Merci pour vos reviews. Et voici la suite, en espérant que ça vous plaise.
Bonne lecture
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Chapitre 8.
Dix jours ! Dix jours qu'il était coincé sur cette planète à la con et il était en train de devenir dingue. En plus il était totalement épuisé. En échange de la chambre mise à leur disposition, Kolya et lui devaient donner un coup de mains dans les champs. Une activité totalement dénuée d'intérêt. Et harassante, même pour un homme comme lui, habitué à toujours vivre à cent à l'heure. Mais le pire c'était probablement les nuits. Il ne parvenait à dormir plus d'une heure d'affilée tant Rodney lui manquait. Cette absence était si dure à supporter qu'il avait mal. Physiquement mal. Il se consumait de douleur d'autant qu'il ne parvenait à se le sortir de la tête à un quelconque moment. Cela en devenait intolérable.
La seule chose qui parvenait à lui faire garder la raison, c'était la découverte qu'il avait faite trois jours plus tôt en visitant ce qu'il avait tout d'abord pris pour un temple. En fait de temple, le bâtiment où il avait brièvement été retenu prisonnier était, selon les dires des ses hôtes, une ancienne usine, du temps où le peuple était prospère. Et effectivement en y regardant de plus près, il avait découvert pas mal de matériel plutôt moderne. Tout à fait le genre de technologie qui aurait intéressé Rodney. Alors, dans l'espoir absurde de trouver quelque chose qui aurait pu lui servir, John avait fouillé méthodiquement dans tout ce bazar. Et là, miracle des miracles, il avait mis la main sur une radio et une parabole plutôt sophistiquées. Il avait alors pensé pouvoir contacter Atlantis ou le Dédale, mais évidement il avait très vite découvert que la radio était hors service. Aussi passait-il désormais tout son temps libre à chercher des pièces de rechange, espérant parvenir à la faire fonctionner rapidement. Kolya, qui avait bien vite réalisé que cette vie de fermier pacifique ne lui convenait pas le moins du monde, s'était finalement joint à lui. Mais jusqu'à présent toutes leurs tentatives s'étaient soldées par des échecs.
Après un nouvel essai infructueux, alors qu'il était tard, les deux hommes avaient décidé d'aller se coucher. John, cherchant vainement le sommeil comme à son habitude, se tournait et se retournait dans son lit.
« - Dites, l'interpella Kolya, vous allez réussir à dormir cette nuit ? Non, parce que ça commence à être lourd de passer la moitié de la nuit à vous entendre gémir et appeler McKay.
- Je vous emmerde Kolya, grogna John.
- Oui, ça c'est sûr, vous m'emmerdez. Parce que croyez-le ou non, j'aimerais beaucoup pouvoir passer au moins une nuit de sommeil complète. »
Qu'aurait pu dire John ? Que c'était son vœu le plus cher à lui aussi ? Non, il refusait que l'autre homme ne se rende compte combien il souffrait. Il avait sa fierté nom de Dieu ! Il se contenta donc de hausser les épaules sans répondre.
Kolya esquissa un sourire dans le noir. Il s'était attendu à une telle réaction. Lui-même n'avait jamais été amoureux, mais en y repensant il le regrettait. Et quelque part il enviait John. Parce que derrière sa tristesse il y avait eu du bonheur, de l'amour.
« - Vous savez que vous avez de la chance Sheppard ?
- Ah ouais ? aboya celui-ci. C'est marrant, moi je le vois pas de cette façon.
- Bien sûr que si. D'accord, pour l'instant vous ne voyez que la tristesse, mais vous avez également de l'espoir. Comme vous je veux rentrer chez moi, mais pourquoi finalement ? Ou plutôt pour qui ? Vous, vous savez que lorsque vous serez rentré vous le retrouverez.
- Et si nous ne rentrons pas ?
- Nous rentrerons. Nous allons parvenir à réparer cette radio et appeler vos amis ou votre Dédale. Peut-être qu'il viendra faire un tour par ici de toute façon.
- J'aimerais bien savoir comment vous connaissez l'existence du Dédale, dit John, ne pouvant retenir un sourire.
- J'en sais bien plus sur vous que vous ne le soupçonnez.
- J'avais cru comprendre. Mais concernant le Dédale, honnêtement je ne vois pas ce qu'il viendrait faire ici. Nous n'avons jamais mis les pieds dans ce système solaire, personne sur Atlantis ne connait l'existence de cette planète…
- Vous devriez garder espoirs, insista Kolya. McKay a bien des défauts, dont celui de ne jamais lâcher prise. Je ne l'imagine pas vous abandonner.
- Probablement. Pourtant un jour il devra s'y résoudre. Et là j'ai peur pour lui.
- Pour quelle raison ? »
John garda un moment le silence, pensant à nouveau à son Rodney et finalement, pour la première fois depuis son arrivée ici, il ressentit le besoin de se confier. Kolya n'était pas vraiment le confident idéal mais qu'importe. Le besoin de parler était tellement fort.
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Regagnant ses quartiers en fin de journée, Rodney était épuisé. Aussi bien physiquement que moralement. A ce stade il ne désirait plus qu'une chose : dormir. Et si possible ne jamais se réveiller en prime. Depuis que Carson, à peu près rassuré son état – mais après tout n'était il pas un bon comédien pour feindre un état d'esprit serein qu'il était loin de ressentir ? – lui avait donné l'autorisation de quitter l'infirmerie quelques jours plus tôt, il passait son temps entre son labo et le terrain en compagnie de l'équipe de recherche. Elizabeth avait été dure à convaincre pour le laisser reprendre les expéditions, mais il avait su se montrer persuasif. Et puis de tout façon puisque que l'un de ses amis restait en permanence coller à lui pour s'assurer qu'il allait bien, précaution mise en place par Beckett à n'en pas douter, il était aussi bien sur d'autres planètes en compagnie de son équipe. Jusque là les recherches n'avaient rien donné et il commençait à désespérer, même s'il n'en avait parlé à personne par perdre de perdre ses quelques privilèges et se retrouver enfermer à l'infirmerie sous surveillance constante.
Alors, lorsque le moral était trop bas, il filait dans son labo, où Zelenka ne le quittait pas d'une semelle. Les deux hommes n'avaient pas abordé l'incident qui avait eu lieu entre eux, Rodney se sentant suffisamment gêné de s'être montrer aussi faible de jour-là. En fait, ils ne parlaient pratiquement pas, Rodney se contentant de travailler, Radek de l'observer en faisant semblant de travailler lui aussi. Une seule fois, le Tchèque avait interrogé son collègues sur ces travaux qui semblaient tant le passionner, mais il avait essuyé une réponse tellement glaciale qu'il s'abstenait désormais de tout commentaire.
Rodney n'avait effectivement nullement l'intention d'avouer à qui que ce soit le contenu de ses recherches actuelles, sachant pertinemment qu'il serait sans nul doute passé pour un fou. Mais seul le désespoir et l'absence de John, qui se faisait plus cruellement sentir chaque jour, le faisaient avancer. Aussi il avait délaissé tous ses travaux en cours pour des petites expériences qui, même si elles ne donnaient toujours rien, avaient au moins l'avantage de lui redonner espoir. De temps en temps seulement. Et de moins en moins souvent à la vérité, même si jusque là il ne se l'était pas encore avouer.
Il avait lancé un programme censé pouvoir trier les adresses entrées sur un DHD et ainsi faire apparaître les plus récentes. Même si Elizabeth ne lui avait toujours pas dit combien de planètes ils avaient l'intention de visiter pour leurs recherches, il ne doutait pas un instant qu'il s'agissait d'un nombre important alors tout les moyens étaient bons pour réduire la liste. Mais pour l'instant cela n'avait toujours rien donné. A croire que son cerveau, si génial d'habitude, fonctionnait au ralenti depuis la séparation forcée, ce qui avait rien d'étonnant finalement, John étant toujours sa plus belle source d'inspiration depuis qu'il faisait partie de sa vie. En attendant de trouver une idée géniale pour relancer ce projet qui stagnait, il s'était lancé dans la modification du système de communication dans l'espoir fou de pouvoir en étendre suffisamment la portée pour contacter d'autres planètes. C'était très probablement une idée stupide, mais ces idées, il le savait parfaitement, étaient tout ce qui lui permettait de garder la tête hors de l'eau et il ne se sentait pas prêt d'y renoncer.
Pourtant, ce soir, après une bonne partie de la journée passé à crapahuter sur une planète hostile et bien évidement inhabitée au final, il ne se sentait pas la force de retourner à ses expériences. Même l'idée de se retrouver seul dans son lit ne l'effrayait plus, seule l'idée de dormir l'obsédait, parce qu'au moins dans ces moments là il ne pensait pas, ce qui était un réel soulagement. A cet instant, plus que jamais, l'absence de John était douloureuse, insupportable et oublier, ne plus jamais penser, était tout ce qui l'intéressait.
Mais, tandis qu'il sortait de la salle de bain et se dirigeait à pas lourds vers son lit, des coups frappés à la porte lui indiquèrent que ses projets allaient être compromis.
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Elizabeth, penaude, entra dans les quartiers de Rodney après y avoir été invitée. Elle savait qu'elle aurait dû le faire plus tôt, venir affronter le scientifique, mais s'était systématiquement dégonflée à chacune de ses tentatives. D'autant que, imitée par Carson, elle était loin d'être rassurée par la conduite de Rodney, qui tentait de faire croire à tous qu'il allait au mieux. Pourtant, elle l'avait promis au médecin, elle devait informer Rodney de l'avancée de leurs recherches.
Alors qu'ils s'asseyaient côte à côte sur le petit canapé, la jeune femme tentait de se donner du courage au mieux tout en se préparant aux conséquences de cet entretient. Habituellement, de part son métier, les mots étaient ses meilleurs alliés, lui permettant de résoudre les pires conflits, mais cette fois elle craignait que ses alliés de toujours ne la trahissent.
« - Bien, je pense que le mieux à faire est d'aller droit au but, dit-elle finalement tandis que Rodney la fixait avec un intérêt limité.
- C'est le mieux en effet. Ne vous ayant qu'entrapparu ces derniers jours, j'en étais arrivé à me demander si vous ne cherchiez pas à m'éviter.
- Je suis désolée, souffla Weir, honteuse. Je voulais simplement trouver le bon moment. Je n'étais pas sûre de trouver quoi…
- Quoi me dire ? l'interrompit Rodney avec un sourire fatigué. Ouais, j'ai tendance à faire cet effet en ce moment. Rassurez-vous, vous n'avez rien besoin de dire de particulier. Je ne veux de toute façon pas entendre de banalités.
- Voilà qui m'arrange, reconnu la jeune femme, tentant de plaisanter.
- Je vais vous faciliter la tâche Elizabeth : contentez-vous de la vérité.
- Quelle vérité ?
- A votre avis ? De toutes façon je suis déjà au courant de pas mal de chose, vous avez beau faire, vous ne pouvez empêcher les gens autour de moi de parler. Où en sont vos recherches ?
- Oh. Elles… avancent.
- Mais encore ?
- J'ai pris contact avec tous les gens que nous connaissons dans cette galaxie, mais personne ne semble au courant de quoi que ce soit.
- Ce qui n'a rien d'étonnant. Nous n'avons donc aucun indice quant aux raisons de cette disparition. Il ne nous reste donc qu'à faire ce que nous faisons depuis plusieurs jours, visiter ces planètes en espérant un miracle, n'est-ce pas ? Radek a refusé de me le dire, combien avez-vous d'adresses ?
- Cinquante-sept, souffla Elizabeth.
- Ah oui quand même.
- Ça prendra du temps, mais nous les visiterons toutes.
- Dites, je pense à quelque chose, est-ce qu'il y a des planètes qui ne répondent pas ?
- Je ne sais pas, nous n'avons pas essayé. Pourquoi ?
- Eh bien John ne peut peut-être pas revenir ici parce que sa Porte ne fonctionne plus.
- Je vois, dit Elizabeth, pensive. Bonne idée. Comment y avez-vous pensé ?
- Vous allez trouver ça ridicule, mais j'en ai rêvé cette nuit, avoua Rodney. Vous devriez vérifier. Retrouver ensuite l'emplacement de ces mêmes planètes ne devrait pas être compliqué avec la base de données des Anciens, je pourrai le faire moi-même dès demain. Il ne restera plus qu'à y envoyer le Dédale ensuite.
- Oui, c'est une bonne idée, répéta la dirigeante. Le seul problème étant que le Dédale arrive sur Terre dans trois jours. Comptez une semaine pour de ravitaillement sur place…
- Il ne sera pas là avant un mois, acheva Rodney avec tristesse.
- Je suis désolée. Mais je vous promets d'envoyer Caldwell vérifier votre théorie dès qu'il sera là.
- Un mois, répéta Rodney dans un souffle sentant toutes ses dernières forces l'abandonner, comme s'il avait mis tous ses ultimes espoirs dans cette théorie et que désormais il ne lui restait plus rien. Je n'en peux plus Elizabeth. Il me manque tellement.
- Je sais Rodney.
- J'essaie de garder espoir, mais c'est tellement dur… »
Le Canadien s'interrompit un instant tandis qu'une larme orpheline roulait sur sa joue.
« - J'ai l'impression de devenir fou. Parfois je me dis que je ne le reverrais plus jamais… Je crois que je n'y survivrais pas.
- Bien sûr que si.
- Et puis ce satané Carson qui semble avoir ordonné à la moitié de l'expédition de me garder à l'œil…
- Il tente de faire au mieux pour vous.
- Je sais, mais ça ne m'aide pas. »
Elizabeth allait se lancer dans un discours quelconque de platitudes visant à lui remonter le moral lorsqu'il l'en empêcha d'un regard vide.
« - Pardon Elizabeth, mais j'ai besoin d'être seul, dit-il, coupant ainsi court à la moindre de ses tentatives.
- Je comprends, souffla la jeune femme en se levant. Vous êtes vraiment sûr que je peux vous laisser ? demanda-t-elle malgré tout.
- Ça va aller. Merci d'être passée.
- Je vais vérifier votre théorie concernant les adresses, puis je vous tiendrai au courant.
- Merci, répéta Rodney. »
- Bonsoir Rodney, dit Elizabeth avant de quitter la pièce. »
Dès qu'il fut sûr d'être à nouveau seul, le scientifique s'autorisa enfin à pleurer. C'était peut-être une attitude puérile, mais c'était la seule chose qui parvenait encore à le soulager. Un mois. Il devait encore attendre un mois. Et encore, seulement si John se trouvait effectivement sur une planète sans Porte utilisable. Autant dire plus probablement une éternité.
Et soudain, comme un électrochoc, toute l'horreur de sa situation lui apparue et il comprit que jamais il ne pourrait le supporter. Il devait mettre fin à son supplice immédiatement parce qu'il n'en pouvait plus et que continuer à se mentir avec des bêtises, comme il le faisait depuis des jours, était indigne de lui.
Se levant brusquement, il se rendit dans la salle de bain attenante et fixa son reflet dans le miroir au-dessus du lavabo. Un mort-vivant, voilà ce qu'il avait devant les yeux. Une vision à faire peur, pour une vie à faire peur.
« - Pardonne-moi John, mais je n'en peux vraiment plus, murmura-t-il. »
Il avait bien conscience de sombrer dans la folie, mais rien ne le rattachait plus à la réalité. Aller au bout était ce qu'il avait de mieux à faire. Il ne voulait plus de cette vie. Il ne voulait plus vivre sans John. Pleurant silencieusement, il donna un violent coup de poing dans le miroir, qui vola en éclat. Exactement ce dont il avait besoin. Ignorant la douleur sourde qui irradiait de sa main, il récupéra au fond du lavabo un morceau de verre plus gros que les autres, le posa sur l'intérieur de son poignet gauche, là où les veines bleues saillaient, et appuya de toutes ses forces, tranchant peau et veines sans distinction, voyant son sang jaillir avec une macabre délectation. C'était doux, c'était chaud et finalement pas si douloureux. Tout ce dont il rêvait. Avec le sentiment du devoir accompli il se laissa glisser au sol et s'allongea en ramenant son bras blessé contre lui. Il ferma les yeux tandis que le sol se teintait de rouge tout autour de lui.
TBC…
