Salut à vous qui contre toute attente suivez encore cette histoire!

Elle paraissait enterrée c'est vrai.

Parce que je suis incapable de NE PAS commencer une nouvelle histoire quasiment par semaine.

Ce qui rend ma constance, ma fidélité, si vous voulez, TRÈS difficile.

Mais je n'oublie jamais une histoire que j'aime.

Et celle-ci compte beaucoup pour moi.

Voici donc pour vous la suite de cette glaciale histoire:

...

Épisode 8

...

Le lendemain matin, Remus dormit une fois de plus entre Flitwick et Chourave dont les échanges matinaux devenaient passionnés, et Drago dispensa des regards meurtriers à ses voisins de table qui s'espacèrent en conséquence. Sans le savoir, ils partageaient la même malédiction : A l'inverse de tous les autres habitants du château, ils avaient veillé toute la nuit par pure abnégation et également en pure perte.

Puis Remus fut bousculé par Slughorn, qui s'excusa en souriant de toutes ses dents, Lucas vint déverser son flot de paroles sans intérêt sur Drago, et la mécanique du jour commença.

Il se produisit que Remus avait oublié ses copies dans son appartement, et dans un premier temps, ce détail fut sans conséquence. La journée se déroula avec la banalité et la lourdeur d'un fleuve charriant des carcasses métalliques. Toutefois, Remus fut amené à ressentir un certain ennui au cours des deux dernières heures de classe, entièrement consacrées à une interrogation écrite. Les huitième année étaient penchés sur de longs parchemins couverts de questions, et Remus en profita pour sortir la carte des maraudeurs, et se livrer à son espionnage habituel, poursuivant du doigt les passants des couloirs. De jour, il n'y avait personne. Quand il eut tracé les pérégrinations des quelques élèves partis se rafraîchir et de Rusard, pour qui la surveillance était la passion d'une vie, il s'arrêta et attendit, en gardant dans ses mains le morceau de parchemin.

Quand il ne l'attendait plus, la cloche sonna, et les dernières vibrations sonores s'attardèrent dans la salle de classe, où les étudiants se pressaient dans un joyeux désordre de fin de semaine. Les retardataires regardaient, placides, cet élan populaire. Comme d'habitude, ils étaient au nombre de deux, une fille et un garçon, à ne pas se ruer vers la sortie: Elle se coiffait, son miroir la réfléchissant ; lui réfléchissait sans miroir. La scène était assez banale. Il flottait dans l'air le virginal parfum de mûre de la jeune fille, ravissante dans son costume aux couleurs Serdaigle, mêlé à celui, plus brut, de la combustion du bois dans les cheminées. Une langueur hivernale les engourdissait, et ce fut à ce moment-là qu'une erreur fut commise, comme un barrage qui cède, entraînant avec lui des mètres cube d'eau stagnante qui engloutissent le contrebas en un instant.

Ils étaient donc trois. Le jeune homme, la jeune fille, et le professeur. La jeune fille s'admirait dans un petit miroir cerclé d'argent, orné en son coin supérieur droit d'un petit phénix déployant ses ailes. Elle semblait ne pas se lasser de sa contemplation. Un soupçon perça dans l'esprit de chacun des deux hommes qu'une telle coquetterie était inhabituelle. Remus baissa les yeux sur la carte. Il sentait la peur et l'excitation s'entrechoquer dans son cerveau en un combat assourdissant, juste quelques secondes...

Bingo. Sur la carte brillaient trois petits noms. Remus John Lupin, Drago Malefoy et Paul Berthaud. Drôle de nom pour une demoiselle.

En un instant, il franchit la distance qui les séparait.

- Il vous plaît, votre visage, hein?

Pause. La jeune fille s'immobilisa. Drago vit avec angoisse son professeur écarquiller les yeux d'une haine animale et hurler:

-SAUF QUE CE N'EST PAS LE VÔTRE!

Fracas. Il y eut des éclairs, et puis une fumée brouilla les repères. Drago se coucha sous une table pour reprendre sa respiration et analyser la situation. Les pieds de la chaise lui meurtrissaient les côtes et la fumée lui arracha un éternuement. Il évita de justesse un rayon vert qui heurta le sol à dix centimètres de son cou, et eut juste le temps d'entendre le cri de Remus qui lui ordonnait de fuir avant de s'enfermer dans une bulle de silence. Il serra les dents, refusant de céder à la panique. Le nouveau rayon vert qui s'abattit dans sa direction lui confirma que l'agresseur ne plaisantait pas. Mais il était écrit qu'aujourd'hui ne serait pas son jour de chance. Drago ne réfléchit pas un quart de seconde. Quand il distingua enfin la silhouette féminine à travers la fumée, il lança le sort d'entrave le plus puissant de sa jeune vie, et l'agresseur glissa sur le sol comme sur une plaque de verglas. Il fut instantanément désarmé et stupéfixé par Remus.

- Drago?

- Oui, je suis là.

- Ne parle pas, il nous entend. D'abord le miroir...

Remus détruisit le miroir. Sa partie en verre tomba au sol en poussière d'étoiles, le mouchard était réduit à néant. Remus tournait le dos à Drago mais il pouvait sentir presque physiquement son regard empli d'interrogations. Il aurait préféré laisser le jeune homme en dehors des questions importantes, de la défense nationale, mais déjà il savait que le silence serait une trahison. Il ne pouvait pas prétendre le traiter en adulte s'il ne lui expliquait pas la raison et l'importance du duel auquel il avait plus qu'assisté.

- Plus tard, Drago. Je te raconterai tout. Mais maintenant tu dois me laisser seul.

Drago ne protesta pas. Il obéit sans un mot et descendit à contrecœur les marches menant aux cachots. Ses mains tremblaient. Il n'avait jamais aimé se battre, il n'était pas doué pour ça et détestait cette urgence inculte des combats où l'on est prisonnier des apparences. Il avait paré au plus pressé, sans réfléchir et il se trouvait stupide, à présent. Il voulait arracher les explications à Remus et non les attendre sagement, mais ne souhaitait pas montrer une nouvelle fois à son professeur sa faiblesse. L'endurance et la discrétion sont forces. L'emportement est faiblesse. Et pourtant, il trouvait la situation humiliante. Après tout, sans son aide, Remus ne s'en serait peut-être pas sorti? Mais qu'une telle chose ait ou non une chance d'être vraie, il refusait de l'envisager. C'est le lot de tous ceux qui croient, car la croyance apporte souvent plus de bonheur que la recherche aveugle des vérités. Aussi chassa-t-il cette idée au sens propre, d'un revers de la main, comme on écarte un insecte.

Il fit les cent pas dans sa chambre pendant des heures, jusqu'à ce que le manque de nourriture et son état de faiblesse l'obligent à s'asseoir. Il avait été placé au centre d'un conflit irréel, avait joué un rôle déterminant qu'il n'avait pas du tout compris, pour aider un homme auquel il faisait confiance de manière absolument arbitraire, et par là-même contestable. Mille fois il voulut quitter sa chambre pour aller voir Remus, mille fois il se ravisa. Épuisé, il s'endormit en boule sur son lit, dans la tiédeur toute relative de son manteau.

...

Ce fut une sensation plutôt désagréable qui le réveilla. Son visage était collé à la fourrure de sa capuche et les poils d'hermine étaient trempés de sueur. Il n'avait qu'une envie, s'extraire de cette prison humide et bouillante. Il suffoquait. Il ne comprit pas immédiatement ce qui lui arrivait. Un large carré de lumière bordait son corps d'une chaleur légère. Quand il voulut se lever, son pied toucha de l'eau. De l'eau aussi fraîche que de la neige fondue, qui lui arracha un petit cri. Il regarda autour de lui, et vit que la lumière venait de l'extérieur et meublait toute la pièce. Comme au sortir du rêve d'une forêt profonde, après des poursuites aveugles de fantômes, le jour perçait et il avait devant lui, imprimé en lumière crue sur sa rétine, la possibilité d'une vallée paisible. Il se dirigea vers la douche et l'eau lava son corps de l'angoisse de l'hiver. Il était resté très maigre, et l'eau lui apportait un peu de pesanteur rassurante. Il souriait. Remus et lui avaient mis fin à l'hiver. L'idée d'être le seul à pouvoir comprendre lui donnait envie de rire de joie, la joie simple d'un autre temps.

...

Après une heure de vol dans les rayons du levant, Remus consentit enfin à atterrir devant les portes de Poudlard. Il avait accompli sa mission. Au moment où le pouls s'était calmé, où il avait compris que c'était terminé, qu'il avait gagné, le besoin s'était imposé à lui de s'extraire de toute cette saleté. Il s'était élancé, fou d'impatience, à travers des mètres cube d'air pur, celui des hommes libres. Il avait rempli ses yeux de la noblesse et de l'invraisemblance de la neige vierge. Elle avait nettoyé ses mains. Ne demeuraient d'une nuit de torture que quelques cristaux souillés de sang invisibles dans l'immensité de sa gloire.

-Magnifique.

Remus se retourna. Drago lui souriait par en dessous, son regard amusé était un rien insolent.

Pour la première fois depuis la rentrée, il se conduisait comme un être vivant. L'heure, sans doute, songea Remus, était aux explications.

-Tu es venu me chercher, n'est-ce pas ? Je vais te confier la vérité à propos d'hier soir. Tu as dû remarquer que j'étais particulièrement impliqué.

Tu vois cette neige ? Hier, cette même neige nous aurait tous condamnés. Imagine que quelqu'un ait ouvert la porte : le froid aurait envahi le château jusqu'à tapisser de givre l'intérieur de nos poumons.

Il marqua une pause et invita Drago à le suivre à travers le parc. Il était six heures du matin et tout le château dormait, enfoui dans la torpeur presque confortable de ce samedi matin. Après quelques pas dans la neige épaisse, il reprit :

-Nous avons connu un combat chimérique, dont tu as été le seul témoin. L'homme que j'ai vaincu a employé la même technique que Bartemius Croupton en son temps : le polynectar. Il a utilisé le cadavre d'une jeune française. Il l'a tuée pour lui voler son identité et se faire inscrire ici en toute discrétion.

Et puis il a commencé à instaurer un sort d'invasion… C'est de la magie noire asiatique. On en a utilisé beaucoup en Chine au cours du siècle dernier pour répandre des maladies ou des parasites dans les palais. Les habitants, le personnel servant et même les animaux disparaissaient les uns après les autres comme au terme d'une longue décadence, frappés de maux pour lesquels on ne trouvait pas de remède. Cela s'explique par la nature même du charme : il fonctionne comme un coffret scellé. On peut lui lancer des centaines de sorts directs, aucun n'aura d'effet, tandis qu'une minuscule clé l'ouvre sans effort. Ici, le contresort est un simple mot, ou phrase, que seul l'instaurateur du maléfice connaît.

« La Douleur est Blanche », « Pain is White », c'était ça son mot de passe.

Drago se souvenait en effet de l'inefficacité de ses incendio. Ses sorts n'étaient pas faibles, ils ne pouvaient simplement pas démanteler le charme.

L'aube pâle de février filtrait à peine entre les arbres alourdis. Ils avaient froid, mais ce froid était vif, naturel, alors que celui qu'ils avaient subi jusqu'à présent était morbide. Le lac gelé était en reflets opalescents, miroir du ciel vaste et calme. Au loin, la forêt interdite semblait presque belle, sombre et haute comme une église en ruine.

-Remus ?

L'interpellé se retourna, surpris d'entendre son prénom, approprié un peu familièrement par son élève. D'un sourire il l'encouragea à poursuivre.

- Comment avez-vous procédé… Comment lui avez-vous soutiré de tels aveux ?

Le cœur de Remus rata un battement quand il entendit l'angoisse dans ces mots.

Il eut un empressement totalement instinctif.

Prendre Drago dans ses bras.

Le protéger.

Parfois les faits sont si laids qu'on entrevoit dans le mensonge une concession vitale. Mais Remus avait pris le parti de la vérité. La question de Drago appelait une réponse barbare, et cette barbarie était inévitable.

« Je suis un guerrier. »

Alors il sentit des doigts se serrer compulsivement dans son dos. Drago tombait dans ses bras, et Remus accusa le poids de son corps sans vaciller.

Il y avait dans leur étreinte quelque chose d'extrêmement fragile, comme l'équilibre climatique maintient la vie sur Terre. L'harmonie du cercle de leur bras pouvait se rompre à tout moment, et elle contenait la paix. Drago se sentit lentement repoussé, sans froideur ni méchanceté, et quand il retourna en direction du château, il sut qu'il était devenu un tout petit peu moins seul.

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suite au prochain épisode

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