dégel fit un pas en avant.
"- J'ai demandé hier soir à El Cid de régler un léger problème avec Shion…."
Le pope soupira.
Les yeux clos, il déploya son cosmos à la recherche de son fils et de son compagnon.
Ils ne doutaient pas qu'ils soient ensembles….
Ensembles, endormis et au fin fond d'un rêve commun qu'il n'arrivait pas à appréhender.
Un mince sourire monta aux lèvres du pope malgré son irritation.
Il était heureux que Rodrigue ai réussit à rouvrir le cœur de Shion.
"- Et bien, ne les attendons pas plus. Aldébaran ?"
Le grand et massif taureau eut un sourire indulgent.
Il n'en avait jamais rien dit mais était réellement attendrit par l'étrange lien qui unissait le digne et très adulte Capricorne avec le fantasque et très jeune Bélier.
Les deux ors allaient bien ensemble.
Le taureau fit son rapport puis passa le relais au Gémeaux, puis au Cancer.
Ca allait toujours vite avec Mani. Le capricieux italien n'avait que deux hommes sous ses ordres, un argent et un bronze.
Les autres avaient du mal à travailler avec lui.
Pourtant, son caractère étrange s'accordait étrangement bien avec celui, plus calme et posé, presque de "verseau" du chevalier d'argent de l'aigle et celui, plus acerbe, de la colombe.
Le Cancer travaillait mieux avec les femmes qu'avec les hommes.
Peut-être à cause de son ascendance qui le forçait à être un vrai gentleman avec les femmes, ou peut-être parce qu'il les considérait presque comme des créatures étranges et bizarres aux réactions incompréhensibles qu'il fallait traiter avec un rien de précaution pour ne pas se faire mordre…
Toujours était-il que le Cancer s'entendait bien avec elle.
Sage en était ravi.
Au moins Mani n'était pas il pas un électron libre sans responsabilité.
Asmita prit la parole à son tour avant de la passer au suivant.
Lorsqu'enfin Albafica finit son rapport de sa petite voix douce et fluette, le Cancer leva le doigt comme un gosse en primaire.
"- Mani ?"
"- Je voudrais votre autorisation pour faire la cour à Albafica." Demanda brutalement l'italien.
Albafica passa immédiatement au fushia avant de pâlir mortellement.
Asmita balança un coup de coude dans les côtes du Cancer qui ne se départit par de son sourire.
"- Tu m'as fait mal, Vierge. Ne sois pas jaloux, mais je n'aime pas les blonds."
Asmita leva les yeux au ciel, ce qui, au vue de son infirmité, était en soit remarquable.
Sage fixait son élève avec un rien de stupéfaction. Il était au courant du "problème" du Poisson pourtant, comme eux tous.
"- Manigoldo… Tu connais la…difficulté…derrière ta demande, n'est ce pas ?"
Albafica se mit à protester.
"- Grand pope…"
"- Chut, Alba…"
Un peu heurté, le poisson se mit à bouder.
"- Je sais, Sage. Je sais…. Je suis tout à fait au courant, mais je ne suis pas du genre à renoncer à la première difficulté."
Le sourire qu'il dédia au Poisson fit rosir délicieusement Albafica de gène alors que son ventre se contractait.
C'était une sensation bizarre, mais du bon bizarre.
Sage soupira silencieusement.
"- Fais comme tu veux, Mani."
Content, le Cancer quitta sa place pour s'incliner devant le poisson.
Il ne chercha pas à le toucher mais son sourire fit encore plus rougir Alba.
Les autres ors gloussèrent.
L'italien était vraiment complètement taré.
Ils l'aimaient bien.
***
Le Conseil matinal s'était enfin finit.
Manigoldo avait raccompagné Albafica chez lui, à la grande gêne de ce dernier.
Pour qu'il lui fiche la paix, le poisson lui avait collé sa poubelle pleine dans les mains avec un : "- Et bien si tu veux faire quelque chose pour moi, commence par me descendre ça !"
L'italien s'était fait un point d'honneur à aller vider la poubelle en osier dans le tas de compost, à l'extérieur du douzième temple.
Quand il était revenu, Albafica s'était barricadé chez lui.
Le Cancer savait être patient.
Il faudrait bien que le poisson rouvre sa porte.
"- Ouvre Alba. Je garde ta poubelle en otage. Si tu n'ouvres pas, je lui ferais subir les derniers outrages !"
Pour l'instant, le poisson de dix-sept ans faisait le mort.
Sage passa le douzième temple, a la fois très amusé et un peu nostalgique.
Son frère avait passionnément aimé leur poisson. Ils n'avaient jamais pu se toucher. Il leur avait fallu des décennies pour comprendre le "truc" qui leur aurait permit de le toucher. Ho, pas beaucoup, mais pour Hakurei, juste tenir la main de son poisson autant qu'il le voulait aurait été un miracle.
Il faudrait qu'il en parle à Mani.
Le pope s'arrêta au dixième étage après avoir salué Dégel au passage.
Comme à son habitude, le Verseau tentait de faire comprendre au Scorpion que NON, sa maison n'était pas une annexe de la sienne, qu'il n'était pas sa bonniche et qu'il était HORS DE QUESTION qu'il laisse traîner ses vêtements partout.
Ronchon, le Scorpion avait tenté d'argumenter. Il était malade du cœur, il était fatigué, il l'aimait…
Ce a quoi il s'était prit un "Tu n'est pas assez malade ou fatigué pour ne pas t'entraîner alors ranger ! Et si tu m'aimes, tu ferais n'importe quoi pour moi alors RANGE !!!"
Le Scorpion avait donc commencé à ramasser ses pantalons sales avant d'aller les laver lui-même au plus proche lavoir histoire de montrer son mécontentement.
Très content, le Verseau lui avait fait remarqué que puisqu'il savait laver son linge, il n'avait plus de raison de le faire.
Le Scorpion en aurait pleuré.
Hilare, le pope avait quitté la onzième maison pour la suivante.
Les deux adolescents faisaient vieux couple marié depuis des décennies.
Sage toqua à la porte d'El Cid.
Sans surprise, il n'eut aucune réponse.
Il entra sur la pointe des pieds.
Un doux sourire apparut sur son visage.
Allongé sur le canapé de tout son long, torse nu, Rodrigue avait Shion dans ses bras. L'enfant était à moitié caché sous le torse du Capricorne, comme si, pendant son sommeil, il avait migré pour se mettre au chaud et à l'abri.
De temps à autre, le mini chevalier d'or poussait un énorme soupir de plaisir.
Bien qu'il dorme profondément, il caressait d'une main machinale le torse de l'espagnol qui répondait à la caresse par de petits ronrons étouffés.
Les deux chevaliers d'or faisaient un tableau adorable.
Le pope se gorgea de l'image aussi longtemps que possible.
Lorsqu'il retournerait à ses appartements, il dessinerait la scène sur une de ses feuilles bien blanches qui coûtaient si cher.
Il voulait garder des souvenirs de son petit garçon.
Rodrigue se réveilla soudain en sursaut en sentant une présence près de lui.
"- Que…"
"- Du calme…."
La main du pope se posa sur l'épaule du jeune homme.
"- Grand Pope ? Qu'est ce que vous…. LE CONSEIL !!!"
Sage rit doucement tout en appuyant sur les épaules de l'espagnol pour qu'il reste allongé. Contre lui, Shion s'était un peu recroquevillé et grommelait dans son sommeil. Son oreiller tout doux et tout chaud n'avait pas à bouger !
"- Le Conseil est terminé depuis plus d'une heure, Rodrigue… Combien de temps as-tu dormit là ?"
Le Capricorne se livra à un rapide calcul.
"- …. Presque vingt heures." Murmura-t-il à sa propre surprise.
"- Ha quand même…."
"- Shion était fatigué. Il a commencé à piquer du nez et je n'ai pas eut le cœur de le renvoyer chez lui." Avoua le Capricorne, les joues roses.
Sage hocha la tête.
Ca aussi la le chiffonnait un peu.
L'homme et l'enfant avaient besoin de se retrouver, de réapprendre à vivre ensemble. Avec la guerre qui approchait, ils auraient si peu de temps ensembles…
"- Rodrigue… j'ai réfléchit…."
Machinalement, le chevalier d'or serra le petit garçon contre lui.
"- Je trouve inutile pour l'instant que Shion reste seul dans sa maison. Il est jeune, il a besoin d'avoir un adulte près de lui et du fait de leur lien, autant qu'il reste avec toi. Quand il sera réveillé, je veux que tu l'aides à déménager ses affaires ici."
Le sourire content du Capricorne se fit soudain presque sadique.
"- J'en connais un qui ne sera pas très content quand il reviendra…."
"- Sisyphe n'a pas son mot à dire." Trancha le pope. "Je me suis reposé sur lui par défaut parce que j'étais épuisé et débordé. Ce n'est plus le cas. Et Shion est assez grand à présent pour se prendre en charge."
L'espagnol serra l'enfant contre lui qui se détendit dans son giron. Comme un chat, il ne tarda pas à prendre quatre fois plus de place qu'il n'aurait dut.
Shion s'étira pour ouvrit les yeux.
Surprit, il se redressa mais resta contre son compagnon.
"- Grand Pope ? Bonjour."
"- Vous avez raté le conseil." Sourit le vieillard.
Le petit garçon rougit.
"- Je suis désolé ! C'est ma faute, pas celle de Rodrigue, il ne faut pas le gronder hein !!!"
Le pope rit doucement.
"- Personne ne va gronder personne, jeune Shion… "
Le bambin se fendit d'un sourire immense qui serra le cœur de son père. Comment cet enfant si doux et si gentil pourrait-il trouver la force de tuer le cas échéant ?
Cela ne lassait pas d'inquiéter le pope.
Pour l'instant, si un Spectre était apparu au Sanctuaire et avait poliment demandé à l'enfant de le conduire à Athéna, Shion l'aurait probablement guidé avant de lui offrir du thé et des petits gâteaux…
Oui, il fallait que quelqu'un fasse découvrir la real politik à l'enfant.
***
Manigoldo se laissa tomber sur le marbre près de Shion et Dokho.
En six mois, Shion avait réussit à bien se réintégrer au Sanctuaire, presque comme s'il n'était jamais partit.
Les deux enfants jouaient aux osselets avec de petits os de lapin volé dans les cuisines du pope.
L'appel du soir avait eut lieu plus qu'une heure auparavant, signalant la fin de journée pour tous, sauf les chevaliers de garde.
Shion était considéré comme encore trop petit pour prendre son tour de garde, à sa grande irritation.
Son Rodrigue ne serait pas rentré avant le milieu de la nuit, alors en attendant, il s'occupait comme il pouvait.
"- Salut les morveux !"
Dokho fronça les sourcils.
Il n'aimait pas trop le Cancer qu'il trouvait trop agressif et peu respectueux. La façon dont il traitait régulièrement le pope de vieux gâteux l'énervait de plus en plus.
"- Bonsoir Mani !" Salua Shion avant de sauter au cou du Cancer.
Lui l'adorait.
Le Cancer trouvait toujours le moyen d'être encore plus puéril que lui, ce qui le faisait invariablement mourir de rire.
Depuis son retour au Sanctuaire, Shion avait rapprit à être un enfant enthousiaste et énergique quand il était avec sa "famille".
Le Cancer l'attrapa par le fond de sa tunique pour le jeter sur son épaule.
L'enfant se tortilla jusqu'à réussir à couler sur le dos du Cancer. Une main agrippée à sa ceinture, il se mit à le chatouiller, juste tenu par sa main sur sa ceinture et son pied crocheté sur son épaule.
Mani se mit à faire des bonds pour se débarrasser de la grenouille qui le torturait.
"- Shion !!! Arrête !!!" Hurlait le Cancer entre deux explosions de rire nerveux.
L'italien était atrocement chatouilleux.
"- Je vois que vous vous amusez bien."
Le Cancer cessa de se rouler sur le sol, dominé et vaincu par un bélier encore sans cornes.
Penché au dessus d'eux, un doux sourire timide aux lèvres, Albafica retenait son rire pour ne pas froisser le bouillant italien.
Mani eut un petit soupir rêveur.
Qu'il était beau ainsi le poisson, avec ses longs cheveux qui glissaient sur ses épaules et sa gorge, ses lèvres fines légèrement roses qui s'arquaient en un petit sourire séduisant et timide.
Shion sauta sur le sol avant de mettre un pied débarrassé de sa sandale sur le torse de sa victime.
"- Tu as vaincu le crabe géant, petit terreur ?" S'enquit encore Alba.
Shion hocha la tête.
"- Oui ! Je suis aussi fort qu'Achille et Jason maintenant ! Même si le grand crabe est trop gentil avec les petits béliers et se laisse faire." Gloussa le bambin.
Boudeur d'être aussi facilement oublié par son meilleur copain, Dokho n'en pouvait plus de ne pas encore être un chevalier d'or. Il était sur que Shion s'occuperait plus de lui quand il serait aussi un or.
Mani attrapa Shion par la taille tout en bondissant sur ses pieds.
L'enfant se retrouva la tête en bas.
"- A mon tour de vaincre mon puissant ennemi."
S'en fut trop pour le poisson qui éclata de rire.
Le sourire soi disant sadique du Cancer disparu, remplacé par un sourire étonné d'enfant qui découvre que le père noël existe bel et bien.
Les joues roses, Albafica finit par reprendre son calme.
"- Je ne sais lequel de vous deux est le plus puéril."
Le Cancer reposa doucement Shion sur le col.
"- Probablement moi puisque Shion EST un gamin."
Un peu gêné soudains, les deux hommes se fixèrent.
Dokho finit par coller la balle dans les mains de Shion.
"- C'est a toi de jouer !"
Le jeune Bélier observa les deux adultes s'éloigner, les sourcils froncés.
"- Je crois que Mani est amoureux d'Alba." Annonça-t-il à Dokho comme s'il lui révélait la position du Graal.
Dokho haussa les épaules.
"- De toute façon, c'est des vieux, qu'est ce que ça peut faire ?"
***
Rodrigue referma précautionneusement la boite en bois qu'il avait faire sur mesure.
A l'intérieur, le cadeau pour les dix ans de Shion attendait sur un coussin de velours bordeaux.
Le Capricorne était persuadé que l'enfant adorerait son cadeau.
"- RODRIGUE ! RODRIGUE !!! VIENS !!!"
Le Capricorne rangea la boite avant de se tourner vers son petit locataire qui n'était plus si petit.
En six mois, Shion avait commencé à pousser comme du chiendent au point de prendre facilement dix centimètres.
Il en était très fatigué et il n'était pas rare qu'El Cid doive lui masser les jambes avec un des onguents d'Albafica pour soulager ses muscles et ses os soumis à de fortes contraintes, mais le capricorne était heureux de le voir grandir autant. Il espérait vraiment que Shion serait plus grand que lui.
Une fois que Shion serait adulte, il ne doutait pas qu'il lui serait des plus agréable de s'endormir à l'abri de ses bras qu'il imaginait déjà puissants.
Agacé par le délai, Shion finit par le prendre pas la main et le traîner derrière lui.
Dès qu'il fut hors du temple du Capricorne, il se téléporta avec lui jusqu'à celui de la balance.
Aldébaran fut le dernier à arriver, juste après eux.
Les joues rouges d'excitation, Dokho attendait que le pope le reconnaisse comme chevalier d'or.
Enfin.
"- Appelle ton armure, Dokho." L'invita le pope.
Comme l'avait fait Shion près d'un an plus tôt, le petit garçon de dix ans (ce qui était tard pour un or) revêtit son armure.
Malgré la douleur, Dokho tint bon.
"- Bienvenue à toi, Dokho, Chevalier d'or de la Balance." Félicita le Pope.
Comme l'avait fait Dokho, Shion lui sauta au cou.
"- Tu as réussit !!!"
Le jeune chinois eut un immense sourire heureux.
"- Ouai ! Enfin !!!"
El Cid serra les poings.
Il haïssait quand quelqu'un tripotait SON Shion. Même si le tripoteur était un enfant.
PERSONNE n'avait le droit de tripoter Shion, pas même lui. Pas encore…Et pas avant quelques années.
Attendre ne le dérangeait pas.
Craindre qu'un autre lui vole son compagnon… Un autre de son age surtout….Bon, d'accord.
Rodrigue était terrifié à l'idée que Shion décide un matin que Dokho lui conviendrait mieux que n'importe qui d'autre. Ils étaient du même âge, ils étaient amis, Dokho l'aimait énormément…
Bref. Rodrigue surveillait le nabot à plateaux comme une louve affamée surveille le dîner de ses petits qu'une hyène observe de loin.
L'espagnol finit par ne plus y tenir.
"- Shion, laisse donc les autres féliciter Dokho, veux tu ?"
Le jeune Atlante lâcha son ami pour prendre la main de Rodrigue.
"- Tu sais que c'est ton anniversaire aujourd'hui non ?"
Le petit garçon hocha la tête.
Au Sanctuaire, les anniversaires n'étaient pas une grande affaire, sauf cas exceptionnel, quand le fils du pope faisait un an par exemple…
"- Viens…."
Shion félicita une dernière fois Dokho puis suivit son compagnon.
El Cid savait que d'autres avaient des cadeaux pour Shion mais chacun lui donnerait de façon individuelle au court de la journée.
Une fois de retour chez eux, l'espagnol ressortit la boite qu'il avait caché.
"- Tient…"
"- c'est quoi ?"
"- Ouvre."
L'enfant posa précautionneusement la boite sur la table de la cuisine.
Elle était belle, dans un joli bois foncé légèrement brillant avec un grain très très fin.
"- Elle est jolie."
"- Et ce qu'il y a dedans est encore plus beau. Allez, ouvre!!!" Encouragea encore Rodrigue qui n'en pouvait plus des atermoiements de l'enfant.
Shion ouvrit la boite.
Sa bouche s'ouvrit sur un petit "ho" de surprise.
Figé, il mit une longue minute avant d'oser sortir le contenu de la boite.
Avec révérence, il sortit la rapière à la garde argentée.
"- Elle est belle !!!"
Et parfaitement à sa taille !
Depuis des mois, Rodrigue lui apprenait le maniement de l'épée mais pour l'instant avec des armes en bois.
"- A partir de maintenant, nous utiliserons de vraies armes. Tu as le niveau. Nous les moucherons pour commencer bien sur. Mais il est temps que tu es ta propre lame."
L'enfant caressa la lame du bout du doigt, prenant bien soin de ne pas la graisser.
"- Elle est superbe !!"
"- Elle était à moi quand j'avais ton age. Prends en soin et elle te rendra autant service à toi qu'a moi." Sourit Rodrigue.
Le petit garçon remit l'arme sur son coussin le temps de sauter au cou de son compagnon pour le serrer très très fort contre lui.
"- Merci !!!"
Il colla son front contre celui d'El Cid, mettant en contact ses points de vie avec ceux de Rodrigue… S'il en avait eut.
Immédiatement, le Capricorne ressentit la joie de Shion à ce cadeau comme si c'était la sienne.
La sensation était enivrante.
Shion rompit le contact.
Il noua le fourreau de l'arme autour de sa taille, rangea la lame à l'intérieur puis courut chercher celle de l'espagnol.
"- Allez ! Viens !!!"
Le Capricorne éclata de rire.
Parfois, il avait l'impression que sa vie ne serait plus jamais autre chose : courir après Shion tout en l'observant vivre avec joie…de loin….
Il se secoua.
Il n'était pas encore mort.
