- Donc, vous vous appelez Miss Emily Wigner…

- En fait, c'est Stephen Hiller. And I'm a boy.

- Oh, sorry ! dit House avec les yeux ronds. Je dois avouer que c'est difficile de faire la différence. Et vous faites quoi dans la vie, Miss Wigner ?

Cameron s'était silencieusement approchée du bureau de House. Elle choisit de demeurer discrète et, sans être vu du diagnosticien qui faisait une audition, elle passa dans la salle conjointe – celle où Foreman, Chase et elle-même s'étaient si souvent réunis sous la houlette de l'impitoyable House. Toujours sans être vue, elle s'assit sur une chaise pour assister au spectacle qui se déroulait sous ses yeux avec une incroyable limpidité… Elle finit par comprendre qu'il n'y avait plus de cloison vitrée. Chase lui avait pourtant signalé la destruction du mur. House n'avait même pas pris la peine de tirer les stores pour combler le vide.

Elle commença par s'étonner de l'absence de Wilson. D'ordinaire, celui-ci tenait à être toujours là pour pouvoir veiller sur son meilleur ami et empêcher des débordements plus que possibles. D'ailleurs, songeait-elle, à ce qu'on racontait, la présence de Wilson ne suffisait pas à réprimer les élans agressifs de House, juste à le transformer en témoin de ces derniers. House serait toujours House.

C'était sans doute, se disait-elle, la millième fois que ce scénario se déroulait ; une pauvre victime, plus ou moins avertie, se présentait au brillant médecin qui toujours trouvait le moyen de l'éconduire sous une forme désobligeante et humiliante au possible. En l'occurrence, la victime se trouvait être un séduisant jeune homme de vingt-sept ans environ, tout frais sorti de ses études de médecine ou de l'enseignement d'un instructeur moins sévère, les cheveux bruns, et – autant qu'elle en pouvait juger – au visage très fin… Vrai, se disait-elle avec un sourire, il avait quelque chose de féminin dans son allure.

- Je dois avouer que c'est un grand jour pour moi, s'écriait House.

- Ah oui ?

- C'est la première fois que je reçois un androgyne dans mon bureau. Et je ne sais pas où je dois vous ranger, dans la catégorie des gros durs ou des jeunes filles en fleurs. Ça m'agace ; vous êtes un paradoxe. Vous n'auriez pas des chromosomes XYX ?

- Niet, reprit le garçon avec un beau sourire.

- A moins que vous ne soyez un travesti. Je vous en prie, dites-moi que vous menez une double vie et que vous orchestrez la prostitution dans les bars clandestins !…

- Non plus.

Au moins, le candidat ne se laissait pas démonter. Un bon point pour lui, songea Cameron.

- Dommage. Ç'aurait été l'embauche assurée. Et vous auriez pu me donner des adresses utiles. On aurait fait des échanges…

- Vous refusez toujours d'examiner mon dossier ? intervint Hiller-Wigner.

- Ça dépend… Vous voulez vraiment entrer ici ?

- Eh bien… oui.

- Alors il faudra en passer par mes quatre volontés. La question du jour c'est : êtes-vous prêt ou non ?… Sinon, c'est game over.

L'androgyne fit signe, un peu hésitant, qu'il avait compris.

- Bien. Le jeu – car jeu il y a – c'est que moi je pose les questions, et vous, mademoiselle, vous répondez.

- Merci bien…

- Les commentaires ne sont pas inclus dans la liste. On reprend… Question one : vous avez des sœurs ?

- Deux, plus âgées.

- Mariées ?

- Oui.

Après un regard réflexif, House lâcha :

- Ça n'empêche rien. Belles comme vous ?

- Heu… oui.

- Bon à savoir. Que faisaient vos parents ?

- Mère fleuriste, père esthéticien.

- Tout s'explique ! fit House triomphant. A rose with another name… et les attentions paternelles pour arranger les affaires. Voilà ce que j'appelle une relation père-fils. Vous êtes un joyau rare… Vous avez des frères ?

- Non.

- Encore plus rare. Vous êtes sûr que vous n'êtes pas une fille ?

- Oui !

- Too bad… Votre petite amie est dans la blanchisserie ?

- Heu, non…

- Alors c'est vous qui avez des habitudes de filles. Veste impeccablement repassée, alors qu'elle est visiblement usée, pas un faux pli… A moins que… Vous habitez chez vos parents ?

- Oui.

- Entretien terminé, fit House en se levant, j'ai l'honneur de vous annoncer que vous n'êtes pas pris.

Belle surprise, pensa Cameron qui avait suivi la discussion non sans intérêt.

- Mais, comment… demandait le jeune homme hébété.

- J'aime l'indépendance. Vous n'en avez pas. Au revoir.

- Quoi, ça s'arrête là ?!

- Qu'est-ce que vous n'avez pas capté dans « Vous n'êtes pas pris » ?

- Je croyais que ça durerait plus longtemps, remarqua Hiller qui essayait de rattraper le coup. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas savoir autre chose ?

- Si, en fait il y a une question… Vous êtes une fille ?

- Bien sûr que non !

- Au revoir !

House poussait le jeune homme vers la sortie. Cameron nota son air hargneux, se disant que sous cet angle-là il paraissait beaucoup moins attirant.

L'entretien n'avait pas duré deux minutes. C'était comme un ballet minutieusement réglé, avec House à sa tête, organisant chaque note en fonction d'un rythme qu'il connaissait bien. L'ensemble ne surprenait guère Cameron.

En revenant à son bureau House finit par l'apercevoir.

- Cameron ?

Elle sortit de l'ombre et passa dans le bureau suivante, demandant sur un ton léger :

- Les éclats de verre n'ont pas intrigué votre androgyne ?

- Ah, si ! Vous n'avez pas vu ça ? repartit-il plein d'ironie. A vrai dire ce fut sa première demande.

- Et qu'est-ce que vous avez répondu ?

- Quelque chose qui lui a beaucoup plu. Je crois qu'il apprécie les hommes fougueux…

Il repassa dans la pièce où elle s'était dissimulée, riant silencieusement. Cameron croisa les bras et le toisa.

- Sans rire, cette fois-ci, dit-il en allant se verser du café, pourquoi vous êtes là ?

- Je venais vous voir, House.

- Je le sais, c'est pourquoi j'ai demandé « ¨Pourquoi êtes-vous là ? »

Elle se rapprocha et s'assit sur la table au centre, en croisant les jambes. House lui proposa sans se retourner une tasse de café, qu'elle refusa. Lorsqu'il opéra un demi-tour, sa tasse dans la main, il prit le temps de la considérer.

Elle avait attaché ses cheveux blonds dans une natte enserrée dans un nœud rouge. Elle avait certainement ôté sa blouse avant de venir, c'est pourquoi il pouvait librement apprécier l'élégant chemisier bleu qu'elle portait au-dessus d'un pantalon serré, de couleur mauve. En revanche il goûta moins l'étonnant reproche de ses yeux clairs fixés sur lui. Il ne savait pas trop où cela mènerait, aussi estima-t-il préférable de faire bref :

- Je n'ai pas vraiment le temps d'écouter vos plaintes. J'ai faim, je n'ai pas encore déjeuné.

- Il est tard. A ce compte-là qui vous dit que j'ai déjà déjeuné, moi aussi ?

- Une miette sur le pantalon. Je ne vous fait pas l'injure de croire que ça date de ce matin. Déjà que la chirurgie recrutait n'importe qui, de mon temps…

- Et vous, reprit-elle, vous n'aurez pas besoin de défendre à la cafétéria, vous avez aussi déjeuné. Il y a une tache sur votre manche droite. Ça ressemble beaucoup à de la crème anglaise.

- Bien joué. Je suis vorace.

- Je crois que vous aurez donc tout le temps de m'écouter.

- A quoi est-ce que ça rime ? J'ai déjà eu la visite de votre petit copain hier. Il ressemble toujours à de la gelée quand il me voit.

- House…

- Il tremblait dans ses baskets la seconde où il a passé cette porte. Et en plus, il a voulu faire comme si ça ne se remarquait pas. Franchement, qu'est-ce que vous lui trouvez à ce gars-là ?

- Pour commencer, il respecte la parole des autres.

- Mais je respecte votre parole. Je n'en tiens pas compte, c'est tout.

- C'est un peu la même chose…

- Je croyais pourtant que vous aviez compris que je n'aime pas quand on vient me faire la morale.

- Je voudrais juste vous prévenir que vous foncez dans le mur.

- Déjà fait. Il n'a pas résisté, fit House en désignant les restes de sa cloison.

- J'ai assisté à votre « entrevue » avec ce jeune homme. Je ne trouve pas très sain de votre part cette manie de vous enfermer.

- Mais pas du tout. Je suis ouvert à tout.

- Regardez-vous, House.

- Je fais ça tout le temps. Si maintenant ça devient une prescription…

- Vous avez quarante-huit ans.

- C'était tabou !

- A ce compte-là, vous allez très vite vous retrouver seul, s'écria-t-elle, un jour viendra ou vous n'aurez plus personne, et là, peut-être que vous vous direz que, à un moment donné, un certain jour, lors d'une certaine occasion, vous n'avez pas eu les mots qu'il faut, et qu'avec un peu de bonne volonté tout aurait pu être différent.

- Je n'éprouve jamais de regret, coupa-t-il. Je l'ai déjà dit.

- Pas encore, souleva-t-elle. Mais ça viendra. Je voudrais de tout mon cœur vous éviter cela.

- M'éviter quoi ? La vieillesse ? C'est raté. C'est gentil en tout cas mais il aurait fallu intervenir un peu plus tôt…

- Quarante-huit ans, House, vous avez encore des opportunités. Saisissez-les tant que vous avez encore la maîtrise des évènements.

- C'est une proposition ? fit-il avec un regard lascif. Ou alors vous me prêtez Chase ? ça me fera faire un peu d'exercice, et à lui aussi.

- Je viens juste vous conseiller de veiller sur vous. Je m'en voudrais de vous imaginer seul pendant les fêtes, ou pire encore, de songer à vous mourant tout seul dans un coin…

- Vous vous emballez. Je ne serai pas tout seul, j'aurai au moins ma Vicodin.

Mais dans le fait elle avez touché une corde sensible, ce dont elle ne se rendit pas tout de suite compte. Ses derniers mots éveillèrent en House le souvenir horrible qu'il avait conservé du mois de décembre de l'année précédente(1). La réminiscence très vague du visage encoléré de Wilson au matin du 25 était tout ce qu'il se rappelait de vraiment conséquent…

- Et puis, reprenait-il pour tenter de s'assurer, vous me prenez pour qui ? I'm not that materialistic. Ce n'est pas parce que je veux des cadeaux à Noël ou des œufs pour Pâques que je vais prendre femme ou accepter un candidat… C'est plus drôle de leur faire les poches.

- Si vous êtes aussi borné et refusez de comprendre ce que je veux vous dire, vous verrez très vite que j'ai raison.

Elle voyait bien cependant qu'il paraissait davantage préoccupé. C'était une victoire.

- House…

Il leva la tête, l'air misérable.

- Je veux juste vous voir heureux.

Il lui rendit un faible sourire. Elle était ostensiblement heureuse, cela se voyait, et son inquiétude pour lui n'était rien que le fruit d'une sincère émotion altruiste. Il fallait qu'il se fasse à cette idée : ses employés pouvaient vivre parfaitement bien sans lui. Même Cameron.

- Merci, dit-il simplement.

Il regagna sa place derrière son bureau, et Cameron comprit qu'il était temps pour elle de partir. Elle avait espéré vaguement qu'il lui ferait quelques questions sur sa situation à elle ; en même temps, on ne pouvait non plus trop en demander à House… Elle était cependant consciente d'avoir remporté la partie. Elle aurait peut-être dû se demander ce qui rendait House aussi vulnérable, elle ne le fit pas. Elle était satisfaite aussi d'avoir gardé son secret avec elle… House, le si brillant analyste des cœurs et ses sentiments, n'avait pas perçu que ce qui faisait sa joie, c'est qu'elle était enceinte.

House la regarda partir. Il réfléchissait pas mal. La lumière faiblissante de cette fin d'après-midi donnait de pâles rayons qui venaient mourir sur son bureau. Il les considéra apathiquement. Les mots de Cameron l'avaient laissé perplexe. C'étaient des mots simples, des mots justes, les mots peut-être qu'il avait toujours attendu pour se lancer.

Ce n'était pas tant que House redoutait un avenir incertain, ou plutôt trop certain dans une solitude revendiquée mais secrètement détestée. Non, la vérité, c'est qu'il était amoureux, il aimait bel et bien quelqu'un. Le problème tenait davantage aux issues possibles de cet amour récent. Car, au vu de l'attitude qui avait été la sienne durant une bonne partie de la journée – et en fait, si l'on y regardait bien, depuis tant d'années – la personne qui faisait l'objet de son attention (discrète ? House en doutait) daignerait-elle l'accepter ?… Sauf pour Stacy, House ne s'était jamais lancé dans de telles interrogations. Ça le rendait presque humain.

Et le téléphone, génial moyen de communications, prenait des airs d'ami…


Après la scène qu'il avait, bien malgré lui (il venait juste de tourner le couloir !) surprise dans le bureau de Cuddy, Wilson avait préféré demeurer cloîtré dans son bureau pour tout le reste de la journée. Il n'était même pas descendu à la cafétéria, car c'eût été le risque assuré d'une collision avec Cuddy – ou pire encore, avec House. Il avait même baissé les stores sur sa porte-fenêtre. Ainsi aucun risque d'être surpris. Chaque fois qu'il avait perçu un claquement de talons hauts dans le couloir, il s'était tendu, pensant entendre Cuddy qui passait, ou qui venait pour le voir. Tout ce qu'il réclamait, c'était un endroit pour réfléchir, et où personne ne viendrait le déranger. En fait il tenta de concentrer son attention sur les dossiers étalés devant lui, sans succès.

Il s'en voulait de ce manque d'attention, si peu coutumier chez lui. Enfin son regard se porta sur le dossier au nom de Morstan, Felicity. Selon les dernières analyses, elle supportait bien le traitement – quelque éprouvant qu'il fût – et elle avait de bonnes chances de guérir. Un autre dossier qui se fermerait pour le quitter à jamais, comme tant d'autres. Dans quelques années sans doute il aurait oublié son nom.

Et puis d'un coup refluèrent en lui les souvenirs de ces nombreuses confrontations qu'il avait eu avec House, ces derniers temps… Se pouvait-il que celui-ci ait manigancé quelque chose dans le bureau de Cuddy ?… Qu'en croire ? En tout cas cela prouvait bien une chose : il ne pouvait plus compter sur elle… Dans un sens il ignorait s'il lui fallait s'en réjouir ou s'en lamenter. Non, véritablement l'événement (il se refusait à le considérer autrement) l'avait rendu désorienté et indécis au possible. Il réfléchissait : que donnerait sa fuite ? Que lui servait-il d'éviter House et Cuddy ? Qu'attendait-il au juste ?… Cela l'agaçait prodigieusement de ne pas pouvoir fixer un nom sur ce qu'il éprouvait.

A la fin, lassé, il renonça à s'isoler ; la journée était presque finie, il n'avait aucun patient en vue. Il prit son manteau et descendit, sortit de l'hôpital. Le contact de l'air frais l'apaisa. Même les feuilles mortes prenaient une teinte plus vive. Il se prenait à sourire : l'automne est une saison idiote, pensa-t-il. Un jour, elle pouvait dispenser les plus merveilleux rayons, et le lendemain voir un amant malheureux errer tristement sous une pluie battante… C'était la saison de tous les états d'âme. Idéal, en somme, se disait-il, pour un romancier qui ne savait pas où mener ses héros ; de toute façon, le climat serait toujours d'accord avec ce qu'il se passait. Dieu aussi devait se faire plaisir.

Il s'était mis à marcher sans but. Il sentit qu'on l'appelait.

- Dr Wilson !

Il se retourna ; de l'autre côté de la rue, un silhouette brune lui faisait signe. C'était Foreman. Wilson traversa pour aller le retrouver.

- Vous passez dans le quartier ? lui demanda James après l'avoir salué.

Question stupide ; évidemment que Foreman était là.

- Qu'est-ce que vous devenez ?

Foreman lui décrivit ses projets, que l'oncologue à vrai dire n'écouta que d'une oreille. Il n'en retenu pas grand-chose, mais songea à le féliciter à la fin du discours.

- Ça faisait longtemps qu'on ne vous avait pas vu…

- House ne vous a pas dit que j'étais passé hier ? demanda Foreman les sourcils levés.

- Heu, non… On s'est assez peu vu, ces derniers temps.

- Vous m'accompagnez à l'intérieur ? Je voulais revoir…

- Une certaine infirmière(2), acheva Wilson avec le simulacre d'un sourire.

- C'est ça. J'ai revu Chase, Cameron et House hier. Je n'aime pas mêler collègues et autres affinités…

Si c'était aussi simple ! Le discret soupir de Wilson en disait long. Il consentit cependant à le suivre, ne voyant rien qui puisse justifier son éloignement du Plainsboro. Le soir allait tomber. Peut-être qu'une conversation normale avec un tiers lui ferait du bien.

Comme Foreman avait encore du temps devant lui, ils s'installèrent simplement sur un banc, à l'écart, dans le hall, en regardant les autres passer. Une activité très reposante en somme.

- Vous ne regrettez vraiment pas vos années passées ici ? ne put s'empêcher de reprendre Wilson.

- Dans quel sens croyez-vous que je devrais les regretter ?

- House vous a certainement appris beaucoup de choses…

- Il m'a surtout appris qu'il y a des limites à ne pas dépasser. Je l'ai vu toutes les enfreindre.

Wilson se mit à rire.

- La preuve par le contre-exemple, poursuivit Foreman.

- Est-ce que vous ne pensez pas aussi lui devoir par l'acquisition d'autres méthodes de pensées ? Par la découverte d'autres moyens d'investigation ?…

- Ça, c'est ce que House dit pour justifier ses égarements. Dans un sens, c'est vrai, mais ça comporte aussi des côtés négatifs qu'il refuse d'envisager. Je ne veux pas tomber dans cet excès.

- On peut voir ça comme ça, oui.

- Je n'ai pas envie de finir comme lui, vous comprenez... J'en serais pas capable, d'une part, et puis je crois qu'il n'y aurait que Cuddy sur terre pour lui permettre ce genre d'incartades. House est un numéro à part, très bien, mais à mon sens on ne doit pas en faire un modèle pour autant… Moyennant quoi, reprit-il, je parle uniquement du médecin. Humainement…

- Quoi ? fit Wilson en tournant la tête.

- Ah… ça, ce serait plutôt à vous de me le dire !…

- Je crois… – Wilson s'exprimait modérément, avec pondération, signe chez lui d'évidente quiétude – je crois que vous êtes un peu sévère avec lui. Ces côtés négatifs de sa façon d'agir, il me semble qu'il en est conscient.

- A le voir, on dirait que non. Tenez, hier encore il nous racontait…

La gaffe… la gaffe de taille ! Foreman avait failli déballer tout de go l'histoire idiote que House avait sortie sur Wilson.

- Oubliez ça, fit-il à la hâte. Je veux dire qu'on a la sensation qu'il n'épargne rien ni personne, et que ça lui est égal.

- Oh, détrompez-vous ! He cares. C'est juste qu'il ne veut jamais le montrer.

- Drôle de tactique.

- Chacun a la sienne.

- Prenez l'exemple de ce que vous a fait Tritter. Il vous a vu sans ciller perdre votre argent, votre voiture, et presque votre licence de médecine ! Je vous assure qu'il n'aurait pas levé le petit doigt.

- Il a sa manière à lui d'apprécier ce qui l'entoure. Et une manière, je vous l'accorde, encore plus étrange de montrer ses sentiments. On doit cependant lui reconnaître une qualité, c'est la fidélité.

- Si vous entendez au sens large, l'obstination et l'entêtement, alors c'est oui !

Déjà une certaine lassitude s'emparait de Wilson. Finalement, se disait-il, les confrontations de ces derniers jours n'avaient rien amené de bon. Il regrettait leur ancienne entente. Le plus important, songea-t-il, était que cette crise s'apaisât au plus tôt, quelle qu'en fût, en fait, l'issue.

Ce fut alors que son téléphone sonna. S'étant excusé, il se leva et décrocha.

- Allô ?

- Dr Wilson ? fit une voix pleine d'ironie amère.

- Oh, it's you

- Je… Je sais que ma démarche peut sembler incohérente… et même imbécile… mais j'aurais besoin qu'on se voie.

- Quand ? maintenant ?

- Si ça ne convient pas, je peux toujours… Je peux toujours attendre, James. You know where you can find me, anyway.

Lorsque Wilson raccrocha, il se sentait le cœur plus léger.

- De bonnes nouvelles ? se permit Foreman en le voyant sourire.

- Oh ! euh… fit Wilson gêné. Les patients… Rien que des patients. Vous savez… des affaires de médecins, quoi…

- Oui, j'ai bien compris, oui, des patients !

Foreman riait un peu. Il n'était pas vraiment dupe. C'était apparemment beaucoup plus que cela que Wilson avait eu au téléphone. D'ailleurs au bout d'un instant celui-ci prétexta un rendez-vous et le quitta ; le neurologue le vit s'éloigner tranquillement.


Voilà, se disait House. Le plus gros était fait. Ou presque…

- Allez, espèce d'idiot… Maintenant que tu es allé aussi loin, ça ne sert à rien de reculer…

Comme il ne voulait pas se traiter de lâche, se lever fut l'affaire d'une seconde. Il saisit sa canne et quitta la pièce. Il fit quelques pas dans le hall. Au-dehors, la nuit s'était très vite étendue. Les lumières électriques donnaient au Plainsboro une atmosphère particulière. La vie d'un hôpital ne s'éteignait jamais.

House savait que normalement Wilson se trouvait enfoui sous ses dossiers. Personne ne viendrait plus les déranger. Tout ce qui lui restait à faire était, finalement, très simple… Pourquoi alors, est-ce que ça comptait autant pour lui ?

Gagner la porte du bureau ne lui prit guère de temps.

Il entra sans même frapper.

- House ?…

- Oui. J'ai appelé tout à l'heure, je…

- Oui, merci, je me rappelle très bien… Mais je ne suis pas sûre d'avoir bien…

House prit une grave inspiration, puis releva la tête et lança :

- Cuddy, I love you.


1. Voir cet épisode génial qu'est « A merry little Christmas » ou « Acceptera… ou pas ? », épisode 3.10.

2. Voir épisode 3.5, je crois… L'exactitude n'est pas vraiment l'une de mes qualités majeures. Hum !