[ Marluuna et Cha Merci pour vos reviews ! Et Cha T'inquiète, y a pas de mal ;) .]
Le drap rebattu sur nous, Yukki avait fini par s'endormir peu avant l'aube, et malgré le boulot qui nous attendait, je ne me sentais pas de le réveiller. Contrairement à lui, je n'avais pas fermé l'oeil. Pour passer le temps, sans quitter des yeux le visage reposé de Yukki, mon cerveau avait été réquisitionné pour faire des comparaisons entre la fille qui était ma copine et l'homme qui s'était trouvé être mon amant. Stéphanie et moi nous étions rencontrées aux alentours de Paris, dans un centre équestre où elle montait toutes les semaines et où je travaillais. Si au début les distances avaient été mises, au fil du temps nous étions devenues amies, jusqu'à se mettre ensemble. Même si leur permission n'aurait pas changé grand chose, nos parents n'émirent aucune objection quant à notre choix. Stéphanie était souvent retournée chez elle, en Belgique, jusqu'à ce que je lui fasse part de mon envie de partir au Japon. Je lui avais laissé le temps de la réflexion : me suivre ou pas. Steph avait voulu me suivre pour qu'on soit ensemble tout le temps, mais étant d'un caractère indépendant, j'avais regretté mon choix de lui demander de venir avec moi, par moment. Et Yuko avait eu raison : sa jalousie bousillait tout. Pourtant, j'en avais eu, de la patience. Moi qui n'avait jamais supporté les gens jaloux, je n'aurais pas cru avoir autant de réserve. Quant à Yukki, je l'avais vu pour la première fois quelques jours après mon embauche. Le groupe était en tournée, si bien que j'avais dû attendre leur retour pour les rencontrer. Le courant avait eu un peu de mal à passer entre Yukki et moi. Lui était taciturne et discret, moi j'étais renfermée avec des tendances un peu sauvage... Bref, super cocktail. J'en venais même à me demander comment lui et moi étions devenus amis. Le rapprochement s'était fait tout seul et progressivement. Et puis... concernant Yukki, ça avait été plus loin, et plus rapidement que de mon côté.
Le musicien remua un peu avant de se réveiller, un petit sourire aux lèvres.
- Coucou, toi.
- Tu es réveillée depuis longtemps ? demanda Yukihiro en se frottant les yeux.
- J'ai pas dormi, en fait.
- Il est quelle heure ?
- Euh...
Je me roulai sur le dos pour tenter de voir le réveil en face de nous, sur le bureau.
- ... Hm... Près de huit heures, on dirait.
- Oh merde. On va être à la bourre.
- Ouais.
- Tet-chan va gueuler.
- Ouais.
- Tu veux un câlin avant qu'on parte ?
- ...
- Alex !
Je tournai la tête vers un Yukki outré.
- T'étais dans ta lancée, merde !
- "Qui ne dit mot consent", comme on dit. T'as ta réponse. Le soucis c'est qu'on a pas trop de temps...
- On peut se caresser, tout simplement, suggéra Yukihiro en venant sur moi, appuyé sur ses avants-bras. Au moins on sera pas survoltés avant d'aller bosser.
Rien n'était sûr. Yukihiro me demanda de me tourner sur le ventre, souleva le tee-shirt que j'avais gardé et déposa de doux baisers le long de ma colonne. Tout mon corps se crispa instantanément. Je serrai le drap entre mes doigts à m'en faire mal.
- Tu n'aimes pas... ?
- Si. C'est juste que... c'est mon point sensible. Je crains autant que j'aime...
- Je continue ? chuchota Yukki.
- Oui... Même si je te demande d'arrêter, ne m'écoute pas...
- Ne me le dis pas deux fois, jeune fille, conclut le batteur avant d'y aller un peu plus franchement... en y mettant la langue.
À plusieurs reprises je demandai à Yukki d'arrêter, et heureusement, il ne m'écouta pas. Si lui pourrait se tenir stoïque au travail, j'avais des doutes me concernant. Ce fut pire quand le bas du dos y passa également. J'avais vraiment du mal à me tenir tranquille. Yukihiro se dégagea pour se remettre là où il était précédemment, ce qui me détendit enfin. Calés sur le côté, nous nous regardâmes durant de longues minutes. Yukki s'amusait avec mes cheveux tandis que j'avais sa main valide entre les miennes. J'étais bien ainsi. Si seulement nous avions pu ne pas bouger.
- Dis-moi, Alex, tu comptes aller voir Stéphanie aujourd'hui ?
- Oui.
Le visage de Yukki s'assombrit légèrement mais il ne cessa pas pour autant de tortiller une mèche de mes cheveux entre ses doigts.
- Je comprends.
- Je veux lui dire que c'est fini, continuai-je, décidée.
Cette fois, ce fut une expression incrédule. Yukihiro se redressa pour prendre appui sur un de ses bras.
- Tu plaisantes ?
- Yukki, comment tu réagirais si, pour te garder, j'étais prête à me foutre en l'air ? Et surtout, si je le faisais et trouvais quand même le moyen de m'en sortir ? Que tout ça était prémédité au détail près. Tu resterais quand même avec moi ?
- Hm... Non, je ne crois pas, non. Mais ne va pas faire une connerie sur le coup de la colère.
- Maintenant ou après, ça change rien pour moi. J'ai eu un trop plein de patience avec elle, et voilà le résultat. Toi, tu... tu as eu de la patience aussi. La patience d'attendre sans même être sûr qu'on en serait là. A part m'embrasser en traitre comme tu l'as fait, tu n'as jamais été un salaud envers moi.
- ... Et si je ne t'avais pas embrassée, peut-être que rien ne se serait passé, mais j'aurais probablement encore attendu.
- T'es un homme plein de surprises, tu sais, ça ?
Yukihiro sourit mais ne répondit rien. Il avait l'air ailleurs. Je lui demandai ce qui n'allait pas.
- Tu es vraiment sûre que tu veux quitter Stéphanie ? Vous avez vécu beaucoup de choses ensemble. Tu vas tout claquer ?
- T'es gentil, mais t'as vu ce qu'elle a fait ?
- Elle t'aime, Alex.
Alors là, j'avais vraiment du mal à croire ce que j'entendais. L'homme qui avait eu le culot de prendre les devants avec moi tout en sachant que j'étais lesbienne prenait maintenant la défense de ma copine ? Je me redressai aussi vite que si j'avais eu une décharge électrique pour me mettre accroupie, nullement gênée par ma position.
- On nage en plein délire, là. J'étais avec une fille, on s'aimait, t'es arrivé et sans m'en rendre compte je me suis mise à avoir des sentiments pour toi, on a même couché ensemble, et maintenant tu prends la défense de Stéphanie ? Non mais tu me fais quoi, là, Yukihiro ?
- Je ne veux pas que tu fasses quelque chose que tu pourrais regretter.
- Je... T'es chiant.
- Alex, regarde-moi droit dans les yeux et dis-moi que tu ne ressens plus rien pour Stéphanie.
A l'inverse, je baissai le regard sur mes mains croisées. Elle m'avait déçue, je n'étais pas sûre de lui pardonner un jour de m'avoir fait un coup aussi bas, mais est-ce suffisant au point de la laisser tomber ? J'étais impulsive, je démarrais au quart de tour depuis aussi loin que je me souvienne... et j'avais tendance à regretter certaines choses. Si j'avais eu autant de patience avec Steph, c'était sans doute par amour. Et la réaction que j'avais eu à l'hôpital avait été de la déception causée par la personne qui partageait ma vie et en qui j'avais eu confiance.
- Alors ? Tu ne l'aimes plus ?
- Bien sûr que je l'aime encore. Mais je ne peux plus être avec elle. J'ai plus confiance. Elle n'aurait jamais dû faire ça.
- C'était parti d'un bon sentiment, la défendit maladroitement Yukki, ce que je trouvais craquant.
- Pour elle, pas pour moi. Tu m'as jamais posé d'ultimatum, je te rappelle. Même si je l'aime encore, je suis pas sûre de pouvoir continuer avec elle. Pas après ça.
- Prends le temps d'y réfléchir.
- C'est déjà tout réfléchi.
Je regardai enfin Yukikihiro qui, je l'avais deviné, ne m'avais pas quitté des yeux. Il était attentif, et surtout compréhensif.
- Ne pense pas à moi, Alex. Pense à toi. A ce que tu veux.
Je ne savais même plus ce que je voulais vraiment, à part retrouver un équilibre sentimental normal. Mais la normalité, pour moi, c'était d'être avec ma copine. Mais son geste revenait toujours au milieu. Je cessai de réfléchir pour aller me caler contre le musicien qui passa son bras sous mon haut pour me caresser le dos.
- Il faut que je vois Stéphanie pour être fixée. Que je lui parle, et qu'on mette tout à plat. Et si on doit se séparer...
- Ne pense pas encore à ça.
- Mais et toi ? Admets un instant qu'on reste ensemble, toutes les deux, tu vas faire quoi, toi ?
- Je m'en ferais une raison, répondit Yukki en me serrant un peu plus contre lui. C'est vrai que j'aurais voulu qu'on soit ensemble mais...
- ... "Quand on y peut rien y faire il faut vivre avec.*"
- Il faut qu'on y aille, conclut Yukihiro, avant de déposer un baiser sur mon front.
- Okay.
Nous nous levâmes, à contre-coeur.
- Tu penses aller voir Stéphanie quand ?
- J'en sais rien. Ce soir, peut-être.
- Tu ne veux pas y aller ce matin ?
- Bah, et le boulot ?
- Je prends sur moi, ne t'en fais pas. Tu veux qu'on aille à la douche ?
- "On" ?
- Tu peux passer avant moi, si tu veux.
- Hm... Non.
Yukihiro m'emmena avec lui dans la salle de bain où il retira mon tee-shirt avant de me faire reculer dans la douche où il entra à son tour. L'eau glacée nous provoqua des frissons et je remarquai alors à quel point le corps mouillé d'un homme pouvait être attirant et surtout... sexy. Si le jet de la douche était devenu tiède, j'avais de nouveau très, très chaud, en prenant du plaisir à caresser le torse trempé de mon batteur préféré. Yukkie prit mon visage entre ses mains. Les baisers fusèrent, doux, sucrés et surtout plein d'amour. Ca se ressentait, et ça faisait un bien fou d'avoir un tel échange. Ca faisait du bien de se sentir aimée, tout simplement.
*Annie Proulx, "Brokeback Mountain".
