Mmmh... bonsoir. Vous l'attendiez, et le voici... n'est-ce pas excitant ? Bon, je laisse tomber la bullshit sensuelle, VOICI LE CHAPITRE 8, rien que pour vous ! Le plus long que j'aie posté jusqu'ici, woah. Je me réjouis tout particulièrement de vos impressions pour celui-ci ! On se retrouve en bas ! *descend une échelle*


Ce que tu as cru

30 Novembre

La fin du mois arriva très vite. Les rapports se bouclèrent, les poignets se crispèrent et les locaux se firent plus bruyants. Pandora organisait toujours une fête de fin d'année avant d'octroyer des vacances annuelles à ses membres, et on pouvait croiser au détour de chaque couloir, des groupes de personnes commençant déjà à parler des préparatifs de la traditionnelle journée festive. Les deux-tiers des effectifs se retireraient ensuite pour leurs congés, les restants pouvant les prendre à un autre moment de l'année. Un bal et un spectacle prenaient toujours place en soirée et malgré l'absence de presque la moitié du personnel (qui partait plus tôt pour rejoindre de la famille dans une résidence lointaine et confortable), elle avait très bonne réputation. On disait même que certaines personnes de la haute noblesse y prenaient part occasionnellement (mais d'après Amand ce n'était qu'une rumeur infondée pour en renforcer l'image).

Il y avait ceux qui s'impliquaient et s'amusaient à la préparer, et ceux qui s'en fichaient totalement. Comme il en était pour toute fête bénévole au monde. Heureusement Pandora comptait parmi ses membres quelques fêtards motivés et bien heureux de pouvoir alléger leur travail si sérieux.

Cependant, le fils Lunettes qui faisait partie de ceux qui trouvaient toujours un moment pour aider aux préparatifs (surtout la décoration) n'était même pas là pour en entendre parler. Il était en congé exceptionnel et était rentré chez lui pour voir sa famille qui avait sa propre fête à la fin du mois. Un vague cousin à lui se mariait et tout le monde avait été convié pour assister à l'évènement. Il n'avait guère envie de revoir ses frères mais comptait sur leur bonne volonté pour qu'une indifférence mutuelle leur épargne toute confrontation. Il était en revanche content à l'idée de revoir ses parents, bien qu'il se doutait qu'ils avaient presque dû oublier jusqu'à ce à quoi il devait ressembler, aux vues des très rares visites qu'il leur faisait. C'était un peu triste, mais il n'avait jamais été très proche d'eux et leur absence ne l'avait jamais réellement contrarié. Il avait été envoyé très jeune chez les Barma pour être page et s'était retrouvé totalement plongé dans l'environnement ducal en très peu de temps. La maison ne lui avait pas manqué : chez le Duc, au moins, il se sentait utile.

C'est donc de bon matin qu'il avait pris un fiacre en direction de la maison familiale et s'en était allé non sans une pointe d'égarement au sujet de Break. Ce qui était arrivé la veille l'avait chamboulé.

.o-°-o.

29 Novembre

Après être passé aux archives la veille avec ses collègues pour y déposer les rapports, Reim décida de leur accorder un congé bien mérité jusqu'au lendemain. La matinée avait été longue et les bouclages étaient toujours éprouvants, surtout en fin d'année. Il y avait toujours plus de choses à vérifier, à signer, et des comptes rendus annuels à préparer... Douce lourdeurs des administrations. Ils étaient allés boire un thé bien chaud ensemble puis s'étaient finalement séparés après deux heures de discussions intensive.

Et contre toute attente, le jeune homme s'était retrouvé les bras ballants sans savoir quoi faire de son temps libre. Il n'était que quatre heure de l'après-midi.

Il retourna à son bureau qu'il rangea un peu puis passa les commandes (brèves mais nécessaires) pour leur réserve de douceurs et caféine, et en profita même pour aller voir le vieux Albert pour de nouvelles fournitures. Il resta un moment avec le vieil homme qui lui racontait sa vie en cherchant avec une lenteur exagérée des boites de crayons poussiéreuses et s'échappa enfin vers ses appartements. En entrant dans sa chambre, il jeta un coup d'œil à la pendule et s'affligea de voir qu'une seule petite heure s'était écoulée.

Bien, et qu'allait-il faire à présent ? Il partait le lendemain voir sa famille et sa valise était déjà prête depuis deux jours (OUI, il aimait prendre de l'avance !), il y avait encore du travail à faire mais ce qu'il restait revenait à ses collègues et il n'avait ni le temps ni l'envie de retourner au manoir des Barma… ou des Rainsworth. Trop loin. Voilà.

Oui, et trop stressant aussi, surtout !

Il s'étira longuement et sentit son dos craquer de toute part. Il fit la grimace et étira ses bras qui émirent un bruit de branches mortes brisées. Il n'avait pas eu le temps de faire ses étirements matinaux ces derniers jours et en retirait les bénéfices. Les heures passées voûté sur un bureau étaient destructrices. Il songea à rattraper ses exercices sur le moment mais se sentait trop perclus pour cela. Ses muscles étaient coincés et il avait un nerf au bas du dos qui le faisait souffrir à chaque fois qu'il se penchait.

Il se dirigea vers la salle d'eau et n'hésita pas deux secondes après avoir aperçu la baignoire. Il tourna énergiquement le robinet cuivré et un puissant jet d'eau en jaillit. Reim ne s'accordait de grands bain chaud que comme luxe occasionnel (manque de temps, toujours de temps, ils étaient toujours en retard et à peine le temps de se dire au revoir) mais vu son temps libre aujourd'hui, il pouvait bien penser un peu à ses muscles et ses nerfs qu'il avait à nouveau soumis à rude épreuve. Il se fit même plaisir en déversant une partie du contenu de la fiole qui lui servait de savon dans l'eau. Il ne se rappelait même plus de la dernière fois qu'il avait fait un bain mousseux.

Il sourit. Il avait le temps. C'était comme être en vacance !

Quelques minutes plus tard, après avoir avalé un cachet pour ses maux d'estomac l'uniforme de Pandora et tous ses vêtements reposaient sur une chaise et il se glissait dans l'eau brûlante avec un frisson de satisfaction. Aah… Dieu que c'était bon. Il retira ses lunettes et ses boucles d'oreille qu'il posa sur la petite commode à côté de lui et s'allongea dans la baignoire en appréciant la sensation de l'eau qui l'enveloppait et le réchauffait. Il s'immergea totalement et apprécia l'étrange son que produisait l'eau, étouffant les bruits du monde extérieur. En ouvrant les yeux il vit la lumière extérieure déformée par les méandres humides. C'était chaud et tortueux. La rencontre d'un élément en perpétuel mouvement et d'un autre totalement immobile. Ils se rejoignaient et jouaient ensemble en une étrange réunion.

Reim remonta et enleva la mousse sur son visage. Il écarta ses bras qu'il laissa pendre de chaque côté de la baignoire et observa d'un œil absent les volutes de vapeur s'élever en l'air. Sa conversation avec Amand après leur repas avec Break tournait en boucle dans sa tête. Il n'arrivait pas à mettre de l'ordre dans ses sentiments. Pourtant il savait que le meilleur des rangements aurait été de tout jeter… Mais il savait aussi que c'était impossible. Il n'était pas constitués de dossiers, il n'était pas une armoire ou un classeur. Il était humain.

Amand avait trouvé l'attitude de Break étrange. Juste un chouia trop tendue pour sembler réellement indifférente à leur conversation. Il lui avait sorti des théories abracadabrantes, des hypothèses irréalistes. Reim savait bien que rien de tout cela ne pouvait être possible, mais cela l'avait poussé à se passer la scène en boucle pour essayer d'en tirer ses propres conclusions. Il était vrai que son aîné avait lancé quelques répliques inhabituelles, mais après ce qu'il s'était passé entre eux, Reim ne pouvait pas s'étonner de légers changements. Break devait aussi être perdu par rapport à ce qu'il convenait de faire. Ou de dire.

Il l'avait brièvement recroisé les jours suivants mais rien de spécial ne s'était produit. Ils avaient parlé de la Duchesse, de Miss Sharon et d'autres banalités au détour des couloirs. Reim avait failli mourir de l'envie de lui demander s'il avait parlé avec Sharon de ce qu'il s'était passé entre eux. Il s'était retenu. Il semblait évident qu'il ne l'avait pas mise au courant de l'entièreté de ce qui était arrivé, mais tout de même assez pour qu'elle vienne lui faire un sermon. Un sermon empreint d'un amour touchant, certes, mais un sermon tout de même. Et il en voulait à Break pour cela. Il se demandait même s'il n'avait pas informé la jeune fille dans ce but précis !

Et puis malgré leur accord de ne plus en parler, il pouvait sentir très clairement la tension qu'il y avait entre eux lorsqu'ils étaient ensemble. Break faisait beaucoup d'efforts mais quelque chose clochait toujours. Un instant de silence, un regard… Un petit rien qui leur rappelait que ni l'un ni l'autre n'avaient oublié. C'était fatiguant. C'était triste. Mais surtout, Reim trouvait ça rageant. Il trouvait cette attitude lâche. Bien sûr il comprenait pourquoi Break réagissait comme ça, mais sa frustration le poussait à vouloir en parler cartes sur table. Il y avait quelques instants où cette tension disparaissait, mais ils étaient rares. Il aurait préféré qu'ils en parlent plutôt que de devoir supporter cet arrière-goût à chacune de leur parole.

Il rejeta la tête en arrière. Est-ce que Break repensait à tout cela de temps en temps ? Parce que lui avait l'impression qu'à chaque fois qu'ils se croisaient, le plus vieux était comme surpris de leur situation. Comme s'il se rappelait et que c'était finalement juste bien ennuyeux et embarrassant, voir inopportun. Oui voilà, l'affection de Reim était embarrassante et inopportune.

Ô douce ironie dans laquelle il baignait…

« Je t'aime... »

Quelques mots, quelques syllabes de rien, de rien du tout, mais quel drame !

Quel désastre. Quelle horreur.

Des années de travail pour construire leur amitié. Des années, réduites à néant par de simples petits mots. Et si petits, si insignifiants en comparaison de tout ce qu'ils s'étaient dits.

Des années pour créer et une fraction de seconde pour tout détruire.

Reim soupira longuement, abattu.

Mais c'était surtout l'idée que Break se fichait de ses sentiments qui lui faisait mal. Il ne savait pas trop quelle place il occupait dans le cœur de l'albinos, mais il se sentait encore plus misérable de constater que sa déclaration ne l'avait pas touché. Pas même un peu. Ah…. « dans son cœur », hein ? Ça sonnait si faux. Comme si Break octroyait des places aux gens dans son cœur …

Et pourtant si. Il le devait bien. Car lui aussi était humain.

Reim ferma les yeux dans une grimace douloureuse. Un humain. Un cœur, oui. Un cœur qui n'était à personne. Un cœur qu'il n'aurait jamais. Un cœur dans lequel il n'aurait jamais aucune place.

Break était comme cette eau dans laquelle il baignait. Il pouvait essayer de l'attraper autant qu'il le souhaitait, elle s'écoulerait toujours entre ses doigts. Il ne l'aurait jamais entièrement. Jamais, même s'il passait sa vie à essayer.

Tout ce qu'il avait à donner, à offrir, à sacrifier ne serait pas suffisant.

Il donnerait tout, pourtant. Tout.

En vain.

Aaah…

Mal. Ça faisait, si mal.

Il se laissa glisser entièrement dans l'eau et se prit la tête entre les mains.

Il avait si mal. Plus le temps passait et plus ses sentiments se renforçaient, comme en protestation à leur inutilité. Ses pensées n'étaient que supplice permanent. Songer à ce bonheur qu'il n'obtiendrait jamais, à ces mots qu'il n'entendrait jamais, à ce visage qui ne sourirait jamais pour lui et rien que pour lui… toutes ces choses qu'il désirait, et ce en échange de son amour, un amour si grand et si fort qui cognait dans sa poitrine comme une bête prise au piège. Qui criait, déchirait son corps pour essayer de sortir. Pour pouvoir exister.

Et lui ne pouvait que serrer ses mains contre sa poitrine pour le garder à l'intérieur, pour qu'il n'explose pas et ne le tue. Et ça faisait si mal. La pire des douleurs imaginable. Une douleur à en mourir.

Vouloir donner, aimer, tout offrir et ne pas en avoir le droit.

La pire des injustices. La pire de toute. Il voulait aimer quelqu'un. Juste aimer quelqu'un. Pourquoi était-ce un crime ? Pourquoi n'en avait-il pas le droit ? Pourquoi !?

Le visage de Break flottait derrière ses paupières fermées, et un cri étranglé s'échappa d'entre ses lèvres, grosses bulles informes crevant la surface du monde réel.

L'air manquant commençait à brûler ses poumons mais il était comme figé, incapable de bouger, pris dans l'étau de sa douleur. Il aurait voulu pouvoir éteindre la peine comme en soufflant sur une bougie ayant trop brûlé. Il en avait assez. Il se sentait misérable.

Si seul.

Si ridicule.

Si inutile.

Et ce visage devant ses yeux…

Xerxes…

Il avait l'impression de pleurer mais ne sentait plus rien. Son corps était une pierre et il coulait.

Soudain un grand bruit d'eau résonna à ses oreilles, il ouvrit les yeux, mille bulles l'aveuglèrent et il sentit quelque chose agripper son épaule. Une main le tira fermement à la surface et le monde explosa dans un éclair de lumière éclatante. Les sons redevinrent clairs, les couleurs reprirent leurs teintes normales, les formes leurs contours. Il vacilla, étourdi, les yeux aveuglés par l'eau et la lumière. Il leva la tête et vit le visage de Break, déformé par une grimace de colère. Il balbutia.

- X-xerxes-…

- Est-ce que tu peux m'expliquer ce que tu étais en train d'essayer de faire !? claqua-t-il.

Totalement déboussolé, Reim le dévisagea, fasciné par l'expression de son visage, puis analysa la situation. Il aperçut la porte ouverte derrière Break dont les vêtements étaient éclaboussés (à l'exception de la manche droite de sa chemise qui était complètement trempée) et le sol qui avait fait les frais du débordement aqueux. Il eut une grimace de douleur et remarqua enfin que la main du plus vieux était toujours fermement agrippée à son épaule et que ses ongles s'enfonçaient dans sa peau. Break le remarqua et desserra un peu son étreinte sans pour autant enlever sa main. Ils se regardèrent un instant avec le seul bruit de l'eau qui s'agitait encore dans la baignoire pour troubler le silence.

- Je… ce que j'étais en train de faire ? répéta-t-il en réalisant sur le moment ce que son ami voulait dire. Je réfléchissais ! J'étais perdu dans mes pensées en fait.

- Perdu dans tes pensées sous l'eau ?

Oui. Mais cela sonnait effectivement anormal et inquiétant.

- Comment es-tu entré ? interrogea-t-il pour changer de sujet.

Et surtout depuis quand était-il là ? La réalisation de la situation commençait à se faire à son esprit.

- Par la porte. Je voulais te parler mais tu ne répondais pas alors je suis entré et j'ai vu la vapeur s'échapper de la salle de bain. Je t'ai vu au moment où tu as plongé… Et tu ne remontais pas.

Sa voix était sèche mais Reim entendit une note tremblante lui échapper. Un élan de tendresse l'envahi. Il posa sa main sur la sienne.

- Je suis désolé Xerx… Je vais bien.

Il lui lança un sourire qui se voulait rassurant et les doigts se desserrèrent encore un peu sans pour autant le lâcher. En un éclair, Break s'agenouilla par terre et leurs visages se retrouvèrent à quelques centimètres l'un de l'autre.

- Ne me fais plus jamais de coup pareil, souffla-t-il durement.

- Je te promets que cela n'était pas ce que tu crois.

Il plongea ses yeux dans celui de son ami et aurait tout donné au monde pour savoir ce à quoi il pensait. Break semblait vouloir chercher une trace de mensonge dans les siens. Il n'en trouva apparemment pas et recula un peu. Leur proximité manqua immédiatement au plus jeune mais il ne dit rien. Il continua à le regarder et finalement sourit. D'un mouvement rapide il s'empara d'une poignée de mousse et l'écrasa sur le visage de l'albinos.

- Que- !

- Allons, un peu de nerfs ! Dis-moi ce que tu voulais et sors de cette salle de bain, sale voyeur.

Break se frotta le visage avec ses grandes manches – ce qui était absolument adorable aux yeux de Reim – et lui lança un regard narquois.

- Je te signale que c'est toi qui as laissé cette porte ouverte.

- Oui, car je suis dans mes appartement et personnes n'est censé y entrer par effraction sans frapper ou m'appeler !

- Ces conventions sont d'un ennui…

- Respecte-les ! J'ai droit à mon intimité ! Qu'est-ce que tu aurais dit si j'avais débarqué dans ta salle de bain ? s'écria-t-il, amusé.

- Rien du tout parce que tu serais parti tout seul après t'être transformé en grosse fraise bien mûre.

Reim leva les yeux au ciel et Break pouffa dans sa manche. Il ajouta, avec un sourire malicieux :

- D'autant plus que ce n'est pas la première fois que nous nous retrouvons dans cette situation.

Ah, ça c'était vrai. Lorsque Reim avait quinze and (ou seize, il ne se rappelait plus), à l'époque où il vivait littéralement chez les Rainsworth, Break avait débarqué dans la salle de bain à la recherche d'un flacon de parfum pour Miss Sharon. C'en était suivi une dispute de cris indignés et de sourire narquois.

- Oui, je me souviens… (il le darda d'un regard qui se voulait rancunier). Tu t'étais moqué de moi parce que tu avais remarqué que mes poils commençaient à pousser.

Break éclata d'un grand rire à ce souvenir.

- Oui ! Je me souviens, tu étais mort de honte et m'avais traité de… de quoi déjà ? De pervers ?

- De voyeur détraqué, si je me souviens bien.

- C'est cela !

- Et tu étais resté bien dix minutes à me faire des remarques idiotes pour m'embarrasser encore plus.

- Avoue que cette période de croissance de ta vie aurait été bien morne sans moi.

- Je me serais volontiers passé de tes remarques à chacune de nos rencontres, devant ces dames !

Break partit d'un long rire, sans doute au souvenir des gloussements charmés desdites dames et dû enfouir son visage entre ses manches pour essayer de se calmer. Reim lui laissa deux minutes, puis se fatigua des longs « Houhouhou ! » hilares et reprit une poignée de mousse qu'il tenta de lui étaler sur la tête. Mais le plus vieux l'esquiva et se releva en essuyant son œil humide.

- Bien essayé, hihi… Mais tu n'es toujours pas assez rapide.

Reim haussa les sourcils en souriant. Il avait pourtant déjà réussi à lui envoyer un petit coup sur la tête sans qu'il ne le prédise.

- Bon, je vais te laisser terminer ta toilette. Je voulais te parler des rapports que tu m'avais transmis. Je t'attends à côté, prends ton temps.

Reim acquiesça et son aîné quitta la pièce en refermant la porte derrière lui, laissant un dernier petit rire trainer dans la pièce.

.oOooOo.

30 Novembre : 14h30

Le soleil d'automne baignait le salon d'une chaude lumière trompeuse. La jeune duchesse était confortablement assise sur un des canapés de velours bleu en train de dévorer un de ses romans lorsque la porte s'ouvrit sur son fidèle valet. Il la salua d'une rapide courbette et avec un grand sourire, vint s'assoir à ses côtés.

- Miss, je suis navré de vous déranger en pleine lecture, mais il y a quelques petits papiers dont vous devriez prendre connaissance.

- Break, je suis en plein milieu d'une scène passionnante, alors laisse-moi terminer ce chapitre !

- Bien entendu…

Il pencha un peu la tête pour voir ce qu'elle lisait mais elle plaqua vivement le livre contre sa poitrine pour lui cacher sa lecture. Il avait tout de même eu le temps de lire les mots « lèvres », « boutons nacré » et « jupons ».

- Miss, êtes-vous bien sûre qu'il soit opportun pour vous de lire ce genre de chose au beau milieu de l'après-midi ?

Elle rougit violemment.

- Tais-toi ! Tu ne peux pas comprendre, c'est un moment particulier de l'histoire qui le veut, e-…et puis d'ailleurs cette scène n'est pas ce qu'elle semble être et je t'ai déjà interdit de lire par-dessus mon épaule !

- Bien ! Je vous crois et je vous laisse finir, se défendit-il avec un immense sourire moqueur qui hérissa la jeune fille.

Break s'installa confortablement à côté d'elle et déballa une sucette rouge sang qu'il fit miroiter un instant devant lui avant de commencer à la déguster. Quelques minutes plus tard, la jeune femme à ses côtés reposa son livre avec un petit soupir rêveur avant de se tourner vers lui.

- Je suis prête, qu'il y a-t-il ?

Il lui transmit les divers dossiers et ils travaillèrent quelques instant les deux lorsque la jeune fille releva la tête.

- Oh mais cela me reviens à présent, Reim partait aujourd'hui pour le mariage de son cousin et je n'ai pas eu le temps d'aller le saluer. Quel dommage… mais toi Break, tu comptais le voir hier, n'est-ce pas ? Avez-vous pu parler ?

- Oui, nous nous sommes vus un petit moment, lui répondit son valet sans quitter ses papiers des yeux. Il allait bien. Il ne se réjouissait guère d'y aller mais comptait assumer ses obligations, comme toujours.

Elle hocha la tête.

- Je pense qu'arrêter de travailler quelques temps lui fera le plus grand bien. Il n'a que ça en tête et pas une minute pour se concentrer sur sa vie privée. Je persiste à penser qu'il lui faudrait quelqu'un pour lui permettre de décrocher un peu du travail.

Devant l'absence de réponse de Break, elle poursuivit, les sourcils froncés.

- Je me faisais d'ailleurs la remarque il y a quelques temps qu'il serait peut-être bon de lui donner un petit coup de main.

Break releva la tête.

- Que voulez-vous dire ?

- Eh bien, je veux dire qu'au vu de ses récents problèmes, ce ne serait pas une mauvaise idée de « l'aider » un peu.

- … Vous songez à un rendez-vous arrangé ? Enfin Miss, c'est totalement-…

- Je suis allée le voir tu sais, le coupa-t-elle précipitamment.

- Pardon ?

- Je suis allée à Pandora il y a quelques semaines – le jour où tu étais occupé avec ma grand-mère – et j'ai été lui parler de ce que tu m'avais rapporté.

L'estomac de Break se retourna.

- Vous avez fait ça ?

- Oui, et le pauvre m'avait alors avoué avoir toujours de l'espoir, bien qu'ayant réalisé que c'était… eh bien, sans espoir. Ce qui est normal après tout, Reim a toujours été quelqu'un de clairvoyant.

Elle jeta un coup d'œil à Break et le surpris en train de se mordre les lèvres.

- Break, vous en avez reparlé depuis ?

Mais Break ne lui répondit pas. Il se souvenait de ce qui était arrivé la veille.

.o-°-o.

29 Novembre

Il referma la porte de la salle de bain derrière lui et se dirigea vers la cheminée pour y allumer un feu. Sa chemise éclaboussée commençait à aspirer l'air froid et la sensation était des plus déplaisante. Après s'être débattu quelques instants avec les bûches, des étincelles jaillirent et le bois se fit doucement lécher par les flammes naissantes. Il resta accroupi devant un long moment, surveillant l'évolution du feu, le ravivant, déplaçant les monceaux de bois et tendant ses mains pour en capter la chaleur grandissante.

Une fois que les flammes lui semblèrent bien lancées, il se releva et épousseta sa veste des cendres qui avaient volé jusqu'à lui et claqua sa langue en constatant la trainée grise qui en maculait à présent la blancheur. Il la retira et l'humidité de sa chemise se rappela à lui. Elle avait un petit peu séché dans l'intervalle mais restait mouillée et il se dirigea vers une des armoires à vêtement du propriétaire des lieux. Après le coup qu'il venait de lui faire, il pouvait bien lui prêter quelque chose, non ?

Il farfouilla quelques instants, puis referma le meuble avec un pull blanc sous son bras qu'il posa sur le lit. Il commença à défaire les boutons de sa chemise mais se stoppa et tendit l'oreille. Dans la pièce voisine, il entendit le léger bruit de l'eau et le « pop » d'une fiole qu'on ouvrait. Reim était toujours en train de se laver. Il avait le temps. Il se pressa néanmoins de défaire ses boutons et par mesure de précaution, tourna le dos à la porte au moment de la retirer. Reim ne devait pas voir ça. Personne ne devait voir ça.

Il baissa son œil et regarda l'hideuse marque noire qui couvrait son cœur. Ses lèvres s'étirèrent en ce qui n'était ni un sourire, ni une grimace. Juste une profonde amertume résignée. Il attrapa le pull et l'enfila prestement, ébouriffant ses cheveux au passage. Il jeta un coup d'œil au miroir, essaya de les réarranger sans y parvenir (il avait toujours un satané épi à l'arrière du crâne dont le seul but était de le retarder le matin) et se laissa tomber sur le grand lit. Il s'installa contre le sommier, un coussin derrière son dos et réfléchit.

Il avait eu peur. Ça oui. Il pouvait encore sentir des frissons le parcourir en y repensant. Son corps s'était glacé à la vue des bulles d'air qui avaient crevé la surface de l'eau. Bon sang, que ce serait-il passé si cela avait vraiment été ça et qu'il n'était pas venu ? Les images de Miss Sharon en pleurs et d'un quelconque agent de Pandora lui annonçant la nouvelle l'assommèrent d'horreur.

Il serra les poings. Reim n'allait pas faire ça, il n'y avait aucune raison d'y penser… à moins qu'il lui ait menti ? Non, non, c'était ridicule. Reim n'était pas comme ça, il le connaissait mieux que ça, n'est-ce pas ? Ha… tu parles, il n'avait même pas su prévoir sa déclaration. Apparemment il ne le connaissait pas si bien que ça. Tu parles d'une amitié.

Il se sentait lourd. Il pensait que leur relation était saine. Enfin… ils ne parlaient pas beaucoup de leur vie « privée », et Reim ne connaissait rien de son passé et ils ne parlaient pas non plus de leur famille ni… Ah. Stop. Stop.

Il se rassura en revoyant le plus jeune essayer de l'attaquer avec la mousse. Non, Reim ne comptait pas mettre fin à ses jours, si ça avait été le cas, il aurait été en colère contre lui pour l'en avoir empêché.

Break se mordit les lèvres alors qu'un frisson dérangeant le parcourait. Malgré son inquiétude il avait senti une onde de chaleur le parcourir en voyant le brun lui lancer son plus beau sourire, sa main nue et humide sur la sienne… Ses épaules aussi. Et tout le reste.

Un chaud frémissement parcouru son aine alors que le concept du brun, nu dans sa baignoire traversait son esprit. Malgré que la sensation fût plaisante, elle restait totalement déplacée et il s'empressa de se concentrer sur son travail, histoire de rassembler ses idées pour ce qu'il comptait lui dire.

Reim sortit finalement de la salle de bain une quinzaine de minutes plus tard, s'étant visiblement habillé à la hâte. Il venait de se frotter les cheveux et essayait d'empêcher ces derniers de partir dans tous les sens. Il jeta un œil vers la cheminée et sembla surpris de ne pas trouver Break dans un des fauteuils. Le jour était tombé au dehors, et la seule source de lumière provenait de l'âtre qui flambait généreusement. Il monta sur le lit et s'assis à ses côtés.

- Je suis prêt. Alors, ces archives ?

Ils discutèrent longuement ainsi, et Reim arrivait à apprécier ces moments où ils parlaient travail pour deux raisons. La première était qu'il se sentait utile à Break (bien qu'encore une fois, il ne soit qu'une facilité et en aucun cas indispensable). La seconde était que lors de ces discussions, Break était sérieux. Et pour qui le connaissait, c'était assez rare pour être appréciable. En vérité, il affectionnait cette facette de lui autant qu'il la redoutait. Il entrapercevait, dans ces petits moments, la profondeur des secrets et des préoccupations qui l'agitaient.

- Mais comment peux-tu être sûr que cette manifestation est anormale ? Enfin, toutes les manifestations venant de l'abysse sont différentes et imprévisibles, alors comment en reconnais-tu les anomalies ?

- Par intuition bien sûr ! répondit-il avec un sourire goguenard qui n'avait plus rien de sérieux.

Ouch. Bien sûr qu'il n'allait rien lui révéler.

- …Si j'ai demandé cela c'est parce que je pensais pouvoir approfondir les recherches.

Le papier rose d'un bonbon effleura sa joue.

- Allons Reim, il serait temps que vous compreniez que je travaille en solitaire, lui rappela-t-il en reprenant un ton formel. Tant que je ne vous demande rien de plus, faire du zèle est inutile. Et puis vous avez bien assez de travail comme ça, je me dois de vous ménager.

- Es-tu en train de me dire que tu te restreins pour ma santé ? demanda-t-il en prenant le bonbon.

- On peut dire ça comme ça. Si vous vous effondriez, ce serait au détriment de tous. Vous n'avez pas idée de votre importance ici-bas ! Je ne sais comment Pandora et le Duc réagiraient sans vous. Une guerre éclaterait, sans doute !

- Et toi ?

- …

Le sourire de Break se fana et il son regard se perdit dans le vague. Il finit par lui faire un petit sourire.

- Je viendrai à votre chevet vous rendre visite jusqu'à ce que vous vous sentiez obligé de vous lever car rester couché sera un enfer.

Reim émit un doux rire.

- Voilà qui te ressemble bien.

- Reim ?

- Oui ?

- Est-ce que… ça va ?

Il tourna la tête et vit son ami étrangement fermé. Cela faisait un moment qu'il avait ramené ses genoux contre lui mais il semblait à présent s'y agripper, et son regard était baissé et cachés par ses mèches blanches. Il avait l'air… piteux.

- Xerx… ?

Il ne l'avait encore jamais vu comment ça. Il ne comprenait pas, la conversation avait été calme, relativement légère, et il s'était réjoui de constater qu'elle ressemblait à celles passées au coin du feu à ses côtés, avant que… avant que ces choses n'arrivent. Ils étaient détendus. Qu'il y avait-il tout à coup ?

- Est-ce que tu vas bien ? répéta-t-il de manière un peu plus agressive.

Reim papillonna des yeux, surpris.

Break serra les dents. La question était pourtant simple non ? Il avait besoin de savoir. Il n'arrêtait pas de se le demander depuis des jours. Passé la stupéfaction, la colère et la gêne, il s'était mis à s'inquiéter. Il ne pouvait se voiler la face, ce qui était arrivé était important. Important et grave. Et toutes ses raisons - aussi bonnes soient-elles - mises à part, Reim s'était à nouveau fait rejeter. Et par quelqu'un qu'il voyait souvent. Par lui. Malgré toutes ses raisons, ça restait de sa faute.

Il jeta un œil au brun à travers sa frange.

Fragile Reim…

Fort mais si fragile…

Il le savait mieux que personne. C'était lui qui l'avait aidé les premières fois. Enfin… aidé… il avait essayé plutôt. Et il s'était à nouveau prouvé qu'il ne savait pas consoler les gens. Il n'avait jamais su dire ce qu'il fallait, comme il le fallait. Finalement, le brun articula lentement :

- Je vais bien Xerxes... Et te te promets que je n'étais pas en train d'essayer de mettre fin à ma peine tout à l'heure… malgré mon désir d'y arriver.

Il releva brusquement la tête et le darda du regard. Son cadet ne le vit cependant pas, sa frange indisciplinée ombrageant toujours ses yeux de sa blancheur… il en était soulagé. Il détestait ces remous qui agitaient ses sens. Il détestait que cela se voie.

- Ah ! Non, se rattrapa le brun, je ne veux pas dire que j'ai envie de me suicider ! Ça non, jamais ! Je veux juste dire que j'essaie de trouver une solution pour arrêter de souffrir, ce qui n'est pas la même chose.

Break fronça les sourcils. Ah. C'était la première fois qu'ils en parlaient. Cela faisait bizarre. Sans dire un mot, il baissa les yeux et se perdit dans ses pensées.

- Après, je ne vais pas te mentir en niant l'impact de ce qui est arrivé. Enfin…tu sais que je suis très stressé mais pas dépressif à ce point. Allons Xerx, tu me connais mieux que ça il me semble !

Reim soupira un peu, ne sachant trop que penser de la tournure de cette conversation. Break tiqua à ses paroles et secoua la tête pour dégager sa frange. Il plongea un regard intense dans le sien.

- Je ne suis plus sûr de quoi que ce soit, Reim.

La mâchoire de Reim se décrocha mais il se reprit bien vite.

Il ne n'était pas du tout sûr de ce que cela signifiait, mais la bête dans sa poitrine fondait littéralement. Soudain, ses sentiments gémissaient. Il mourrait d'envie de tendre les bras pour le serrer contre lui, enfouir son nez dans sa chevelure blanche et inspirer son odeur. Il voulait lui dire mille choses intraduisibles, lui parler de sa surprise, de son plaisir à l'idée qu'il se préoccupe d'eux, s'inquiète pour lui, tienne à eux, à lui.

À la place il le regardait. Sans bouger. Un peu perdu, un peu ridicule, un peu décontenancé et très amoureux. Il pesait le pour et le contre.

Break ne comprenait pas ce qu'il voyait dans les yeux de Reim. Ils brillaient, ces yeux en amande. Ils étaient beaux. Ils étaient effrayants.

Il déglutit et brisa finalement le contact visuel. L'idée de continuer à se fixer l'oppressait. Une sensation diffuse, une appréhension de ce qui arriverait s'ils continuaient le prenait aux entrailles. Et il s'était toujours fié à son instinct. Là, il lui hurlait de vite battre en retraite.

Ils avaient franchi un seuil. Ils le sentaient. Ils étaient sur un mince fil et s'observaient presque avec une curiosité malsaine de spectateurs d'une performance dont personne ne saurait deviner l'issue.

Pourtant il n'avait pas envie de partir. Malgré cet épais malaise, Reim restait la personne avec qui il avait le plus de plaisir de passer son temps libre (en dehors de Sharon, cela allait de soi). Il avait confiance en lui. Partir, c'était fuir. Partir, c'était couper le fil. Et sans ce fil, c'était le néant. Le vide.

Tout sauf le vide.

Plus jamais.

Non.

Plus jamais.

- Xerx ?

Break releva les yeux vers lui et sentit qu'il s'était mis à grimacer. Ah. Il se détendit.

- Oui ?

- Tu me fais confiance n'est-ce pas ?

- Bien sûr.

Reim sourit.

- Aucune hésitation… merci.

Il lui répéta :

- Je vais bien tu sais.

- Mais tu souffres.

- … Oui. Ça te semble absurde ?

- Non… je comprends.

Il détourna le regard et fixa le mur en face.

- Je sais que c'est pénible.

Son ami sentit sa gorge se serrer.

- Oui… ça l'est.

Ils restèrent ainsi, longtemps. Il n'y avait soudain plus rien à dire. De lourds sujets se soulevaient, faisaient voler la poussière de leur mémoire, et ils s'y perdirent, comme deux noyés résignés qui attendaient que le courant se calme et les ramène à la surface. Ils réfléchirent. Ça leur arrivait déjà, autrefois, mais là c'était différent. Ce n'était pas sur le monde, ou uniquement sur des souvenirs qui n'appartenaient qu'à eux. Il s'agissait d'eux, aussi.

La pièce était chaude des flammes mourantes. De temps à autre, le faible craquement d'une bûche se faisait entendre. Ils restèrent là, sans parler, juste ensemble. Perdu dans des mondes antagonistes mais qui se mêlaient étrangement, à leur insu. Break avait fini par déplier ses jambes et s'était adossé au coussin, le regard perdu dans le vague, en face de lui. Reim s'était assis en tailleur, à côté de lui, et réfléchissait tout en le regardant, à moitié absent.

Finalement, la pendule sonna discrètement dix heures et sembla ramener Break de ses abîmes. Il s'étira un peu, faisant craquer sa nuque et brisa le silence d'un souffle.

- Il se fait tard.

- Tu veux partir ?

L'albinos marqua une pause.

- Non. Pas tout de suite.

- D'accord.

Un nouveau silence s'installa, plus léger, plus présent. Ils revenaient, essayaient de reprendre le fil.

- Je suppose, commença Reim, que tu n'as pas de solution à me proposer, avec ton expérience ?

- … pour ce fardeau ? Non. Je cherche encore.

- Je vois…

Break réfléchit un instant, les sourcils froncés puis dit :

- Pourquoi ?

- Quoi donc ?

Ils se regardèrent à nouveau, scrutant mutuellement leurs visages dans l'espoir de se faire comprendre, de deviner.

- Pourquoi ? répéta-t-il.

Reim comprit. Il se frotta les yeux de ses longs doigts (que Break s'étonna de trouver grands et plutôt beaux) puis lui dit avec un sourire fatigué :

- Je ne sais pas. J'ai mille raison mais toutes vont te sembler ridicules. Tu es imprévisible, excentrique et insupportable, tu m'as apporté des ennuis depuis notre première rencontre jusqu'à aujourd'hui…

- …

- Oui, tu peux sourire, c'est vrai et tu le sais. Mais moi je ne sais pas, Xerx, où plutôt je le sais mais ne voudrais pas que tu me ries au nez. Je t'ai déjà tout dit à la soirée. Tu es important, et tout ce que je veux, même si ça va te paraître horriblement niai (le pointa du doigt, hésitant) …c'est toi.

Break sentit son cœur battre un peu plus fort. C'avait été dit dans un souffle, comme un secret beau et honteux. Mais il serra les lèvres alors que le doigt désignait sans le savoir le sceau noirâtre sur sa poitrine. Cette marque qui scellait ses pêchés dont Reim ignorait l'existence. Naïf. Innocent. Se faisant encore des illusions à son sujet, le prenant peut-être même pour quelqu'un de respectable. Il baissa les yeux, très sombre.

- Tu ne me connais pas Reim.

Le jeune homme écarquilla les yeux.

Ah…

Il retira lentement son doigt.

Il sentit les mots écraser sa poitrine et l'empêcher de respirer. Il ferma les yeux. Le ton ne laissait aucune place à l'hésitation. C'était un fait pour Break. Un fait. Et cela faisait mal. C'était la confirmation d'une de ces plus horribles peurs.

Il ne le connaissait pas.

Une pierre se fondait en lui pour écraser ses côtes, entourait sa tête, figeait sa mâchoire. Il se sentit affreusement malheureux. L'amertume le prit. Pourquoi avait-il dit ça ? Pourquoi avait-il laissé à Break la chance de lui dire ça ? Il avait baissé sa garde, il avait eu confiance en leur discussion, il se sentait bien malgré le malaise, et voilà que tout s'effondrait.

Son bonheur de lui parler, disparu. Sa confiance écrasée. Son espoir fracassé.

Toutes ces années et il ne le connaissait même pas.

Break tourna la tête.

- Je vais y aller.

Non ! Non, non ! Il aurait voulu lui hurler de rester, l'empêcher de partir. Il ne fallait pas. Il sentait que tout se briserait. Tout. Il s'en voulait tellement d'avoir généré ça, il s'en voulait mortellement ! Pourquoi, mais pourquoi avait-il dit cela ? Pourquoi était-il si idiot ?

- Reste !

Il se retourna. Reim avait baissé son visage, grimaçant, visiblement en proie à un supplice intérieure. Ce visage lui donna encore plus envie de partir, mais il y renonça.

- Je suis désolé… murmura Reim d'une voix grave.

- De quoi ?

- …

Break eut un sourire cynique.

- Allons Reim, la bêtise n'est pas excusable mais en ce qui te concerne, il s'agit plutôt de candeur. Décidément… (il soupira sombrement), tu es trop innocent.

Il le sentit confusément trembler mais l'impression disparu aussi vite qu'elle était venue. Il en fût soulagé.

- Alors raconte-moi.

- …

- Tout.

Break tordit sa nuque pour lui lancer un regard plein d'amertume.

- Non Reim, non.

- Pourquoi ?

Les épaules du plus vieux s'affaissèrent.

- Ne me force pas à le dire.

- Dis-le.

- D'accord : parce que.

Reim eût un soupire amer et baissa à nouveau la tête.

- J'ai compris.

Break se rapprocha un peu de lui, ne sachant trop que faire.

- Un jour, peut-être.

Il n'avait pas terminé sa phrase qu'il la regrettait déjà. Il avait déjà pensé à raconter son histoire à Reim, oui. Il était la personne la plus digne de confiance qu'il connaissait, mais il n'arrivait toujours pas à s'imaginer lui raconter. Tout lui raconter. C'était trop. Trop long, trop sombre, trop abject. Il craignait de ne pouvoir arriver jusqu'au bout, soit parce que le plus jeune l'aurait haï avant la fin, soit parce qu'il n'en aurait pas la force. Il ne voulait pas se montrer faible devant lui. Devant personne. Il ne voulait pas faire de promesse, il ne voulait pas s'engager, c'était une mauvaise idée. Il avait le temps. Il ne voulait pas en parler. Pas encore, pas maintenant.

Il tendit la main vers Reim mais ne savait pas qu'en faire et la rabaissa. Il changea de sujet.

- Mais Reim, pour en revenir à ce que tu me disais, si j'y réfléchis avec mon expérience personnelle et ce que tu as déjà fait, ton désir de « possession » est d'un ordre relativement différent.

Reim se sentit gêné devant le sourire plein de sous-entendu que Break lui lançait. Il retira ses lunettes qu'il se mit à nettoyer nerveusement sur un pan de son peignoir avant de réaliser que cela ne faisait que les salir encore plus. L'autre se moqua de lui.

- Décidément, Reim, vous me rappelez parfois gravement mademoiselle Sharon.

Le brun s'offusqua.

- Avec tout le respect que je lui dois, elle n'a pas encore compris comment fonctionnaient réellement les hommes. Mais je persiste à croire que tu as une opinion bien trop basse des relations sentimentales.

Break haussa un sourcil dubitatif mais la pendule le devança en sonnant à nouveau. Il jugea de l'heure mais s'installa à nouveau sur le lit.

- Il serait temps que j'y aille vraiment…

- Si tu n'en as pas envie, reste, proposa Reim qui se berçait de soulagement.

Il était rassuré. Il avait clairement fait un effort pour les remettre sur les rails. Reim lui en était reconnaissant et sa tendresse n'en grandissait que plus. Il se sentait mieux, malgré qu'il soit un peu plus sur ses gardes. Break avait envie de rester avec lui. Et Reim savait que c'était un acte tout à fait platonique de sa part, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que s'il restait, c'était par affection pour lui, et donc son envie de le prendre dans ses bras était totalement justifiée. Il se gifla mentalement. Ça devenait une habitude.

- Mmh… fit son aîné en observant le feu mourant.

- Dis-moi, ce pull est à moi, non ?

- Oui, je te l'ai emprunté. Je suppose que cela ne te pose pas de problème insurmontable ?

- Je m'en sors… le blanc te va bien.

- On ne me l'avait jamais faite celle-là, tiens.

- J'étais sérieux.

- Je sais. Tu es toujours sérieux. C'est pour ça que tu n'es pas drôle.

- Quoi, tu aurais préféré que tout ça ne soit qu'une blague ?

Il avait essayé de faire une blague, bancale certes, mais fût saisit par la réaction de Break. Il avait écarquillé les yeux, le regard dans le vague, surpris et ayant l'air de se dire que c'était une bonne question. Reim ne put que sonder ce visage en pleine réflexion, la gorge serrée.

Pourquoi hésitait-il ?

La réponse devait être « oui ».

Il se pinça discrètement l'intérieur du poignet pour s'empêcher de penser trop vite. Soudain, à la place d'une réponse, Break posa une autre question.

- Tu as vraiment envie de te marier ?

Reim pu voir dans son regard qu'il aurait voulu ravaler sa question alors qu'il était encore en train de la poser. Il ouvrit la bouche pour répondre mais le plus vieux avait déjà commencé à descendre du lit en marmonnant un « non rien, laisse tomber ». Le temps qu'il le rappelle, l'albinos avait ramassé ses affaires et quitté la pièce avec un grand sourire crispé en désignant la pendule.

Le silence envahi la pièce après que la porte se fût fermée. Reim se retrouva seul dans sa chambre. Seul sur son lit, fixant sans la voir la place où son meilleur ami était encore assis quelques secondes plus tôt.

Qu'est-ce qui venait de se passer ?

Il n'avait pas pu voir ses yeux au moment de partir, mais son expression lui avait semblé tourmentée.

…Avait-il envie de se marier ?

Mais… en quoi cela lui posait-il un problème ?

Il ne comprenait plus rien.


Oooh, alors ? Alors ? J'attends vos HURLEMENTS ! Plus sérieusement j'ai eu de la peine à l'écrire, parce que je n'en était jamais satisfaite. Tout a été vu et revu vingt fois, et j'ai rajouté des éléments jusqu'à aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous a le plus intéressé ? Quelque chose vous a-t-il paru OC ? Mes petits chocolats, j'ai besoin de vos divins mots !

Preview et PS : À la base, la scène de la salle de bain n'aurait dû être que comique et légère (avec une bonne touche de sensualité)... puis Reim a pris le contrôle. Ah, et pour le prochain chapitre, un seul mot : confrontations.