Un certain nombre de choses à dire avant de vous laisser lire:
- Oui, j'ai pensé à écrire sur les elfes, en particulier sur Winky, mais je n'ai pas encore réussi à trouver quelque chose de bien. Pour le moment je réponds à une demande sur les fantômes. En effet, ce sujet verra le retour du Conseil des Fantômes de Poudlard! ^^
- Merci pour m'avoir rassurer sur les notes. Je me demandais si ca ne faisait pas trop lourd alors Merci ! ^^
- Attention, le thème de ce sujet porte sur une situation tragique. Tristesse au rendez-vous. Mais Colin est quelqu'un d'heureux qui cherche à ce que les gens le soit également autours de lui.
Bonne lecture!
*** Sujet 7 ***
Une famille Moldue
Je suis rentré tout guilleret à Poudlard. Tout guilleret... lorsque j'emploie cette expression, j'ai l'impression de voir une petite fille avec deux nattes nouées par deux gros nœuds rouge gambadant dans une prairie en fleur avec de joyeux petits papillons voletant autours d'elle. J'espère que ce n'est pas l'image que vous avez de moi en tête... De toute façon je viens de vous la mettre en tête... Bref, cette histoire commence très bien...
Et ne continue pas beaucoup mieux (enfin pour moi) puisque, ayant atteint le château, voilà que le vieux grincheux du Cesp*(1) me tombèrent dessus. « Où étiez-vous ? Quand êtes-vous parti ? Quand êtes-vous revenu ? Quel était le but de votre absence ? » Qu'est-ce que c'était que ce bazar ? J'étais partagé entre une furieuse envie de leur rire au nez et un mal de tête carabiné. Enfin... je crois... Mais puisque je n'ai pas vraiment de tête... C'est une question à se poser... Ou pas. En tout cas, j'avais une très désagréable sensation au niveau de l'extrémité supérieur de mon ectoplasme.
_ Suivez-nous Monsieur Crivey.
_ Mais je n'ai absolument aucune envie de vous suivre.
Le problème avec les autres fantômes, c'est qu'eux peuvent vous toucher. Par extension, vous attraper. Et dans le cas de ces deux esprits à la carrure de déménageur (En fait, je pourrais me contenter de mentionner qu'ils étaient habillés de côtes de maille et portaient chacun à leur ceinture une épée qui devait certainement faire plus que mon poids – avant passage à trépas bien sûr) vous forcer à les suivre.
Ils me portèrent littéralement (dans la mesure où je flottais plus haut que d'habitude) jusqu'à la salle du conseil tenait leur... conseil *(2).
Me voici donc devant ces vieux sages (dont l'un l'apparence d'un enfant de 12 ans) attendant ma sentence (voix grave et dramatique volontairement caricaturale). Je me moque mais c'était exactement le cas et j'allais bientôt devoir ravaler mes sarcasmes. Le président-enfant de l'Organe de Justice des Fantômes de Poudlard prit la parole.
_ Fantôme Crivey...
_ Appelez-moi Colin comme tout le monde. On va se côtoyer pendant l'éternité de toute façon.
_ N'interrompez pas le Conseil !
La voix puissante d'un ancien ténor de l'opéra a beaucoup plus d'impact que celle d'un adolescent pré-pubère. Je me suis tu.
_ Vous avez quitté l'enceinte du château sans en informer le Conseil. Vous aviez été pourtant été informé de cette règle. Avez-vous une quelconque justification ?
_ Euh... Non...
_ Vous êtes donc condamné à deux mois de service communautaire.
De quoi ?!
_ Vous vous fichez de moi là ? Je n'ai jamais eu le moindre avertissement, le moindre blâme de toute ma scolarité. Mon père n'a jamais eu à me punir de sortie. J'ai respecté les règles. Et maintenant que je suis mort, que j'ai perdu tout matérialité vous me « condamnez à deux mois de service communautaire ». Vous plaisantez n'est-ce pas ?
Vu leur expression, non, ils ne plaisantaient pas.
_ Très bien. Et si je refuse, vous faites quoi ? Vous me donnez la fessée ?
_ Non, mais nous demandons à Hanz et Karl de hanter les dortoirs de votre frère Dennis pour l'empêcher de dormir afin qu'il manque de fatigue au moment de passer ses examens. Vous ne souhaiteriez pas que votre frère subisse les conséquences de vos irresponsabilités n'est-ce pas ?
_ Mais vous n'avez pas le droit de faire ça ! Ca contrevient à vos propres règles : pas d'intervention dans le monde des vivants !
_ A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle.
Situ... ? Ok. Ca ne servait à rien de discuter. Je n'en revenais pas. C'était ridicule. Démesuré. Complètement stupide. Je suis sûr que vous avez du mal à me croire. Je vois bien votre petit sourire en coin qui cache maladroitement un « N'importe quoi ». Mais cela se passe exactement comme ça dans la société fantomatique de Poudlard. En tout cas, cette « sentence » allait me conduire à vivre l'un des pires moments de mon existence...
J'ai bien sûr opté pour les services communautaires. Il était hors de question que je les laisse perturber la scolarité de Dennis. Il allait me prévenir lorsqu'ils auraient besoins de mes services. J'étais d'astreinte en quelque sorte. Je ne savais pas que mon premier « service » aurait lieu le soir même. Hanz (ou Karl, enfin, l'un des deux gorilles à cote de maille) vint me chercher. Nous traversâmes le parc, le lac, une colline, un pré et nous arrivâmes devant une route que nous traversâmes également. De l'autre côté, dans le fossé, il y avait une voiture*(3). En très mauvais état.
Mais on s'en fiche de la voiture. Les dégâts n'étaient pas que matériel. Le conducteur avait la tête contre le volant, la tempe ouverte. Sa poitrine s'élevait lentement. Il n'était pas mort. Mais son état était plus qu'incertain. A coté de lui, sur le siège passager, une femme elle ne respirait plus. Ses blessures étaient béantes. Fatales. Tout d'un coup, un cri retentit. Strident, perçant, horrible.
_ Mon bébé ! Mon bébé !
A l'arrière du véhicule, la femme du siège passager essayait désespérément de prendre un petit enfant pas plus âgé que de quelque jours. Il ne bougeait plus. Elle pleurait, elle criait, elle essayait de le prendre, ne faisait que le traverser. C'était déchirant. Elle essaya d'attraper son portable*. Ne fit que le traverser encore. Elle était de plus en plus hystérique. Ces cris pénétraient directement mon cœur. Ou mon âme quelque part, ce n'était pas le moment de jouer sur les mots. C'étaient des cris de détresse. La détresse d'une mère qui craint pour la vie de son enfant.
Je regardais Hanz :
_ Qu'est-ce qu'on fait là ? Pourquoi on reste planter là ? Il faut aller aider cette femme ! Faire quelque chose !
_ On n'intervient pas. On attend.
_Mais... !
C'est à ce moment que la femme (enfin son fantôme) décida de vraiment prendre les choses en main. Elle avait aperçu la ferme je suppose de l'autre coté du pré et elle courait (flottait rapidement) maintenant dans sa direction en appelant à l'aide.
_ On y va ! Attrape-la !
Quoi ? Je n'avais pas encore réagi que Hanz avant déjà rattrapé et capturé l'esprit de la femme. Il la força à se mettre à couvert dans l'ombre d'un bosquet juste à temps avant que les fermiers sorte de leur maison alertés par ses cris. J'eus juste le temps de me cacher derrière la voiture. Qu'ils aperçurent d'ailleurs. Le mari s'élança à travers champ tandis que la femme rentrait dans le bâtiment, sans doute pour téléphoner aux urgences.
Je me suis retrouvé coincé dans le coffre pendant tous le temps où les ambulanciers portaient secours à l'enfant et son père. Je ne pouvais pas me montrer. Je risquais de leur faire peur au point qu'ils fuient au lieu de sauver cette famille. Je ne rentrais à Poudlard que tard dans la nuit. Une fois n'est pas coutume, je me rendis directement à la salle du Conseil. Hanz tenait enfant la femme qui cherchait toujours à s'échapper et appelait désespérément les noms de son bébé et son mari.
Elle avait l'air complètement perdue, effrayée, affolée. Sa peur n'était plus seulement pour sa famille qu'elle avait vu être secourue mais pour elle-même. Je m'approchais et demandais à Hanz si je pouvais lui parler.
_ Vas-y. Tu arriveras peut-être à quelque chose avec ton petit air candide. J'ai jamais un fantôme de Moldus aussi incompréhensif.
Je lui jetais un regard noir.
_ Bonjour Madame.
Elle releva la tête et me regarda avec des yeux vides.
_ Madame, vous êtes morte.
_ Je suis encore sur Terre. Vous n'êtes pas des anges et ce n'est certainement pas le paradis.
_ Il n'empêche que vous êtes morte. Vous avez choisi de rester sur Terre, de ne pas suivre les autres.
_ La lumière ?
_ Oui, la lumière.
_ Mais qu'est-ce que je suis alors ?
_ Un fantôme.
_ Les fantômes n'existent pas.
_ Ils existent Madame. Nous existons. Nous avons juste choisi de ne pas nous révéler aux Moldus.
_ Moldus ?
_ Les gens comme vous. Enfin, comme vous avant... Je veux dire...
Je commençais à perdre pied. Et personne n'essayait de m'aider. Pendant que j'essayais de déterminer comment lui expliquer le monde des sorcier, la femme recommença à trembler et appeler son enfant.
_ Mon bébé ! Vous avez vu mon bébé ? Ou est-il mon petit, mon tout petit bébé ?
Je l'avais perdu. Elle ne répondait plus du tout à mes sollicitations. Je me relevais et pris une décision. Me retournant, je me plantais devant les membres du Conseils et assénait.
_ Je sors de Poudlard pour faire des photos.
_ Attendez !
_ Le règlement me force à vous tenir au courant. Pas à me justifier, m'expliquer ou quoi que soit. Je n'ai pas besoins de votre autorisation non plus. Je sors. Point.
Et je suis sorti. J'étais partagé entre la colère contre ce ramassis de fantômes décatis sans cœur (je pourrais continuer comme ca longtemps) et la pitié pour cette femme. Je me rendais à l'hôpital et me débrouillais pour atteindre la chambre de sa famille sans être aperçu par les Moldus en hantant aléatoirement fauteuil roulant et ustensiles médical. Ce fut une bonne surprise qui m'attendait.
Hantant le pot de fleur dans un coin, j'avais un très bon angle pour mes photos. Les blessures de l'homme s'étaient avérées superficielles. Le bébé avait été parfaitement protégé par son siège auto. L'homme le tenait dans ses bras, lui faisait des papouilles, le serrait contre son cœur. On voyait sur son visage la joie de serrer son enfant dans ses bras. La peine aussi d'avoir perdu sa femme naturellement. Mais il était évident que cet homme serait fort pour son enfant. Qu'il l'aimerait pour deux.
Je le mitraillais puis me pressais de rentrer au château. Encore une fois, je me rendis directement à la salle du Conseil. Espérant que ca ne deviendrait pas une habitude. Je m'agenouillais une nouvelle fois devant la femme.
_ Madame... Madame, regardez.
Je lui présentais mes photos une par une. Peu à peu, son visage s'illumina. C'était un vrai de bonheur de la voir reprendre des couleurs (façon de parler, elle ne perdrait dorénavant jamais son tain blafard) et s'animer. Elle sourit lorsque je lui présentais la photo où son mari chatouillait le bébé et rit franchement à celle où son enfant essayait de taper sur le nez de son homme. A la fin, elle me regarda et murmura :
_ Merci. Vous m'avez sauvé.
J'ai eu le cœur rempli. Ou mon âme. Mais ce n'était toujours pas le moment de jouer sur les mots.
*(1) Vous vous souvenez ? Le Conseil des Esprits de Poudlard. Je les ai déjà mentionné dans le Sujet 3 il me semble, sur Poudlard, cher vieux château...
*(2) Oui, j'aurais pu écrire réunion, assemblée ou même conciliabule... Je dirais même (plus) que quelqu'un me l'a conseillé mais que je ne l'ai pas écouté !
*(3) Pour les sorciers : Une voiture est un moyen de locomotion automobile utilisé par les Moldus. Dans la mesure où cette histoire nécessitera une certaine connaissance des mœurs Moldus, pour une complète compréhension, je vous conseille le très bon livre Etudes des Mœurs et Habitudes de nos Voisins les Moldus par Géraldine Cressel.
Ca vous a plu? J'espère que je ne vous ai pas rendu trop triste :S
