CHAPITRE VIII

Il le pensait depuis longtemps, mais avait enfin confirmation. Cette femme était folle. Et en manque. Grandement ! Et au final, lui aussi. Depuis qu'il l'avait embrassée le soir où elle avait perdu Joy, sa vie n'était plus pareille. Plus de prostituées. Il ne pouvait pas se résoudre à s'abandonner dans les bras d'une autre. Moins de sorties, plus de gueule de bois. Mais un mal de tête de tous les instants. Il réfléchissait trop. À l'avenir, à eux, à ce qu'ils étaient l'un pour l'autre. Il ne voulait pas finir vieux et seul. Il avait mis longtemps à accepter qu'il avait des sentiments pour sa patronne. Et ça lui prenait encore pas mal de temps de figurer ce qu'il voulait faire de son derrière.

Pourtant là, il avait une idée très précise de ce qu'il voulait en faire et avec qui. Elle avait dégagé une telle sensualité, une telle force, un tel désespoir que ça l'avait retourné. Complément. Son boxer pouvait dire de même. Il la regarda de nouveau. Yeux fermés, bouche légèrement ouverte. Cette image lui était familière. Et il ne demandait qu'à en être plus. Il voulait être l'instigateur de cette moue, comme il l'avait été des années auparavant. Mais il ne voulait rien précipiter. Il avait attendu six ans. Il n'était plus à un soir près. Parce que ce soir, il était hors de question pour lui de profiter de son imprégnation alcoolique. Il avait eu beau se dire qu'elle avait encore un minimum les pieds sur terre, qu'elle savait à peu près ce qu'elle faisait, elle venait de lui prouver tout le contraire.

Et comme un malheur ne vient jamais seul... Il vit l'abruti qu'il avait invité. Pourquoi, mais pourquoi avait-il fait cela ? Heureusement que Cuddy et Thirteen étaient parties se repoudrer le nez. Il allait pouvoir évincer l'indésirable, vite fait bien fait. Et surtout, Lisa n'en saurait rien. Il savait qu'il pouvait compter sur la discrétion de ses employés.

Décidément pas sa soirée. L'homme arriva à sa hauteur au moment même où les deux brunes regagnaient leurs sièges. Il vit aussitôt le regard réprobateur de Cuddy. Il avait fait le con. Il allait assurer et finir la soirée sans heurts. Il avait réussi tant bien que mal à gagner les faveurs de sa belle, ce n'était pas pour les perdre en un instant.

« Écoutez, je suis désolée pour tout à l'heure. Je ne pensais vraiment pas que vous viendriez. » Dit House, ne laissant pas une chance à l'homme de dire quoi que ce soit. « J'ai fait une mauvaise blague à ma patronne. Je ne pensais pas que ça irait si loin. ». Il baissa le regard, il n'aimait vraiment pas s'excuser. Cuddy le regarda, abasourdie. Quel gros con. Mais à quoi jouait-il ? Il lui donnait la becquée de la façon la plus sensuelle qui soit, l'embrassait, jouait au gentleman et maintenant elle n'était plus que sa patronne. Dix minutes plus tôt, elle lui chantait à quel point elle le désirait et là, elle n'était plus que la directrice de l'hôpital dans lequel il travaillait. Bien. Parfait. Il voulait jouer. Elle allait jouer.

« Non, c'est bon House, ne vous inquiétez pas. » Dit-elle d'une voix incroyablement douce, en posant sa main sur l'avant-bras de l'inconnu. « Maintenant que vous êtes là, ce serait dommage de nous quitter avant même de vous être amusé. » Elle battit des cils et sut que l'homme était subjugué. Elle avait un physique avantageux et savait en jouer. Des années de pratique! Elle jeta une œillade à House, espérant bien le faire enrager. Il semblait calme. Elle allait devoir redoubler d'efforts.

À ce moment-là, l'animateur appela Rémy. Cette dernière, d'une nature plutôt réservée, avança vers la scène avec appréhension. Elle se retourna plusieurs fois vers son compagnon, lui demandant un soutien moral. Il lui souriait, l'encourageait. Juste avant de monter sur l'estrade elle vit House lui faire signe que tout aller bien se passer, pouces en l'air. Elle craignait le pire. C'était officiel. Quand les premiers accords se firent entendre, elle éclata de rire. Soulagée. House était un idiot et elle allait bien se marrer.

Allo Lola c'est encore moi.

Elle n'avait pas de tabou. Du moins pas en ce qui concernait sa sexualité. Elle avait toujours été persuadée qu'on tombe amoureux de personnes et non d'un genre. Pour elle, tout était une question d'envie, de feeling. Un jour un homme. Le lendemain une femme. Elle attrapa une mèche de cheveux, l'enroula autour de son doigt et d'une moue boudeuse continua.

Allo Lola ne raccroche pas.

Ne mets pas de holà, Lola, oh là!

Elle se dandinait, bougeant ses hanches en rythme et continuant son numéro de petite fille. Elle savait que ça exciterait Foreman. Il savait qu'elle était ouverte d'esprit et n'y voyait pas d'objection. Elle était avec lui parce qu'elle en avait envie, parce qu'elle avait des sentiments pour lui. Et ça leur suffisait. Ils avaient confiance.

C'est la première fois pour moi que tes yeux me font...

Les yeux de Foreman, noisettes parfaites, la faisaient fondre et elle était bien décidée à le lui prouver.

Cuddy, surprise, se retourna vers House. Pourquoi avoir une telle chanson, dont le thème principal était l'homosexualité féminine. Elle était perdue. La tablée rit. Thirteen était bi. La doyenne vira au rouge en pensant qu'elle avait pris sa douche, avec Rémy dans la même pièce qu'elle. Qu'elle s'était habillée, préparée devant elle. Le neurologue nota son embarras, en profita pour rire à ses dépens. Il lui confirma que la jolie brune n'avait d'yeux que pour lui. Elle rit. Elle aimait ces moments passés avec son équipe. La complicité qu'ils partageaient. Elle se souvint alors de la présence de l'homme à ses côtés. Elle se pencha vers lui, laissant entrevoir son décolleté au concerné et lui souffla à l'oreille qui était qui, lui parla de son travail. Rapidement, ils se trouvèrent à rire à voix haute, parlant de tout et de rien. Cet homme était assez charmant. Dans d'autres circonstances, il aurait pu lui plaire. Mais là, il n'était pour elle qu'un jouet, un stratagème pour obtenir ce qu'elle voulait, ennuyer celui qu'elle aimait. Et ça commençait à marcher. House serrait les dents, les joues légèrement pourpres. Plus il lui lançait des regards assassins, plus elle se rapprochait de... comment il s'appelait déjà ? Du type du resto. Pour elle, il n'était que le type du resto. Rien de plus, rien de moins.

« Et Rachel, vous l'avez eu au téléphone ce soir ? » Demanda House, complètement hors de propos, avant de se lever. L'homme regarda Cuddy. Elle lui expliqua alors qu'elle était mère. Et ça n'eut pas l'air de plaire à cet homme. Il perdit encore un peu plus de son capital sympathie. Ne pas aimer les enfants, délit, crime aux yeux de la douce mère. Il commençait à lui faire ses adieux quand House arriva, telle une tornade, l'empoigna, la força à se lever et la guida, main dans la main jusqu'à la scène. Elle essaya de se débattre quelque peu, mais c'était peine perdue. Il ne la laisserait pas partir. Arrivés sur scène, il desserra quelque peu son étreinte, s'approcha du micro. Il lui fit signe de faire de même. Qu'avait-il pu bien prévoir encore ? Seul lui avait le secret de ses effets mélodramatiques. Et là, elle en était un peu lasse.

Lassitude évaporée aux premières notes de la musique.

« Vous connaissez ça, vous ? » demanda-t-elle, abasourdie.

« N'insultez pas ma culture musicale, bouclettes ! » lui dit-il d'une voix rauque, sensuelle. Sa phrase finit, il commença à chanter.

J'ai le feu du volcan

La chaleur du désert

La saveur de la Terre

La lueur d'une lune claire

Je n'ai rien que dans le cœur

L'immensité du ciel ouvert

Elle était sous le choc et sous le charme. Il avait la voix le plus merveilleuse qui soit. Douce et rauque, mélodieuse et enivrante. Et elle adorait cette chanson, ne pouvant s'empêcher de penser à lui, à elle, à un possible eux quand elle l'écoutait. Peut-être l'aimait-elle tant pour ça.

J'ai la fraicheur d'une rivière

La colère du typhon

J'ai l'amour d'une mère

Le tourment des quatre vents

Comme ils tombent les flocons de l'hiver

Ils s'entassent dans ma tête comme mes contradictions

Et mes perles d'amour dans un écrin de poussière

C'était tout elle. Le feu et la glace. La douceur et la colère. L'amour et la haine. La première fois qu'il avait entendu cette chanson, il n'avait pu s'empêcher de penser à elle. Les paroles et la musique. Elle aimait la douceur, la rythmique du Reggae. Sans doute parce que ça lui rappelait leur voyage en Afrique. Il se tourna légèrement vers elle, voulant la regarder dans les yeux quand il prononcerait ces paroles lourdes de sens.

Étrange comme je t'aime

Étrange comme je t'aime

Elle ne put s'empêcher de constater que leurs voix se mariaient parfaitement. Celle de son partenaire, rauque, mélodieuse avec la sienne, haut percée avec ce fin accent bourgeois qu'elle cultivait. Il ressortait d'autant plus quand elle chantait, remarqua-t-elle avant de se reconcentrer sur les paroles. Et l'homme avec qui elle partageait ce duo.

J'ai la lumière du soleil

Le frisson de la fougère

Elle était son rayon de soleil, apportant joie et gaieté autour d'elle.

La rudesse de l'hiver

La douceur du miel

Il se cachait sous cette apparence froide, mais elle savait qu'au fond, il était moelleux et douillet. Un Mon Chéri. Carapace amère, intérieur chaud et sensuel. Cœur, moelleux à souhait.

La folie manifeste

La tristesse éphémère

Il savait que sous ses apparences rigides se cachait la plus impétueuse des femmes. Elle était dotée d'une personnalité exceptionnelle. Et savait pardonner. Savait lui pardonner.

La foi de ceux qui ne posent pas de barrières.

Il n'aimait pas être contraint, avoir des limites fixées. Et leur entente était parfaite parce qu' aussi maniaque et autoritaire qu'elle était, elle savait accepter cela. Elle lui enviait même cette liberté d'action et de pensée.

Ils se tournèrent complètement l'un vers l'autre, ne montrant que leurs profils à la salle.

Étrange comme je t'aime...

Ils continuèrent la chanson ainsi. Explorant, dévoilant leurs sentiments l'un envers l'autre. Ils ne se quittèrent pas des yeux, subjugués par l'intensité du moment. C'était beau, c'était grand. C'était magique.

Étrange comme je t'aime

Étrange comme je t'aime

Wow wow wow

Ils se figèrent, incapables d'en dire plus. Ils laissèrent les deux chanteuses finir pour eux.

Je t'aime...

Les idées, les émotions allaient à la vitesse grand V dans sa tête. Déjà elle sentait les larmes lui monter aux yeux et, avant qu'elle n'ait pu se refréner, elle colla une gifle magistrale sur la joue de House.