VI.
- John... ? Je dois d'abord m'occuper de lui. Après je vous le rendrais. Peut-être.
Vingt-six minutes plus tôt
POV SHERLOCK
Je m'élançais dans l'escalier, me rappelant parfaitement du plan des lieux, je savais que trois étages plus bas se trouvait le sous-sol. Priant intérieurement que John aille bien, je descendais le plus silencieusement mais aussi le plus rapidement que possible. Je n'avais pas d'arme, mais tant pis, avec un peu -beaucoup, de chances, mon cerveau aiguisé nous sortirait d'affaire.
Brutalement je m'arrêtais, des voix se faisaient entendre. Le dernier escalier menait à un sombre couloir de pierre, éclairé ça et là par de vieilles bougies qui menaçaient à tout moment de s'éteindre. Au bout, je pouvais distinguer deux silhouettes qui se faisaient face, mais elles étaient bien trop grandes pour qu'il s'agisse de John.
A ma droite, un grand tableau, où était représenté les portraits d'une femme blonde, m'interpella. Son regard avait quelque chose de saisissant comme tous les autres portraits que j'avais croisé jusque-là. L'œuvre n'était pas connue, j'en étais certain, jamais je ne l'avais vu ailleurs... Et ce regard qui me suivait... Les deux silhouettes au fond disparurent et je m'avançais, or un minuscule vrombissement me retins. Un objectif s'ajustait. Tout près de moi.
Immédiatement, mes yeux s'écarquillèrent d'effroi... Je m'approchais pour confirmer ma théorie avant de me mettre à courir vers les escaliers en sortant mon portable, composant le numéro de John. Le sang afflua à me tempes et je sentis littéralement mon cœur s'affoler dans ma poitrine. Seigneur, vite, décroche !
Les yeux des peintures n'étaient pas bien représentés au point de croire qu'ils nous suivaient comme ceux de La Joconde, non. C'était parce qu'il s'agissait de minuscules caméras ! John et moi avions été repéré très certainement dès le début !
- « Vous êtes bien sur la messag... »
Je raccrochais en lâchant un juron, pour essayer de nouveau mais le silence me persuada de ce que je devais faire : je fis demi-tour.
Cependant, je ne me fis pas avoir deux fois ! Je passais en dessous des visages des tableaux afin d'éviter un maximum d'être suivis.
John, où es-tu à la fin ?!
Je constatais deux chemins différents au bout du couloir et qui plus est, de plus en plus sombre. Pourquoi John serait-il venu seul jusque-là ? … A moins qu'il ne me croit en danger ! Je ne voyais pas d'autres solutions... Mais alors cela signifiait que j'étais peut-être aussi en train de me faire piéger... Peu importe, je ne voulais pas prendre le risque de ne pas revenir avec John.
On captait étrangement bien ici. Je tentais de nouveau de l'appeler.
J'entendis sa sonnerie au loin sur ma droite. Je pris la direction de ce chemin. John ! La panique commençait à m'envahir, si bien que je me mis à courir jusqu'au bout de l'allée. L'atmosphère était oppressante.
Deux portes battantes se présentèrent à moi : je jetais un coup d'œil par le hublot, mais la salle était trop sombre pour que je vois quoique ce soit. Je raccrochais mon téléphone, ayant confirmation que la sonnerie venait de la pièce d'à côté. Il n'y avait plus de portraits aux murs depuis quelques mètres, donc soit c'était parce qu'il n'y avait pas d'autres issues et donc les caméras étaient inutiles, soit il faisait trop sombre pour qu'elles servent à quelque chose. Cela ne changeait rien. Je savais qu'il fallait que je rentre. John était en danger. Il avait bien pris son portable quand nous étions partis. Il lui était arrivé quelque chose et c'était de ma faute. Encore. Mais il était hors de question que je laisse cela passer. J'allais le retrouver et arracher la tête à tous ceux qui lui avait fait du mal, en priant pour que je n'ai personne à tuer, cela voudrait dire qu'il va bien.
Je poussais la porte.
POV JOHN
Il me frappa à la joue. J'avais réussi à esquiver jusque-là, mais mon adversaire semblait infatigable ! J'allais avoir un joli hématome à la pommette. Merci. Je roulais sur le côté, ayant été entraîné au sol par la force du coup, évitant ainsi un coup de pied qui m'aurait sûrement arraché un cri. J'enfonçais mon talon dans l'articulation de son genou et ce fut à son tour de tomber au sol. Ma petite talonnette alla rencontrer sa mâchoire et dans un mouvement d'adrénaline, je me relevais pour aller lui écraser la face contre terre. Je sortis mon browning de derrière ma ceinture pour le coller sur sa tempe :
- Bon, maintenant que tu es à ma portée, c'est quoi ces conneries ?!
- Je.. Je ne vois pas de quoi tu parles !
J'appuyais un peu plus mon pied sur sa nuque.
- Ne fais pas le malin, tu es le troisième à m'attaquer depuis deux minutes ! Où est mon ami ?!
Il explosa de rire :
- Pauvre con, il s'est aussi bien fait avoir que toi, l'idiot !
Un éclair de peur me traversa avant que je ne reprenne contenance :
- Il est où ?
- Qu'est-ce que j'en sais, moi ? Les gars devaient s'en charger !
Je retins un grognement. On venait de se faire avoir comme des bleus !
- Qu'est-il arrivé à Andrew Garett ?
- Qui ? Gémit-il face à la douleur que lui infligeait sa position.
- Le gamin qui est venu chez vous il y a pas longtemps ! Il a fouillé dans vos affaires et à découvert ce qu'il ne fallait pas, c'est ça ?
J'aurais peut-être eut une réponse... Si le coup qu'on me porta à la tête de m'avait pas envoyé dans les limbes de l'inconscience.
POV SHERLOCK
Le silence régnait totalement dans la pièce. Il n'y avait plus de bruits aux alentours, plus rien. Je n'entendais que ma respiration, cependant je me sentais observer... Il faisait sombre, et je voulus sortir une lampe de ma veste, mais je n'eus pas à le faire car une lumière s'alluma au centre de la pièce. Sur le sol, je pouvais très bien distinguer un téléphone. Le téléphone de John. John... Je fermais les yeux. On l'avait encore pris pour cible. J'étais à peine rentré que cela recommençait...
Je lui avait dit que je ne connaissais pas ce Charles, mais je savais très bien de qui il s'agissait. Un homme d'affaire, qui faisait du chantage contre son silence pour des affaires qui ne devaient absolument pas être révélées... Bien entendu que je savais qui il était. Lors de mon absence, son nom était déjà apparu lors de mes recherches. Aurais-je dû le dire à John ?
J'ouvris mes paupières doucement et me décidais à avancer. De toute manière, je n'avais pas le choix. Je dois trouver John. Je devais le ramener à la maison.
Je savais qu'à partir du moment où je serais dans la lumière, il y aurait un changement. Je pris une profonde inspiration : on ne me tuerait pas si vite. Saisissant mon courage à deux mains, je fis un pas en avant et me penchais pour ramasser le portable de John. Un haut parleur crachota ce qui me fis sursauter, avant que j'entende distinctement :
- Je crois que je détiens le propriétaire de ce téléphone.
Ma mâchoire se contracta.
- Il n'est pas à vous, Charles Augustus Magnussen, assénais-je sans lever la voix sachant qu'il m'entendrait peu importe où il se trouvait.
Il devait y avoir des micros. Il n'avait pas pris de risque en me parlant à travers des hauts parleurs. Ce qui signifiait qu'il n'était pas tailler pour le combat, et qu'il avait peur que je le surpasse. Manque de courage. Je fronçais les sourcils. Ce n'était pas normal. Il faisait du chantage à des personnes haut placées, mais face à moi, il n'était pas sûr de pouvoir tenir?
- Oh, je vois que vous vous êtes renseigné, grésilla la voix qui résonna dans la grande pièce donc je ne voyais même pas les murs face à l'obscurité.
- J'aime connaître mes adversaires.
Mais celui-là me paraissait bien spécial. Caché, il allait être difficile à atteindre.
- Que voulez-vous? Renchéris-je en tournant sur moi-même, cherchant un indice sur le lieu où se trouvait John.
Dans mes mains, l'écran du téléphone était brisé, ce qui laissait sous-entendre qu'il s'était battu. Cela n'annonçait rien qui vaille. La voix dans les hauts parleurs émit un petit rire qui n'eut rien pour me rassurer. John, John.
- C'est plutôt à moi de vous posez cette question. Vous êtes entrés chez moi après tout...
Je grimaçais. Ma position n'était pas avantageuse. Je jouais la carte de la sécurité. Tant que je ne sais pas où est John, autant ne pas prendre de risques. Voilà au moins ce que cette année de solitude m'avait appris.
- Où est John?
Nouveau rire. Mes doutes furent confirmés : il savait où il était. John avait bien été enlevé. Encore. A cause de moi.
- C'est son nom?! Dites-moi pourquoi je devrais vous le rendre, mon ami?
Je serrais des dents. « Mon ami » ? Il reprenait confiance. Évidemment, il détenait mon point faible, et je venais de lui prouver. Quelle erreur. Je venais de mettre John encore plus en danger. Pourtant, j'avais visiblement un avantage : il ne semblait pas nous connaître puisqu'il ne connaissait pas nos noms. A moins qu'il s'agisse d'une feinte...
- C'est pourtant évident. Si vous ne voulez pas d'ennuis, il serait préférable que moi et mon ami sortions... Vivants.
Je crus nécessaire de préciser. Ainsi, il saurait que je suis lucide et que je sais ce qui m'attends...
- Vous pensez que cela va être aussi simple ? Je vous trouve bien sûr de vous.
- Autant que vous.
Cette fois-ci, il explosa de rire. Rire qui résonna dans toute la pièce.
- Mais moi, je ne suis pas en danger. Je ne suis pas au milieu d'une pièce incapable de savoir ce qui m'entoure. Mon ami n'est pas kidnapper...
Je pinçais mes lèvres avant de répondre :
- Vous pensez que cela m'empêche d'être sûr de moi ? Vous êtes encore plus idiot que ce que je le craignais.
Il pouffa mais cela ressembla plus à un crachotement avec le grésillements des hauts parleurs. La situation n'avançait pas.
- Votre insolence va vous jouer des tours.
- C'est une menace.
- A votre avis ?
- Je ne posais pas une question.
Un silence me répondit. Que pouvait-il faire ? Réfléchir ou parler avec ses hommes ? Si seulement je savais où trouver John. Je me repassais mentalement le plan dans mon esprit... Et constatais avec rage que cette pièce n'y figurait pas. Mycroft était le plus nul d'entre nous. Même pas fichu de nous donner des données correctes. Maintenant, je ne savais même pas où pouvais se trouver John. Il pouvait déjà être très loin. Ou même mort.
- Alors, qu'en avez-vous fait ? Répétais-je en levant les yeux vers le plafond.
Je ne le voyais pas non plus, excepté au dessus du néon qui était au dessus de ma tête. Il y avait plusieurs tuyaux. Gaz et eau probablement. Il devait alimenter toute la villa. Le sous-sol avait dû être construit après.
- Vous êtes tous les deux tombés merveilleusement bien dans le piège, je ne pouvais espérer mieux.
Je fronçais les sourcils.
- Oui... J'ai fait croire à chacun de vous que l'autre était en danger...
Je sentis qu'il était fier dans sa voix. Voilà pourquoi je ne pouvais trouver John... Parce que celui-ci était aussi partit à ma recherche... Mais alors...
- Donc, vous ne détenez pas John. Vous me faites marcher depuis toute à l'heure. J'ai autre chose à faire, au revoir.
Je commençais à sortir du cercle de lumière, mais brusquement j'entendis un bruit sourd. Puis, une voix dans le haut-parleur...
- La prochaine fois, il faudra que l'on se coordonne mieux, S... Idiot.
Je souris et grimaçais en même temps. Ne fais pas de l'humour dans un moment pareil, John. Il avait failli dire mon nom, mais s'était rattrapé au dernier moment.
- John..., soufflais-je plus pour moi-même.
- Alors, maintenant vous me croyez.
Ce n'était pas une question. Il avait compris comme je fonctionnais. Que devions-nous faire maintenant ? Je refusais de lui dévoilé pourquoi nous étions là, car en lui avouant que je savais ce qu'il faisait, j'aurais des risques de me faire tuer immédiatement.
- Dites-moi, mon ami, reprit-il et le ton de sa voix se faisait plus sérieux, comment êtes-vous sûr que je suis l'homme que vous croyez ?
Je fronçais les sourcils... Il était vrai que sa manière d'interagir ne collait pas vraiment à son profil. Charles Augustus Magnussen était sûr de lui. Se cacher derrière un haut-parleur prouvait un manque d'assurance. Je fronçais de nouveau les sourcils.
- Peu importe qui vous êtes.
- Vraiment ? Alors, pourquoi êtes-vous ici ? Deux inconnus ne s'invitent pas à une fête pour leur bon plaisir.
- Et pourquoi pas ?
- Ne jouez pas l'idiot avec moi, je vous en prie.
J'esquissais un sourire. Bon. Déjà je savais que John allait plutôt bien. C'était déjà ça. Je persistais à croire que je parlais à Charles Augustus Magnussen, cela pouvait faire partie de son jeu de se cacher.
- Vous ne voulez pas me dire pourquoi vous êtes là ?
Je m'abstins de répondre. Je pourrais très bien parler d'Andrew... Au lieu de lui faire savoir que je savais pour le chantage, mais si Andrew avait découvert cela, je me ferais prendre tout aussi bien, puisqu'il pourrait croire que je suis au courant comme ce gamin. J'étais dans une impasse. Je savais que si je révélais l'objet de ma présence, je perdais un avantage considérable et donc, les maigres chances que j'avais de revoir John... Mon cerveau fonctionnait à toute vitesse. Je n'y arrivais pas, je ne voyais pas de meilleure solution. J'avais l'horrible sensation de retourner un an en arrière comme lorsque j'étais sur ce toit. J'avais su que Moriarty voulait que je me suicide, mais j'avais espéré trouver une autre solution plutôt que de faire croire ma mort à John... Mais... Quand il avait tiré cette balle, j'avais su. J'avais compris que j'étais dans une impasse. Comme maintenant. Certes, j'avais certainement un peu plus de chance de survivre, mais en même temps... Cet homme ne nous laisserait jamais repartir.
- Pourquoi ne discuterions-nous pas face à face ? Demandais-je malgré le fait que je me doutais de sa réponse.
De nouveau, il rit.
- Je perdrais mon avantage. Vous le savez. Ne posez pas des questions inutiles et contentez-vous de répondre aux miennes. Vous savez que vous n'êtes pas en position de marchander.
J'inspirais profondément. Je n'aurais jamais dû revenir par ici. J'aurais dû traverser la villa et passer par l'autre côté. Je me souvenais qu'il y avait deux passages au sous-sol. J'aurais dû passer par l'autre côté. Mais, c'était trop tard pour se lamenter maintenant. Je devais trouver une solution pour nous sauver, John et accessoirement moi.
S'il était en face de moi, cela aurait été plus facile de le convaincre, de le manipuler, de déduire. J'étais impuissant.
- J'ai trouvé une solution, lança-t-il soudainement.
- Ah bon ?
J'en doutais fort que cette solution nous conviennent à tous les deux. Puisqu'il ne répondait pas, je lançais :
- Cette solution comporte-t-elle l'idée que vous me rendiez John ?
- John... ? Je dois d'abord m'occuper de lui. Après je vous le rendrais. Peut-être.
A cet instant précis, je compris. Et mon cœur s'emballa.
- Si vous touchez à John...
- Alors quoi ? Je n'ai plus le temps de jouer, lâcha-t-il sa voix se faisant sans appel.
C'était trop tard.
- Mais, je ne joue pas.
Inutile. Inutile. Inutile. Tout cela était inutile. Je savais ce qui allait se passer. Je le savais.
- Je vous laisse faire connaissance avec mon ami. Peut-être auront nous le plaisir de nous revoir, Sherlock Holmes.
Je fermais mes yeux. Naturellement, il savait. Il savait qui nous étions. Depuis le début. John. Lorsque je sentis un homme glisser derrière moi, je ne bougeais pas. Encore moins, lorsqu'une aiguille s'enfonça délicatement dans mon cou alors qu'une voix inconnue soufflait contre ma peau alors que je sombrais :
- Tu vas voir, on va bien s'amuser.
John.
John...
J.. John...
…
Bonjour, bonsoir ! *se cache derrière un bouclier*
Je sais que c'est beaucoup plus court, mais je crois que niveau intensité, ce n'est pas pareil, n'est-ce pas? *enfonce le couteau dans la plaie*
En tout cas, j'ai hâte de publier la suite, mais Patience est mère de Vertu ! Même si ça va être dur, je veux attendre un peu :)
Merci pour vos reviews, ça toujours plaisir !
Et n'hésitez pas à donner vos avis :D
MB
