Le miroir

Chapitre 7

Les sourcils froncés, Tony tentait une fois encore d'obéir aux explications de Loki.
Il y était parvenu deux fois mais à présent n'y arrivait plus.

Ca l'agaçait grandement.
L'ingénieur prit une longue inspiration, ferma à nouveau les yeux puis tenta de retourner à cet état de plénitude où il était parvenu à toucher ce que Loki appelait son centre, puis à l'ancrer à la terre.

Après une heure d'essais non concluant, il finit par laisser tomber.

"- Pourquoi je n'y arrive plus !"

Il geignait presque.

Assis en tailleur devant lui, Loki avait un sourire presque de pitié.

"- Parce que vous n'êtes plus un jotun."

Tony avait demandé à Loki de lui rendre sa forme humaine pour l'apprentissage de la magie. Loki avait un peu rechigné mais avait finalement dû accepter après réflexion. Tony était plus logique que lui sur le sujet finalement. Même s'il avait failli investir dans les fourrures pour lui éviter de congeler sur place.

C'était en effet plus logique. Tony était un humain, pas un jotun. Il devait apprendre à utiliser sa magie sous sa vraie forme sinon, il lui serait de plus en plus difficile de l'utiliser une fois redevenu humain.
La magie était comme un muscle. Si on l'entrainait incorrectement, réapprendre le bon geste serait un cauchemar.

"- Je comprends pas !"

"- Asgard à raison quelque part en affirmant que la magie est un art de femme. Mais pas comme ils l'entendent."

"- Explique ?"

"- Un corps de femme est fait pour donner. Un corps de mâle pour prendre. Où sentiez-vous votre centre quand vous êtes un jotun ?"

Tony posa immédiatement sa main sur son ventre, en dessous du nombril.

"- Ho !"

"- Vous avez compris. Cela ferait sans doute hurler toutes vos chiennes de gardes, mais le centre d'une femme, ou d'un hermaphrodite dans le cas qui nous occupe est sa matrice. C'est ici que s'ancre le plus facilement la magie parce que c'est l'endroit le plus protégé. Et c'est également le centre de gravité ou à peu près."

"- Donc en tant que pur male, faut que je me trouve ce centre mais ailleurs."

"- Je crois que vous savez déjà où il est, Anthony Stark."

Tony y réfléchit un instant avant de poser la main sur son ark, faisant sourire Loki.

"- ….C'est toujours au même endroit ?"

"- Chez les mâles, cela peut-être n' importe où. C'est pour ça que la magie vient si difficilement aux mâles. La magie s'adapte aussi aux aspirations de son maître. Un mage de guerre aura souvent sa magie concentrée sur ses mains. C'est pourquoi il était fréquent pendant les guerres entre Asgard et Alfheim de couper les mains des prisonniers pour les désarmer de toutes les façons possibles."

Tony eut une moue dégoutée.

"- Ce sont des barbares."

Loki hocha la tête. Il avait assisté à des actes qui l'avaient rendu malade et fait éclater de rire Thor. Il lui avait fallu longtemps pour comprendre que c'étaient les hurlements de la magie qui le rendaient malades.

"- Vous sentez vous capable de recommencer ?"

Tony hocha la tête. C'était épuisant, bien plus que tout travail physique qu'il ait pu faire mais c'était aussi excitant en diable.

Une fois de plus, Loki reprit ses mains dans ses siennes, les posant sur ses genoux.

Tony ferma les yeux, se concentrant sur son ark cette fois.

Il se sentit aspiré à l'intérieur de lui-même avec une aisance confondante.

Pendant une seconde, il eut peur. Tout était chaotique, brutale, chaud et joyeux tout en même temps. C'était comme être au centre d'un maelstrom de chaleur qui se resserrait lentement sur lui.

"Du calme, Anthony. C'est juste votre magie qui tente de s'approprier et bien… vous… Vous devez l'ancrer en vous et à l'extérieur. En gardant la conscience de votre magie, tentez de trouver son pendant à l'extérieur."

Tony essaya à plusieurs reprises. Les premières fois, il se retrouva simplement éjecté hors de lui-même. Au lieu de s'en agacer, il fut plutôt rassuré. La tempête était toujours en lui, mais il pouvait y échapper quand il voulait.

Les mains de Loki sur les siennes jouant le rôle d'ancrage physique, il s'attela une fois encore à ancrer cette tempête intérieure qu'il réalisait avoir toujours été. D'habitude, elle s'exprimait dans son incapacité à dormir, son besoin frénétique de faire quelque chose, d'inventer, de juste "faire." Il avait "besoin" de faire.

C'était comme un impératif aussi fort que respirer et plus encore que manger.

Il fallait qu'il laisse cette tempête s'extérioriser d'une façon ou d'une autre. Mais s'il le faisait sans réfléchir, sans contrôle, alors c'est elle qui le contrôlerait et le détruirait.
C'était déjà passé proche plus d'une fois.

Il fallait qu'il la laisse sortir mais tout en la contrôlant.

Il fallait qu'il la retienne tout en l'apaisant.

Il comprit soudain ce que Loki voulait dire par l'ancrer.

Ce qu'il avait en lui, il l'avait tout autour de lui.
Ce qu'il avait en lui voulait rejoindre l'extérieur. Comme ce qu'il y avait à l'extérieur voulait entrer en lui.
Puis soudain, la tempête s'apaisa.

Il ne savait pas comment il avait fait, juste que la tempête de poussière en lui s'était soudain apaisée et qu'il avait l'impression de flotter entre deux eaux, dans un courant paresseux et apaisé, délicatement chaud et…a l'écoute ?

Il "sentait" hors de lui. Il sentait les mains de Loki sur les siennes, il sentait sa propre tempête intérieur, incroyablement plus grande, plus dangereuse et pourtant tellement douce et apaisée

Il rouvrit les yeux.

Un hoquet lui échappa.

"- Que voyez-vous, Anthony ?"

Tony eut envie de répondre "tout" mais la réponse eut été stupide. Ou pas.

Il voyait la magie en lui. C'était comme un système circulatoire supplémentaire, comme si ses veines et ses artères étaient doublées par d'autres qui ne transportaient pas du sang mais de la magie.
Et son cœur n'était pas celui de chair. C'était comme si son ark pulsait doucement, propulsant la magie dans ses "veines".
Tout autour de lui il voyait la même chose, dans Loki, qui brillait comme un soleil, dans les meubles, la glace, la neige et le vent. Partout, il voyait la magie s'ébattre en liberté, libre et contrôlée, heureuse de l'être et heureuse de répondre à l'appelle de qui entendait son chant.

"- Appelez la magie à vous Anthony. Imaginez une balle de magie dans votre main. Comme lorsque vous utilisez votre répulseur."

Tony obéit sans réfléchir. Il fallut un moment à la magie pour lui répondre.
Avec stupeur, il sentit la surprise de la magie, de sa magie, lorsqu'il l'appela consciemment à lui. Puis la chaleur de satisfaction qui l'engloutit. C'était comme appeler une petite fille à vous sauter dans les bras pour un câlin de son père et étreindre une amante adorée en même temps. C'était comme recevoir l'affection bourrue d'un père ou la satisfaction joyeuse d'un ami.

La balle de magie dans ses mains se désagrégea lentement lorsqu'il la laissa repartir.

Pourtant, il savait qu'elle viendrait encore à lui s'il l'appelait.

"- Ca suffit pour aujourd'hui Anthony. Laissez la partir."

Tony obéit sans même savoir comment.

Il relâcha son emprise sur son monde intérieur qui se mit à nouveau à tourner et tourner encore sans fin et sans limite, plus vite et plus chaud qu'il n'avait jamais été, pourtant plus contrôlé et plus dominé que jamais également.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il réalisa qu'il pleurait à chaudes larmes.

Loki le prit gentiment dans ses bras.

C'était toujours comme ça la première fois. C'était ce que chaque bébé jotun découvrait lorsque ses parents le laissaient la nuit après sa naissance dans le Temple de l'Hiver pour être reconnu par la planète, ce que Loki n'avait pas reçu lorsqu'Odin l'avait arraché à son monde.

Le jotun laissa l'humain pleurer sur son épaule jusqu'à ce qu'il s'y endorme.

Tony n'en avait pas conscience, mais il était resté "parti" pendant presque 36h.

Farbauti finit par venir voir ce que devenait son fils ainé, un plateau de nourriture à la main.

"- Alors ?"

"- Alors, il pourrait retourner sur terre maintenant. Asgard ne pourra plus lui arracher sa magie."

"- Mais tu ne le laisseras pas partir tout de suite."

Loki eut un sourire froid.

"- Quand je le rendrais à Midgar, il sera à même de se protéger et de protéger les siens d'Odin lui-même."

Le prince caressa les cheveux de Tony avec tendresse. Le gris de ses tempes avait déjà disparue. La magie prenait soin des siens.

Les Avengers avaient été heureux d'avoir des nouvelles de Tony. Même s'ils étaient inquiets de les avoir via Loki, c'était mieux que rien.
Leur soulagement avait été réel quand Jarvis leur avait assuré qu'il resterait, ou au moins une de ses copies, avec Tony.

Avec Jarvis, il ne pouvait rien arriver de mal à leur ami n'est-ce pas ?

L'IA avait insisté. Il ne laisserait personne faire du mal à son maitre.

La possessivité de l'IA avait un peu inquiété les Avengers aussi bien que Coulson. Si malgré tout, il arrivait quelque chose à Tony, que ferait Jarvis ?

Ils n'avaient aucune envie que l'IA tourne fou furieux.

A voir l'indépendance et l'autonomie que l'IA prenait depuis des années, il y avait fort à craindre qu'il ait un geste malheureux s'il arrivait quelques chose a son maitre.
Mais ce n'était pas la question pour l'instant.

Pas avec Ragnarok avec eut ainsi que la cinquantaine d'armures créées par Tony et pilotées à distance par l'IA qui attendaient, immobiles, qu'on ait besoin d'elles.

« - Miss Foster ? »

« - J'anticipe la création d'une douzaine de Bifrost tout autour de la ville a environ 80Km des faubourgs. Comme prévu. »

Coulson hocha la tête.

Les instructions de Loki étaient absolument précises.

Au début, il avait un peu renâclé à les utiliser, mais il serait toujours temps d'agir s'il avait mentit a un moment ou un autre.

« - Les bifrosts s'ouvrent. »

L'un après l'autre, le Bifrost dégueula des ases armés jusqu'aux dents à quelques kilomètres de New York.

Les faubourgs de la ville avaient été évacué et des unités d'élites mises en formation.
Le terrain avait été miné, les routes soigneusement épargnées au contraire, tout ça pour canaliser les troupes ennemis.

Les premiers ases qui sautèrent sur des mines firent sourire Coulson.

« - Ho la belle rouge ! » S'amusa Steve avec un sourire féroce qui fit ouvrir de grands yeux a ses amis.

Qui aurait pu croire une seule seconde qu'il puisse être aussi cruel ? Mais Steve n'aimait pas les brutes. Hors, il n'en avait jamais rencontré de pires que les ases.

Les généraux Ases firent se regrouper leurs hommes sur les routes pour éviter les mines.
Qu'est-ce que c'étaient que ces armes ? C'était totalement déshonorant !

Mais les humains s'en carraient la rotule dans un steak frite de l'honneur. Il n'y avait plus d'honneur qui tenait quand on protégeait son monde. S'il fallait finir les ases a la fourchette a huitre, ils le feraient.

L'honneur, c'était pour les temps de paix, quand il faisait beau, que les oiseaux chantaient que les hautes sphères philosophiques et gérontocratiques pouvaient perdre leur temps à disserter sur la calibrage du cul des poules en faisant pipi sous eux.

Là, il fallait bourrer dans le tas, réduire l'ennemi à l'état de purée sanglante avant de rugir sa victoire en se frappant le torse avec un « Grunt ! » de satisfaction.
La guerre n'était jamais honorable, quoi qu'en disent les ases.

Le rythme des envahisseurs avait largement diminué sur terre. A présent, ils n'avançaient plus le museau au vent, le torse viril et conquérant.

Ils regardaient où ils mettaient leurs pieds, ils se recroquevillaient les uns contre les autres, leurs armes serrées dans leurs bras comme des doudous.

Les hurlements des généraux qui répercutaient ceux d'Odin ne servaient pas à grande chose.

L'homme de troupe avait toujours une conscience infiniment plus aigüe du danger que les gradés. Mais la propension à finir en chair à pâté sur un champ de bataille était toujours inversement proportionnel à sa place dans la pyramide de commandement, quel que soit l'armée et quoi qu'en disent les ases.

Les simples soldats d'Asgard suivaient peut-être le mouvement parce qu'ils n'avaient pas le choix, mais s'ils pouvaient éviter d'aller au casse-pipe sans raison, ce n'était quand même pas plus mal.
Plus d'un se demandait ouvertement ce qu'ils fichaient là.
Un mortel avait de la magie ? Odin n'avait pas pu la lui sucer jusqu'à la moelle parce que Loki avait embarqué le mortel ?
Grand bien leur fasse ! Ils étaient très bien à la maison a boire leur bière. Bien mieux qu'ici à risquer de se faire sauter sur des armes qui leurs étaient inconnues, tout ça pour récupérer un clampin qui n'était probablement même pas là.
Et si Odin voulait prendre le contrôle de Midgar, ce n'était probablement pas avec leur petite armée de 10 000 mexicains avec des épées qu'ils allaient pouvoir s'en sortir !

Pas alors que des avions de chasse passaient régulièrement au-dessus d'eux en supersonique, que des hélicos les surveillaient de loin et que des véhicules blindés se plaçaient en position lentement avant de braquer leurs canons vers eux.
BON DIEU C'ETAIENT QUOI CES TRUCS ?!

« - AVANCEZ ! AVANCEZ ! »

Un premier obus tomba sur le côté de l'armée qui approchait.

Un flottement fit hésiter les ases.

« - AVANCEZ ! » Hurlaient encore les gradés.

Les soldats ralentirent encore quand de nouveaux obus touchèrent terre non loin d'eux. Couverts de terre, ils réalisaient soudain le ridicule de leurs épées face aux engins à projectiles des mortels.

Un obus tomba en plein milieu de la phalange de tête.

S'en fut trop pour les simples fantassins. C'était sans doute honteux, mais ils ne gagneraient même pas le Walhalla à se faire massacrer comme des poulets sous le couteau du boucher !

Leurs lignes se brisèrent. Malgré les cris des gradés et les hurlements d'Odin, ils reculèrent.

La retraite se transforma presque immédiatement en panique incohérente lorsque les avions tirèrent à leur tour.

Sur la côte, les troupes amenées par bateau qu'Odin attendait avaient depuis longtemps été coulé par deux sous-marins diesel. Ils n'allaient certainement pas sortir des bâtiments nucléaires pour couler quelques pataugeoires.

Coulson eut un sourire froid.

« - Et même pas un mort de notre côté. »

« - Ce qui m'étonne, c'est que Thor ne soit nul par en vue. » Steve était sombre.

Malgré tout, ce gaspillage de vies le perturbait grandement. Il avait beau être un soldat, il n'aimait pas tuer.

« - Il a été méchamment blessé la dernière fois. » Rappela Bruce qui se contenait fort bien.

Il savait que si la circonstance le nécessitait, il serait sans doute un dernier recours.

« - Que font les ases ? »

« - Ils reculent et se regroupent. Je crois qu'ils vont établir un campement. »

« - Réaction de siège classique. »

Idiots.

Odin s'était retiré dans sa tente.

Il n'avait aucune nouvelle du cinquième de son armée qui devait attaquer par la mer.

Des dizaines d'ases étaient mort sous les bombes et ceux qui restaient tremblaient de peur comme de misérables larves.

Ha elle était belle l'armée d'Asgard !

« - Vous vous y prenez très mal savez-vous ? »

Odin bondit sur ses pieds.
Deux gardes se précipitèrent à l'intérieur de la tente pour attaquer la femme qui les négocia avec une vitesse impressionnante.

« - Vous pouvez m'appeler Madame Hydra. Et je suis sûr que nous allons pouvoir faire affaire. Vous voulez Stark, je veux le Capitaine. »