Voici la suite en espérant que cela vous plaira toujours.

Rappel: j'ai publié à nouveau le chapitre précédent car vous avez lu la 2ème partie avant de lire la première ! Chapitre précédent à relire ... pour vous remettre dans la bonne perspective de l'histoire.

Je rentre de vacances ... je zappe les réponses aux reviews ... merci merci pour votre enthousiasme ! Je me rattrape au prochain chapitre !

Bonne lecture .

Y&A


Jour 5 - partie 2

Jour 5 - Appartement au coin de la 3ème et la 46ème - 14h45

Après le départ de ses deux amis pour le FBI, Neal était, lui, retourné à l'appartement de la 43ème et étudiait le nom du commanditaire depuis plusieurs minutes. Quelque chose dans le nom le perturbait. Il ne comprenait pas qu'on puisse noter le nom de son commanditaire sans le crypter. Et si c'était le cas ? Si le nom banal était en fait le nom crypté ?

Après quelques manipulations simples sur l'ordre des lettres, il arriva à un nom tout aussi banal. "Arthur Winkler"

Il entra le pseudonyme associé aux mots "collection" et "art" sur le PC que John lui avait apporté "de la part de Finch". Il ne doutait pas un instant que clui-ci avait probablement installé un mouchard dans l'appareil, mais il n'avait pas l'intention de l'utiliser pour autre chose que ses recherches sur cette affaire. L'avantage était que la machine était bien plus puissante que n'importe lequel des PC sur lequel il n'ait jamais travaillé.

Google lui proposa immédiatement une liste de réponses.

"Nouvelle donation d'Arthur Winkler au Metropolitan Museum…" "Arthur Winkler inaugure la nouvelle exposition du Guggenheim…" "La générosité d'Arthur Winkler encore célébrée…"

Ainsi donc, le généreux donateur dans le domaine des arts était aussi un voleur. Après tout, quelle meilleure couverture pour étudier de près les œuvres l'intéressant ? Winkler avait probablement accès à des sites hautement surveillés, voire non accessibles. Il n'avait alors qu'à passer commande.

Quand on voyait les œuvres qu'il avait "généreusement" offert à des musées divers et variés, on ne pouvait que s'interroger sur sa collection privée. Neal n'osait imaginer à quoi ressemblait la salle d'exposition personnelle de Winkler. Probablement un rêve éveillé…

Faisant défiler les pages, il tomba sur un lien qu'il ouvrit.

"Arthur Winkler mort dans un accident de plongée."

L'article relatait comment le riche collectionneur avait trouvé la mort alors qu'il faisait de la plongée au large de Belize… en 1990.

"Incroyable," murmura Neal.

Highsmith ne s'était pas étendu sur la raison pour laquelle leur commanditaire leur avait fait défaut.

Quand il avait exposé sa théorie à John et Peter, Neal avait eu conscience de ne pas avoir réellement insisté sur le fait que ce n'était qu'une hypothèse. Mais la disparition du commanditaire était la meilleure façon d'expliquer qu'il n'y ait eu aucun échange après le vol, ce qui semblait certain au vu des éléments rassemblés. Contrairement à ce qu'aurait pu dire Peter, il n'avait pas menti. Il avait précisé, au tout début, que son exposé était sa théorie. Que l'agent ait pris pour argent comptant le résultat de ses recherches n'était pas de son fait.

Bon, d'accord, il avait manipulé son ex-patron ; certaines habitudes avaient la vie dure. Il avait juste besoin d'un peu plus de temps. Et d'ailleurs, il ne s'était pas trompé.

Maintenant qu'il en avait la preuve, toutes les pièces s'emboîtaient parfaitement. Winkler n'avait jamais pu payer les pièces dont il avait ordonné le vol car il était mort dans les eaux turquoise des Caraïbes. Un stupide accident de décompression en plus. Et les voleurs s'étaient retrouvés avec une sélection de toiles dont ils ne savaient que faire.

Satisfait de lui, Neal voulut partager sa découverte avec ses amis, mais ni John, ni Peter ne lui répondirent. Il se contenta donc d'envoyer un SMS aux deux hommes tout en rongeant son frein.

Neal se repencha une nouvelle fois sur la lettre pour s'attabler au déchiffrement de l'adresse où se trouvait le butin. Il relit le texte une nouvelle fois. Il ne pouvait s'empêcher d'une certaine sympathie pour ce Highsmith. Il avait vu les toiles dans l'atelier, il ne pouvait nier son talent. Aucun de ses talents, le vol qu'il avait monté au Stewart Museum était de toute beauté. Et au bout du compte, un butin caché dans un local quelconque.

Neal poussa un léger soupir amusé. Un container avec des pièces volées, voilà qui lui rappelait quelque chose. Finalement, Highsmith c'était lui, dans quarante ou cinquante ans. Il n'avait jamais pensé à la mort. Enfin si, en tant que chose abstraite qui arrivait à tout le monde, en tant que manigance pour se débarrasser d'une force de police trop zélée, en tant que solution pour se créer une nouvelle vie. Et parfois lors d'une affaire un peu plus risquée que de coutume et où le danger avait été un peu plus présent. Mais la Mort, la date fatidique qui verrait sa fin était encore bien trop loin pour qu'il ne se soit penché sur la question.

Il comprenait tout à fait la dernière décision de Highsmith, sentant une réelle affinité avec cet artiste. Lui aussi aurait du mal à se dire que certaines œuvres finiraient oubliées au fond d'un container. Le temps venu, peut-être prendrait-il sa plume pour laisser un semblant de testament. Cette date fatidique pouvait parfois arriver plus vite qu'on ne le pensait, certaines erreurs devaient être réparées.

De toute façon, il avait besoin de Mozzie pour déchiffrer le code. L'as du cryptage c'était lui. Quant à l'autre raison de son appel…

Il appuya sur une touche de son téléphone.

"Mozz, j'ai besoin que tu m'accompagnes quelque part."

POI – WC – POI – WC – POI - WC

Jour 5 – Station de métro désaffectée, 15h00

Finch avait affiché l'adresse cryptée que lui avait envoyée John dans la matinée sur son écran, et avait lancé multitude de programmes de décryptage dans l'espoir que l'un d'eux lui permettrait de craquer le code. Jusque-là, il avait fait chou blanc.

Il entendit des pas derrière lui.

"Mlle Groves," salua-t-il poliment sans se tourner.

La jeune femme resta derrière lui silencieuse, observant les chiffres et lettres.

"Humm, intéressant."

"C'est ce que j'ai pensé au début. Après quelques heures, ce n'est plus tout à fait le terme que j'utiliserais," avoua Finch.

Root se racla la gorge. "Harold, je tenais à m'excuser pour mon attitude ces derniers jours. Vous n'y êtes pour rien mais je m'en suis pris à vous. C'était totalement déplacé de ma part, j'en suis désolée."

Finch fit tourner sa chaise pour la regarder. Root était une perpétuelle source de surprises. Il ne s'était pas attendu à ces mots.

Elle lui tendit précipitamment un paquet. "Je vous ai apporté un cadeau."

Finch eut un léger sursaut, surpris par le geste. "Heu… je vous remercie."

"En vidant le container de Caffrey, je me suis aperçue que la mort n'est pas toujours aussi définitive qu'on veut bien nous le faire croire. Vous êtes plutôt bien placé pour le savoir. Caffrey a été excellent dans sa mise en scène…" Elle se tut un instant, puis reprit à voix plus basse, "alors je refuse de perdre espoir."

Elle n'ajouta pas un mot, mais le sens de sa phrase était clair. Et Finch se dit que John avait eu raison quand il avait laissé entendre que Root se sentait peut-être seule. Au sein de leur groupe, Root avait été celle qui avait été la plus affectée par la disparition de Shaw.

Finch avait fini de déballer le paquet. C'était une toile. Un point de vue exceptionnel sur le Chrysler building. Il regarda la signature.

"Vous avez volé le tableau d'un mort ?" s'insurgea-t-il malgré lui.

"D'abord il n'est pas mort," riposta Root. "Et je lui ai laissé un paiement qui semble tout ce qu'il y a de plus correct pour la peinture. A mon sens largement surpayé si l'on considère le service que nous lui avons rendu en vidant les lieux."

"Merci, il est superbe."

Finch le posa soigneusement contre le mur en attendant de lui trouver une place adéquate, et se retourna vers ses écrans.

Root regardait les écrans.

"Vous avez à faire à plus fort que vous ?"

Finch fit une légère grimace d'acquiescement.

"Ce type se considérait avant tout comme un artiste," rappela la jeune en s'asseyant à côté de Finch et s'emparant d'un clavier.

Bientôt seul le cliquetis des touches s'entendit dans la station de métro oubliée.

POI – WC – POI – WC – POI - WC

Jour 5 – New York, devant un bar, 16h00

Il avait été facile pour John de retrouver la trace de Kramer. Il était décidé à ne plus le lâcher d'une semelle.

Il appuya sur son oreillette.

"Finch, vous êtes là ?"

"Toujours, M. Reese," répondit son ange gardien.

"Après sa réaction au container, mon instinct me dit que Kramer est définitivement mêlé de près ou de loin à ce vol du Gardner Museum. Tous les signaux pointent dans sa direction : sa venue alors qu'il n'était pas invité, sa volonté de discréditer l'agent Burke. Je pense que son agressivité et sa volonté de faire tomber Burke sont le résultat du fait qu'il sent l'étau se resserrer sur lui et qu'il cherche un moyen de s'en sortir," expliqua John.

"Soit, M. Reese, que voulez-vous que je fasse ?" répondit Finch, ne voyant pas vraiment où son acolyte voulait en venir.

"Deux pistes à suivre à mon sens. Je sais que vous avez déjà fouillé le passé de Kramer mais essayez encore. Peut-être que quelque chose nous a échappé. J'ai vu le SMS de Neal qui a trouvé le nom du commanditaire. Essayons de voir si on arrive à relier cet Arthur Winkler et l'agent Kramer."

"J'ai déjà commencé à sortir toutes les informations sur ce monsieur Winkler et je me remets sur l'agent Kramer," répondit Finch, avant de couper la communication.

Voyant que Kramer commandait encore un verre, John se remit au décodage de l'adresse du lieu de stockage des tableaux. Il avait déjà essayé quelques systèmes de codage mais sans résultat pour l'instant. Il ne doutait pas que Neal était également dessus et bien entendu Finch. A eux tous, ils finiraient bien par craquer l'adresse.

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Jour 5 - Résidence des Burke, 17h00

Mozzie sonna à la porte d'entrée des Burke. Un "j'arrive" se fit entendre et Elizabeth vint ouvrir quelques instants plus tard, tenant dans ses bras son bébé.

"Bonjour Mozzie. Quelle surprise !" s'exclama-t-elle avec un sourire. "Comment vas-tu ?"

Mozzie lui adressa un sourire légèrement crispé.

Neal l'avait appelé plus tôt dans la journée pour lui dire qu'il voulait voir Elizabeth. Peter ne l'avait pas fait et semblait ne pas savoir comment s'y prendre, alors Neal avait pris sur lui de révéler la vérité à Elizabeth. Il redoutait quelque peu sa réaction aussi avait-il décidé de demander à Mozzie d'agir en intermédiaire.

El et Mozz partageaient une complicité pour le moins surprenante pour deux personnes venant d'horizons aussi différents. Pourtant leur amitié était indéniable. En toute franchise, Neal était légèrement inquiet par l'issue de la rencontre. Mozzie et Peter étaient en passe de lui pardonner d'avoir simulé sa mort, Elizabeth allait peut-être avoir un peu plus de mal à digérer la nouvelle.

"Très bien, je te remercie," répondit Mozzie en rentrant dans le hall. Il hésita sur la façon de poursuivre. Il n'y avait pas vraiment de solution miracle, alors autant annoncer les choses. "Je t'ai amené de la visite."

Neal, qui était resté sur le côté, apparut dans l'encadrement de la porte avec un sourire légèrement embarrassé.

"Bonjour," fit-il.

Elizabeth pâlit et eut un léger mouvement de recul clairement surprise par la visite inattendue. Elle avala visiblement sa salive et se tourna vers Mozzie.

"Mozz, peux-tu tenir mon fils un instant s'il te plaît ?"

"Bien sûr. Viens avec tonton Mozzie," fit-il en tendant les bras pour prendre le bébé.

Elizabeth s'avança vers Neal et lui décrocha une gifle monumentale. Neal laissa échapper un léger cri de douleur et porta la main à sa joue.

"Ca fait mal ?" demanda-t-elle avec sollicitude.

Neal hocha la tête brièvement.

"Plus mal que d'apprendre la mort d'un être cher ? Plus mal que de voir ton mari s'effriter jour après jour ? Plus mal que de le voir se cacher pour pleurer seul et réapparaître pour consoler ton chagrin comme la chose la plus naturelle qui soit ?"

Neal fit une grimace gênée. Il n'avait pas de réponse à ça. Elizabeth lui asséna une autre gifle.

"Je suis allée à ton enterrement ! Je suis allée fleurir ta tombe tous les mois, en emmenant mon bébé ! Un enfant qui porte ton nom en hommage à un mort ! "

"Je suis désolé…" Neal inspira profondément. "Tu préfères que je parte ?" demanda-t-il la voix tremblante.

"Ben voyons ! Bien sûr ! Pourquoi pas ? Après tout c'est ce que tu fais de mieux, non ? Disparaître sans donner de nouvelles, sans te soucier du mal que tu fais !"

"El…"

"Non, tu n'as pas le droit de m'appeler El… Tu…" Elizabeth leva la main pour le frapper une nouvelle fois mais la posa simplement sur son torse et s'appuya contre lui en fondant en larmes. "Tu n'as pas le droit…. Ça fait bien trop mal."

Neal l'enveloppa de ses bras, caressant les cheveux avec douceur.

"Je suis désolée El. Je ne voulais pas vous faire de la peine…"

Il la laissa sangloter contre lui, jetant un œil à Mozzie qui le regardait les yeux embués. Il comprenait parfaitement la douleur d'Elizabeth l'ayant lui-même vécu très récemment. Puis il eut un léger sourire amusé en voyant la trace de main évidente sur le visage de Neal. Celui-ci n'avait certainement pas prévu que son retour allait lui causer autant de dommages physiques. Maintenant qu'il y pensait, il faudrait qu'il lui demande ce que lui avait fait Peter. Au moins il ne lui avait pas tiré dessus, même si c'était tout à fait ce que méritait Neal pour leur avoir fait traverser les quinze derniers mois les plus horribles de leur vie.

Neal laissa Elizabeth sangloter sur son torse pendant en moment, puis l'entoura de ses bras pour l'accompagner vers le canapé afin de s'asseoir. Elle se dégagea doucement et se tourna vers l'escalier.

"Je reviens," murmura-t-elle en montant les marches doucement.

Neal l'observa un instant, se sentant coupable, puis alla s'asseoir à côté de Mozzie qui tenait le bébé sur les genoux.

"Il est vraiment superbe. Les yeux qu'il a…" s'extasia-t-il.

"Ceux de sa maman, de toute évidence," acquiesça Mozz.

Le petit Neal regardait celui dont il tenait le nom d'un air curieux. Neal lui chatouilla le bout du pied, n'osant le prendre dans ses bras.

"Tu peux le tenir si tu veux," proposa Elizabeth la voix encore légèrement enrouée. Elle s'était visiblement rafraîchit le visage, mais ses yeux étaient encore gonflés.

Neal se pencha vers le bébé et le petit lui tendit spontanément les bras.

"Le charme Caffrey à l'œuvre dès le plus jeune âge," s'amusa Mozzie.

Etre assis sur les genoux d'un inconnu ne semblait pas incommoder le bébé qui se mit à explorer le visage de Neal.

"Je pique un peu," s'excusa Neal en lui adressant un sourire attendri. "Je n'ai pas trop eu le temps de me raser."

"Tu as blanchi," fit remarquer Elizabeth.

Elle regardait le petit Neal qui semblait à présent fasciné par les mains de son aîné.

"Pourquoi ?" demanda-t-elle doucement.

Neal poussa un soupir. Il aurait pu esquiver, prétendre que les poils de sa barbe avaient blanchi avec le temps, mais il savait pertinemment que ce n'était pas la question et le moment était mal choisi pour jouer avec les mots.

"C'est la seule façon que j'ai trouvé qui me permettrait d'être réellement libre. M'enfuir n'était pas une solution viable sur le long terme…"

"Parce que tôt ou tard, Peter t'aurait retrouvé." Une explication que tous deux savaient totalement vraie.

Elizabeth le regarda en silence puis sembla réaliser quelque chose. "Tu es revenu à New York mais tu n'avais pas prévu de nous voir, n'est-ce pas ?"

Neal sentit sa gorge se serrer. Il hocha la tête.

"Tu es heureux, au moins ?"

"C'est beaucoup plus difficile que je ne l'avais anticipé," avoua-t-il. "Je n'avais jamais eu de famille avant, je pensais que ça n'était pas si important. Et comme souvent c'est lorsqu'on perd quelque chose que l'on prend conscience de sa valeur."

Famille. Même si au départ, le lien entre Peter et Neal était purement professionnel, totalement intéressé même de la part de Neal qui voyait là un moyen plus simple de "disparaître", leur relation avait évolué bien au-delà de tout ce qu'il avait envisagé. Que Mozzie - lui qui détestait viscéralement tout ce que Peter représentait- soit resté en contact avec les Burke après sa "mort" en était la preuve ultime.

"Pourquoi es-tu là ?"

Neal échangea un regard avec Mozzie. Il avait l'impression de se répéter. Il s'adossa plus confortablement dans le canapé, autant reprendre tout depuis le début...

"Je vis à Paris…"

POI – WC – POI – WC – POI - WC

Jour 5 - Résidence des Burke, 19h00

Peter ouvrit la porte de chez lui, encore troublé par l'étonnant après-midi. Il savait que Kramer lui en voulait mais de là à être aussi agressif à son encontre ? C'est comme s'il voulait le faire tomber coûte que coûte. Sans l'inspecteur Riley, il serait maintenant derrière les barreaux. L'absence de Kramer au briefing du soir l'inquiétait fortement. Quel allait être son prochain coup ?

Perdu dans ses pensées, il était entré chez lui et avait accroché sa veste sans faire attention à ses alentours. Il entra dans le séjour.

"Bonjour El…" Il se figea en levant la tête.

Neal et Elizabeth étaient assis, côte à côte sur le canapé. Mozzie était installé sur le fauteuil.

Elizabeth lui jeta un regard glacial, de quoi faire geler l'enfer et éteindre le soleil en quelques secondes.

"Regarde chéri, nous avons de la visite," dit sa femme la voix mielleuse avec un sourire que démentait son regard.

Peter avala sa salive, "Heu…"

"Evitons davantage de mensonges et n'essaie pas de me trouver une excuse expliquant pourquoi tu ne m'as rien dit."

"Je…"

"Non, pour l'instant c'est moi qui parle. Peter, je ne trouve même pas les mots pour exprimer ce que je ressens, mais nous avons de la visite et je ne vais pas te faire de scène devant des témoins."

Peter fit une grimace. Il aurait préféré les témoins en fait, si les choses tournaient mal…

Derrière Elizabeth, Neal lui fit un petit geste de la main mimant un cercle du bout du doigt, le fameux tour du monde qu'il avait suggéré. A ce stade, le tour de l'univers n'y suffirait pas.

Elizabeth se redressa et sans se tourner lança, "Neal, si tu veux adresser des messages à mon mari derrière mon dos, assure-toi qu'il n'y a pas de surface réfléchissante de l'autre côté de la pièce. Tu es très mal placé pour te permettre le moindre commentaire."

Neal se décomposa, et serra le bébé davantage dans ses bras. Elizabeth n'oserait pas le frapper tant qu'il tiendrait le petit Neal.

Assis dans le fauteuil, Mozzie observait la scène avec un plaisir non dissimulé. Il comprenait parfaitement la fureur d'Elizabeth. Lui-même n'arrivait pas à savoir comment il pourrait pardonner la trahison de Neal, malgré toutes les bonnes excuses de ce dernier. L'amitié était une chose, les liens du mariage plaçaient la barre bien plus haute. Peter n'avait pas fini de demander pardon… Il le plaindrait presque, s'il ne lui en voulait pas également personnellement de ne pas lui avoir révélé qu'il avait appris que Neal était vivant plusieurs semaines auparavant.

Le silence devint dense à couper au couteau. Elizabeth finit par se lever.

"Je vais chercher à boire, je pense que ça va être indispensable."

Elle quitta la pièce sans même s'approcher de Peter. Jamais il n'était rentré chez lui sans qu'elle lui fasse au moins un léger baiser sur la joue pour le saluer après sa journée de travail. Il la regarda s'éloigner, puis se tourna vers Neal et le foudroya du regard.

Celui-ci eut le mérite de rougir légèrement, conscient qu'il était le seul responsable de cette scène.

"Merci," lui lança Peter d'un ton sec.

"J'avais pensé que ça rendrait les choses plus faciles," expliqua Neal, portant inconsciemment une main à son visage.

En l'observant de plus près, Peter s'aperçut que l'on voyait encore une vague trace rouge sur le visage de son ex-indic'.

"Elle t'a giflé ?" s'esclaffa Peter.

Neal hocha la tête en haussant une épaule hésitante. "J'avais largement sous-estimé les répercussions physiques de mon retour," bougonna-t-il. Il avait encore mal à la mâchoire suite au coup droit de Mozzie, maintenant ça…

Elizabeth arriva avec une bouteille et des verres. "Neal, ouvre donc la bouteille, c'est l'une des tiennes après tout. June me l'a offerte quand elle a vidé ton loft."

Neal laissa ses épaules s'affaisser et ferma les yeux. June… Ceci dit, il était convaincu que certainement la personne qui se formaliserait le moins de sa réapparition. Elle avait vécu et aimé un homme qui en de nombreux points lui ressemblait ; elle ne lui avait jamais caché que c'était l'une des raisons qui l'avait poussée à l'accueillir chez elle alors qu'il sortait tout juste de prison.

"June, qui évidemment n'est pas au courant non plus…" murmura Peter.

"Neal, monter une disparition comme la tienne n'est pas une mince affaire. C'est le genre de coup que l'on ne peut pas monter seul. Qui t'a aidé ?"

"En y mettant le prix, on peut tout faire…"

"En utilisant au contraire un maximum de personnes pour juste une étape ce qui ne permet ainsi jamais de rassembler les pièces du puzzle."

Neal le regarda avec un léger sourire. "J'ai eu un très bon professeur."

"Tu ne m'auras pas avec de la flatterie Neal. Je t'en veux toujours," répliqua Mozzie.

Neal versa le vin dans un silence gêné. Peu à peu, la conversation reprit de manière timide, le petit Neal s'étant mis à babiller et attirant l'attention sur un sujet facile. Puis l'atmosphère se détendit et Neal revint sur leur affaire.

"Peter, je sais que l'on n'est pas forcément là pour cela mais tu n'as même pas répondu à mon SMS t'annonçant le nom du commanditaire. Résoudre le mystère ne t'intéresse plus ?" demanda Neal.

"Il est arrivé un truc surréaliste cet après-midi," expliqua Peter. "Tu te souviens que Kramer nous avait envoyé un SMS pour le rejoindre au FBI, à John et moi ?" commença Peter.

"Oui, que s'est-il passé ?" demanda Neal, impatient.

"En résumé, il m'a accusé d'être la taupe qui avait aidé les voleurs et que je cachais les tableaux dans un container… ton container," dit Peter.

"Tu ne devais pas en mener large," murmura Neal, hagard. "Que s'est-il passé ? Je veux dire, tu es là pas en prison, donc c'est que tu as trouvé le moyen de prouver que ce n'était pas toi. Je sais bien que les tableaux volés ne sont pas dans le container, mais les pièces qui s'y trouvent ne sont pas totalement nettes non plus…"

"Neal, calme-toi. Respire," dit Peter. Il eut un léger sourire, "John m'a dit exactement la même chose devant le container, il y a quelques heures. Kramer le voulait comme témoin."

"Ne me dis pas que ?"

Neal n'eut pas le temps de finir sa phrase que Peter continua.

"Ton mystérieux ami s'était déjà occupé de tout. Le container était vide. Il est clair que sur ce coup-là, Neal, nous lui devons une fière chandelle."

En réfléchissant, Neal ne fut pas étonné par ce nouveau développement. John était vraiment son ange-gardien personnel. A chaque rencontre, il l'avait vraiment sorti de situations inextricables. Comment pourrait-il jamais le remercier ?

Peter continua.

"Après m'être remis de mes émotions, je suis retourné au bureau espérant confronter Kramer. Il est tout de même allé jusqu'à espionner mes déplacements grâce au GPS de mon téléphone. Je pourrais porter plainte contre lui sans problème."

"Et ?" demanda Elisabeth, inquiète de la situation dans laquelle Neal avait encore une fois entraîné son mari.

"Il n'est pas revenu au bureau. Et j'ai fait vérifier, il n'a pas quitté la ville. Donc, en toute honnêteté, je suis inquiet. J'attends la prochaine attaque," répondit son mari d'un air sombre.

"Neal, si tu pouvais te tenir éloigner de cette maison et te faire discret, je pense que cela serait une bonne chose. Si Kramer découvre que tu es vivant, cela en est fini de nous deux. Et là, je pense que l'inspecteur Riley ne pourra rien faire pour nous," continua Peter en regardant Neal.

"Oui, bien sûr, Peter," dit Neal. "La dernière chose que je veux est de mettre El et le petit Neal en danger. Je finis mon verre et je m'en vais."

"Attends. Je voulais te parler du dossier un instant, " l'arrêta Peter. "Félicitations pour avoir trouvé le nom du commanditaire. Les agents au bureau sont en train de chercher tout ce qu'i savoir sur cet homme. As-tu déchiffré l'adresse ?"

"J'ai juste jeté un œil rapide, je n'ai pas vraiment cherché, encore," avoua Neal. "Je comptais faire cela ce soir. Et demander de l'aide à Mozz pour tout te dire." Il jeta un œil à son ami. "C'est toi le spécialiste après tout."

"Je peux demander quelque chose ?" demanda Mozzie, qui était resté bien silencieux jusqu'à présent.

Peter et Neal se tournèrent vers lui légèrement surpris. Il était généralement moins avare de son opinion.

"Vous allez sans doute vous dire que je suis paranoïaque."

"Certainement pas."

"Jamais."

"Ca se saurait," s'exclamèrent les présents.

"Ah ah," rétorqua Mozzie froidement. "Moquez-vous. Mais en attendant, ma théorie tient la route."

"Et cette théorie, tu vas la partager avec nous ?" demanda Neal patiemment.

"Kramer !"

Il n'eut pas besoin de compléter on intervention. Tout le monde avait compris ce qu'il pensait.

"Non," riposta Peter presque instinctivement.

Neal pencha la tête doucement, acquiesçant à demi.

"Non," répéta Peter plus lentement.

L'énormité de l'accusation le tétanisait, mais en y réfléchissant froidement, Mozzie n'avait peut-être pas tort. Il correspondait en tous points aux indices relevés qui avaient fait dire à Neal qu'il y avait bien une taupe au sein de la police.

"Philip…" murmura Peter une nouvelle fois. Encore trop choqué par la révélation.

POI – WC – POI – WC – POI - WC

Elizabeth avait ouvert une deuxième bouteille. Neal tenait toujours le bébé dans les bras bien résolu à profiter du petit Neal autant que possible. Après la bombe lancée par Mozzie, la conversation avait été animée et le départ de Neal sérieusement retardé.

Ils discutaient à présent tranquillement, même si l'on sentait encore une certaine tension dans les relations entre Peter et Elizabeth.

La porte d'entrée s'ouvrit tout à coup en grand fracas.

Pointant son arme, Kramer s'avança puis marqua un temps d'arrêt quand il vit Neal. La surprise était évidente sur son visage.

"Quelle magnifique scène de famille," s'exclama Kramer avec un faux sourire. "Une vraie carte postale… Le voleur et son sous-fifre accueillis en amis par le représentant de l'ordre et sa superbe épouse et leur bébé." Il s'attarda sur Neal. "Pour un mort, vous vous portez plutôt bien."

Il serra sa main sur son arme.

"Tu es vraiment plein de surprises Peter. Je voulais te demander en privé ce que tu avais fait du container, mais j'ai l'impression que j'ai ma réponse. J'avoue que je ne l'avais pas vu venir…"

Clairement décontenancé, il fallut quelques instants à Kramer pour retrouver ses arguments.

"Bon sang, ton visage ce jour-là… Neal était venu au tribunal et tu lui as fait signe de partir pour que je ne l'ai pas," s'exclama-t-il en tournant son arme vers l'agent.

"L'aider à disparaître une première fois ne t'a pas suffi, tu as carrément fait organiser sa mort. Et tu veux me faire croire que tu n'es pas mêlé au vol du musée ? Peter, tu viens de signer tes propres aveux."

Peter se tenait immobile. Ils étaient nombreux dans la pièce, une balle perdue pouvait avoir des conséquences dramatiques. Il espérait sincèrement que Kramer réussirait à se calmer sans commettre l'irréparable. Il était agent du FBI, la formation et les années de service devraient normalement lui permettre de ne pas aller au bout de son geste. S'il parvenait à le raisonner.

"Philip, je te le répète, mon seul lien avec le vol du Stewart Gardner Museum est d'avoir travaillé avec toi sur l'enquête. Pourquoi t'obstines-tu à vouloir me mettre ça sur le dos ? Je te dois tout. Tu as été mon mentor, celui qui m'a appris les ficelles du métier. Tu restes le meilleur agent du service à Washington, c'est vers toi que l'on se tourne pour les plus gros dossiers…"

"C'est de sa faute, à lui," fit Kramer tournant son arme vers Neal qui se figea. S'il y avait bien une chose qu'il détestait c'était bien qu'on pointe une arme dans sa direction. Deux blessures par balle ces dernières années lui avaient montré à quel point sa peur était justifiée ; ça faisait un mal de chien et il était impossible de ne pas en garder de cicatrice.

Dans le silence tendu, un coup de feu éclata et l'arme de Kramer vola aux pieds de Peter. Tenant sa main blessée, Kramer essaya de s'enfuir. Un crochet du gauche l'envoya par terre. Peter bondit vers lui et le menotta sans ménagement.

John entra dans la pièce en silence, tenant encore son arme à la main.

"Je me suis permis d'entrer sans sonner, vous aviez l'air occupés…"

Peter poussa un soupir de soulagement et Mozzie se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche.

"Décidément, tu as le chic pour te faire de drôles d'amis, Neal. Je vais finir par devoir te facturer mes interventions…" plaisanta-t-il.

Neal lui adressa une grimace gênée puis aida Elizabeth à s'asseoir. Le petit Neal hurlait de terreur et sa maman était livide.

Une demi-heure plus tard, la maison des Burke grouillait d'agents du FBI et un infirmier était en train de bander la main de l'agent de Washington. Peter ne s'expliquait toujours pas comment on en était arrivé là. Il s'avança vers les agents qui allaient accompagner le prisonnier dans les locaux du FBI.

"Messieurs, mettez-le sous bonne garde et que personne ne l'interroge avant demain. Laissons-lui le temps de méditer sur ses actes. Pour ma part, ce soir, je dois m'occuper de ma famille."

POI – WC – POI – WC – POI - WC

Jour 5 –Station de métro désaffectée, plus tard dans la soirée

Après l'incident au domicile des Burke, John était revenu travailler avec Finch sur le décryptage de l'adresse et discuter de l'avancée des recherches sur l'agent Kramer et le commanditaire du vol.

Ils étaient passablement agacés de ne pas encore avoir trouvé la vraie adresse.

"M. Reese, je crois que l'on fait fausse route," dit Finch, brisant le silence pesant dans la pièce.

"Et comme toujours, vous avez raison," répondit John. "La langue Navajo (1) n'est pas la solution non plus. Je crois que l'on cherche un codage trop complexe. Highsmith était un artiste, pas un spécialiste du cryptage. Ne trouve-t-on pas des sites pour coder en amateur sur internet ?"

Finch se mit à pianoter rapidement sur son clavier.

"Bien vu, M. Reese," annonça-t-il au bout de cinq minutes.

"On va oublier les codes à chiffres et à images et se concentrer sur les codes à lettres," poursuivit-il. "Prenons comme hypothèse que 930 est le numéro dans la rue, le 11211 indiquerait que l'adresse se trouve à Brooklyn. Testons les manières de coder sur les lettres uniquement."

"Trop complexe effectivement. Il s'agit tout bêtement du code Jeux Olympiques," dit Finch quelques instants plus tard. "La zone de stockage est située au 930 Grand Street à Brooklyn."

"Quelle ironie du sort," répondit John avec un léger rire.

"Pourquoi cette remarque M. Reese ? Ce code n'a rien de particulier."

"Non, je pensais à l'adresse. Il s'agit tout simplement du même lieu de stockage que le container de Neal," s'expliqua John. "Le monde est vraiment petit."

Une heure plus tard, l'ordinateur de Finch bippa, indiquant qu'une recherche venait d'aboutir.

"Peut-être que nous allons enfin pouvoir avancer sur l'agent Kramer, M. Reese," dit Finch, prenant connaissance des résultats de sa recherche.

"Dites-moi tout, Finch," répondit John, totalement à l'écoute de son patron.

"Je viens de finir de pirater le serveur du FBI afin d'avoir accès au dossier complet de l'agent Kramer," commença Finch. "Bon taux de réussite, bonnes appréciations de ses différents superviseurs au début de sa carrière, une progression rapide dans la hiérarchie. L'agent Kramer a toujours été considéré comme un très bon agent," continua Finch, poursuivant sa lecture à haute voix.

"Finch, je vois que vous avez un deuxième fichier. Que comporte-t-il ?" demanda John intrigué. "En principe, dans toutes les agences gouvernementales, les agents n'ont qu'un seul dossier."

Finch cliqua sur le dossier informatique et les quelques pages qui s'affichèrent à l'écran les laissèrent sans voix.

Il s'agissait d'un acte de naissance, de documents de placement dans une famille et d'un document officiel qui indiquait que l'agent Kramer avait demandé un changement de nom à l'âge de vingt ans.

Le nom de naissance de l'agent Kramer était en fait Philip Glass. Sa mère biologique était morte à l'aube de ses sept ans, il avait ensuite été placé dans une famille, Jack et Margaret Kramer. Visiblement le père ne faisait pas partie de son quotidien.

Finch afficha à nouveau l'acte de naissance et ils prirent connaissance du nom du père : Mark Glass.

L'informaticien rentra immédiatement ce nom dans la base du FBI. Il y avait accès, autant en profiter. A la grande surprise de John, un fichier téléchargeable apparut et il était très volumineux.

A suivre…

(1) La langue Navajo a été utilisée pendant la 2nde guerre mondiale pour coder les communications des Alliés.