Le lendemain matin, Harry comprit pourquoi le tour de l'île améliorerait son endurance et, surtout, sa capacité à observer son environnement. Si le quai avait été installé sur une plage de graviers, s'il y avait effectivement un banc de sable et un autre, de terre, tout ce qui se situait derrière la maisonnette de Brighton n'était que pierre, des petites, des grosses, certaines aussi affutées que des lames pire, la rosée les rendait parfois si glissantes qu'il eut toutes les peines du monde à ne pas se fracasser le crâne ou à se couper. Il mit presque autant de temps à franchir ce dédale de caillasse qu'à faire le tour du reste de l'île, et ce fut hors d'haleine qu'il remonta à la maison pour se requinquer devant un copieux petit déjeuner.

− L'intérêt de cet exercice est multiple, affirma Brighton en tartinant une généreuse couche de confiture sur un toast. Comme je vous l'ai dit, il améliorera votre endurance et votre observation de l'environnement, mais il fera aussi des merveilles au niveau de votre intuition car à force de courir autour de l'île, vous apprendrez à analyser le terrain le plus sûr. Si, à la fin du mois, je vous envoyais courir sur le littoral, vous seriez susceptible de trouver le chemin le moins glissant et le moins dangereux. En situation hostile, ça peut faire toute la différence.

Harry ne demandait qu'à le croire.

− Et pour mon emploi du temps ? demanda-t-il lorsqu'il parvint à avaler le lard qu'il mâchonnait.

− Deux heures pour chaque matière scolaire, répondit Brighton. Ne croyez pas que vous serez libre à partir de mercredi : quand je dis « deux heures », c'est deux heures de théorie, puis deux heures de pratique, sauf pour les disciplines comme la botanique. Si, à la fin de la semaine, je vous en sens capable, nous nous contenterons d'une heure de théorie et de pratique afin de caler la stratégie, le duel et l'alchimie dans votre emploi du temps.

− On commence par quoi ?

− Les potions, puisqu'il semble que vous ayez les plus grosses difficultés dans cette matière, dit Brighton. A la fin de votre séjour, nous préparerons une potion un peu spéciale, mais je ne vous en dirai pas plus pour l'instant : ça dépendra de vos progrès.

Une flamme explosa soudainement au-dessus de la table, faisant sursauter Harry, qui vit La Gazette du sorcier en jaillir et tomber sur la corbeille de fruits.

− C'était un phénix, non ? dit-il, surpris.

− Tonnerre, précisa Brighton d'un ton distrait en dépliant le journal. On pourrait penser qu'un génie comme ce très cher Boubakhar trouverait un nom original à son phénix, mais non. Sûrement son côté français. Ah, on dirait que la Fraternité a trouvé une parade à son incapacité à vous mettre la main dessus… Burrow me stupéfie chaque fois qu'il intervient : si j'avais soupçonné qu'il put être aussi malin, je l'aurais suggéré comme Sauveur, ou peut-être Stratège.

L'allusion à Burrow ramena à l'esprit de Harry la question qu'il avait posée à McPherson :

− Quelle classe a-t-il dans la fraternité, au juste ? demanda-t-il.

− Nous appelons les Frères et les Sœurs comme Burrow, les Guetteurs, répondit Brighton. Ils sont considérés à juste titre comme des membres de la Fraternité, mais ils ont simplement choisi une voie plus… commune, dirais-je. Au fil des siècles, nous avons infiltré tous les secteurs professionnels possibles et imaginables : l'hôtellerie, le commerce, l'escroquerie, la politique, la médecine, l'enseignement, la recherche, etc. Les Guetteurs sont partout, doivent rendre des comptes à la Fraternité et dépendent des cellules locales.

− Qu'est-ce que doit faire un type comme Burrow ?

− Son poste de directeur de la Justice magique le place dans une position très confortable, admit Brighton. Ses responsabilités vis-à-vis de la Fraternité doivent être : de guetter la moindre allusion à la Fraternité, la prévenir si elle est menacée, étouffer aussi discrètement que possible toute affaire la concernant et, si nécessaire, rejeter tout décret, toute loi qui pourrait compliquer les actions des Frères et des Sœurs.

− Vous pensez qu'il est le chef de la cellule en Grande-Bretagne ?

− J'en doute très sincèrement, confia Brighton avec légèreté. Aussi malin qu'il soit, Burrow est un gaffeur. Ses accès de zèle sont à la hauteur du peu de jugeote dont il fait parfois preuve il n'a pas l'étoffe d'un leader. Il doit occuper un bon poste au sein de la cellule britannique, cependant, car sa fortune a enflé démesurément quand il a été nommé directeur de la Justice magique.

Harry engloutit un toast en réfléchissant. A son ancienne époque, Burrow avait été le seul sorcier appartenant à la Fraternité qu'il avait réussi à identifier, notamment pour son implication controversée dans l'affaire Tumter. Si le massalien était responsable de sa situation actuelle, du fait qu'il se retrouve dans le passé, Harry estimait qu'il ne méritait pas ce qui lui avait été infligé – il n'oubliait pas le visage effrayant, borgne, défiguré qu'il avait vu un instant avant de recevoir le maléfice de Tumter.

Il but une gorgée de jus de citrouille pour se donner du temps, puis posa finalement la question qui venait de se former dans son esprit :

− Il serait possible de faire tomber Burrow ? demanda-t-il.

Brighton se désintéressa aussitôt de sa lecture et observa Harry d'un œil surpris, peut-être même méfiant.

− Faire tomber Burrow ? répéta-t-il, comme si l'idée lui paraissait grotesque. J'ai dit que je vous apprendrai ce que je peux, pas que je ferai de vous un faiseur de miracle, fils. Vous ne semblez pas avoir la plus petite idée des obstacles qui se dresseraient devant vous, si vous vous lanciez dans une telle entreprise.

− Mais vous, vous devez bien en avoir une idée, non ? objecta Harry.

− Oh que oui, reconnut Brighton. Je sais que, même sans être le chef de la cellule britannique des Guetteurs, ce serait stupide de croire que Burrow est accessible. De par son poste au ministère, il est rarement seul, sauf quand il est dans son bureau.

− Ce n'est pas à Burrow lui-même que je pensais, avoua Harry, mais plutôt à son domicile.

− Mon garçon, dit Brighton en cherchant à faire appel à la raison de Harry, la Fraternité possède neuf siècles et des poussières de connaissances dans presque toutes les branches de la magie elle est même très en avance dans bien des domaines. Quelqu'un comme Gabriel Burrow n'habite pas une cabane, une maison, un manoir ou même un château : il vit dans une véritable forteresse d'enchantements.

− Précisément, insista Harry d'un ton abrupt. Vous avez dit vous-même que Burrow était un gaffeur, qu'il était parfois sujet à des manques de jugeote… Si sa maison est aussi sécurisée que vous le dîtes et qu'il le croit, il peut y avoir entreposé des preuves de son implication dans un réseau d'informations clandestin, ou de largesses prises dans ses fonctions et répréhensibles aux yeux du Magenmagot…

Brighton le regarda d'un air décontenancé et le fixa un long moment avec son expression ahurie.

− Je crois que nous n'avons pas le choix, dit-il alors avec lenteur.

− Comment ça ? s'étonna Harry.

− Nous allons oublier la première semaine d'évaluation, fils ! dit Brighton d'un ton jovial. Vous êtes… Je vous avoue que votre raisonnement me scotche, pour le coup ! Vous avez visiblement des prédispositions de Stratège, il faut que nous exploitions ce potentiel au plus vite. Nous commençons la vraie formation dès cette semaine, j'ai hâte de voir comment vous allez vous en sortir…

Pris au dépourvu, Harry le regarda sortir sa baguette magique et faire un grand geste. Aussitôt, apparurent une bouteille d'encre, une plume et un parchemin, et Brighton s'empressa de griffonner un mot.

− Heu… qu'est-ce que vous faîtes ? demanda Harry, hébété.

− Vous n'êtes pas le premier à avoir dans l'idée de vous attaquer à Burrow, répondit Brighton. Luther et Liam, quand ils se sont rebellés, souhaitaient eux aussi faire tomber Burrow, mais ils ont abandonné leur projet dès que leurs observations leur ont fait comprendre que c'était plus facile à dire qu'à faire. En revanche, aucun d'eux – ni même moi – n'avaient pensé à s'intéresser au domicile de Burrow. Bien évidemment, c'est un projet nécessitant une longue préparation, mais même si Liam n'a pas fini sa formation de Stratège, il pourrait nous faciliter de très nombreuses choses.

Il ne prit pas la peine de signer sa missive et fit disparaître la plume et la bouteille d'encre refermée.

− Bien, reprit-il. En attendant qu'un hibou daigne passer par ici, et si vous avez fini de manger, nous pourrions peut-être commencer votre premier cours.

Harry avala son dernier toast et Brighton ensorcela la table pour qu'elle se débarrasse d'elle-même. Il invita le jeune homme à le suivre dans le couloir mal éclairé, puis dans une grande pièce – sans doute la plus grande de la maison, songea Harry – où une haute étagère s'élevait jusqu'au plafond, ses nombreux compartiments contenant des bocaux de racines, de pétales, de fleurs, de poudres, de pinces, de peaux, d'écorces, d'yeux. Adossé contre le mur du fond, une longue table supportait un petit chaudron, à côté duquel étaient alignés un mortier, un pilon, un couteau à la lame argentée et un flacon. Tournant la tête, Harry vit, à l'autre bout de la pièce, un tableau noir sur roues, ainsi que plusieurs bibliothèques derrière lesquelles disparaissait complètement le mur opposé à l'étagère. Il semblait que la salle officiait comme classe.

− Les potions, fils, sont un art requérant de la minutie, de la patience, de l'attention et du bon sens, continua le vieil homme. Cette étagère est l'idée d'un ancien élève de Serpentard dont nous reparlerons peut-être : il appelait ça « une table », chaque rangée de compartiments correspond à une certaine propriété définie par cet élève. Vous avez donc les Corporels, les Mentaux, les Mémoriels, les Métamorphoses, les Curatifs, etc. Bien évidemment, de nombreux ingrédients concernent deux ou plusieurs catégories, mais à force de travailler avec, vous apprendrez à adopter cette classification. Pour aujourd'hui, nous ferons très simple, en associant théorie et pratique. Vous allez préparer une potion d'Aiguise-Méninges, niveau première année à Poudlard.

Harry resta immobile.

− Il me faut quoi ? demanda-t-il, gêné d'avoir à admettre qu'il ne se souvenait plus du tout des ingrédients.

− Pour les potionnistes rédigeant les manuels scolaires, il vous faut des scarabées, des racines de gingembre et de la bile de tatou, répondit Brighton. Cependant, ajouta-t-il en retenant Harry qui s'approchait de l'étagère, nous ne sommes pas à Poudlard et nous nous moquons bien de ce que disent les manuels scolaires. Voici donc la toute première question que je vais vous poser, fils : à quoi sert la potion d'Aiguise-Méninges ?

Harry réfléchit, tentant tant bien que mal de se concentrer sur ses souvenirs plutôt que sur la haine grandissante que Rogue lui avait inspirée à chaque cours.

− Elle sert… à y voir plus clair dans ses pensées, non ?

− Bonne réponse, approuva Brighton. Deuxième question : connaissez-vous un ingrédient entrant dans une, ou plusieurs, potions apaisantes ?

− L'essence d'ellébore, répondit aussitôt Harry.

Il se souvenait encore du philtre de Paix qui leur avait été donné lors de leur examen de B.U.S.E, à la fin de sa cinquième année.

− Parfait, dit Brighton. L'ellébore est un purgatif qui facilite les évacuations intestinales, mais nous allons dire que nos intestins se portent très bien par contre, quand l'ellébore est séché, il traite directement l'esprit. C'est le troisième compartiment de troisième rangée, prenez-le donc.

Indéniablement, l'enseignement de Brighton ne ressemblait en rien à celui des professeurs de Poudlard. Harry, à force de réflexions et de plongées dans ses propres souvenirs, dut lui-même trouver les deux autres ingrédients de la potion Aiguise-Méninges, même si Brighton lui donna quelques indices pour les scarabées. A l'évidence, le manuel de potions des élèves de première année ne disait pas que des bêtises. Il fallut ensuite faire preuve de bon sens : Brighton demanda en effet à Harry de déterminer quel était le meilleur moyen de traiter les ingrédients. Ce ne fut pas très difficile pour les scarabées, qu'il fallait piler mais pour l'ellébore et le millepertuis, Harry eut des choix différents. Il se trompa pour l'ellébore, qu'il pensait réduire en poudre, mais Brighton lui indiqua que cette plante, une fois séchée, ne nécessitait aucune préparation particulière en revanche, il eut raison en croyant qu'il fallait simplement conserver les racines du millepertuis.

− Si nous nous fions au manuel scolaire de Poudlard, votre potion doit avoir une couleur jaune, dit Brighton, et la vôtre ?

− Heu… Elle tire plutôt sur le vert, avoua Harry.

− Alors, félicitations, fils ! Vous venez de concocter une potion d'Aiguise-Méninges telle qu'elle était faite par son créateur. Le professeur Slughorn lui-même apprécie quand elle est plus verte que jaune. Maintenant, un petit résumé s'impose ! Comme je vous l'ai dit, l'ellébore blanc – et je précise « blanc » – traite le mental quand il est séché et ne nécessite aucun traitement particulier, vous pourrez donc toujours jeter ses feuilles telles quelles dans votre préparation. Les racines de millepertuis ont des propriétés relaxantes au niveau de l'esprit, elles libèrent les esprits tourmentés de leurs pensées parasites. Quant aux scarabées pilés, chaque fois que vous les trouverez dans une méthode de préparation, vous saurez qu'ils entrent en scène uniquement pour marier les propriétés magiques de deux plantes.

Harry hocha la tête en essayant de mémoriser le résumé.

− Bien, prenez une louche, remplissez le flacon et laissez-le ici, poursuivit Brighton. Cette potion servira après le dîner, quand nous attaquerons l'occlumancie.

Pendant que Harry remplissait la fiole, le vieil homme s'éloigna en direction du tableau, où il le rejoignit après avoir bouchonné le flacon. Sa baguette à la main, Brighton fit un geste et, sur la surface noire et lisse, s'inscrivit aussitôt la phrase : « Bases élémentaires du duelliste ».

− Etant donné votre situation, reprit Brighton, je pense que le duel est une priorité. Alors, qu'est-ce qu'un bon duelliste, selon vous ?

Harry écarquilla légèrement les yeux. La question ne lui avait jamais traversé l'esprit jusqu'à présent. Il prit un moment pour y réfléchir, toutefois il avait compris que Brighton ne demandait jamais à ce qu'un élève sache les réponses à toutes ses questions, mais il appréciait qu'on fasse quand même des efforts pour apporter un semblant de réponse.

Qu'était donc un bon duelliste ? Dumbledore et Voldemort étaient d'excellents duellistes, bien sûr, et Harry en avait eu la preuve à la fin de sa cinquième année. Quels étaient leurs points communs ? L'expérience, sans doute, mais il songea qu'il lui fallait trouver autre chose.

− Des connaissances assez… étendues ? suggéra-t-il avec maladresse.

− C'est fort utile, admit Brighton, mais au risque de vous surprendre, un élève de quatrième année pourrait être capable de vaincre Vous-Savez-Qui ou Dumbledore. Les connaissances, étendues ou non, ne sont qu'un atout. Je vais vous donner un petit indice : vous avez démontré une qualité primordiale à votre arrivée sur l'île.

Harry plissa le front.

− La… réactivité ?

− C'est presque ça, mais vous avez raison sur le fond, dit Brighton. La vivacité, du corps et de l'esprit, est l'un des atouts indispensables à un bon duelliste. Vous avez remarquablement esquivé le premier sortilège que j'avais lancé, hier, et il y avait bien longtemps que je n'avais pas vu un jeune homme tirer sa baguette aussi vite, fils. Un duelliste vif est un duelliste difficile à atteindre.

Il agita sa baguette magique et, malgré qu'il eut reconnu l'importance de la vivacité, celle-ci ne s'inscrivit que comme la quatrième qualité d'un bon duelliste. Cependant, Harry avait réfléchi pendant que Brighton expliquait les avantages de la vivacité.

− Autre chose ?

− Le sang-froid, répondit aussitôt Harry.

− Excellente réponse, approuva Brighton. Le sang-froid démontre un esprit discipliné – un esprit discipliné est un esprit calme, maîtrisé et observateur. Si vous savez garder votre sang-froid, vous bénéficiez d'un avantage sur votre adversaire, sauf si celui-ci fait preuve d'un sang-froid égal au vôtre.

Mais là encore, le sang-froid ne sembla pas être la qualité primordiale, car il occupa la troisième place du petit tableau que composait Brighton. Harry fronça légèrement les sourcils, perplexe. Qu'est-ce qui pouvait occuper la première place ? Le vieil homme avait lui-même dit que les connaissances n'étaient pas une priorité.

− Oh, excusez-moi, j'avais oublié, dit Brighton comme s'il avait interprété ses pensées.

D'un mouvement de baguette, il fit apparaître « savoir » en cinquième position, mais Harry était tout de même incapable de déterminer les deux premières qualités attendues par Brighton.

− Je vais vous donner la deuxième qualité, car rares sont les gens à y penser, annonça Brighton. La retenue.

− La retenue ? répéta Harry sans comprendre.

− Moins votre adversaire en sait sur vos capacités, plus vos chances de le surprendre sont grandes. A Poudlard, les élèves sont nombreux à participer au club de duel, mais rares sont ceux à prendre conscience qu'un camarade averti pourrait analyser leur façon de se battre et appréhender un duel contre eux. L'ancien élève de Serpentard à qui j'ai emprunté l'idée de « la table », par exemple, a remporté tous les tournois de duel à partir de sa deuxième année, c'est pour dire à quel point ce garçon avait un temps d'avance sur ses aînés.

− Il n'y avait pas de club de duel, à mon époque, avoua Harry.

− L'ascension de Vous-Savez-Qui a encouragé les élèves à en réclamer un, indiqua Brighton. Dumbledore doit avoir usé de toute son influence au sein du ministère et du conseil d'administration pour qu'il lui soit autorisé de l'ouvrir, mais je crois savoir qu'il rencontre beaucoup de problèmes à faire accepter l'idée d'un tournoi. Il reste à présent une qualité à trouver, et je vous ai donné un indice.

Harry haussa les sourcils et repassa en revue les paroles de Brighton sur la retenue.

− L'observation ? proposa-t-il.

− Presque, dit Brighton avec un sourire.

− Appréhender un duel ?

− Pensez à Liam.

− La stratégie ? s'étonna Harry.

− Eh oui, dit Brighton d'un air satisfait, en l'inscrivant en tête du tableau. La stratégie se décompose d'un côté, d'une observation de votre adversaire, et de l'autre, de votre capacité à appréhender un affrontement contre lui. Il est extrêmement rare qu'un sorcier ou une sorcière pense à la stratégie en tant que qualité primordiale d'un grand et excellent duelliste. Vous avez déjà affronté les Mangemorts, n'est-ce pas ?

− Oui, reconnut Harry.

− Et vous en avez déjà stupéfixé, désarmé, non ?

− Oui.

− Parce que les Mangemorts sont de médiocres duellistes, déclara Brighton. Leur force réside dans la peur que leur nom, leur apparition et leurs connaissances en magie noire inspirent aux gens. Pourtant, vous, un adolescent, avez déjà réussi à en neutraliser. Quelle stratégie adopteriez-vous face à un Mangemort ?

Harry se laissa surprendre par la question. Jusqu'à présent, chaque fois qu'il s'était trouvé en présence d'un ou plusieurs Mangemorts, soit il avait fui, soit il leur avait couru après toutefois, les dernières phrases de Brighton lui revinrent en mémoire.

− J'appréhenderais ses connaissances en magie noire, je pense, dit-il.

− Et deviendrez son pire cauchemar si vous démontriez les cinq qualités d'un vrai duelliste, assura Brighton. Il n'est pas nécessaire de s'appeler Dumbledore pour inspirer la peur aux Mangemorts, il suffit de leur montrer que vous êtes un duelliste redoutable. Quand les Mangemorts sont rattrapés par les Aurors lors d'une attaque, ils sont d'abord enclins à engager le combat, mais lorsqu'ils s'aperçoivent que des hommes comme Maugrey sont là, une fuite pure et simple leur semble la meilleure solution. Bien évidemment, il y a des cas particuliers…

Il donna une légère secousse à sa baguette et le tableau s'effaça.

− Je n'ai aucun exercice pour vous permettre d'accroître vos qualités de duelliste, dit-il, mais vous pourrez les améliorer vous-même en vous les répétant. Tout est mental, en duel, à l'exception de la vivacité et du savoir, qui n'est qu'un atout facultatif. Comme je vous l'ai dit, un élève de quatrième année pourrait vaincre le Mage noir, il lui suffirait simplement de surmonter sa peur, d'observer son adversaire et de trouver la faille dans sa défense… et hop ! Avec un simple sortilège de Désarmement, Vous-Savez-Qui ne pourrait plus transplaner, ni se protéger ! Ca parait extrêmement facile, dit comme ça, mais il ne faut pas négliger que Vous-Savez-Qui est lui-même l'une des baguettes les plus vives et les plus terribles du monde. Venez, fils, c'est tout pour ce matin il y a une lettre à écrire, en plus.

− A qui ? s'étonna Harry en le suivant dans le couloir.

− Au ministère de la Magie, répondit Brighton. Comme je l'ai dit au petit déjeuner, la Fraternité a trouvé l'idée qui vous fera sortir de votre cachette : Gabriel Burrow a annoncé que les sorciers et les sorcières étrangers étaient sommés de se faire recenser auprès du ministère avant samedi soir, ou ils seraient considérés comme hors-la-loi et bien évidemment, ça ne faciliterait pas votre intégration.

Ils s'installèrent dans la cuisine, où Brighton fit apparaître un parchemin, une plume et une bouteille d'encre. Il semblait qu'un hibou était passé, car la lettre destinée à Luther et Liam avait disparu.

− Vous ne pensez pas que Burrow se doutera que je suis celui qui possède l'œil d'Astaroth ? dit Harry, inquiet.

− C'est plus que probable, fils, admit Brighton. Toutefois, nous n'allons pas écrire à Burrow, mais à la Brigade magique, et même s'il est tout à fait possible que Burrow ait exigé de jeter un œil à toutes les lettres reçues par la Brigade magique, nous n'allons pas vous laisser vous rendre là-bas sans un minimum de préparation. Vous allez écrire que vous vous présenterez vendredi, à 16 heures, ça nous laissera deux jours pour échafauder un plan.

− Ce n'est pas un peu… juste ?

− Ayez confiance, dit Brighton d'un ton apaisant. N'oubliez pas que j'ai été professeur au sein de la Fraternité, je connais leurs méthodes. Elle ne tentera rien ouvertement, mais il est fort possible que vous soyez suivi ou bien qu'un Frère ou une Sœur tente de vous neutraliser quand vous ressortirez de la Brigade magique.

C'était précisément ce qui inquiétait Harry, même s'il ne comprenait pas comment la Fraternité pensait le faire sortir du ministère s'il était neutralisé.

− Même si je ressors du ministère, je serai rapidement rappelé par la Brigade magique, dit-il. Je n'ai rien : ni la moindre famille, ni le moindre passé. Je n'ai aucune intention d'impliquer les Potter, il serait déjà étonnant qu'ils ne se méfient pas de moi et ils se retrouveraient en danger si j'essayais de leur demander de l'aide…

Brighton parut étonnamment satisfait par sa réflexion.

− J'y ai déjà réfléchi, fils, avoua-t-il d'un air malicieux. Il se trouve que j'ai une alternative à ce problème. Des questions se soulèveront, bien entendu, mais toute cette histoire est un tel mystère que le ministère ne pourra pas vous pénaliser. Par contre, ce ne sera pas facile.

− Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry, curieux.

Brighton sortit un parchemin d'un pli de sa cape et le tendit à Harry, qui s'en saisit et le déplia :

J'apparais à ceux qui savent où me trouver,

Je me manifeste à ceux qui ont besoin de moi,

Mais je reste invisible aux ignorants.

Je conserve en mon sein,

Un parchemin dissimulé

Dans la tête d'un géant benêt

Que j'accueillis empaillé.

A celui qui le trouvera,

Fortune sera garantie

Mais pour ce qui est du toit,

Il ne faudra ni pointe, ni langue de chat

Mais une fourche bien prononcée.

Harry relut la devinette une seconde fois. Les premiers vers étaient percutants, dans son esprit, car il savait très bien à quoi ils faisaient allusion : la Salle sur Demande et plus précisément, dans la salle des objets cachés, où il avait vu un troll empaillé. Fortune sera garantie

− Un testament ? demanda-t-il en relevant la tête.

− A n'en point douter, dit Brighton. Le testament de l'ancien élève de Serpentard dont je vous parle tant, Toma Grinval, dont l'héritage ne fût jamais acquis. Le ministère de la Magie et plusieurs chasseurs de trésors tentèrent, à sa mort, de s'introduire dans son manoir, en vain. Les cheminées ont été ensorcelées pour renvoyer à leur point de départ toute personne cherchant à entrer grâce à la poudre de cheminette les Portoloins étaient inefficaces, ils s'arrêtaient toujours au portail de la propriété de ce jeune homme et lorsque le ministère opta pour des solutions plus radicales, l'enceinte lui renvoya ses sortilèges à la figure, causant, si ma mémoire est bonne, trois morts. Ces protections, fils, sont encore une preuve du génie de ce Serpentard. La Fraternité s'était beaucoup intéressée à ce manoir, à l'époque, mais elle a elle aussi échoué.

− D'accord, dit Harry, mais en admettant que je récupère le testament, rien ne me garantit que je réussirai là où le ministère et la fraternité ont échoué.

Brighton eut un sourire en coin, comme s'il savait quelque chose échappant totalement à Harry.

− Moi, je suis convaincu que vous réussirez, dit-il simplement. Alors, cette lettre ?

− Hein ? Ah, heu… je la finis tout de suite…

Comment Brighton pouvait-il être certain que Harry réussirait là où des dizaines, voire des centaines, d'autres sorciers et sorcières avaient échoué ? En temps normal, Harry aurait sûrement refusé ce testament, jugeant à juste titre qu'il ne le méritait pas mais puisque Grinval semblait en avoir fait l'objet d'une chasse au trésor, il estimait que le premier qui mettrait la main dessus se montrerait digne de devenir l'héritier de cet étonnant Serpentard. Il se demanda toutefois pourquoi Brighton ne s'était pas donné la peine de récupérer le testament lui-même – et où, bien sûr, il avait été cherché cette énigme.

Après avoir rédigé sa lettre, il la donna à Brighton, qui la lut rapidement, puis l'abandonna sur la table avant de préparer le déjeuner. Harry aida autant qu'il put, surtout en mettant la table, mais Brighton sembla considérer son effort comme suffisant.

− Où en êtes-vous avec le grimoire ? demanda le vieil homme au bout d'un moment.

− Heu…

En vérité, Harry l'avait ouvert une minute puis, constatant qu'il ne se passait rien, il l'avait refermé puis s'était endormi presque aussitôt.

− Je ne me suis pas vraiment penché dessus, reconnut-il.

− Ne dîtes pas ça comme si vous étiez en faute, fils, protesta Brighton. Un homme honnête n'a pas à s'excuser, à moins d'avoir réellement commis quelque chose de grave. Ce week-end, nous nous intéresserons un peu plus à votre comportement : non pas que vous soyez un grossier personnage, loin de là, mais il faut vous endurcir. Vous devez être un guerrier, et nous verrons comment vous pourrez le devenir.

Harry n'aurait jamais envisagé qu'il faille une personnalité particulière pour s'imposer comme guerrier, mais il ne s'en soucia pas plus longtemps, car une question lui brûlait les lèvres depuis la veille :

− A mon ancienne époque, Tumter s'est introduit dans ma chambre pour me rendre l'alliance, dit Harry. Etant donné que tout le monde croyait qu'il cherchait à me tuer, je l'avais confiée à quelqu'un d'autre pour qu'elle soit examinée, au cas où il y aurait un maléfice… Sauf que cette même nuit-là, Tumter a donné un anneau à mon ami Ron. Un anneau avec l'emblème d'Astaroth.

− Astucieux, reconnut Brighton d'un air pensif. A mon avis, il s'agissait d'une diversion. La Fraternité n'a pas la moindre idée de ce à quoi ressemblent les alliances impériales les documents que nous avons retrouvés n'ont aucune description à offrir. Je pense donc que Tumter a créé cette bague pour induire la Fraternité en erreur.

Et si c'était pour cela que les sorciers n'avaient pas poursuivi Harry dans la forêt ? Et si Ron avait été attrapé à l'occasion d'une traversée du jardin, et que la fraternité avait aperçu son anneau en croyant qu'il s'agissait d'une alliance impériale ? Harry sentit son estomac se contracter : qu'était-il arrivé à Ron quand il avait été débarrassé de l'anneau ?

− Absolument rien ! lança Brighton d'un ton un peu sec. Votre ami Ron ne peut pas être mort puisqu'il n'a pas encore vu le jour, fils. Je ne peux qu'imaginer à quel point il doit être difficile pour vous de faire une croix sur un passé qui ne sera sans doute pas fidèle à celui que vous avez eu avant, fils mais pour votre bien, il faut que vous vous habituiez à l'idée que vous êtes ici à votre époque. Vos parents, leurs amis que vous avez rencontrés – vous ne les connaissez pas, vous n'avez aucun lien affectif ou relationnel avec eux. Ce sera dur, très dur, mais il en va de votre santé mentale.