Chapitre 8

Le rire va quelque fois jusqu'aux convulsions ; on dit même que quelque personne sont mortes de rire ; j'ai peine à le croire, et sûrement il en est davantage qui sont mortes de chagrin.

Voltaire

En appui sur un coude, le regard fixé sur ce torse qui se soulève à intervalle régulier, des cheveux chatouillant ses épaules, Lisa Cuddy se souvient à quel point il est bon d'être en vie. Certes, le silence est un peu pesant, la pluie se défoule contre les carreaux et cette position commence à lui faire mal au poignet. Mais ce soir, elle n'est pas seule. Il a beau dormir profondément, sa respiration ressemble à un murmure.

Qu'avait elle fait ? Que faisait elle ? Qu'allait elle faire ?

Une bêtise. Une bêtise. Et encore une bêtise.

Timidement, elle approche sa main de son visage et l'effleure du bout des doigts. Elle rit en le voyant froncer le nez et secouer légèrement la tête. Il grogna dans son sommeil et elle s'éloigna un instant, craignant de l'avoir réveillé. Elle promena son index le long de sa mâchoire.

« _ Achetez vous un ours en peluche bon sang ! marmonna t-il en lui donnant une tape sur la main.

_ Je m'attendais à ce que vous me conseilliez une poupée gonflable, sourit-elle.

_ C'est vous qui l'avait dit ! »

Elle se redressa et s'assit en tailleur. House l'interrogea du regard mais elle se contentait de mordiller sa lèvre supérieure, les yeux dans le vague.

« _ Cette femme qui me remplace, Lauren Collins.

_ C'est un nom affreux, commenta le diagnosticien, juste pour faire sourire la jeune femme.

_ Elle a suivi votre carrière avec plus d'intérêt que la sienne et, croyez moi ou non, le mur de ses toilettes est tapissé par des photos de vous extraites de magazine médicaux.

_ Whaou ! Je savais que j'étais capable de beaucoup de chose mais mon effet laxatif m'était jusqu'alors inconnu ! »

Elle rit doucement et tritura ses cheveux un instant avant de reprendre.

« _ Je crois... Je crois qu'elle vous connaît mieux que moi. »

House soupira et se redressa pour s'asseoir à côté de la jeune femme.

« _ Vous pouviez pas attendre demain matin pour sortir des conneries pareilles ? »

Elle ne répondit pas et sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi, les larmes commencèrent à couler sur ses joues.

« _ Ca y est, la fontaine se réveille... » soupira House en tapotant maladroitement l'épaule de Cuddy.

Elle passa ses bras autour de son cou et se mit à pleurer tout contre son épaules. Il ne savait pas comment réagir. Il posa une main sur sa taille et la serra contre lui.

« _ La seule personne qui me connaît mieux que vous, c'est peut-être Wilson. Et encore, il n'a pas exploré tous les territoires inconnus ! »

Elle sourit et lui donna une tape sur le torse. Il emprisonna sa main et la laissa contre sa poitrine. Elle s'approcha un peu plus de lui, la tête au creux de son cou.

« _ Vous m'chatouillez le menton !

_ Vos mains sont glacées !

_ Votre pyjama est trop ample !

_ Arrêtez un peu de vous plaindre, murmura t-elle en levant un peu la tête pour croiser son regard. »

Soudain, il n'y avait plus rien. Plus de silence, plus de pluie, plus de mains froides. Juste deux regards accrochés l'un à l'autre.

Deux secondes plus tard, leurs lèvres se rencontrèrent pour échanger un long et tendre baiser.

*****

Quand elle se réveilla le lendemain matin, elle avait si peur qu'il soit parti qu'elle garda les yeux fermés pendant cinq bonnes minutes avant de se décider à les ouvrir.

Il était toujours endormi, la bouche légèrement entre-ouverte, un début de sourire aux coins des lèvres. Elle se pencha au dessus de lui pour consulter son portable qui était sur la table de nuit. Ce mouvement brusque le tira du sommeil.

« _ Hey, murmura t-il, pas encore totalement lucide.

_ Hey, répondit-elle, avec un peu moins d'entrain cependant.

_ Programme de la journée ?

_ Vous devez parler à Will, et je ne vous mets pas dehors mais je dois commencer à mettre à jour les dossiers… »

House fronça les sourcils. Ils s'étaient embrassés la veille au soir, il l'avait tenu dans ses bras toute la nuit… Et au réveil, elle lui faisait comprendre qu'elle ne voulait pas en parler et que, apparemment, ils n'étaient pas prêts de recommencer.

« _ Ok. »

Il attrapa sa canne et s'assit sur le bord du lit. Elle resta allongée, les mains croisées sur le ventre, le regard fixé sur le plafond. Il rassembla ses quelques affaires et la contempla un moment avant de quitter l'appartement.

*****

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Le seul mot qui lui vint à l'esprit quand elle entendit la porte claquer fut "merde". Une fois encore, elle venait de tout foutre en l'air. Elle avait beau se dire que c'était de la préservation, qu'une aventure avec House ne pouvait que mal se terminer, qu'elle finirait par souffrir… Elle n'arrivait pas à arrêter de se traiter mentalement d'idiote.

Ask me where I'm going to

Demande moi où je vais
Coz I'm not going back

Parce que je ne reviendrai pas
Ask me where I'm coming from

Demande moi d'où je viens
I burried all my tracks

J'ai enterré tous mes chemins
The other side is on my side

L'autre côté est de mon côté

Pourquoi est-ce que tout était si compliqué ? Pourquoi fallait-il qu'il y est toujours autant de « mais », de « peut-être » ? Pourquoi est-ce qu'elle ne pouvait pas simplement fermer les yeux et se jeter dans le vide, sans savoir dans quoi elle allait tomber ? Parce qu'elle était Lisa Cuddy, la femme angoissée terrifiée par le changement et l'inconnu. Parce qu'elle avait été trop bien éduquée pour agir sans réfléchir, parce qu'on lui rabâchait à longueur de journée que House était insupportable et qu'elle ferait mieux de le renvoyer avant qu'il ne fasse exploser l'hôpital. Parce qu'elle était trop amoureuse pour prendre le risque de lui avouer. Les larmes roulaient sur ses joues et s'écrasaient sur l'oreiller l'une après l'autre. Des larmes de rage et de peine. Des larmes de résignation. Elle ne ferait jamais les bons choix.

*****

Ask me while I'll give you back

Demande moi tandis que je te reviendrai
I can't see in the dark

Je ne peux pas voir dans le noir
Give me night I'll love you back

Donne moi cette nuit, et je t'aimerai en retour
I do not feed the sharks

Je ne nourris pas les requins
The other side is on my side

L'autre côté est de mon côté
The other side is on my side

L'autre côté est de mon côté

Il claqua la porte. Peut-être un peu trop fort. Ou peut-être pas assez. Il ne pensait pas qu'elle réagirait comme ça. Si il l'avait embrassé la veille, c'était tout simplement parce qu'il en avait envie. Elle était fatiguée, elle était triste, elle s'était blottie contre lui, il n'avait pas réfléchi. Pas la peine de se poser la question quand on ignore totalement la réponse. Il ne savait pas où une relation aurait pu les mener, il ne savait pas combien de temps ils se seraient supportés, il ne savait pas pourquoi il avait une boule au milieu de la gorge et l'estomac noué. Il appuya sur le bouton de l'ascenseur et s'y engouffra. Peut-être qu'il n'aurait pas dû partir comme ça. Peut-être qu'il aurait dû lui dire de ne pas avoir peur, peut-être qu'il aurait dû lui promettre toutes sortes de choses, peut-être qu'il aurait dû se lever une heure plus tôt pour lui faire un jus d'orange. Peut-être qu'il aurait dû prendre les escaliers, puisque l'ascenseur venait de s'arrêter brusquement, à mi chemin entre deux étages.

*****

C'était trop bête, avait-elle pensé, roulée en boule sur son lit. Elle avait enfilé ses chaussons et était sortie précipitamment de l'appartement, pour espérer le rattraper. Elle avait dévalé les escaliers et s'était précipitée jusqu'à la porte de Will. Elle avait appuyée sur la sonnette un nombre incalculable de fois et le petit garçon avait fini par apparaître, l'air encore endormi. Elle lui avait demandé où était House, il lui avait répondu qu'il n'en savait rien, qu'il ne l'avait pas vu ce matin. Elle l'avait remerciée, s'était excusée de l'avoir réveillé et avait compris qu'il était trop tard. Elle avait senti son cœur se désintégrer dans sa poitrine, tandis qu'elle franchissait la porte de son appartement.

TBC…