Kaori débarqua en trombe dans le hall de l'hôtel une heure plus tard, les traits déformés par la colère. Elle se jeta immédiatement sur Toshi qui l'attendait de pied ferme.

- JE CROIS QUE TU ME DOIS DES EXPLICATIONS ! IL EST OU HEIN ?

Devant les mines effarées des autres clients, Toshi rougit et attrapa Kaori par le bras pour l'emmener dans un coin plus à l'écart.

- Yoshiki est malade et il s'est évanoui, dit-il d'une voix ferme. Maintenant, on va parler et tu vas le laisser tranquille !

Mais soudain, Kaori éclata en sanglots convulsifs et se mit à le frapper sur le torse :

- Malade après ce que vous avez fait ?! Tu te fous de moi ?

Toshi était partagé entre l'énervement et la pitié et il était surpris de ne rien ressentir de plus fort. Son amour pour Kaori était donc illusoire à ce point ? Quelle sorte d'imbécile fallait-il être pour se tromper autant sur soi-même ?

- Je suis désolé Kaori, je n'avais pas prévu tout ça.

- JE TE DETESTE !

Toshi hocha la tête :

- Tu as le droit…Je reconnais que c'est dur pour toi. Mais voilà ça m'est tombé dessus sans prévenir. On ne contrôle pas ce genre de choses Kaori et je m'en veux de t'avoir procuré de fausses espérances.

- Alors tu vas sortir avec lui ? demanda Kaori comme si elle n'y croyait toujours pas.

- Oui bien sûr.

- Tu es inconscient ou quoi ?

- Non. C'est ce que je veux plus que tout.

- Et tu penses à l'avenir du groupe quand tout le monde va savoir ?

- Tu sais, on ne sera pas les premiers dans ce cas. Nous continuerons le groupe coûte que coûte.

Kaori fit une moue méprisante :

- Pffff tu es bien naïf….

Le coeur de Toshi se serra douloureusement. Le groupe...Yoshiki croyait fermement que tout irait bien mais...est-ce que ce serait vraiment le cas? X-Japan était leur projet, leur raison de vivre. Et si tout s'écroulait? Il se souvint alors de ce qu'il avait ressenti la première fois qu'il avait embrassé Yoshiki. Il ne supporterait pas de le perdre lui non plus. Pourvu qu'ils n'aient jamais besoin de choisir...

- Je veux y croire... Nous nous battrons s'il le faut. Non fans nous comprendrons quand ils verront à quel point nous sommes fait l'un pour l'autre. Ils ont déjà tellement l'habitude de nous voir ensemble !

- Et tu ne crois pas que ça fera évanouir le rêve de beaucoup de vos fans ?

- L'effet aurait été le même si nous étions mariés chacun de notre côté ! objecta Toshi. Les fans un minimum matures devraient comprendre que nous avons notre vie à vivre et qu'ils ne peuvent pas la contrôler.

Mais plus Toshi s'obstinait, plus Kaori s'énervait :

- Tu me dégoûtes….Je le savais qu'il avait des vues sur toi…Je vais l'achever !

Elle voulut se précipiter dans l'hôtel vers la chambre de Yoshiki mais Toshi la rattrapa dans l'escalier :

- Mais tu es folle ?! Ne t'approche pas de lui !

- Oh tu as peur que je l'amoche ? répliqua-t-elle avec un horrible sourire.

- Oui ! Kaori, il est inconscient et le médecin a ordonné un repos total ! D'ailleurs même s'il était en forme, je ne te permettrais pas de lui faire quoi que ce soit ! Pata et Heath veillent sur lui, je te signale !

Là-dessus, le visage de Kaori se dégonfla comme un ballon de baudruche et des larmes de rage montèrent dans ses yeux.

- Je me vengerai !

Et comme une furie, elle bouscula Toshi qui faillit tomber à la renverse et disparut hors de l'hôtel.

A la fois soulagé, et inquiet, Toshi remonta dans la chambre de Yoshiki. Celui-ci était toujours inconscient sous la garde de Heath et Pata.

- Alors ? demanda Heath. La tempête est passée ?

Toshi s'assit près de Yoshiki dont il prit la main inerte.

- Il n'a pas bougé ? demanda-t-il d'une voix blanche.

- A part un petit gémissement, rien du tout, répondit Heath.

Toshi porta à ses lèvres la main de Yoshiki et soudain, ses nerfs lâchèrent et il se mit à pleurer silencieusement. Il avait à présent peur pour Yoshiki, pour lui-même et pour le groupe. Heath vint poser une main compatissante sur son épaule :

- Eh Toshi…

- Elle a dit qu'elle allait se venger, raconta Toshi d'une voix misérable. Elle est certaine que le groupe va couler quand le public saura. J'ai peur les gars…j'ai peur de ce qui va arriver.

- Mais non, il ne faut pas si on nous aime, c'est pour notre musique. Les fans seront heureux pour vous au contraire.

- Je l'espère…je l'espère vraiment.

Yoshiki se réveilla une heure plus tard avec Toshi toujours à son chevet. Ce dernier crut défaillir de soulagement en lui voyant revenir à la vie.

- Tu m'as fait tellement peur, murmura-t-il en l'embrassant sur le front. Comment tu te sens ?

- Terriblement fatigué…marmonna Yoshiki qui avait peine à garder les yeux ouverts.

- Rendors-toi. Le médecin est venu, il a dit que c'était dû à la fatigue et au stress. Tu dois te reposer pendant un mois. Nous allons annuler les concerts.

- Non on ne peut pas annuler ! Toshi…

Toshi lui caressa les cheveux :

- Je t'en prie Yoshiki soit raisonnable. Je ne veux plus te voir faire une telle crise. Ce n'est pas un drame d'annuler tu sais. Tu n'es pas un robot, tu as le droit d'être malade. Au besoin, nous dirons aux fans de garder leurs billets car ils resteront valables pour quand on reprendra la tournée. Mais pour l'instant, il faut que tu prennes un peu soin de toi.

Mais Yoshiki était borné lorsqu'il s'agissait de travail :

- C'est bon, je vais tenir le coup. Tu me connais, je suis fort.

- Et tu vas pousser ta résistance jusqu'à tomber gravement malade ? Je m'inquiète tellement pour toi, pourquoi tiens-tu absolument à te ruiner la santé ?

- Ne t'inquiète pas pour moi…

Yoshiki voulut se lever mais à peine sur ses pieds, il vacilla. Toshi le rattrapa et l'obligea à se recoucher.

- C'est mon rôle de m'inquiéter pour toi et même si tu risques de me détester, je vais veiller sur toi et faire en sorte que tu retrouves tes forces. Le médecin a laissé des médicaments pour toi, il faudra que tu les prennes régulièrement.

Yoshiki eut un regard désespéré :

- Par pitié, ne me cloue pas au lit.

Toshi sourit et s'allongea contre lui :

- Je te clouerai au lit si tu ne fais pas ce qu'il faut pour guérir !

Yoshiki l'entoura de ses bras et se bouina contre lui. Toshi pensait qu'il allait bientôt se rendormir mais Yoshiki ne semblait pas en avoir l'intention. Alors il finit par déclarer :

- Pendant que tu étais évanoui, Kaori a appelé et je lui ai tout dit.

Yoshiki leva la tête, l'air anxieux :

- Et ?

- Elle était furieuse. Tellement furieuse qu'elle a foncé jusqu'ici. Elle a même voulu rentrer dans ta chambre cette furie. Mais il y avait Pata et Heath et je l'ai stoppée. Elle est partie en disant qu'elle allait se venger, que le public n'accepterait jamais notre relation. Quand je repense à son comportement...je me demande comment est-ce que j'ai pu croire que je l'aimais...

Yoshiki l'observa intensément :

- Rien ne nous séparera n'est-ce pas ?

Toshi l'embrassa chastement avec de répondre :

- Non rien. Mais tu sais, elle croit que le groupe s'effondrera à cause de notre relation

parce que les fans ne l'accepteront pas. Quoi que tu dises, je sais que X est vital pour toi et j'ai peur de ce que tu ressentirais si vraiment les fans se détournaient de nous.

Yoshiki prit une mine déterminée :

- Toshi tu es plus important pour moi que le groupe. Tant que tu seras avec moi, le reste m'importe peu.

Toshi n'y croyait pas totalement. Yoshiki ne pouvait pas se soucier aussi peu du groupe aussi, son inquiétude ne fût-elle pas calmée.

Le reste de la journée se passa sans rien de nouveau. Le lendemain, Yoshiki se trouva assez remis pour qu'ils décident de partir dans le bus de tournée en direction de la prochaine ville. Yoshiki prenait consciencieusement son traitement sous la vigilance intraitable de Toshi et refusait catégoriquement d'annuler le moindre concert. Dans ses conditions, le groupe devait continuer.

Le matin de leur départ, Yoshiki se souvint de l'aide que hide lui avait apporté lorsqu'il souffrait comme un damné sur le sol de sa chambre et un intense sentiment de culpabilité surgit en lui. Il ne pouvait pas laisser hide se faire davantage de faux espoirs et il lui devait la vérité si dure fût-elle. Il se leva, s'habilla et alla frapper à la porte du guitariste.

hide n'avait pas dormi de la nuit. Il avait passé son temps dehors à fumer en ruminant sa mélancolie jusqu'à ce que l'air frais de l'aube l'oblige à rentrer. Il ouvrit à Yoshiki, pas rasé, la mine froissée avec une odeur de cigarette sur les vêtements.

- Je peux entrer ? fit timidement Yoshiki que la tête de hide inquiétait.

Ce dernier lui répondit d'une voix enrouée de fatigue :

- Oui bien sûr. Comment tu te sens ?

Yoshiki entra puis après que hide eut refermé la porte, il lui dit gravement :

- hide…Ne te laisse pas dépérir pour moi s'il te plaît…

Le guitariste eut un sourire un peu ironique :

- C'est marrant…Il y a peu de temps, je te disais exactement la même chose à propos de Toshi. Au moins maintenant, je sais ce que tu ressentais.

Yoshiki baissa les yeux. hide lui avait été d'un tel secours, il s'était montré tellement adorable avec lui qu'il s'en voulait affreusement de lui faire autant de mal. Des images de la nuit qu'ils avaient passé ensemble tournaient dans sa tête et il se souvenait de comment hide l'avait tenu dans ses bras quand il avait fait sa crise.

hide vit des larmes apparaître dans les yeux de Yoshiki :

- Oh non, ne pleure pas…Tu es heureux et j'aime te voir comme ça. Au fond, je ne me suis jamais fait d'illusions. Ne t'occupe pas de moi, ça ira.

- hide…s'il n'y avait pas eu Toshi, tu sais…

S'il n'y avait pas eu Toshi….Yoshiki était à présent certain qu'il aurait répondu sans hésitation à l'amour de hide. Il avait eu la preuve qu'une histoire était possible entre eux et qu'elle aurait été magnifique. La vue brouillée de larmes, il sentit soudain les bras de hide se renfermer sur lui et sa voix lui chuchoter à l'oreille :

- C'est gentil de dire ça. Mais ne pleure pas, on n'y peut rien tous les deux. Si je peux être proche de toi comme ami, c'est déjà bien pour moi parce que je veux faire partie de ta vie d'une façon ou d'une autre.

- Je veux que tu saches que je n'oublierai jamais les moments qu'on a passé.

- Moi non plus. Et je garderai le secret car je doute que Toshi apprécie. Dis moi juste une chose…

- Laquelle ?

hide le regarda au fond des yeux :

- Est-ce que Toshi s'occupe bien de toi ? Il te rend aussi heureux que tu l'espérais ?

- Oui mais… je n'arrive pas vraiment à te sortir de ma tête.

hide sourit tristement :

- C'est parce que j'ai été le premier je crois.

- Non ça n'a rien à voir.

Une vérité assez effrayante était en train d'apparaître à Yoshiki. En effet, il avait beaucoup pensé à hide même avec Toshi à ses côtés. Il avait confusément compris qu'il ne pouvait pas se passer de lui. Et à présent, il savait comment formuler cette impression dérangeante :

- Tu vas me traiter de salaud mais j'ai l'impression que toi et Toshi vous m'apportez quelque chose de différent et que j'ai besoin de vous deux pour avancer.

hide secoua la tête d'un air sceptique :

- Ce n'est pas bon Yoshiki...Tu m'auras toujours comme ami mais Toshi et toi vous êtes l'un à l'autre désormais. Ne me donne pas de faux espoirs, ça ne va pas m'aider...

- Je ne veux pas te donner de faux espoirs, je pense juste avoir besoin de vous deux.

Hide porta ses mains à son visage comme s'il avait la migraine :

- Je suis là si tu as besoin de moi. Mais pas en tant qu'amant...pas si tu es avec Toshi c'est au-dessus de mes forces.

Visiblement désireux de terminer la conversation, il marmonna :

- Je ressemble à un clodo, je vais me doucher.

- Ouais ok…répondit Yoshiki qui n'était pas dupe.

Il sortit de la chambre et se réfugia sur l'une des terrasses de l'hôtel, l'esprit préoccupé par un gros problème.