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Rodney passa la journée suivante à l'infirmerie. Il informa Carson qu'il ne voulait voir personne et ce dernier respecta son souhait en interdisant toute visite sous prétexte que son patient avait besoin de repos. Il ne lui posa aucune question, respectant son désir de silence.

C'était curieux de le voir ainsi parce que Rodney était d'habitude un homme plutôt volubile.

Même le personnel de l'infirmerie, habitué aux éclats du scientifique était mal à l'aise devant cet homme pâle et silencieux. D'autre part personne ne savait de quoi il souffrait, le médecin n'ayant donné aucune information sur son état.

Puis le surlendemain Rodney sortit de l'infirmerie et reprit le travail. Zelenka l'accueillit avec plaisir. Autant son collègue pouvait parfois se montrer désagréable, autant il l'estimait.

En tout cas le tchèque put se rendre compte que son épreuve n'avait pas changé le caractère de Rodney. Avant la fin de la matinée il avait déjà terrifié deux jeunes scientifiques arrivés récemment avec le Dédale et traité de singes dégénérés la moitié du laboratoire. Zelenka était intervenu pour prendre la défense de ses collègues et Rodney s'était calmé un peu.

Puis il s'en était pris à Kavanaugh et là Radek ne s'était pas interposé. McKay n'avait pas toujours tort tout de même.

Bref une matinée tout à fait ordinaire dans les laboratoires d'Atlantis.

Rodney n'avait pas encore revu John Sheppard. Il savait que ce dernier était passé à l'infirmerie ainsi qu'Elisabeth, Teyla et Ronon mais Beckett les avait éconduit. Il ne savait pas ce que Carson avait raconté à ses amis quand ces derniers s'étaient enquéris de sa santé. Le médecin avait dû se retrancher derrière le secret médical ou bien éluder.

Carson était un homme fiable, il savait garder un secret. Le scientifique n'avait aucun doute là-dessus.

Vers midi le laboratoire se vida progressivement. Rodney se demanda s'il allait se contenter d'une barre de céréale ou d'un sandwich. Il opta pour la première option et déchiqueta l'emballage. Il mordit dedans tout en pianotant sur son clavier quand il entendit un frôlement derrière lui. Il se retourna avec un petit cri.

John Sheppard, assis sur un tabouret l'observait.

-Dites Sheppard, ça vous amuse de faire peur aux gens. Vous voulez que je fasse une crise cardiaque ou quoi ! s'exclama t-il furieux.

-Vous êtes bien nerveux Rodney, répliqua l'autre homme en levant un sourcil. Je venais vous proposer de venir dîner avec moi, ragoût de…hum, du truc que Ronon a chassé l'autre jour et qui ressemble un peu à un sanglier et mousse au chocolat, ça vous dit ?

-Je ne sais pas, maugréa le scientifique, j'ai du travail à rattraper moi.

-Juste une demie-heure, plaida son ami. Ronon et Teyla ont envie de vous voir. Ils se sont inquiétés pour vous. Et moi aussi, termina t-il doucement.

Les deux hommes se dévisagèrent un instant en silence.

-Là-bas, dans la sphère... chuchota le militaire.

-Je ne veux pas en discuter, pas maintenant, répondit le scientifique dans un souffle.

-Que s'est-il passé ?

-Je ne sais pas de quoi vous voulez parler, trancha le canadien d'une voix haute et claire. Que voulez-vous qu'il se soit passé ? Vous ne vous souvenez de rien ?

-Nos mains, je revois nos mains, paumes contre paumes et cette lumière argentée…

-Oui, je crois bien. Allez allons manger puisque vous vous êtes donné la peine de venir me chercher. D'ailleurs Carson me tuerait si je manquais un repas.

-Ah bon, à ce point là ? S'étonna le colonel, pourtant Beckett nous a affirmé que vous alliez bien. Ca va Rodney ? J'espère que vous n'avez pas gardé de séquelles de votre aventure !

Le scientifique qui venait de mordre dans sa barre de céréales faillit s'étouffer. Il toussa violemment.

-Hey McKay, vous allez bien ? Vous voulez que j'appelle le doc ? S'alarma Sheppard anxieux.

-Non, non, ça va aller, j'ai avalé de travers c'est tout.

Le militaire le fixa dubitatif.

-Je crois que vous me cachez quelque chose McKay, je commence à bien vous connaître.

-Et moi je crois que vous vous faites des idées colonel. Et si nous allions manger ? J'ai hâte de goûter cette mousse au chocolat !

ooooooooooooooooooooo

Rodney passa les deux semaines suivantes à travailler et à réfléchir. Il discuta longuement avec Carson et resta de longues heures sur la jetée à échafauder des projets.

Les premiers jours il était passé par des phases de révolte, de panique et de déprime entrecoupées parfois d'une espèce d'exaltation mâtinée d'orgueil quand il réalisait ce que son état avait d'extraordinaire. Dans ces moments son arrogance naturelle prenait le dessus, il était fier de se démarquer ainsi du reste de l'humanité. Ce qui lui arrivait était unique et serait un tournant dans l'histoire des hommes. Il était sûr de laisser son empreinte dans l'Histoire. Le premier homme enceinte…

Puis son exaltation retombait. Il ne voulait pas rendre son état public, il ne voulait pas être une bête de foire et puis dieu sait de quoi les gens étaient capables. Il voulait être reconnu pour son génie et non pas parce qu'il servait de couveuse à un … Il posa la main sur son ventre, un fœtus ? un futur enfant.

Carson était parti sur la planète afin de réunir plus d'éléments qui l'aideraient à comprendre le processus. Il avait laissé entendre à Sheppard et Elisabeth qu'il était très intéressé par certains appareils médicaux qui pourraient être fort utiles sur la cité.

Les deux responsables n'étaient pas chauds, il y avait du mouvement du coté des wraith en ce moment, de plus ils n'oubliaient pas qu'il y avait des traces de leur présence là-bas. Certains alliés des athosiens avaient signalés des darts survolant des planètes voisines mais le médecin avait insisté.

Il était parti avec l'équipe au petit matin. Rodney aurait voulu les accompagner mais finalement il était resté. De toute façon il avait une expérience importante en cours et n'avait aucune intention de laisser les autres s'en occuper. Il n'avait pas envie de retrouver un monticule de décombres à son retour. Zelenka l'avait traité de tous les noms d'oiseaux dans sa langue maternelle et le scientifique s'était juré d'apprendre un jour quelques mots de tchèque afin de pouvoir lui répondre.

Il en était là de ses réflexions quand sa radio se mit à crépiter.

C'était Elisabeth. Au ton de sa voix Rodney comprit qu'il y avait un problème.

-Rodney, pouvez-vous venir immédiatement à la salle de contrôle s'il vous plait ?

-J'arrive Elisabeth, répondit-il immédiatement.

Il arriva hors d'haleine au gateroom. La dirigeante le mit tout de suite au courant.

-C'est Sheppard, les wraith leur sont tombés dessus dans le complexe médical. Vous vous souvenez que le major Lorne avait découvert des indices de leur présence sur la planète mais personne ne pouvait dire si c'était récent ou non ? Et bien il fallait croire que ça l'était.

-Comment vont-ils Elisabeth ? s'enquit le scientifique anxieux. Il commençait à se sentir plutôt mal et son cœur se mit à battre à tout rompre. S'il était arrivé quoique ce soit à l'un d'eux...

-Ca va, ils s'en sont sortis, répondit la diplomate inquiète par la soudaine pâleur du scientifique. Asseyez-vous Rodney, vous n'avez pas l'air bien.

Elle remplit précipitamment un verre d'eau et le lui tendit. Le scientifique but d'une traite et la remercia.

-Ca va Elisabeth, j'ai eu un choc c'est tout. Ils vont bien ?

-Teyla est légèrement blessé au bras mais c'est bénin, à ce qu'il paraît. Ils seront bientôt de retour. J'ai pensé que vous voudriez être au courant, il s'agit des membres de votre équipe et…

-Vous avez bien fait Elisabeth.

Une équipe médicale se tenait prête quand le jumper arriva et prit Teyla en charge.

John Sheppard résuma brièvement les événements. Les wraith les avaient certainement repéré dès leur arrivée et laissé entrer dans le bâtiment pour les piéger. La confrontation avait eu lieu dans le laboratoire principal, celui ou se trouvait la sphère. Les atlantes avaient riposté au P.90 en tirant en rafale et avaient eu le dessus. Ils s'étaient sauvés in extremis car un wraith blessé avait déclenché le détonateur d'une grenade qu'il portait à la ceinture, provoquant une forte explosion qui avait détruit le laboratoire.

Rodney fixa Carson avec insistance. Le médecin restait silencieux, il n'avait pas encore pris la parole. Il finit par se décider. Quand il parla il ne regarda personne en particulier mais Rodney comprit que le message lui était adressé.

-Il ne reste plus rien , annonça t-il. Tout a été pulvérisé. La sphère, le caisson, les consoles et les cristaux, tout a disparu.

A suivre…