Et voici la partie 8.
Comme chaque fois, j'espère qu'elle vous plaira ! ^_^
Bonne lecture !
Le cycle de l'éternité - partie 8
Aube
Un mince trait de lumière commençait à se deviner à l'horizon. Le soleil allait se lever et nimber le plateau de ses doux rayons. Peu à peu
, la cité allait reprendre vie, les gens reprenant leurs occupations de la veilles et la vie suivrait son coure. Bien sûr, Malik ne verrait jamais la fin de cette journée qui semblait pourtant s'annoncer paisible.
Lentement, alors que la lueur croissait, le Daï se releva et s'approcha du bord, posant ses mains sur la rambarde de pierre. Elle lui rappelait celle de Masyaf, et le canal en contrebas, la rivière qui coulait au village et par laquelle tout avait commencé. Son esprit vagabonda quelques instants dans ses souvenirs, puis il soupira.
Tant de choses étaient arrivées depuis cette époque lointaine. Il avait l'impression qu'une vie entière s'était écoulée depuis sa rencontre avec Altaïr. Et il regrettait profondément. Non pas d'avoir un jour croisé le chemin de cet enfant qui ne savait pas nager, mais d'être tombé sous son charme. Ce n'était pas bien... un homme attiré par un autre, la honte et le déshonneur pour celui qui se laissait aller à de telles pulsions.
Et visiblement, sa perversion avait également touché son ami, sinon, pourquoi l'aurait-il embrassé ? Ô dieux, qu'avait-il fait ? A moins bien sûr qu'Altaïr ne ce soit joué de lui, afin de le ridiculiser. Par vengeance pour toutes les moqueries qu'il lui avait lancées, profitant de l'information que Kadar lui aurait révélée ? A moins que ce ne fussent autre chose...
Peu importait. Le soleil ne tarderait plus et le ciel se nimbait déjà de sa douce gamme de coloris variant de l'orange au rosé, l'heure était donc venue. Avec un profond soupir de désespoir, Malik se hissa sur la rambarde, se mit debout et avança à petit pas assurés jusqu'au bout de la planche qui servait normalement à ses "frères" pour effectuer le saut de la foi. Le promontoire était idéalement placé dans la direction du levant.
L'air était frais et vif, un vent léger faisait doucement danser les pans de sa veste de Daï. Avec émotion, il ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Il aimait la sensation du vent matinal sur son visage. Combien de fois l'avait-il ressenti, du haut de la tour de Masyaf, en compagnie de son petit frère. Kadar aimait voir le jour se lever, il disait que le retour de l'astre solaire le remplissait de joie et de confiance.
Kadar, je serais bientôt près de toi, petit-frère...
- Malik ...
- Mais nom d'un chien, où est-il ? s'énerva Altaïr en frappant dans un mur.
- Calmez-vous seigneur Altaïr ! s'exclama Assia pour le raisonner.
Ils étaient tous deux sur le toit d'un haut bâtiment. Le jour commençait à poindre à l'horizon, libérant un mince filet de lumière au-dessus des collines. La jeune femme avait beau essayer de paraître calme, elle était aussi effrayée que l'Assassin et son cœur battait à lui en casser la cage thoracique. Plus le temps passait, et plus les chances de retrouver Malik en vie diminuait.
Soupirant longuement, la servante leva les yeux vers le ciel pour contempler le sombre manteau se dissiper dans un mélange harmonieux de coloris au ton chaud. Dans son champ de vision se trouvait un haut minaret. Soudain, elle vit quelque chose bouger en haut, sur la plate forme depuis laquelle le crieur appelait les fidèles à la prière. Il s'agissait visiblement d'un homme, mais il paraissait petit vu d'en bas.
Elle l'observa un instant, puis comprit avec horreur de qui il s'agissait lorsqu'il se déplaça jusqu'au rebord de la plateforme destinées aux "frères"
- Grands dieux, seigneur Malik ! s'écria-t-elle, plaquant une main contre sa bouche, sous le choc.
Altaïr tourna la tête dans la direction que regardait la jeune femme et fut frappé par la même scène. Dieux, ils avaient vu juste sur ses intentions. Il attendait donc l'aube pour mettre fin à son existence ? Quelque part, cela n'étonnait pas vraiment l'Assassin, mais il était quant même en alerte. Sans vraiment réfléchir à ce qu'il faisait, il se précipita au pied de la tour, oubliant la douleur qui lancinait dans sa jambe. Son cœur allait exploser tant il battait vite et fort.
La porte du minaret était entrebâillée, bien sûr, Malik n'avait pas pu escalader les parois avec un seul bras, songea Altaïr en sautant du toit directement devant le portique. Il effectua une roulade en atterrissant, se remit debout d'un bond et se précipita dans les escaliers de la tour.
Pourvu que j'arrive à temps !
Tout son corps lui hurlait de s'arrêter car la douleur était à son paroxysme et la suture avait lâché. La plaie se remettait à couler vivement, mais il en avait vue d'autre. Il n'avait pas l'intention de s'arrêter en plein milieu et de laisser celui auquel il tenait tant sauter dans le vide, sachant que la chute le conduirait irrémédiablement à sa mort.
Le souffle court, l'Assassin parvint devant la porte du sommet, ralentit le pas pour ne pas faire sursauter le Daï et sortit sur le balcon. Le promontoire se trouvait de l'autre côté et Altaïr contourna le centre en clopinant quelque peu. Malik, de dos, fermait les yeux et semblait déguster la brise qui courrait sur son visage. S'approchant doucement, Altaïr prononça d'une vox fatiguée le nom de l'autre.
- Malik ...
Le Daï rouvrit les yeux, surpris d'entendre la voix de son ami. Lentement, il tourna la tête et son regard tomba sur l'Assassin. Il semblait profondément exténué et une auréole de sang commençait à s'étendre à l'emplacement qu'il savait être celui de la plaie. Il soupira profondément, puis parla d'un ton sans réplique.
- Tu n'as pas pu t'en empêcher, il à fallu que tu me cherches...
Altaïr tomba à genoux, sa jambe ne semblant plus vouloir le porter. Mais il continua de fixer Malik, observant chacun de ses mouvements pour prévenir tout saut qu'il tenterait.
- Tu veux mettre fin à tes jours Malik... Pourquoi ? demanda le blesser en haletant de douleur.
Avec toute la lenteur du monde, l'autre se retourna, restant un moment à fixer son ami d'un regard où se lisait une grande fatigue physique et psychique, le regard d'une personne qui avait déjà renoncé. Sa bouche s'ouvrit, se referma, s'ouvrit à nouveau, puis finalement, il parla.
- Je suis souillé, Altaïr...
- Parce que je t'ai embrassé ? interrogea bêtement l'Assassin, se sentant soudainement coupable.
- Pff... Non, pas à cause de ça...
Un court silence passa avant qu'il ne poursuive :
- ... J'ai fait des choses impardonnables, Altaïr.
- De quoi parles-tu ?
Malik laissa passer un nouveau silence. Devait-il lui raconter toute l'histoire ? Après tout, pourquoi pas. De toute façon, là où il allait, plus rien n'importait.
- Mon frère à découvert mon plus horrible secret il y a quelques années. Il m a promis de garder le secret, mais moi...
Sa lèvre trembla, son cœur se serra une fois de plus et ses yeux se mirent à briller. Des larmes de crocodiles roulèrent sur ses joues. Il avait mal, si mal en racontant ça. Sanglotant à moitié, il continua d'une voix forte.
- ... Moi, j'ai souhaité sa mort, Altaïr ! J'ai souhaité la mort de mon propre frère. Et à cause de moi, il est vraiment mort !
Il riait et pleurait en même temps, il semblait hystérique. L'Assassin le regarda avec un mélange de compassion et de tristesse. La tristesse de le voir dans cet état de profond désespoir.
- Et quand nous sommes descendu dans ce maudit temple, quand ils l'ont tué de cette horrible manière, j'ai été soulagé... oui, si soulagé de savoir mon secret à nouveau en sécurité !
- Malik...
Il avait les yeux fermé, les larmes coulant incessamment le long de son visage, goutant au-dessous de son menton. Altaïr se demanda si c'était une bonne chose que de le laisser comme ça au bord du vide. Il aurait voulu s'élancer et l'attirer vers l'intérieur de la plateforme, mais tout son corps était endolori et il perdait beaucoup de sang. Celui-ci commençait à ruisseler vers le bord du balcon. Soudain, Malik se tut, baissant la tête vers ses pieds, le regard perdu dans le vague.
- Je suis coupable de sa mort, n'est-ce pas ?
Surpris par cette question posée d'un ton sans réplique, Altaïr répondit immédiatement :
- Qu... Que racontes-tu encore, imbécile ? Ce n'est pas parce que tu as voulu durant un instant que ton frère disparaisse que tu es responsable de sa mort !
- Qui sait ? La vie est une chienne, Altaïr, c'est une vérité absolue.
- Je...
- La preuve, c'est que finalement, la mort de Kadar n'arrange pas le problème...
Il releva les yeux et fixa d'un air perdu l'Assassin.
- Malik, que veux-tu dire à la fin ? s'exclama-t-il, perdu dans ces explications sans aucune cohérence.
- Ne plaisante pas Altaïr... tu sais très bien, puisqu'il te l'as dis.
Surpris, Altaïr lui jeta un regard interloqué.
- Comment ça ? Mais de quoi parles-tu ?
A nouveau, Malik le regarda de ce regard vide de tout espoir. Altaïr était désespéré de ne voir aucun éclat dans les yeux de son ami.
- Tu ne sais pas ?
- Non ! Malik, Kadar ne m'a jamais parlé d'autre chose que du travail...
- Ce mensonge est-il vrai ?
- Mais bien sûr que oui... Il ne parlait jamais de quoi que ce soit d'autre que son apprentissage !
Malik descendit de la planche et s'approcha pour s'agenouiller près de son vis-à-vis. Le regardant droit dans les yeux, il lui demanda de répéter.
- Je ne sais pas de quoi tu parles Malik ! s'exclama l'autre en le fixant droit dans les yeux sans faillir.
Malik soupira profondément. Il savait qu'Altaïr ne mentait pas, il n'avait jamais su mentir. Se relevant lentement, il murmura dans un souffle :
- Dans ce cas, c'est bien pire...
- Pardon ?
- ... c'est bien pire ! s'exclama-t-il, les larmes se remettant à couler de plus belle. Dans ce cas, je l'ai tué pour rien Altaïr. Il ne m'avait pas trahit, c'est moi qui l'ai trompé !
- Malik... vas-tu me dire pourquoi tout ce cirque...
- Il ne t'avait rien dit...
- Dis quoi, Malik, explique-moi !
Un long silence s'abattit sur le bacon. La tête d'Altaïr commençait à lui tourner, il avait perdu beaucoup de sang et la douleur se répandait dans tout son corps, battant à ses tempes. Malik s'essuya le visage tant bien que mal avec la manche de sa veste. Maintenant qu'il savait que Kadar n'avait pas trahi son secret, il avait encore plus envie de sauter. Il devait aller s'excuser auprès de son petit-frère. Mais avant, il devait dire son secret à Altaïr, il méritait une vague explication. De toute façon, il n'aurait pas à affronter son regard par la suite. Pourtant, avant de lui révéler la terrible vérité, il y avait encore une chose qu'il devait régler, un doute qui restait...
- Altaïr...
- Quoi, Malik ?
- J'ai une question pour toi, murmura le Daï en reniflant.
- Laquelle ?
Malik prit une profonde inspiration, puis parla dans un souffle :
- Pourquoi m'as-tu embrassé ?
Surpris, Altaïr ne su pas quoi répondre. Son esprit s'embrouillait, devait-il vraiment le lui dire. Y avait-il d'ailleurs encore quelque chose à dire à ce sujet. Bien sûr, s'il l'avait fait, c'était par amour. Malik ne l'avait-il pas compris ? L'Assassin ne su vraiment pas quoi dire. Pourtant, il devait essayer. Peut être ses sentiments toucheraient-ils son ami et le convaincraient de ne pas sauter. Altaïr ouvrit la bouche, hésitant un instant, puis parla :
- Si je t'ai embrassé... c'est parce que je t'aime, Malik...
Dans l'esprit du Daï, cet aveu eut l'effet d'un boulet de canon, détruisant le peu de raison qu'il lui restait.
- Que... que viens-tu de dire ? bredouilla-t-il.
Cette fois, la voix de l'autre fut plus assurée :
- Je t'aime Malik... Depuis le début.
Alors Kadar était vraiment mort pour rien, songea son vis-à-vis. Si Altaïr l'aimait depuis toujours, alors tout ce secret n'avait été qu'une perte de temps et la mort de son frère, une perte inutile ! Bien, l'heure d'avouer sa propre culpabilité était venue dans ce cas, puis le grand plongeon...
- Merci de ton honnêteté, mon ami... je vais donc te révéler le terrible secret qui hante mon cœur...
Sans vraiment réfléchir à ce qu'il faisait, il approcha son visage de celui de l'Assassin et déposa ses lèvres contre les siennes. Un frisson le parcouru, il en avait tant rêvé de cet instant... dommage qu'il soit le présage de la fin. Il resta comme cela quelques secondes, Altaïr ne réagissant même pas tant il fut surpris, puis rompit le contact. Il regarda son ami droit dans les yeux et avoua :
- Moi aussi...
Puis, sans aucune autre explication, il se retourna. En deux enjambées à peine, il fut sur le promontoire. Il se retourna pour voir une dernière fois celui qu'il aimait, tendant les bras tel un crucifié, ferma les yeux et laissa le poids de son corps l'entrainé en arrière, vers l'abime.
Assia, toujours en bas de la tour, avait vu le Daï descendre de la planche et retourner à l'intérieur avec un soupir de soulagement. Peut être Altaïr avait-il réussi à le raisonner ? Quelques minutes c'étaient ensuite écoulées et la jeune femme s'attendait presque à les voir ressortir tous deux par la porte du minaret.
Mais visiblement, le destin n'était pas enclin à laisser cette histoire bien se finir. Malik avait bondit sur le promontoire et s'était tourné vers l'intérieur - sans doute pour dire encore quelque chose à l'Assassin - avait tendu les bras et s'était laissé tomber dans le vide. Un cri strident sortit de la gorge de la servante, manquant de lui faire sauter les cordes vocales.
- MALIK !
Terrifiée, voyant le corps en chute libre, son cerveau lui jouait d'avance la scène de l'impact. Puis elle le vit. Une seconde forme humaine se jetant du sommet de la tour à la suite du Daï.
Ayant aperçut un éclat singulier dans le regard de son ami, Altaïr avait deviné son intention. Le voyant sauter vers la plateforme, il avait lui même bondit sur ses pieds. La décharge d'adrénaline qui parcourait son corps lui faisant oublier la douleur qui irradiait de sa cuisse. A peine le corps du Daï partait à la renverse qu'il se jetait déjà en avant pour essayer de le rattraper. Bien sûr, il savait qu'il n'arriverait pas à le retenir car son centre de gravité était déjà largement passer en dehors de la passerelle. Le voyant passer par dessus bord, sans aucune réflexion préalable, il plongea à sa suite.
Son corps chuta, provoquant en lui la même sensation qu'à chaque fois qu'il tentait un saut de la foi. Le vent qui fouettait son visage, cette poussée d'adrénaline au fur et à mesure que le sol se rapprochait. Sauf que d'habitude, un chariot de paille se trouvait là pour le réceptionner, mais là, Malik avait volontairement sauté de façon à rater le chariot.
Dans sa chute, Altaïr rattrapa son ami, qui freinait involontairement sa chute en écartant les bras. Arrivant à sa hauteur, il attrapa ses épaules et l'attira à lui, l'enserrant dans ses bras. Surpris, le Daï ouvrit les yeux, déconcerté de se découvrir ainsi collé contre l'autre.
Puis ce fut l'impacte...
A suivre ...
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Prochain chapitre en cour de rédaction : Le cycle de l'éternité partie 9 - Une tombe
