8.

Veille de l'attaque de la Porte Noire.

- En somme, ce que vous proposez, c'est une attaque suicide ? interroge le magicien blanc.

- Oui, enfin, surtout une diversion. Rendons-le aveugle à tout ce qui n'est pas nous et Frodon aura une chance de mener à bien sa mission, répond Aragorn avec conviction.

Avec eux, Eomer, Legolas et Gimli écoutent attentivement mais ne disent rien.

- Nous sommes trop peu nombreux, Sauron ne prendra pas le danger au sérieux, poursuit Gandalf.

- Je dis que si, il n'aura pas oublié l'épée qui fut brisée.

Et il se dirige vers le Palentil, la pierre de vision d'Orthanc dont la puissance est si difficile à maîtriser. Legolas a un mouvement de surprise mais il est devancé par Gandalf.

- Aragorn !

- J'ai fui trop longtemps devant lui !

Il se saisit de la pierre qui s'éclaire d'une lueur de feu, l'œil apparaît et l'homme affronte sa puissance en brandissant Anduril avec bravoure et détermination. Il résiste mais ne peut éviter cependant les images que lui renvoie l'Ennemi… Arwen qui se meurt, seule, à Fondcombe, le visage de Legolas en pleurs à genoux comme lui, ne le verra jamais … La pierre lui brûle la main et roule loin de lui, il s'effondre dans les bras de l'elfe, paniqué, qui le retient.

- Pân mae*, Legolas, lui lance le magicien.
(* tout va bien )

- Qu'avez-vous vu ? demande gravement le vieil homme.

Le seigneur du Gondor reprend ses esprits mais ses yeux sont hagards, il lance un regard douloureux à Legolas, puis les détourne vers Gandalf.

- Rien… souffle-t-il ne trompant personne, mais lui a vu la lame et j'ai senti sa peur.

- Bien, reposez-vous quelques instants avant que nous ne nous mettions en chemin.

Ils se retirent alors de la salle du Conseil mais Aragorn arrête l'elfe avant qu'il ne quitte les lieux.

- Ney*, Legolas, s'il vous plaît.
(*non)

- Qu'avez-vous vu ? demande-t-il alors à son tour, avec inquiétude.

L'homme a le souffle encore un peu rapide, il se lève d'une démarche chancelante et son ami est là pour le soutenir, impuissant quant au trouble qui semble le préoccuper.

- Si…

Il ne sait que dire mais les images du Palentir repassent dans sa tête, il a peur pour la femme qu'il aime, il a peur pour son ami, il a conscience de ne rien pouvoir faire ou dire et comme il est affaibli, les mots qui sortent ne sont justement pas ceux qu'il faut prononcer :

- S'il n'y avait Arwen, je…

Le cœur de l'elfe se glace et son regard devient beaucoup plus distant, il l'empêche de poursuivre, reculant et le privant de son soutien.

- Ne m'insultez pas…

Le Dunedain comprend son erreur mais ne peut rattraper cette défaillance. Alors qu'il a clarifié les choses la veille avec un peu de panache, rappelant à son ami qu'il lui conservait son amitié intacte, voilà qu'il réinsuffle de l'espoir de la façon la moins noble qu'il soit. Comme un second choix. Comme si l'elfe à ses côtés était désespéré au point de préférer savoir ça.

L'elfe sert les poings et quitte la pièce avec toute la dignité de ceux de sa race.

A suivre...