La jeune fille faillit tomber de Yawë ; sa vue se troublait et des larmes sillonnaient ses joues.
Revivre le moment de la mort de son père et de son ami avait augmenté sa colère envers le roi et son envoyé, sa détresse et la sensation de trahison et d'étouffement qu'elle ressentait.
La porteuse referma ses doigts sur la crinière de son cheval et les serra jusqu'à ce que la douleur soit supérieure à celle de ses migraines et lui permettre de rester consciente.
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Eragon s'étira en se réveillant pendant que Saphira baillait à s'en décrocher la mâchoire.
Ils avaient rencontré la reine la vieille et, après l'avoir remercié pour l'escorte qu'elle leur avait accordé, ils s'étaient retirés dans leur arbre pour la nuit.
Après que le dragonnier ai petit-déjeuné et sellé son amie, ils partirent saluer leurs maîtres.
Oromis méditait non loin de sa cabane. Eragon s'assit en face de lui pendant que Saphira partait à la rencontre de Glaedr. Le jeune homme ouvrit son esprit et une paix intérieure l'envahit.
Au bout d'une heure de méditation, l'elfe dit simplement :
« Ainsi, Murtagh est dragonnier… Je suppose que c'était dans l'ordre des choses. »
-Vous saviez ? S'exclama l'élève en ouvrant les yeux.
Il sentit Saphira se connecter à lui pour ne pas perdre une miette de la conversation.
« Je t'ai visualisé pendant la bataille, tu ne portais pas ton collier…
Eragon posa sa main sur la lourde chaîne qui pendait à son cou
- Je l'avais enlevé pour ne pas perdre de l'énergie, expliqua le dragonnier.
Oromis hocha la tête.
Le semi elfe baissa la tête ; si son maître avait vu leur combat avec Murtagh et Thorn, il devait être au courant pour son père.
« Pensez-vous que tout ce qu'il aie dit soit vrai ?
-Pour ce qui est de sa position sur les elfes couards, c'est son opinion personnelle. Quand aux limites de la magie et l'identité de ton père, il est clair que ton frère à été légèrement embrouillé par son cher mentor.
-Comment ? Je sais que je ne connais pas la magie sous tout ses angles, mais…, ce qu'il a fait dépasse mon imagination, il…, il a soulevé Saphira pendant plusieurs minutes ! Il…, il est plus fort que moi alors que je suis dragonnier depuis plus longtemps que lui, il n'a pas eu votre enseignement, je… »
Eragon remarqua le sourire de son maître et se força à faire le vide dans son esprit.
Une fois calmé, il murmura :
« Sa conscience semblait renfermer plusieurs âmes. Quand à mon père…
-Un jour, je t'ai dit que je connaissais le secret de Galbatorix pour se rendre plus puissant d'années en années. Je te révèlerai quand tu seras prêt. A propos de ton père, lui seul connait la vérité – et encore rien n'est moins sûr-, mais je te laisse méditer sur lui. Tu trouveras tout seul.
Eragon ne protesta pas, sachant que son maître ne révélerait que ce qu'il était capable de supporter.
Oromis ouvrit les yeux et constata :
« Tu as mûris. »
Eragon le savait mais sa jeunesse lui barricadait le plus souvent l'accès à des raisonnements sages et ordonnés.
Son maître repris :
« Bien, maintenant, vas méditer sur ces paroles jusqu'au coucher du soleil. Je t'ai donné matière à réflexion.
-Bien maître »
Le jeune homme se leva et partit en direction de la souche où il avait l'habitude d'ouvrir son esprit.
Arrivé sur place, il s'aperçue qu'elle était recouvert de mousse et que quelques bourgeons poussaient sur les bords.
Pour ne pas les écraser, il s'assit par terre, ferma les yeux et ouvrit les portes de sa conscience et celle de Saphira aux multitudes de vie du DuWeldenvarden.
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Un camp apparut au loin, Murtagh accéléra et Yawë suivit sans aucune difficulté.
Des tentes s'élevaient ici et là, on aurait dit un champ de toiles.
Le dragonnier se fraya un chemin entre les feux de camps au petit galop.
Ils s'arrêtèrent devant le plus grand, un commandant se présenta devant les voyageurs. En apercevant le dragonnier, celui-ci se mit à frémir, en se reprenant, il s'égosilla :
« Formez les rangs ! »
Une marrée de soldat surgit des tentes, Sirha remarqua que certain n'avait pas plus de seize ans.
Ils vinrent s'aligner devant le dragonnier et celui-ci déclara :
« Galbatorix veut que vous écrasiez toute rébellion, recrutez des soldats et formez-les ! Une grande bataille se prépare ! »
En disant ces mots, il talonna son cheval et ils reprirent leurs routes sous une ovation.
Le soleil commençais déjà à descendre dans le ciel lorsque les murailles noires d'Urû'baen apparurent au loin.
Sirha finit par demander :
« Qui est Ushrark ?
- Comment connais-tu ce nom ?
« Décidément, cette jeune fille en connait plus qu'elle ne veut l'avouer. » Pensa son dragon.
-Vous ne vous en souvenez pas, ironisa légèrement la porteuse, quand vous avez… vue dans ma tête.
-Et qu'est-ce qui te fais dire que je sais qui c'est ?
-Vous en savez plus que moi sur mon propre médaillon…
-TON médaillon ? S'amusa le dragonnier.
-Exactement ! MON médaillon, Se rebella Sirha, et sur ce point vous ne pouvez pas me contester, jusqu'à présent, il est toujours en moi à ce que je sache !
-Pourquoi ? Tu veux que j'aille vérifier ? » Demanda Murtagh, à la fois moqueur et menaçant, dans le but de mettre mal à l'aise la jeune fille.
Celle-ci rougit du sous-entendue, elle répliqua d'un ton furieux :
« Non merci ça ira ! Et pour le nom si vous ne le savez pas… tant pis. Et puis vous ne pouvez pas tout savoir… »
Le jeune homme grogna et sentit Thorn le taquiner. La jeune fille l'avait prit au piège, soit il devait lui répondre, soit il devait mettre de coté son ego ce qui était sans doute la chose la plus dure à faire pour lui. Aussi, il rétorqua d'un ton neutre :
« C'est Galbatorix. »
La jeune fille retint un sursaut de surprise. Elle demanda :
« Pourquoi il a envoyé les Raz'acs me tuer s'il me voulait vivante ?
-Il semblerait qu'un groupe de ces choses souhaitait l'affaiblir dans le but de le détrôner.
-En détruisant un simple médaillon ?
-TON médaillon » railla Murtagh.
La simple idée que sa vie pouvait profiter au roi dégoûta la jeune fille ; il avait arraché plusieurs hommes au village où elle vivait pour constituer son armée.
Plus le temps passait, plus Sirha redoutait leur rencontre- si Murtagh disait vrai, elle doutait encore de lui- d'autant plus qu'elle devrait lui donner son pendentif et que la porteuse n'avait pas la moindre idée pour le faire sortir d'elle.
« Certains Raz'acs sont donc alliés aux Vardens ?
-Bien sur que non ! S'énerva Murtagh, les Vardens sont alliés avec les nains et les elfes.
-Mais les nains et les elfes n'existent pas !!
-Malheureusement si. Ces idiots résistent toujours au roi.
« Alors ils ne sont pas si idiots que ça » Pensa Sirha en digérant le fait que ces créatures de légendes subsistaient.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi le médaillon a tant d'importance. Reprit-elle
-Il… Ce bijou accompagnera la réalisation d'une prédiction … »Se moqua méchamment le dragonnier en singeant le père mourant.
Le jeune homme ne vit pas la gifle venir. Eberlué, il mit sa main sur sa joue brûlante.
Le dragonnier s'apprêtait à riposter quand Sirha talonna Yawë qui, en quelques secondes, dépassa le hongre bai de plusieurs longueurs au galop.
Thorn intervint :
« Tu l'avait mérité, elle »
« Reste en dehors de ça !! »
« Je te rappelle que toi non plus tu n'aime pas qu'on parle de ton père »
Cette réplique cloua le bec du dragonnier.
Encore énervé, il ordonna en pensées à la jeune fille de ralentir car son cheval ne pouvait suivre la cadence.
Le silence s'était installé entre eux. Murtagh ruminait sa colère et Sirha digérait les informations qu'elle venait d'entendre et le fait qu'elle venait de gifler le dragonnier au service du roi…
Savoir que Galbatorix avait plusieurs ennemis réconfortait la jeune fille ; elle s'apprêtait à échafauder un plan pour s'échapper avec Yawë avant d'arriver à destination et s'il elle n'y arrivait pas ; si l'entretient avec Galbatorix se passait mal… mais un bourdonnement résonna à ses oreilles et une présence frôla son esprit.
Maintenant, bien qu'elle ne sache pas leur résister, la porteuse du médaillon arrivait à savoir quand Murtagh ou Thorn pénétraient dans sa conscience.
Le dragon ne le faisait quasiment jamais alors que le jeune homme communiquait constamment avec elle en pensées, sans doute pour lui rappeler sa position de faiblesse, pour ne pas qu'elle s'avise de leur jouer un tour ou qu'elle tente de s'échapper.
« Arrête-toi, ordonna le dragonnier, nous poursuivront notre route demain. »
Ils stoppèrent leurs coursiers. En descendant, Murtagh s'approchât de la jeune fille, son visage très près du sien :
« Ne recommence jamais ce que tu as fait, ta vie à peut-être de la valeur, mais moins que l'honneur d'un dragonnier. » Déclara-t-il d'un ton plus froid que la mort.
La jeune fille le fusilla du regard et serra les dents en lui tournant le dos.
« Quel honneur y a t il à servir un roi qui encourage une guerre civile ? Qui assassine ? » Pensa-t-elle tout en sachant que Murtagh entendrais ces paroles.
-Quand tu auras rencontré le roi, tu comprendras ce que c'est d'avoir le choix de servir Galbatorix. »
Sur ces paroles, ils mangèrent et se couchèrent, Sirha eu beaucoup de mal à s'endormir cette nuit là.
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Eragon médita jusqu'à la tombée de la nuit. Après avoir essayé de comprendre les sous entendus qu'avait fait son maître sur sa paternité, il tentait en vain d'élucider le mystère de la puissance de Galbatorix.
Le Dragonnier monta un raisonnement où le tyran stockait d'immenses réserves d'énergie. Mais où la trouvait-il ? Comment l'accumulait-il ? Son maître avait affirmé qu'il ne connaissait pas cette technique.
Il perçut un esprit étrange à proximité.
Eragon ouvrit les yeux et aperçue Blagden posé sur une branche, il prophétisa :
Comme le père ainsi est le fils
Aussi aveugle qu'une chauve souris
-Qu'est-ce que cela signifie, aide moi !!!
L'oiseau blanc répondit :
Par mon bec et mes os
La pierre noire jamais ne ment
Voit des voleurs et des escrocs
Et des fleuves de sang
Après avoir scandé ces derniers mots, il s'envola.
Eragon, découragé, se laissa tomber dans l'herbe et ferma les yeux.
Quand il les rouvrit, il vit une rangée de dents scintiller au dessus de sa tête.
Le dragonnier sursauta et se releva, sur la défensive.
Il n'aperçue qu'un chat. Ecarquillant les yeux, il murmura :
« Maud ?
-Peut-être, grogna l'intéressée, cela dépend qui tu es ; Si tu es quelqu'un qui vient juste d'entendre une chansonnette poussée par un stupide volatile, je ne suis rien, je ne sais rien. En revanche si tu es stupide et que tu ne comprends rien aux prédictions, j'ai peut-être une raison d'être là et de t'en vouloir. »
Le jeune homme eut à peine le temps de cligner des yeux que le chat-garoux avait déjà disparu. Il soupira et s'apercevant que la nuit tombait, le dragonnier prit le chemin de son arbre.
Arrivé dans celui-ci, il fit part de sa rencontre pour le moins surprenante à Saphira qui venait d'atterrir à ses côtés.
« Tu penses que Blagden connaissais Morzan ?
« Je te rappelle que le seul descendant de Morzan dont on est sur de l'identité est Murtagh ! »
« Il parlait de lui ? Peut-être de nous deux ! »
« Est-il possible qu'une prédiction s'applique plusieurs fois ?»
« Je demanderait à Oromis.»
Sur ses mots, ils se blottirent l'un contre l'autre et s'endormirent.
Thorn planait au-dessus des deux cavaliers. Ils s'approchaient considérablement d'Urû'baen et après avoir galopé toute la matinée, Murtagh descendit de cheval :
«On va déjeuner »
La jeune fille ne répondit pas, elle n'était pas vraiment pressée d'arriver à la forteresse, elle se laissa glisser de Yawë.
Le dragonnier coupa un morceau de fromage en deux et tendit la moitié à Sirha.
Celle-ci le prit, son regard se porta sur la paume du jeune homme :
« Qu'est-ce que vous avez à la main ? »
Il tendit machinalement le bras pour que la porteuse puisse mieux voir.
Elle pâlit brusquement.
« C'est ma Gedwëy ignasia, tout les dragonniers en ont une. Pourquoi ?
-Je…Mon médaillon à cette forme ! »
Le jeune homme fronça les sourcils :
« Je peux le voir ? »
L'expression de son visage changea radicalement, elle recula en le défiant du regard mais il l'attrapa par le bras en levant un sourcil. Sirha n'avait pas le choix de toute façon, elle se débattit d'un geste sec :
- C'est bon !
Elle écarta ses cheveux et le haut de son chemisier pour qu'il puisse voir la cicatrice.
Murtagh s'approcha de la porteuse, jusqu'à maintenant, il n'avait jamais vu le pendentif de près. A présent, il apparaissait clairement que le médaillon avait la forme d'une Gedwëy ignasia ; La spirale en relief se colorait d'une teinte chair.
Le jeune homme avança sa main pour venir frôler la surface à la fois rugueuse et douce, sentant la porteuse se raidir, tendue à l'extrême.
« C'est dingue ! On dirait vraiment que tu as touché un dragon tout juste éclot. » Dit le parjure.
« Bien sûr ! Les dragons ça court les rues ! » Ironisa la jeune fille en pensées, gênée et irritée par leur proximité.
Murtagh perçut ces paroles mais ne releva pas, il sentit Thorn ricaner bêtement au dessus d'eux.
« J'imagine que tu n'as pas la moindre idée pour le faire sortir de là ?
-Non »
Le dragonnier frôlait l'échine du médaillon avec son doigt quand sa paume effleura le pendentif incrusté dans la chair, une étincelle rouge scintilla brusquement. Yawë devint subitement nerveux. Le cou et la poitrine de la jeune fille furent parcourus d'un choc semblable à une brûlure. Sa vision se troubla et du sang s'écoula des contours de la cicatrice. Sirha peinait à respirer et sentait ses forces décroître à une vitesse fulgurante, un râle s'échappa de sa gorge.
Murtagh la rattrapa juste avant qu'elle ne s'effondre au sol.
Des filets de sang couraient sur son corset et Sirha tremblait de tous ses membres.
Le dragonnier l'allongea au sol en fronçant les sourcils, Thorn atterris en catastrophe. L'étalon devint subitement nerveux et après avoir renâclé pendant un certain temps, il vint se coucher à côtés de la porteuse parcourue de soubresauts.
Le parjure posa sa main gauche sur le front brûlant de la jeune fille pour la calmer par le lien mental qu'il gardait toujours avec elle pour la surveiller. A sa grande surprise, sa conscience semblait posséder par un autre esprit que le sien.
Murtagh attaqua et la force riposta avec tant de puissance que le dragonnier tomba au sol et Thorn fut ébranlé. Même le roi avait rarement fait preuve d'une telle puissance!
Le parjure n'eut pas d'autres choix que celui de trancher leur lien mental.
Au bout de quelques longues minutes, les spasmes cessèrent et la jeune fille s'apaisa.
Epuisée et en larmes, elle manqua de perdre connaissance plusieurs fois.
Murtagh dit à Thorn d'un ton sec:
« Il faut l'emmener le plus vite possible au roi ! On abandonne les chevaux et on rejoint Urû'baen rapidement ! »
« On ne peut pas abandonner l'étalon! Galbatorix nous a dit de lui ramener tout ce qui avait un rapport avec le médaillon ou son porteur. »
« Je n'ai qu'à relâcher le cheval bai, il nous retarde trop. »
« D'accord »
« Tu prendras Sirha ! »
« Il faut que tu monte derrière elle, elle n'a plus de forces, elle ne tombera sûrement pas mais il ne faut mieux pas prendre de risques, ordonne au cheval de nous suivre ! »
Murtagh porta la jeune fille épuisée jusqu'au dragon en prenant bien garde à ne pas toucher sa cicatrice avec sa paume.
Il monta derrière elle après avoir dessellé et relâché le hongre bai.
Le dragonnier ceintura la jeune fille de ces deux bras à la taille, Thorn décolla et Yawë les suivit au grand galop nerveusement. En apercevant le sol s'éloigner de ses yeux à demi ouvert, Sirha tomba dans l'inconscience.
