~ Pardonne-moi ~

§ Chapitre 07 : L'enfer à ma porte §

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- Merci, Orihime san. Ça m'a soulagée de me confier à toi.

- De rien, Saya chan. Tiens-moi au courant et n'hésite pas à me parler en cas de problème, d'accord ?

- Je m'en souviendrai.

La princesse se trouvait au foyer. Elle venait de prêter une oreille attentive à une adolescente enceinte qui avait été chassée de la maison familiale parce qu'elle avait fait un enfant avec l'ex membre d'un gang, qui avait refusé de reconnaître sa paternité.

Saya essayait de se reprendre en main, elle avait passé un entretien d'embauche prometteur la veille et s'était entichée de l'un des employés, sans savoir comment l'aborder. Orihime la conseilla du mieux qu'elle le put.

- Orihime nee ! Orihime nee ! gazouilla une fillette de quatre ans qui courait vers elle en peinant à porter un gros livre. Tu me lis une histoire ?

- Rinoka chan ! sourit celle-ci. Où est ta maman ?

- Maman dort, lui apprit-elle avec un sourire sous sa tête blonde. Bonjour, Saya nee ~ !

- Bonjour, Rinoka chan, répondit joyeusement la concernée, assise sur une chaise proche de la belle.

- Quelle histoire veux-tu que je te lise ? lui demanda la sœur de Sora en la hissant sur ses genoux.

Toutes trois se trouvaient dans une pièce aménagée en salle de repos.

- Celle-ci, Orihime nee ! pointa l'enfant, le doigt sur la couverture du bouquin. Celle avec la princesse et le dragon !

- Encore ? Mais tu dois la connaître par cœur.

- Je veux que ce soit toi ! insista Rinoka, les bras croisés et l'air boudeur. Maman ne sait pas faire les voix, personne ici sauf toi !

- On dirait que tu n'as pas le choix, Orihime san, la taquina Saya. Orihime san ? répéta-t-elle, perplexe.

La beauté auburn, l'esprit ailleurs, avait laissé son regard se perdre sur le ventre à peine visible de la jeune fille. Ce ventre abritant un tout petit bébé innocent. Sa gorge se noua.

- Orihime nee ? l'appela la petite Rinoka qui tirait doucement l'une de ses longues mèches cuivrées.

L'intéressée cligna des yeux, ce qui la fit revenir à la réalité.

- Um ?

- Tu vas bien ? Ton sourire est parti…

La réponse de cette petite fille fissura quelque chose en Orihime. Saya elle-même sentit un changement chez elle mais s'abstint de faire un commentaire.

- Oh, ne t'en fais pas, ça me fait plaisir de te faire la lecture, assura la guérisseuse en souriant largement.

- Vraiment ? Merci !

- Je peux profiter de la lecture aussi ?

- Bien sûr, Saya chan ! accepta Orihime, son sourire masquant ses véritables sentiments. Alors, je peux commencer, Rinoka chan ? questionna-t-elle la fillette en secouant ses genoux, ce qui l'amusa.

- Oui ~ !

Ainsi la déesse débuta la lecture du conte de fées. Son corps était là mais son esprit ailleurs, ce que ni Saya ni Rinoka ne remarquèrent cette fois. Après une vingtaine de minutes, la séance lecture s'acheva. La princesse salua les deux pensionnaires de l'établissement et s'en alla, elle avait nombre de choses à faire aujourd'hui.

Sur le parking, elle s'installa au volant et roula vers sa destination.

Les jours avaient défilé à une telle vitesse et avant qu'elle se rende compte, novembre pointa le bout de son nez, précédant de peu le froid glacial et le vent sec. L'hiver arriverait peut-être plus tôt cette année, le ciel était en effet si blanc qu'on se demandait si la neige n'était pas imminente.

Jin était revenu à la maison peu après le départ de Rangiku il y a deux semaines. Il avait le visage un peu amoché mais il avait dit s'être fait ça durant un combat de boxe auquel il voulait participer pour se "faire une idée". Et bien sûr, Ichigo était rentré de son voyage à Fukuoka qu'il avait dû prolonger. Orihime ne s'était pas inquiétée puisqu'il l'avait prévenue et puis, il allait bien. Juste des problèmes professionnels qu'il finit par régler grâce à son tempérament acéré.

Voilà quatre jours qu'il avait reposé le pied sur le sol de Tokyo et il s'était empressé de la contacter. Orihime l'évita en prétextant être fatiguée à cause de son stage, le bénévolat et ses autres activités. Ichigo lui avait fichu la paix durant trois jours -probablement occupé par son travail- mais le quatrième jour, sa très faible patience avait atteint son ultime limite. C'est bien alors qu'il craqua et décida de lui dire sa façon de penser en personne. C'était la veille, dans l'après-midi.

O

FLASH-BACK

- Orihime san, peux-tu aller me chercher des compresses dans la réserve, s'il te plaît ? lui demanda aimablement une puéricultrice.

- Bien sûr, Okimi san.

- Et profites-en pour jeter un œil à ce qui manque, je demanderai à Midori san de passer la commande.

- Entendu !

L'étudiante posa délicatement le nouveau-né qu'elle portait dans sa couveuse, vérifia que les perfusions étaient bien en place, nota sur la feuille de soin ce qu'indiquaient les machines et sortit se laver les mains dans la pièce voisine. Ceci fait, elle s'engagea dans le couloir.

- Orihime.

Le cœur de la mentionnée remonta dans sa gorge tandis que ses jambes marquèrent un arrêt brutal. En costume bleu nuit trois pièces, son premier amour se tenait devant elle ! Comme ça, à la vue de tous ! Oh Kami sama, mais à quoi pensait-il ?!

- Si je ferme les yeux, peut-être que tu disparaîtras. Ça voudra dire que je rêve éveillée, essaya-t-elle de se persuader en secouant la tête.

- Non pas que ça me dérangerait que tu rêves de moi, mais tu peux être certaine que c'est carrément chez toi que je vais t'attendre si tu tentes de me fausser compagnie comme je te sens encore sur le point de le faire, l'avertit-il, très sérieux.

Une infirmière qui passait par là étouffa une exclamation en entendant ses paroles aux sens divers. Orihime se frappa le front. Pourquoi a-t-il fallu qu'il formule sa phrase ainsi nom d'un kami ? En voyant les joues rouges de l'infirmière, elle espéra que celle-ci n'irait pas moucharder dans la presse.

- Comment as-tu su à quel étage je travaille ?

- De la même manière dont tu as eu recours pour me localiser lorsque j'ai été admis ici, répliqua tranquillement Ichigo, ses beaux yeux animés d'une lueur particulière.

Orihime se traita mentalement d'idiote. Il n'était peut-être pas doué pour repérer les reiatsu en général, mais Ichigo avait étonnamment toujours su trouver le sien.

- Si je te demande de partir et qu'en échange, je t'appelle ce soir pour qu'on se voit dans la semaine, tu accepterais ? risqua-t-elle.

- Non, déclina-t-il sans hésiter.

- Pourquoi ? Tu sais que je t'appellerai !

- Oui, mais je sais aussi que tu repousseras la date où on serait supposés se voir.

- Tu n'en sais rien.

- Je le sais, je le lis déjà dans tes yeux, renforça-t-il en la dévisageant.

Orihime ouvrit la bouche pour argumenter quand elle vit au détour du couloir derrière lui deux des aides-soignantes les plus commères qu'elle connaissait. Histoire d'assombrir la situation, il s'avéra que l'une d'elles était secrètement amoureuse de Jin, qui défendait son dossier au sujet d'un héritage. Orihime n'en savait pas plus et honnêtement, elle s'en fichait. Là, tout de suite, elle se demandait plutôt pourquoi Ichigo avait choisi de débarquer ici et maintenant, bon sang !

Sans attendre davantage, elle prit son ex par la main, l'entraîna dans son sillage dans un tourbillon auburn, le fit entrer dans la réserve après avoir tapé le code et verrouilla derrière eux avec un soupir. L'endroit était assez exigu avec tous ces cartons et étagères remplies à ras bord. Ichigo faisait franchement tâche dans le décor.

- T'as raison, nous enfermer dans un lieu si petit et à l'écart va faire taire les rumeurs, ironisa-t-il.

- Il faut que tu perdes cette mauvaise habitude ! le réprimanda la jeune femme qui retrouvait un rythme cardiaque normal, et ignora sa remarque.

Le réprimandé haussa un sourcil orange.

- Quelle habitude ?

- Celle de venir à l'improviste chez moi ou en l'occurrence, sur mon lieu de travail. J'ai l'impression que tu me suis !

- Intéressant, car j'ai l'impression que tu me fuis.

- Je parle sérieusement Ichi, tu es trop...

- Parce que tu crois que je suis d'humeur à plaisanter ? J'ai été te chercher jusqu'au Hueco Mundo alors tu penses bien que venir te voir dans la ville où nous bossons tous les deux n'est pas un problème pour moi, répondit le frère des jumelles avec nonchalance en se grattant la tête.

- Là n'est pas la question ! commença à s'irriter la beauté auburn, les sourcils froncés. Je n'ai aucune envie de refaire les gros titres !

Ce que Jin lui avait fait subir lorsque leur sortie au restaurant était parue dans les médias la fit frissonner désagréablement. Inconscient de cela, Ichigo fronça les sourcils à son tour.

- Je sais que tu n'aimes pas ça, je ne suis pas là pour te causer des emmerdes.

- Tu attires naturellement l'attention, espérais-tu réellement qu'il en serait autrement en venant ici ?

- Bon sang, Orihime, je n'aurais pas à venir si tu…

Son portable sonna. Il lâcha un juron en l'extirpant de sa poche.

- Quoi encore ? fit le roux sans détacher ses yeux de sa princesse. Commencez sans moi, je vous rejoindrai tout à l'heure… Non, c'est important… Eh bien, fais-les patienter, Lee ! s'énerva-t-il. Je me libère dès que possible alors pour l'instant, débrouillez-vous sans moi.

Sur ces mots secs, il raccrocha.

- Tu as une réunion ? se renseigna la belle.

- Oui, mais j'ai réussi à me tirer avant pour venir te voir.

- Pourquoi ?

Ichigo lui jeta un regard intense tout en appuyant son épaule contre une étagère, les bras croisés.

- Parce que tu m'évites, Hime. Je pensais que ça changerait à mon retour, mais non.

- Tu ne vas pas remettre ça, soupira-t-elle en se frottant le front avec lassitude.

- Tu sais que je déteste quand tu t'éloignes de moi et…, débuta le jeune homme.

- Aurais-tu oublié que tu m'as ignorée durant les trois jours qui ont suivi ton agression par cet homme ? lui rappela Orihime, sa voix laissant entendre le reproche. A croire que tu m'en voulais alors que je ne cherchais qu'à t'aider !

- Alors c'est ça pour toi ? comprit-il, agacé. Tu me fais payer le fait de m'être tenu à distance de toi ?!

Pour ne rien arranger, le visage de Jin se dessina dans son esprit. Ce sale enfoiré !

- Je… non, assura-t-elle, perturbée en s'entourant de ses bras. C'est juste… juste…

Le Shinigami expira en constatant qu'elle ne finirait pas sa phrase.

- De toute façon, je ne suis pas là pour revenir sur mon agression.

- Alors si je comprends bien quand je m'éloigne de toi, c'est grave, mais quand c'est toi qui mets de la distance, je dois la supporter sans rien dire ? résuma la sœur de Sora, les mains sur la taille.

L'intensité du regard de l'homme qu'elle aimait doubla.

- Je sais que c'est injuste, mais oui.

Voilà une réponse qui lui fit écarquiller ses océans gris. En fait, elle resta sans voix plusieurs secondes pour évaluer s'il pensait ses mots.

- J'arrive pas à croire que tu sois sérieux en me disant ça.

- Et moi, j'arrive pas à croire que tu puisses douter de ma sincérité. Qu'est-ce que je dois faire pour que tu comprennes que je suis prêt à tout pour te protéger ? rétorqua-t-il, sa tension grimpant.

Orihime le fixa sans rien dire, n'ayant toujours pas digéré sa réponse.

- Il y a vraiment des fois où j'ai du mal à suivre ton raisonnement, Ichigo, siffla-t-elle en le contournant pour chercher les compresses.

Aussitôt, une information non négligeable s'abattit sur elle avec la force d'un sac de briques : Ichigo avait été jusqu'à rompre pour la protéger. C'était la plus grande et la plus douloureuse des preuves qu'il l'aimait.

- Merde, Hime, ne m'en veux pas, l'implora presque le fils d'Isshin, la ramenant sur terre. Tu m'as dit ne pas vouloir faire la une des magazines et pour ça, il est préférable que, parfois, tu restes loin de moi.

- Tu as failli mourir ! lui fit-elle remarquer en ouvrant une boîte et refusant toujours de plonger dans ses orbes bruns. Je me fiche bien de la presse lorsque ta vie est menacée !

Ichigo sourit faiblement. Il savait qu'elle affichait une moue fâchée mais qu'au fond, elle ne lui en voulait pas tant que ça.

- Moi aussi, si j'apprenais qu'on t'avait fait du mal, j'accourrais pour te venir en aide, répliqua-t-il enfin.

- Pourtant, tu n'as pas hésité à me mettre à l'écart, murmura-t-elle, la tête rentrée entre les épaules.

- Non.

- Tu recommencerais donc si la situation…

- Pour te protéger, oui.

La guérisseuse ferma brièvement les yeux. Cette discussion ne mènerait nulle part.

- Je n'ai plus l'habitude que tu me protèges, lui confia-t-elle, le cœur compressé. Durant ces quatre dernières années, tu n'étais pas là et j'ai dû me débrouiller… Mais parallèlement, depuis ton retour, il m'est nécessaire de te savoir à proximité, d'être sûre que tu es simplement là. Tu…

Elle retint un sanglot en agrippant un support métallique.

- Tu mélanges tout en moi, Ichigo, et c'est difficile d'y voir clair entre l'histoire qu'on a partagée, mon mariage et la relation que tu veux tisser avec moi.

Entendre cela troubla quelques instants le fils Kurosaki. Il se plaça dans son dos, les mains de chaque côté de ses épaules sur les boîtes, et se pencha à son oreille droite.

- On en revient à la raison de ma présence ici, souffla-t-il sur sa nuque. Je ne crois pas que tu me fuis à cause de la fatigue. Il y a une autre raison et je te forcerai à me l'avouer.

- Comment ?

- Je crois que tu le sais.

Elle ferma de nouveau les yeux. Son entêtement paraissait invincible et à force d'insister de la sorte, elle craignait qu'il découvre des choses qu'il était supposé ignorer. Elle inspira pour se calmer.

- Avant que tu me poses la question, je ne regrette pas ce qui s'est passé dans ton appartement.

Son ton causa un frisson plutôt froid chez Ichigo.

- Mais ?

- Mais je suis mariée, Ichi.

- Détail qui ne t'a pas empêché de traverser la ville pour me sauter dessus au beau milieu de la nuit.

La pauvre s'empourpra violemment. Heureusement qu'il ne voyait pas son visage.

- J'étais initialement venue pour te soigner.

- Hm. Sans soutien-gorge et ça s'est fini avec toi me chevauchant sur un canapé.

- Inutile de me le rappeler, je suis consciente de ce qu'on a fait et…

- Retourne-toi, dit-il, les paumes sur ses bras.

- Je ne préfère pas.

- Retourne-toi, Orihime, répéta-t-il en respirant son odeur dans son cou, et l'enlaçant sous sa poitrine.

Celle-ci frissonna avant d'obtempérer, son corps réagissait de lui-même au contact de l'homme qu'elle aimait. S'immerger dans ses iris marron était vraiment dangereux, elle l'avait déjà constaté. Pourtant, elle le fit quand même. Une main sur sa taille, l'autre sur sa joue qu'il caressa de son pouce, l'expression d'Ichigo s'adoucit dès qu'il toucha sa Hime. Il mit son front contre le sien.

- Tu me manques, chuchota-t-il, le regard incandescent. Depuis la seconde où j'ai fait la connerie de rompre avec toi.

Oh… La présence de son Shinigami associée à son odeur et ces mots… la belle se mordit la lèvre, se retenant de l'embrasser.

- Tu me manques aussi, Ichi.

Celui-ci expira bruyamment. Il y avait une lueur dans ses bassins argentés. Une lueur permettant de discerner un sentiment précis qui noua un nœud autour de son estomac. Merde, c'était donc ça.

- Tu as peur, déduit-il, pas plus fort que nécessaire.

Hime se raidit dans ses bras. Sans qu'elle puisse la retenir, une larme se déversa sur sa joue et sa lèvre inférieure se mit à trembler.

- Tu as peur que je te quitte une nouvelle fois et que la prochaine soit encore plus douloureuse que la précédente, enchaîna Ichigo, la voix chargée de remords.

Son expression montrant une souffrance infinie accentua le mal-être de la princesse qui brossa ses cheveux orange sur son front avec ses doigts, afin de mieux voir ses yeux ambre foncé, avant de tracer sa mâchoire avec l'index.

- Je n'ai pas peur pour cette raison, affirma-t-elle.

- Alors de quoi ? Et ne me dis pas de rien car je vois bien qu'il y a quelque chose.

Orihime agrippa ses solides épaules pour s'apporter à la fois un soutien physique et psychologique.

- J'ai peur de te décevoir, pleura-t-elle, son petit nez virant au rouge. J'ai peur que tes sentiments pour moi changent parce que…

Elle renifla doucement.

- Parce qu'en dépit des apparences, je ne suis plus la Orihime que tu as connue.

- Je sais déjà ça, j'ai changé aussi.

- Pas autant que moi ni pour les mêmes raisons, le contredit-elle vivement.

Ne supportant plus de maintenir le contact visuel, elle l'enlaça en enfouissant son visage délicat entre ses pectoraux et croisant ses mains dans son dos.

- Quand on avait 15 ans, savoir que tu allais bien et être régulièrement en contact avec toi m'était indispensable, continua la demoiselle, la voix étouffée dans sa chemise. En sortant avec toi, ce besoin est devenu aussi vital que de respirer et lorsque tu as rompu, j'ai littéralement cru mourir, Ichigo, évacua-t-elle en pleurant deux fois plus, ses petits poings serrant sa veste. Quand tu es revenu, j'ai malgré moi retrouvé ce souffle qui me manquait mais il est encore fragile et irrégulier.

Elle se colla davantage à lui comme pour ne faire qu'un. Ichigo l'écoutait attentivement bien que chacune de ses paroles le lacérait.

- On ne peut construire une relation sur des fêlures et c'est pourtant ce qui me constitue, et certaines sont plus profondes que d'autres et tu n'es pas responsable de toutes, poursuivit la déesse au cœur déchiré. Il y en a même qu'on ne peut réparer, ajouta-t-elle en faisant allusion à la possible nouvelle vie dans son ventre. Si tu me voyais réellement, il y a une chance, même infime, que tu me tournes le dos comme tu l'as déjà fait.

- Tu as si peu confiance en moi ? la questionna-t-il, blessé d'entendre cela.

- Je n'ai pas confiance en moi, répondit-elle. Je n'ai plus confiance en l'avenir depuis que celui qu'on devait vivre s'est évaporé le jour de notre séparation, hoqueta-t-elle.

N'en pouvant plus, le fils Kurosaki prit son visage dans ses mains pour regagner ses prunelles gorgées d'eau.

- J'ai amèrement regretté d'avoir rompu avec toi, Hime, dévoila-t-il sombrement.

- Tu me l'as déjà dit, mais…

- Pas de mais, la coupa-t-il, ses pouces séchant ses traînées salées. Je t'ai suffisamment dit et redit te vouloir près de moi mais quand tu t'éloignes, j'ai l'impression que tu deviens inaccessible et c'est insupportable, murmura-t-il en lui caressant la hanche. Ça fait des années que je n'ai pas mangé l'un de tes plats, écouté l'une de tes histoires, ton désir de me raconter ce que tu as partagé avec Sora dans tes prières… Ce n'est donc pas juste par envie que je te cours après, j'ai besoin de toi. Retrouver ce qu'on partageait.

- Alors quand tu dis que je te manque, ce n'est pas juste…

- Non, il ne s'agit pas seulement de ta présence mais de toi et ce que tu es, confirma le roux, laissant le bout de ses doigts effleurer sa joue. Je te prends comme tu es mais pour ça, tu dois t'ouvrir à moi.

- Ichigo…, débuta la guérisseuse, ses larmes remontant à la surface.

- Tu ne pourras jamais réellement savoir ce que je pense des fêlures sur le point de te briser tant que tu ne les auras pas partagées avec moi, lui fit-il comprendre très sérieusement. Bordel, je… je n'étais pas là durant quatre ans, j'ignore ce que tu as traversé, je sais juste que tu as vécu un véritable enfer par ma faute, grimaça Ichigo qui s'en voulait à mort. Je suis là aujourd'hui alors appuie-toi sur moi, laisse-moi soulager ces blessures que tu ne supportes plus.

Il s'interrompit. Ce qu'il allait dire l'irritait et elle le nota même si ses mots la bouleversaient.

- Je ne sais pas ce qui te pousse à rester mariée à Jin, ni pourquoi il tient tant à batailler contre moi pour te conserver à ses côtés. Mais ce n'est certainement pas pour les mêmes raisons que moi.

Orihime saisit sa main sur son visage.

- Je suis sa femme, tenta-t-elle de lui faire enregistrer, les prunelles encore plus humides sans en connaître la raison. N'est-ce pas normal pour un mari que de vouloir conserver sa femme à ses côtés ?

- Encore faut-il que ladite femme souhaite rester aux côtés du mari en question, répliqua l'homme d'affaires sur un ton en disant long.

Là, elle fronça les sourcils, cachant autant que possible être gênée par son analyse trop véridique à son goût. Eh bien, il était doué pour la faire passer d'un sentiment à l'autre en un temps record.

- Tu refuses de voir…

- Je ne refuse pas de "voir", Hime. Je refuse simplement de croire que cette ordure t'aime autant que moi, c'est impossible, et rien de ce que tu diras n'y changera quoi que ce soit.

Sa manière de la regarder la fit rougir.

- A quoi tu…

- On a encore du boulot pour se lier émotionnellement mais on peut toujours le faire physiquement, mit en évidence Ichigo qui la plaqua contre la porte, ses yeux bruns flamboyants.

Le cœur d'Orihime doubla sa fréquence dès qu'il se pencha pour frôler sa bouche. Rien que son souffle chaud eut pour effet immédiat de presque liquéfier ses jambes.

- Oh mon Dieu, Ichigo…, lâcha-t-elle dans un doux soupir, le corps déjà parcourut de délicieux fourmillements.

Ses paumes reposaient sur son torse soi-disant pour l'arrêter mais elles ne le repoussèrent pas. Elle ne pourrait jamais se défaire du pouvoir qu'il avait sur elle, c'était définitif.

- J'aime quand tu me réclames de cette façon, je te l'ai dit pendant que j'étais en toi et ça ne diffère pas plus maintenant, sourit-il, alternant entre lécher et embrasser son cou.

La sœur de Sora préféra s'abstenir de faire un quelconque commentaire mais elle jura que sa jambe droite avait sa volonté propre lorsqu'elle entoura la hanche d'Ichigo, qui s'en saisit et en profita pour se loger entre ses cuisses. Alors là, elle ne put retenir un gémissement particulièrement fort. Ses joues tournèrent à l'écarlate. Ils étaient dans un hôpital et il y avait des tas de gens derrière cette porte pour l'amour du ciel !

- I-Ichigo, haleta-t-elle, titubant sur sa jambe.

- Je me souviens que tu aimais que je te détende de cette façon et peu importe à quel point tu as changé, tu restes ma Orihime, l'ignora-t-il en frottant son nez contre sa tempe, respirant au passage sa sublime chevelure cuivrée. Si tu le voulais vraiment, tu aurais pu m'arrêter avant de te retrouver dans cette position avec moi. J'en déduis qu'être aussi proche de moi t'a manqué aussi. Sachant cela, ne résiste pas et rappelle-toi plutôt l'époque où on n'avait pas besoin de mots pour se comprendre.

Sans lui laisser le temps d'assimiler, il s'appropria enfin ses douces lèvres entrouverte. Orihime couina sous l'entrain qu'il manifesta et gémit lorsque sa langue traça le contour de sa bouche avant de se frayer habilement un chemin à l'intérieur, tout en dessinant du bout des doigts sur la face interne de sa cuisse. Sur la pointe des pieds, elle pencha la tête en arrière et empoigna ses cheveux hérissés dans une prise ferme pour mieux l'accompagner dans la danse charnelle, presque érotique, à laquelle leurs langues se livraient.

Le Shinigami pressait l'arrière de son crâne auburn pour avoir le plus possible accès à sa bouche qu'il savoura, et laissa son autre main quitter sa taille pour agripper son sein gauche. Il gémit également tandis qu'elle miaulait de plaisir. Ichigo pressa son corps musclé contre le sien, aligna leurs hanches afin qu'elle perçoive son excitation et abandonna sa poitrine pour son entrejambe qu'il caressa sensuellement. La belle dégagea sa jambe emprisonnée, serra les cuisses ensemble -coinçant ainsi sa grande main- et mit fin au baiser.

- Ichi kun, non, refusa-t-elle en essayant de retirer ses doigts.

- Tu es déjà chaude, murmura-t-il sur ses lèvres en la dévorant de ses yeux ambrés.

- A-Arrête, je t'en prie, l'implora-t-elle, mal à l'aise.

- Tu n'as pas arrêté chez moi quand je te l'ai demandé, tu m'as fait craquer si vite, se remémora-t-il, le sang en surchauffe et palpant ses fesses de sa main libre.

- C'est parce que je connais bien ton corps...

- Tout comme je connais le tien, ajouta Ichigo en remuant ses doigts. L'effet que j'ai sur toi est évident, Orihime. Je parie que ton enfoiré de mari ne parvient pas à t'exciter autant malgré ses propos dégoûtants.

- Vas-tu cesser, je n'ai aucune envie de parler de ma vie inti… aaah ~

Sa main avait quitté sa féminité pour mieux rouler ses hanches contre les siennes.

- Tu me fais le même effet, continua-t-il en mordillant son lobe.

Ayant peur de tomber, Orihime entoura son cou de ses bras fins en profitant malgré elle du plaisir qu'il lui donnait, comme par le passé... Étouffer ses sons était difficile alors qu'Ichigo y arrivait parfaitement. Son érection rencontra le centre fragile de son intimité et elle savait que s'il la touchait encore une fois là, elle succomberait.

- Continue à te laisser aller comme ça, l'exhorta-t-il dans ses longs cheveux. Tu es... aah !

- Tu dois stopper ça ou je... je ne vais pas te résister, prononça difficilement Orihime près de sa gorge en fermant son poing.

Les dents serrées, Ichigo souffla une grande quantité d'air car sa petite main tenait fermement son sexe de plus en plus dur. Son bassin allait et venait dans sa paume à présent. Ses genoux faiblirent.

- T-Tu espères faire disparaître mon désir en me... en me serrant si fort ?

- Non, te soulager un peu pour le diminuer.

Plaisante blague.

Le sentir si raide et grand dans sa main lui donna l'irrésistible envie de l'avoir en elle, mais elle ne pouvait pas. Elle était cependant si heureuse de parvenir à mettre Ichigo dans cet état de faiblesse qu'elle ne put s'empêcher de le caresser à travers son pantalon. Il vacilla sur ses pieds.

- T'es en train de me chauffer et non de me refroidir, t'en es consciente ?

Elle avait de la chance qu'il n'y ait pas de lit dans cette pièce, autrement elle serait déjà allongée sur le matelas avec lui au-dessus d'elle.

- J-J'en suis consciente, j'aime te s-sentir comme ç-ça, bafouilla Orihime, les joues en éruption. Et je te l'ai dit tout à l'heure, Ichigo. Tu...

- Tu as dit que je te manque aussi alors fais en sorte que ce qui s'est passé entre nous ne soit pas juste une aventure d'un soir, reprit le concerné. Tu dois bien la sentir, cette tension.

Ah ça oui, pour la sentir, elle la sentait. La tension sexuelle entre eux était si forte qu'elle en était palpable comme Rangiku l'avait prédit.

- Ton corps est naturellement attiré par le mien et c'est réciproque. Une femme mariée qui fait volontairement l'amour avec son ex sans éprouver le moindre regret, ça veut tout dire.

- Ne m'as-tu donc pas écoutée ? Les choses ne sont pas si simples, marmonna-t-elle, le front sur son épaule et libérant son membre.

- Elles sont compliquées parce que tu les compliques, il te suffit juste de me les expliquer, la supplia-t-il en immobilisant ses hanches, le menton sur sa tête.

Il n'avait pas de pantalon de rechange donc il valait mieux éviter qu'il se rende à sa réunion avec celui qu'il portait mouillé à un endroit particulièrement gênant, même si la couleur de son costume était discrète.

- Je ne peux pas t'expliquer, répliqua Orihime d'un ton désolé.

- Hime…

Son portable sonna pour la seconde fois, brisant leur instant.

- Merde.

Il décrocha.

- Quoi, Christie ? dit-il sèchement.

Un soupir franchit ses lèvres.

- … D'accord, j'arrive tout de suite, soupira le frère de Karin et Yuzu avant de mettre fin à l'appel. Je dois y aller.

- Très bien.

Ichigo lui jeta un regard profond, ardent.

- Je n'en ai pas fini avec toi, la prévint-il.

- Je n'en attendais pas moins de toi, mais ne reviens plus sur mon lieu de travail, s'il te plaît.

- Tu devrais savoir que j'irai où que tu sois.

Sur cet avertissement, il lui baisa le front, déverrouilla la porte et s'en alla après avoir vérifié que la voie était libre. Orihime expira en se laissant aller contre des étagères. C'était elle qui avait provoqué cette situation d'être coincée entre deux hommes et maintenant, elle se demandait comment s'en sortir.

Lorsqu'elle quitta la réserve un quart d'heure plus tard, elle avait complètement oublié la raison pour laquelle elle y était venue en premier lieu.

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FIN DU FLASH-BACK

La princesse se passa une main sur le visage tout en garant son véhicule devant un bâtiment de taille moyenne. Elle avait tellement de soucis que ça l'empêchait de dormir et ce n'était pas le moment de songer à Ichigo et l'effet qu'il avait sur elle.

Elle chassa donc ce souvenir dans un coin de sa tête, déboucla sa ceinture et descendit, l'estomac noué, ses perles grises sur l'immeuble. De l'autre côté de ces murs l'attendait sa gynécologue dont le rendez-vous tant redouté avait fini par arriver. Dans peu de temps, elle saurait si sa vie allait basculer et de quel côté. Elle secoua la tête.

- Allez, Orihime ! se boosta-t-elle. Ce n'est pas le moment de te dégonfler, si ça se trouve, tu t'angoisses pour rien.

A peine acheva-t-elle sa phrase qu'elle sursauta : son portable vibra avec force dans son sac coincé sous son bras. Elle lut le nom de la personne sur l'écran. Oh non, pas maintenant ! Il avait définitivement un don pour se manifester quand elle ne voulait pas. Elle sentit le stress l'envahir pendant qu'elle regardait nerveusement autour d'elle. Elle décrocha avant qu'il pète un câble.

- Ichigo.

- Bonjour, Orihime.

- B-Bonjour, fit cette dernière en retenant ses cheveux fouettés par le vent. Tu n'es pas là où je me trouve caché dans ta voiture, n'est-ce pas ?

- Non, pas cette fois.

Elle remercia tous les dieux.

- Pourquoi ?

Elle devina qu'il fronçait les sourcils, intrigué.

- Oh, pour rien ! essaya-t-elle de paraître enjouée. Alors, qu'est-ce que tu veux ?

Il y eut un silence. Un lourd silence qui la mit mal l'aise. Si Orihime ne l'entendait pas respirer, elle penserait qu'il avait raccroché.

- Tu me caches quelque chose, déclara enfin Ichigo.

- Je ne te cache rien.

- Tu mens.

- Ichigo, s'il te plaît ! s'exaspéra l'intéressée. Si tu as un truc à me dire fais-le, car j'ai des choses à faire.

Nouveau silence jusqu'à ce qu'elle entende son siège craquer comme s'il se laissait aller contre le dossier. Elle se l'imaginait bien se passer une main dans les cheveux.

- Tu m'en veux d'être passé à l'hôpital hier, hein ?

- Non, je ne t'en veux plus, affirma-t-elle sincèrement. J'ai simplement eu une matinée chargée et…

- … tu as encore mal dormi.

- Oui, approuva Orihime, le cœur tambourinant. Pourquoi m'appelles-tu ? l'encouragea-t-elle avant qu'il l'interroge sur ses insomnies.

- Tu as des secrets et c'est énervant.

Évidemment, elle rêvait éveillée. Il s'agissait de Kurosaki Ichigo bien connu pour ne jamais lâcher l'affaire. Plus que cela, c'est le terme "secrets" qui raidit aussitôt le corps de la belle.

- Ton silence en dit long, tu sais, continua le roux qui espérait la faire réagir. Tu me caches des choses comme avant notre séparation et si tu continues dans cette direction, on n'arrivera à rien. Ces "fêlures" qui te marquent depuis des années auront raison de toi et ce n'est pas ce que tu désires. Je suis là pour toi. Bon sang, mais quand le comprendras-tu ?

- Je ne l'oublie pas, je t'assure, marmonna-t-elle calmement. Accorde-moi juste un peu de temps.

- Je ne veux pas te brusquer.

- Je n'en doute pas, sourit-elle faiblement. Je sais que ce n'est pas ton fort mais sois patient avec moi.

Un soupir lui répondit.

- Je n'attendrai pas éternellement alors n'abuse pas de ma patience très maigre. C'est parce que c'est toi que j'accepte.

- Merci. Maintenant, je t'écoute. Pourquoi cet appel ?

- Depuis qu'on a fait l'amour, tu occupes mes pensées jour et nuit, Hime, avoua-t-il à mi-voix. C'est très frustrant parce que quand je rentre le soir, tu n'es pas là. Je ne peux pas te parler, te toucher, te serrer contre moi.

Il marqua une pause en libérant un autre soupir frustré sans se douter que la femme avec qui il s'ouvrait ainsi avait les larmes aux yeux, sa petite main sur ses lèvres pour éviter d'être trahie par ses sanglots.

- Je veux connaître d'autres nuits comme ça avec toi mais sans ton statut de femme mariée. Je suis désolé de te mettre la pression mais j'ai besoin de savoir si j'ai une chance de reformer un couple avec toi. Je le souhaite toujours de mon côté mais je ne peux pas t'y forcer.

De grosse larmes roulèrent sur une paire de joues. Orihime décolla le portable de son oreille, le boucha avec sa main pour inspirer et se reprendre, avant de lui répondre aussi naturellement que possible.

- Je ne peux pas te donner de réponse maintenant.

- Comment ça, tu ne peux pas ?! haussa-t-il la voix. Tu es mariée à Jin, pas enchaînée à lui ! Je veux bien être patient avec toi mais ne m'en demande pas trop non plus, Orihime. Je suis de retour au Japon depuis février et nous sommes en novembre nom d'un kami ! Je t'ai dit mes intentions dès le début, je t'ai même laissée tranquille durant cinq mois -au passage, je ne sais toujours pas par quel miracle j'ai tenu loin de toi aussi longtemps- et ça ne te suffit toujours pas ? Merde, la fin de l'année approche et je refuse de commencer la nouvelle sans savoir si tu…

- Ichi ?

- Oui ? fit-il, surpris de sa douce interruption.

- Merci. Merci d'avoir tenu ta promesse et d'être revenu de ton voyage à Fukuoka, déclara doucement la jeune femme avec un léger sourire. Je…

Elle renifla.

- Je t'aime toujours, tu sais.

Sa confession coula en Ichigo, il ferma les yeux pour en profiter surtout qu'il n'y avait pas le moindre doute dans sa voix. Ce fut ça plus qu'autre chose qui calma ses nerfs enflammés. Un autre pas fait avec elle, ils progressaient lentement mais sûrement.

- Moi aussi, je t'aime.

Nouvelle chute de larmes chez la princesse qui pressa le téléphone contre son oreille, son autre main au poing serré sur sa poitrine. Ça faisait mal et du bien en même temps d'entendre ces précieux mots venant de son Ichi.

- Tu ne me l'as jamais dit bien souvent.

- Tu n'as pas tort. Mais je te l'ai toujours montré par gestes, pas vrai ?

Orihime hocha vigoureusement la tête, oubliant qu'il ne pouvait de toute manière pas la voir.

- Uhum, c'est vrai.

- Mais ? anticipa-t-il.

- Mais laisse-moi le temps de réfléchir, lui quémanda-t-elle.

Il grogna légèrement. Il était peut-être têtu mais il n'était pas le seul. Le fils d'Isshin ne comprenait pas. Pourquoi diable avait-elle besoin de réfléchir quand il était plus qu'évident qu'elle était amoureuse de lui et non pas de Jin ? Elle venait de clairement le lui avouer ! Orihime lui cachait bien quelque chose -voire des choses-, il en mettrait sa main à couper et il mènerait l'enquête. Pour l'heure, il décida de respecter sa volonté. Encore.

- Tu me promets de réfléchir sérieusement ?

- Oui, c'est promis.

- Très bien, mais j'ai besoin de te voir. Entendre ta voix n'est pas suffisant. Je te promets de mon côté de ne pas évoquer la nuit qu'on a passé jusqu'à ce que tu sois prête.

Orihime ferma ses paupières en se mordant la lèvre. Elle aussi avait besoin de le voir. De plus, il faisait des efforts et elle était la première à admettre jouer avec ses nerfs et abuser égoïstement de sa patience.

- Je passerai te voir demain à ton bureau, je serai de repos.

Elle avait aussi choisi ce jour -samedi- car Jin irait comme d'habitude faire du sport avec Shodai et surtout, quoi qu'elle apprenne à l'issue de son rendez-vous, elle aurait un jour pour y faire face avant d'affronter Ichigo.

- Ça me va, accepta ce dernier, ce qui la soulagea grandement. Passe par le parking sous-terrain, il n'y aura pas de journalistes. Je t'attendrai près de l'entrée de service, ça t'évitera de croiser la plupart des membres du personnel, ajouta-t-il sur un ton d'homme d'affaires.

- Entendu.

- Je vais te laisser tranquille à présent, j'ai du travail. A demain, Hime.

- Um, à demain Ichi kun et ne travaille pas trop.

Il esquissa un sourire.

- Je te renvoie ta phrase, toi qui enchaînes les gardes de nuit.

Ils raccrochèrent en même temps.

En consultant sa montre, Orihime releva son retard. Elle pressa le pas, s'annonça à l'accueil avant d'être autorisée à monter au second étage de la clinique. L'ascenseur était doté d'un grand miroir dans lequel elle fixa son ventre qu'elle caressa. Depuis sa conversation téléphonique avec le Docteur Shimiaruko il y a environ trois semaines, Orihime n'avait pas osé faire un test de grossesse et espérait avoir ses règles demain, comme d'habitude à cette période du mois.

La possibilité d'attendre un bébé -sans connaître l'identité du père en plus- l'étouffait au point qu'elle n'était même plus capable de regarder Jin dans les yeux. Elle ne lui avait pas encore dit qu'elle savait ce qu'il avait manigancé dans son dos en stoppant son moyen de contraception, préférant attendre d'être éclairée sur son éventuelle grossesse, et elle travaillait de nuit précisément pour ne pas dormir dans le même lit que lui. C'était trop dur pour elle.

L'ascenseur s'ouvrit et elle vit son médecin dans le couloir.

- Ashimura san ! la salua-t-elle. Je reviens justement de la salle d'attente. Ne vous voyant pas, je pensais vous appeler.

C'était une grande femme aux épais cheveux d'un noir brillant tombant jusqu'au bas de son dos avec une frange parfaite, et elle ne devait même pas avoir trente ans. Sa blouse blanche ne cachait pas toutes ses courbes et Orihime ne doutait pas que Tsugumi aurait pu être mannequin si elle l'avait voulu.

- Excusez-moi pour mon retard, dit-elle en s'inclinant.

- Allons, ce n'est rien, sourit son médecin. Comment allez-vous ?

- Très bien, merci, mentit Hime.

- J'en suis ravie. Suivez-moi.

Les jambes molles, la sœur de Sora lui emboîta le pas. Au bout de ce couloir allait se jouer son destin.

{…}

- Pfiou, enfin terminé.

Épuisée, Rukia posa son stylo après avoir rempli le dernier document.

- Il est déjà si tard…, constata-t-elle, ses beaux yeux indigo fixant le ciel sombre à travers la fenêtre.

- Vice-capitaine Kuchiki ? s'annonça une voix masculine derrière la porte de son bureau.

- Oui, entrez, invita-t-elle son visiteur tout en se levant. Ah, Sentaro, Kiyone…

- Salut, Kuchiki ! lui sourit la sœur d'Isane. Je vais voir le capitaine et je me demandais si tu avais fini de te charger des documents dont il t'a chargée ?

- Oh, oui, répondit la brunette. Les voilà.

- Merci.

- Hé, Kiyone ! s'indigna Sentaro. C'est moi qui vais voir le capitaine et c'est à MOI qu'il a demandé de récupérer ces papiers !

- Pas du tout ! répliqua Kiyone en le frappant avec les feuilles. Ça ne tourne plus rond sous ta touffe, retourne donc pioncer dans ce trou à rat que tu appelles ta chambre !

- Répète !

La petite sœur de Byakuya soupira devant une des leurs scènes quotidiennes et les laissa sur place pour aller s'oxygéner. Des heures qu'elle était enfermée ici après tout.

- Bonsoir, vice-capitaine Kuchiki, la salua un Shinigami incliné.

- Vice-capitaine, fit un autre.

- Bonsoir, leur sourit-elle tout en poursuivant son chemin.

Rukia n'en voulait évidemment pas à son cher capitaine d'être tombé malade, mais ça l'avait empêché de se rendre dans le monde des humains voir ses amis, notamment Ichigo.

Parvenue dehors, elle respira l'agréable air frais et regarda des deux côtés. Le Seireitei était si paisible et calme la nuit. C'était un plaisir de s'y promener en particulier dans les bois alentours.

- Hm… Je vais aller par là, décida-t-elle. Qu'est-ce… ?

Au bout de l'allée, le dos au mur, les mains dans les poches, se tenait une personne qu'elle connaissait très bien.

- Renji ? Que fais-tu là ?

Ce dernier se gratta la tête d'un air ennuyé.

- Ah salut, Rukia.

Celle-ci le regarda avec perplexité.

- Tu voulais me voir ?

- J'en sais rien, peut-être, lâcha-t-il, observant le ciel.

Son amie fronça les sourcils.

- Tu agis étrangement depuis ton retour de Karakura il y a quelques semaines. Tu m'as dit que tout allait bien mais j'en doute. Se serait-il passé quelque chose ?

Il ne dit rien.

- Vas-tu te décider à me répondre ! s'impatienta-t-elle, agacée et inquiète. Si quelque chose t'ennuie, dis-le qu'on en finisse. Tu ne m'attendais pas devant ma division avec cette expression vide pour rien !

Renji se tourna vers elle avec le même visage, ce qui la fit frissonner légèrement.

- Je sais pas trop quoi en penser, Rukia, admit-il enfin en se frottant la nuque.

- A quel propos ?

- J'ai discuté avec Ichigo la dernière fois que j'ai été à Karakura et… Enfin, il m'a fait comprendre à sa façon qu'il ne voulait pas rompre avec Orihime san il y a quatre ans, quelqu'un ou quelque chose se cache derrière sa décision.

La brune écarquilla les yeux.

- Que dis-tu ? Et depuis quand te soucies-tu de la vie amoureuse de nos amis ?

- Plus j'y pense et plus je me dis que c'est louche.

- Que cherches-tu à prouver, Renji ? voulut-elle savoir, mal à l'aise de parler de ça.

- Je cherche juste à comprendre, assura son ami d'enfance, la main sur la garde de son zanpakuto. Ichigo a rompu avec Orihime san peu après son accident et il est revenu pour la récupérer alors qu'elle est mariée et qu'il savait la plupart de ses amis contre lui. Je ne suis pas du genre à me mêler de ça mais leur couple était si solide qu'on pensait tous qu'ils resteraient ensemble jusqu'à la mort. Avoue que c'est bizarre qu'il l'ait laissée sans prendre la moindre nouvelle durant des années alors qu'il a risqué sa vie pour elle plus d'une fois.

Rukia se mordit la lèvre, les paroles de Renji se frayant un chemin en elle. Mince, il avait pas mal cogité.

- Et puis…

Elle leva ses prunelles vers lui tandis qu'il fixait à nouveau le ciel.

- Et puis ? l'encouragea-t-elle.

Le tatoué soupira, un autre bout de conversation émergeant dans sa mémoire.

« - Orihime m'a dit que tu n'es allé qu'une fois chez elle et que Jin te mettait mal à l'aise ?

- Ouais. Il y a un truc chez ce type qui me donne des frissons. »

- Le mari d'Orihime san…

- Oh, je t'en prie, expira la petite Kuchiki. Il ne s'agit que d'un simple humain.

- Possible, mais…

- Tu ne l'aimes tout simplement pas parce que la seule et unique fois où il a voulu faire la conversation avec toi, tu as été incapable de répondre à ses questions. Idiot, ça t'apprendra à dire que tu es "flic" à un avocat connaissant la justice par cœur, se moqua-t-elle avec un petit sourire. De tous les métiers que peuvent exercer les humains, il a fallu que tu en choisisses un en rapport avec son domaine. C'est lamentable, Renji.

- L-La ferme ! rougit-il. T'es pas mieux, toi qui n'as soi-disant "rien contre lui" mais espères qu'Ichigo va vite le virer pour reprendre sa place auprès d'Orihime san !

Ce fut au tour de la brunette de s'empourprer.

- P-Pas du tout, je…

- Ouais, ouais, j'aimerais bien t'entendre argumenter ce que ton comportement prouve, sourit-il aussi pour l'embêter.

- Je… Je… Baka ! hurla-t-elle avec un coup de coude dans le ventre en prime.

- Aïe, putain ! Tu pouvais pas admettre que j'avais raison au lieu de me frapper ?!

- Certainement pas !

Ils se fusillèrent du regard avant de se détourner l'un de l'autre en croisant rageusement les bras.

- De toute façon, c'est pas Ichigo et son séjour forcé à l'hôpital qui me contrediront, continua le maître de Zabimaru.

Rukia fit volte-face, le cœur loupant un battement.

- Comment ? Ichigo est parti à l'hôpital ? Quand ? Et pourquoi ?!

- D'après la discussion que j'ai écoutée entre lui et son père, il y a une personne qui pourrait m'éclairer sur ce Jin, l'ignora-t-il en se mettant en marche.

- Tu ne m'as pas rép… Renji !

Il venait de disparaître en un shunpo. La sœur du noble l'imita et le trouva peu après devant le Senkaimon ouvert.

- Tout a été fait selon vos ordres, vice-capitaine Abarai, lui assurèrent trois Shinigamis courbés.

- Ouais, merci.

Il jeta un œil à son amie par-dessus son épaule.

- Si tu veux venir, viens, mais je préfère te dire que j'ai un mauvais pressentiment.

Sur ces mots pas rassurants, il pénétra dans le passage. D'abord immobile, Rukia se ressaisit et s'élança à son tour dans le portail. Courant ensemble, un papillon de l'enfer volant à hauteur de chacun d'eux, ils accélérèrent le rythme en voyant quelques instants plus tard la sortie qu'ils franchirent simultanément.

Tous deux se tenaient au-dessus de hauts immeubles dans Karakura inondée de soleil, ce qui contrastait sensiblement avec la Soul Society baignant sous les rayons de la lune qu'ils venaient de quitter.

- Et maintenant ? demanda la vice-capitaine de la 13ème division.

- Suis-moi.

Elle n'eut pas le choix. Ils arrivèrent à destination en moins de cinq minutes, c'est-à-dire une petite résidence propre, silencieuse et sans doute assez chère.

- Que faisons-nous ici ? ne saisit pas Rukia, les sourcils froncés pendant que Renji frappait à la porte d'un des appartements. Je croyais qu'on irait voir…

- Ichigo ou Orihime san ? Non, ils sont trop impliqués.

- Impliqués ?

- Il me faut une personne extérieure à la situation pour avoir un point de vue neutre, précisa-t-il avec un sérieux déstabilisant.

Elle n'eut pas le loisir de répondre puisque des pas se firent entendre avant que la porte s'ouvre sur un Uryuu des plus surpris.

- Kuchiki san ? Abarai kun ? Que faites-vous là ? En plein après-midi ?

- Eh bien…, débuta Rukia, sans quitter son ami d'enfance des yeux.

- Ishida, l'interrompit Renji, toujours aussi sérieux et se plaçant face à lui. On ne va pas rester longtemps et je te demande d'éviter d'ébruiter notre venue.

- Mais enfin…, commença le Quincy, largué.

- Tu penses probablement qu'Ichigo a mérité les coups qu'il a reçus de la part de Jin pour avoir rôdé autour de sa femme et je ne suis pas là pour débattre sur ça.

Rukia était stupéfaite. Jin avait frappé Ichigo au point de l'envoyer à l'hôpital ? Comment avait réagi Orihime en apprenant cela ?!

- Alors de quoi veux-tu parler, Abarai kun ? questionna Ishida, tout ouïe.

- Tu vois et sens des choses qu'on ne remarque pas forcément tout de suite. Moi, je me sens mal à l'aise à proximité de Jin et je n'ai pas confiance en lui.

Le brun plissa les yeux et remonta ses lunettes.

- Et donc ?

- Donc, enchaîna Renji, j'aimerais avoir ton avis sur ce type. Tu es plus proche que moi d'Orihime san et de son mari, tu as été plus d'une fois chez eux et eu de longues conversations avec lui. A partir de tout ça, je veux savoir si tes impressions sur Jin sont similaires aux miennes, pourquoi tu penses qu'un truc va mal tourner dans le triangle qu'il forme avec Orihime san et Ichigo, et également si tu as une idée de la raison qui aurait pu pousser Ichigo à rompre pour en arriver là.

- Cela ne te ressemble pas de réfléchir autant sur un tel sujet qui t'est aussi étranger que la langue chinoise, Abarai kun.

Celui-ci, une veine sur la tempe, lui aurait volontiers fait avaler ses sarcasmes en même temps que ses lunettes s'il n'était pas aussi intrigué.

- Je pense que tu as réfléchi au moins autant que moi. Je suis sûr que tu as remarqué qu'Ichigo est une bombe à retardement. Si je savais pourquoi, je serais peut-être en mesure de l'arrêter le moment venu. Son reiatsu peut encore causer de sacrés dégâts et je ne parle pas de sa force brute. Il serait capable de détruire ce qu'il veut ou qui il veut s'il découvrait des choses qu'il devrait continuer d'ignorer, termina à mi-voix Renji.

- En somme, tu es venu me voir pour encore empêcher Kurosaki de laisser sa rage le dominer, ce qui impliquerait des innocents, conclut le fils de Ryuken, une main dans sa poche de pantalon beige sans aucun pli.

- Pas uniquement.

- Que veux-tu dire ?

Le Shinigami à la crinière rouge rétrécit ses yeux à son tour.

- J'ai aussi besoin de savoir si mon antipathie est fondée. Tu as beau ne pas aimer te mêler de la vie des autres, depuis qu'Orihime san a été dévastée par sa rupture avec Ichigo, tu es devenu encore plus protecteur avec elle. Tu dois donc avoir des informations sur son mari, Ishida. J'approuve la sœur d'Ichigo à présent : leur couple est trop parfait. Si j'ai fini par le réaliser, Ichigo ne tardera pas à en faire autant et qui sait ce qu'il pourrait découvrir sans oublier les conséquences qui en découleront, acheva-t-il, une leur dans ses iris sombres.

Debout entre les deux hommes, Rukia sentait son cœur battre trop vite, n'aimant pas du tout la façon dont cet échange s'amorçait. Uryuu, pour sa part, n'avait pas cillé une seule fois. Son expression semblait de marbre mais l'homme tatoué le connaissait suffisamment pour savoir qu'au fond, il n'était pas si étonné de leur visite et que son cerveau intelligent surchauffait sous cette apparence détendue.

- Entrez, les invita-t-il en lâchant la poignée de la porte et leur tournant le dos de sa démarche raide. Je vais vous dire ce que je pense puisque vous y tenez tant. Sado kun est dans le salon pour la même raison que vous.

Soulagé qu'il ait été plutôt facile à convaincre et voyant un allié en Chad, Renji marcha dans les pas du Quincy. Moins confiante, Rukia fit de même.

{…}

- Nous faisons comme ça, Yosobu san.

- Je vous ferai parvenir le compte-rendu détaillé ainsi que le cahier des charges de nos actionnaires majoritaires la semaine prochaine. C'est un plaisir de faire affaire avec votre entreprise, Kurosaki san.

Le complimenté se leva, serra la main de son associé, le raccompagna à la porte de la salle de conférence puis jusqu'aux ascenseurs. De là, ils se saluèrent d'un signe de tête. Le roux s'apprêtait à retourner dans son bureau quand la cabine voisine s'ouvrit sur une jeune femme brune à l'expression ennuyée et portant un sac à dos, une main sur la taille.

- Karin ?! s'étrangla-t-il.

- Yo Ichi nii, le salua-t-elle de sa voix traînante. Et avant que tu t'inquiètes, sache que je vais bien.

- Il est à peine 17h passées. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Tu te doutes bien que je ne suis pas ici pour visiter, c'est donc que je suis venue te parler, répliqua-t-elle sèchement.

Une veine apparut sur la tempe de son frère.

- Ouais, oublie ma question. Viens.

Elle le suivit jusqu'à son bureau.

- Comment t'es venue jusqu'ici ?

- Je sors du foot. Une amie m'a déposée, c'était sur son chemin. Je crois qu'elle espérait t'apercevoir, dommage pour elle. C'est fou le nombre de filles que tu peux attirer, bâilla Karin. J'imagine que c'est mort pour que tu lui signes un autographe ?

- C'est mort et enterré, et tu sais que je me moque de toutes les femmes qui m'apprécient, il n'y en a qu'une qui m'intéresse, soupira-t-il en glissant une main dans sa touffe orange, l'autre dans sa poche. Et si tu me laissais te payer une voiture comme à notre sœur, tu n'aurais pas à trouver ce genre de taxi.

- Je refuse que tu m'en payes une parce que je veux me débrouiller, répondit-elle, le nez en l'air. Et de toute façon, il faut le permis pour conduire une voiture, ce que je n'ai pas. Ah, salut Christie san.

- Bonjour, mademoiselle Kurosaki, sourit celle-ci en faisant une pause dans le tri de ses documents.

- Christie, je vais faire un tour aux archives, la prévint Lee en surgissant de l'angle du couloir. Ah vous êtes là, Patron, c'est que votre entretien est terminé ! s'exclama-t-il avec un sourire. Et aussi Karin san, c'est un plaisir de vous revoir, ajouta-t-il avec un clin d'œil auquel Karin resta parfaitement insensible.

- Oublie, Lee, le cassa Ichigo qui lui donna une tape sur la tête. Elle n'est pas intéressée et même si elle le serait, il est hors de question que tu sortes avec ma sœur alors va draguer ailleurs.

- Vous êtes si rude, Patron.

Ce dernier roula les yeux, invita sa sœur à entrer et referma derrière eux.

- Quoi ? dit-il en la voyant plantée devant la porte à le fixer.

- C'est surprenant mais tu portes franchement bien les costumes, affirma-t-elle naturellement, les yeux un peu écarquillés.

- Que… ? Ne commence pas avec tes bêtises, décolle plutôt de l'entrée et dis-moi la raison de ta présence ici ! lança-t-il, les joues roses.

Il resserra inutilement sa cravate et regarda un point opposé. Aah Karin et ses remarques tombant à l'improviste… !

- Vas-y, installe-toi, lui proposa plus calmement Ichigo en prenant lui-même place face à elle, près de son ordinateur allumé. Alors, de quoi veux-tu me parler ?

- Pas de quoi mais de qui.

- Sois plus claire.

Une lueur passa dans les yeux sombres de la jeune fille.

- Je suis ici pour te parler de Jin avant d'aller passer le week-end avec papa.

Son grand frère se raidit, se souvenant que Yuzu n'aimait pas l'avocat et que Karin n'avait jamais cherché à le connaître.

- Je t'écoute, Karin, murmura-t-il en lui accordant toute son attention.

- Je pense que ce gars n'est pas tel qu'il est vraiment, un peu comme toi.

Son aîné se hérissa.

- Ne me compare pas à ce… !

- Du calme, Ichi nii, le coupa-t-elle, sans sourciller et toujours aussi sérieuse. Ce que je veux dire, c'est que tu affiches l'air d'un dur mais quand on te connaît, on apprend que tu es un vrai protecteur derrière ton masque et prêt à tout pour aider ta famille et tes amis. Mais ce Jin, poursuivit la fille Kurosaki, les yeux dans le vague, je n'arrive pas à le cerner et je ne lui fais pas confiance.

Elle marqua un temps d'arrêt, semblant chercher les mots pour exprimer ce qu'elle ressentait.

- Orihime chan est l'une des premières de sa classe, elle assure vraiment dans sa spécialité et pourtant, elle a rencontré quelques difficultés ces derniers temps, je l'ai vu à son air fatigué. J'ai essayé de lui parler pour savoir si son mari y était pour quelque chose -vu que ce type n'hésite pas à lui confier l'entretien de leur château ridiculement grand en plus du reste- mais elle m'a dit être heureuse et que Jin était gentil et attentionné envers elle.

Karin croisa les bras, visiblement frustrée.

- Je m'inquiète quand même pour elle car comme tu as pu le remarquer, elle a perdu du poids, enfin après son mariage avec Jin, souligna-t-elle, le sourcil agité de tics. Le problème, c'est qu'Orihime chan est toujours aussi souriante, elle nous appelle régulièrement papa, Yuzu et moi, elle semble se plaire dans son stage et elle est parvenue à passer en cinquième année.

Elle se gratta la tête en expirant.

- Alors je me dis que je dois me tromper sur le compte de son mari, qu'il n'est pas en cause et que je le désigne comme coupable parce que ça m'énerve de voir Orihime chan vivre dans le bonheur avec un autre homme que toi.

Ichigo était sans voix, soufflé par ce qu'il venait d'entendre. Tout ça dormait en sa sœur depuis combien de temps ? Cogitait-elle autant le jour où ils avaient déjeuné au restaurant avec Yuzu ?

- Patron, un appel pour vous sur la ligne 2, l'avertit la voix de Lee.

Karin se remit debout d'un mouvement nonchalant en arrangeant la courroie de son sac.

- Tu as parlé avec elle récemment ?

- Oui, je l'ai appelée cet aprem' et elle vient me voir demain à la tour, lui annonça-t-il.

- Hum, j'imagine que tu fais tout pour la récupérer et je ne fais pas juste allusion à ton omniprésence, le fait de lui répéter sans arrêt que tu la veux, que tu l'aimes et tout le tralala… T'es un homme d'action après tout alors tu dois plus utiliser ton corps que ta langue. Enfin, tu vois ce que je veux dire, finit-elle en haussant les épaules.

- K-Karin ! rougit-il une fois de plus.

- Tu ne vas pas nier, le provoqua l'intéressée, blasée.

- Ce n'est pas… pourquoi on… depuis quand es-tu si… mais arrête de parler de ça ! s'emmêla le pauvre Ichigo, au comble de la gêne.

- Pff, j'arrive pas à croire qu'un homme qui l'a déjà fait puisse être aussi coincé, expira-t-elle en se grattant la tempe. Tu as peut-être mûri mais au fond, tu restes le même, Ichi nii.

- … !

Mais que Dieu lui vienne en aide ! Pourquoi s'acharnait-elle à le titiller de la sorte ?! Il allait la remettre à sa place mais l'expression de Karin le stoppa avant qu'il ait pu articuler une syllabe.

- Ce que je voulais vraiment te dire, c'est d'être prudent, Ichigo, acheva la jumelle de Yuzu.

Lorsqu'elle l'appelait par son prénom, elle ne plaisantait pas et son frère le devina tout de suite.

- Quoi que je puisse penser, une chose est sûre : je ne fais pas confiance à ce mec qu'il soit riche et reconnu ou non. Alors dépêche-toi de récupérer Orihime chan tant que tu en as l'occasion.

Sur cette note, Karin quitta le bureau sous le regard du roux. Ses orbes marron témoignaient de sa confusion, mais il n'avait pas le temps d'analyser les paroles de sa sœur. Il se trouvait sur son lieu de travail et devait agir en conséquence. Le nœud autour de son estomac ne se desserra pas pour autant lorsqu'il décrocha son téléphone.

- Transferts-moi l'appel, Lee.

{…}

La nuit était tombée quand Orihime termina sa garde, épuisée surtout émotionnellement. Cet état fit qu'elle ne salua aucun de ses collègues après s'être changée aux vestiaires, préférant se rendre directement au parking en consultant son portable, ses clefs dans l'autre main.

- Tiens, un message d'Ishida kun, remarqua-t-elle, intriguée.

- Orihime.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle ne s'attendait pas du tout à entendre cette voix. Elle se détourna de son véhicule dont elle venait de désactiver l'alarme et rangea son téléphone dans sa poche sans lire le SMS.

- Tatsuki chan.

Cette dernière, en retrait dans l'ombre, se rapprocha dans la flaque de lumière projetée par le lampadaire, les phares de sa propre voiture allumés derrière elle.

- Je vais être brève, je sais que tu as eu une longue journée et je dois moi-même me lever tôt demain matin.

- Je n'ai aucune envie de te parler, déclara la sœur de Sora en lui montrant son dos. Je n'ai plus rien à te dire.

- Attends ! la retint la brune par l'épaule. Ça fait des semaines que je n'ai pas de nouvelles de toi. Et même avant ça, tu ne m'en as pas donné des jours durant.

- Tu sais pourquoi.

- Oui et même si j'ai du mal à l'accepter, je comprends ta réaction et pourquoi tu m'en veux. Je me suis mêlée de ton couple, placée entre Ichigo et toi, vous poussant à rompre alors que je savais que tu l'aimais au-delà des mots.

La belle se crispa et porta une main à ses lèvres tandis que Tatsuki mordillait la sienne.

- Après ta visite le mois dernier, j'ai réalisé que ce que j'avais fait aurait pu avoir l'effet inverse, poursuivit la championne, la tête baissée, sa main pressant son épaule recouverte de mèches auburn. Je voulais te sauver mais en agissant ainsi, je t'ai immergée sans le vouloir dans une déprime si profonde que j'ai craint plus d'une fois que tu ne t'en sortes pas.

Des larmes roulèrent sur les joues de sa meilleure amie qui étouffa ses sanglots. Tatsuki elle-même était émue rien qu'en évoquant cela. Le ciel se chargea de nuages gris tempête au-dessus de leurs têtes, témoignant de l'obscurité régnant dans leurs cœurs ne se comprenant plus.

- Seulement, c'est le passé, Orihime. Je ne peux rien y changer et m'en vouloir ne changera pas ce que j'ai fait il y a quatre ans, et ne t'aidera pas plus que moi à te sentir mieux. Tu me manques…

Elle qui était si solide laissa également ses larmes lui échapper tandis qu'elle libérait la guérisseuse qui ne bougea pas.

- On peut encore sauver l'avenir et ce que je veux, c'est retrouver ma meilleure amie, notre complicité. Je ne peux pas effacer mon action, mais je peux te promettre de ne plus jamais intervenir dans ta vie amoureuse sans ton accord. Je n'ai peut-être pas opté pour la meilleure solution mais tu sais au fond de toi que mon intention n'était pas de vous blesser. Alors, s'il te plaît… pardonne-moi, Orihime, l'implora-t-elle, ses iris sombres rivés sur sa longue chevelure cuivrée.

Celle-ci demeura silencieuse, prise de hoquets en raison de ses sanglots plus bruyants. Enfin, les prunelles débordant d'eau, elle pivota vers son amie au regard si sincère que son cœur chavira.

- Ça me prendra du temps mais je pense parvenir à te pardonner, Tatsuki chan, souffla-t-elle entre deux inspirations. Tu me manques aussi, renifla-t-elle avec une moue adorable.

La karatéka se sentit si soulagée qu'elle vacilla sur ses jambes avant de se jeter sur elle.

- Merci, Orihime. Tu n'imagines pas à quel point j'ai espéré entendre ces mots de toi… depuis des années.

Hime répondit à sa forte étreinte.

- Mais tu devras t'expliquer avec Ichigo tôt ou tard, n'en démordit pas la princesse. Il ne sera pas aussi compréhensif que moi.

- Je sais, murmura le garçon manqué. Je me chargerai de lui.

- Bonne chance. Ichi est vraiment très têtu, et je parle d'expérience.

- Ne t'en fais pas, je tâcherai de contourner la difficulté. Son crâne aussi épais soit-il doit bien posséder une faille quelque part.

L'orage gronda avec force, les incitant à se détacher l'une de l'autre en séchant leurs traînées salées.

- Je vais te laisser, j'ai des choses à faire. On s'appelle pour se programmer une sortie entre filles ? suggéra Tatsuki qui souriait largement. On pourra discuter plus longuement.

- Um, d'accord, accepta l'autre jeune femme, le cœur plus léger.

Sa meilleure amie la serra brièvement contre elle une fois de plus avant de s'éloigner en agitant la main.

- Rentre bien !

- Uhum ~

C'est ainsi qu'elles prirent congé l'une de l'autre, chacune dans une direction différente. Orihime avait certes le cœur plus léger mais il n'en demeurait pas moins douloureux.

Assise au volant, elle posa son crâne sur l'appuie-tête. Toute la journée elle n'avait pas arrêté de penser à Ichigo, sauf que c'est plus les paroles qu'il lui avait dites la veille à l'hôpital et leur conversation téléphonique de cet après-midi qui lui donnèrent le courage nécessaire pour faire ce qu'elle n'avait cessé de reporter.

Décidée et se dépêchant avant de changer d'avis, Orihime plaça son sac à main du côté passager et passa ses doigts sous son siège. En moins de trois secondes, elle trouva ce qu'elle cherchait. La lettre. La fameuse lettre écrite et postée par Ichigo après leur rupture qu'elle avait cachée là afin d'éviter que Jin tombe dessus -oui car elle avait fait changer la sécurité de sa voiture sans qu'il le sache.

Rien que voir son écriture sur le courrier noua sa gorge. L'estomac contracté, le cœur tambourinant, elle ouvrit délicatement l'enveloppe. Après avoir jeté un œil autour d'elle à travers les fenêtres pour s'assurer qu'elle était bien seule sur ce parking, la demoiselle déplia la feuille avec des gestes tremblants. En apercevant la quantité de mots versée sur le papier, elle sentit son pauvre cœur se comprimer. Ichigo avait tant de mal à s'exprimer mais là, il avait de toute évidence fait un effort. Un gros effort. Elle inspira et amorça sa lecture, coupée du reste du monde.

Hime,

Cette lettre est au moins la dixième ou la quinzième que j'écris, j'ai perdu le compte et tu dois t'en douter. Mais ces saletés de brouillons n'auront pas été inutiles, me permettant d'exposer à ma façon les choses que je ressens.

Tatsuki doit constamment être près de toi car tu ne réponds jamais à mes appels, je ne serais d'ailleurs pas étonné qu'elle t'ait acheté un autre portable pour m'empêcher de te joindre. J'espère que j'aurai plus de chance de t'atteindre avec cette lettre que, en toute honnêteté, je n'aurais jamais pensé écrire un jour.

Je ne voulais pas te blesser en rompant avec toi, je croyais sincèrement agir pour le mieux. Tu m'as vu froid et distant mais tout ça était calculé, simulé. Si tu avais pu lire mes vrais sentiments, tu aurais compris mon manège et on n'aurait pas rompu. Avec le recul, je me dis que j'aurais souhaité que tu lises à travers moi ce putain de soir.

Je suis aussi mal que toi, je ne dors pas bien, je mange peu, je ne sors pas. Seul Chad me soutient à distance et a promis de me rendre visite pour être certain que je ne me noie pas dans ma déprime. Si ça pouvait m'aider à t'oublier, je coulerais à pic tout de suite. Tu me manques, Orihime. Ce n'est pas comparable avec l'absence de ma famille qui me pèse aussi. Je regrette tout ce que je t'ai dit, mon comportement, le fait de t'avoir laissée dans cet état de détresse alors que tu avais besoin de moi.

Avec la distance, on s'est un peu perdus mais on peut se retrouver. Je n'ai pas mis fin à notre relation de mon plein gré mais je te promets de ne plus recommencer si tu m'accordes une seconde chance sans chercher d'explication. Je me suis renseigné dans ma fac, mon dossier peut être transféré au Japon. L'école qui m'accueillerait se trouve à Tokyo. Elle est moins réputée mais je m'en fous complètement tant que je peux être avec toi.

Je sais que tu es contre cette idée mais réfléchis-y, Hime. On a une chance de reformer un couple qui ne sera plus fragilisé par la distance et je serai là dès que tu auras besoin de moi. Alors fais-moi un signe pour me dire ce que tu en penses. Si tu acceptes, je te rejoindrai au prochain semestre le temps de tout préparer. Si je n'ai pas de nouvelles de toi dans les deux semaines à venir, je considèrerai que tu refuses ma proposition et que c'est bel et bien fini entre nous.

Je ne te le dis pas souvent mais te l'écrire est plus facile : je t'aime toujours et ce n'est pas près de changer. Quoi que tu décides, je doute de parvenir à renoncer définitivement à toi. Et même si tu m'en veux et ne me désires plus à tes côtés, s'il te plaît, ne te laisse pas dépérir. Continue d'assurer en cours et nourris-toi. Beaucoup de gens tiennent à toi et ton grand frère n'aimerait pas te voir comme ça, même si c'est de ma faute.

J'attends ta réponse.

Ichigo.

Les joues trempées, Orihime lut et relut cette lettre intégralement trois fois avant de l'appliquer sur son cœur. Même à l'écrit, Ichigo protégeait Tatsuki, révélant juste indirectement qu'elle avait un lien dans leur séparation sans dévoiler son nom, son rôle. Oh, si seulement ce courrier était arrivé à destination quatre ans plus tôt, la belle était certaine que sa vie serait tout autre actuellement. Déjà, elle serait probablement heureuse et ne souffrirait certainement pas autant.

Son amour pour Ichigo s'intensifia dans la mesure du possible tandis qu'un sentiment doux-amer soulevé par cette lecture l'inondait.

Elle ne devait pas s'enfermer dans le passé et se bombarder de questions telles que "Et s'il n'y avait pas eu… ?" ou "Est-ce qu'on aurait pu… ? ". Cette lettre l'éclairait encore plus sur l'état d'esprit de son ex-petit ami et à l'heure d'aujourd'hui, ce papier pressé contre son cœur rejoignait la liste de ses biens les plus précieux, et elle le lui ferait savoir.

{…}

La pluie tombait averse lorsque Orihime se gara devant chez elle quelques minutes plus tard. Sans son parapluie, elle aurait fini mouillée jusqu'aux os à peine hors de l'habitacle. L'orage se mêlait aux intempéries, le vent était sans pitié et les gouttes s'éclataient sur le toit de sa maison et les alentours dans un fracas épouvantable. Conduire dans ces conditions l'effraya mais elle fut ravie d'arriver saine et sauve à destination.

A l'abri sous le porche, la guérisseuse fouilla dans son sac à la recherche de ses clefs quand un bruit aigu et familier lui parvint à travers ce boucan. Elle tendit l'oreille et comprit de quoi il s'agissait à la seconde où ce même son se répéta. Lâchant son parapluie, son sac et ses clefs à cause de l'inquiétude et de la peur, la jeune femme se précipita vers le jardin situé à l'angle de la villa. Un éclair illumina alors ce qu'elle redoutait le plus en cet instant. Non, pas ça !

- KOKORO CHAN !

Trempé et tremblant de froid dans l'herbe, Kokoro avait un cordon autour du cou, lui-même attaché à la grille. Le cœur de sa maîtresse fut comme transpercé d'aiguilles.

Terrifiée, elle fonça sur lui en trébuchant dans la boue et accéléra quand le pauvre animal tomba sur le côté en position allongée, terrassé par le froid et la fatigue sans doute. La princesse détacha la corde et ramassa son chaton pour le blottir contre elle et lui apporter autant de chaleur qu'elle pouvait, ne portant rien de chaud elle-même. Ne pouvant utiliser son Shun-Shun Rikka à la vue de ses voisins, elle entra vite dans la maison en fracassant presque la porte pour venir en aide à son petit compagnon.

- Kokoro chan, ouvre les yeux ! le supplia-t-elle, en larmes pendant qu'elle courait dans l'un des immenses couloirs.

Combien de fois avait-elle pleuré aujourd'hui ?! Cette fois était la pire de toutes.

- S'il te plaît ! ALLEZ, MON KOKORO CHAN !

Désespérée, elle coucha doucement son chat sur le canapé, le couvrit de son gilet traînant pas loin et porta la main à ses barrettes.

- Souten… !

C'était sans compter le mouvement derrière elle qui la poussa à pivoter pour être violemment giflée sans avertissement. Orihime jura que ses pieds décollèrent de terre. Le miroir sur lequel elle atterrit se brisa sous l'impact et elle tomba aussi au sol. Des mèches collées à son visage humide, elle leva les yeux en sachant qui était là.

- Jin kun.

Oh Kami, elle ne l'avait jamais vu aussi énervé. Torse nu, il ne portait qu'un pantalon gris à cordon. Son regard était meurtrier au point qu'elle en frissonna, mais également à cause du désagréable goût du sang dans sa bouche. Ses perles cendrées dévièrent vers son chaton qui respirait difficilement.

- C'est toi qui as fait ça à Kokoro chan ! s'écria-t-elle avec colère en se relevant pour lui faire face, ignorant sa douleur. Pourquoi ? Ce n'est qu'un animal sans défense, il ne t'a rien fait !

- Ferme-la, Orihime ! J'en ai rien à faire de ce qui peut arriver à ce chat offert par Kurosaki et tu peux déjà t'estimer heureuse qu'il respire encore. Si tu tiens tant à t'égosiller, fais-le en m'expliquant ça, dit-il avec un calme trompeur en lui jetant quelque chose au visage.

Choquée, sa femme prit la chose. Oh non.

- C'est…

- … un ensemble, acheva le brun en s'approchant d'elle.

La belle recula par instinct de survie. Elle aurait vraiment dû laisser cet ensemble soutien-gorge / culotte en dentelle bordeaux chez Ichigo après leur nuit ensemble. Cette erreur pourrait lui être fatale.

- Jin kun…, débuta-t-elle, la voix instable. Je…

- Quoi ? siffla-t-il, les yeux plissés. Vas-tu me dire que tu l'as acheté dans le but de le mettre pour moi alors que tes autres sous-vêtements ne valent rien comparés à cette grande marque ? Tu n'as pas acheté d'ensemble depuis des mois et tu préfèrerais donner l'argent que celui-ci a coûté à ton cher foyer ! N'étant pas l'auteur de cet achat, j'en déduis que ce "cadeau" vient encore de Kurosaki ! Lui seul en dehors de moi connait tes mensurations !

- Non, Tatsuki chan et Rangiku san aussi…

- Arrête avec tes mensonges ! A moins que tu ne cherches encore à m'en sortir un venant corroborer les autres comme le fait que vous n'avez fait que "discuter" à chacune de vos rencontres ?

- C'était vrai, gémit-elle. Laisse-moi soigner Kokoro chan !

- Reste-là ! la retint l'homme par les épaules. Tu as couché avec lui, je le sais ! Je sais tout de tes mensonges, Orihime !

- Je t'en prie, laisse-moi soigner Kokoro chan !

- Lâche-moi avec ce chaton ! s'énerva Jin en la saisissant si fermement au cou que sa tête auburn heurta le mur. Je viens de te dire savoir que tu as fait l'amour avec ton ex que je t'ai plusieurs fois dit de ne plus approcher, et ça ne te fait rien !

Orihime agrippa son poignet pour lui faire lâcher prise, en vain.

- O-Oui, je l'ai fait avec I-Ichigo mais…

- Qu'est-ce… ?

Intrigué, Jin écarta sa chemise en faisant sauter les boutons. Orihime souhaita presque mourir sur place en le sentant se raidir et voyant les veines grossir sur son front. Ses prunelles argentées libérèrent plus de larmes et elle peinait à respirer en raison de la pression exercée sur sa gorge. Une lueur ne présageant rien de bon traversa les yeux émeraude plus foncés de l'avocat.

- Tu… portes son t-shirt comme si ça ne suffisait pas de t'être donnée à lui ? vociféra-t-il en la secouant. Tu n'es qu'une garce ! Pourquoi portes-tu le t-shirt de Kurosaki !?

- I-Il faisait froid ce matin et il tient chaud…, mentit-elle, ne trouvant rien de mieux sous la panique.

- Tu n'as jamais enfilé l'un des miens à moins que je te le demande ! Ce n'est pas plutôt pour te sentir plus proche de lui ? Profiter de son odeur toute la journée ?!

Oh bon Dieu, pourquoi était-il si intelligent ?!

- J-Jin…

- Tu pensais vraiment que je découvrirais jamais que ma femme a écarté ses jambes pour un autre homme ?! Me crois-tu si stupide ! cria-t-il en la cognant contre le mur.

- Aïe ! Arrête, tu me fais mal !

- Et comment penses-tu que je me sens ?! Ma femme qui m'a juré fidélité s'est faite monter par un enfoiré qui a des vues sur elle depuis des années !

- J-Je te l'ai caché m-mais tu n'as pas non p-plus été honnête, répliqua-t-elle tant bien que mal, sa tête commençant à lui tourner. Tu as m-menti au Docteur Shimiaruko et s-surtout annulé mon rendez-vous ! Comment as-tu pu me faire ça !

Son mari vit rouge, la traîna par les cheveux et l'envoya contre l'imposant buffet où elle rebondit. Le meuble étant en grande partie constitué de verre, elle s'en éloigna par mesure de prudence et se décala près du bar.

- Jin kun, arrête ! le supplia la guérisseuse, frottant sa gorge endolorie.

- TOI, COMMENT AS-TU PU ME FAIRE ÇA ! tonna-t-il. Je dis à ma femme vouloir un enfant, elle me répond désirer la même chose et j'apprends que dans mon dos, elle a encore recours à un moyen de contraception !

- C'est parce que…

L'ignorant, il lui prit fortement le bras pour la jeter sur la vitrine qu'Orihime percuta, des cadres photos pleuvant sur elle alors que son corps s'était effondré sur le tapis.

- J'étais en colère en apprenant ça mais j'ai joué les ignorants et décidé d'augmenter la fréquence de nos rapports, y compris quand tu avais tes règles le premier mois pour te punir ! révéla-t-il, des veines dans le cou. Quoi que tu fasses, tu ne m'échapperas pas, Orihime ! Tu es ma femme et tu le resteras que ça te plaise ou non !

Celle-ci hoqueta de frayeur. Assise, n'ayant plus la force de se relever, elle recula en s'aidant de ses bras sans ciller. Les iris jade de son époux étaient dilatés, son aura glaçante et menaçante.

- A croire que ça ne suffit pas, je découvre maintenant que tu as donné ton corps qui m'appartient à ce salaud, poursuivit Jin avec un rire jaune en passant une main dans ses cheveux ondulés.

Cette fois, Orihime ne l'écoutait qu'à moitié. Son chaton venait de pousser un miaulement plaintif avant de s'immobiliser. Le cœur de la sœur de Sora s'arrêta, son cerveau se paralysa. Son précieux Kokoro ne fut pas le seul à occuper son esprit ce soir, et elle devait lutter pour ne pas totalement céder à la panique. Comble de malheur, l'une de ses barrettes s'était décrochée de sa chemise pour voler elle ne savait où, et peut-être brisée dans un coin.

Ce sort qui s'acharnait lui donna la nausée et la furieuse envie de hurler. Méritait-elle vraiment ce qu'elle endurait ?! Son chaton ne méritait pas de mourir par sa faute ! Elle pensait simplement qu'il était assez grand à présent pour rester à la maison tout seul. Quelle bêtise d'avoir pensé ça ! C'était toujours un bébé !

Du coin de l'œil, elle vit Jin se redresser, revenir vers elle, le poing si serré que les veines étaient apparentes. D'un coup, il empoigna un splendide vase en cristal qu'il fracassa contre la porte en lâchant un cri de rage, empêchant du même coup son épouse de porter secours à son chaton. L'un des morceaux de verre rebondit même sur la tête de Kokoro.

La terreur se répandit plus rapidement qu'un poison dans le sang d'Orihime. Que pouvait-elle faire ? Que pouvait-elle faire ?! Ses yeux hagards balayèrent le salon en partie dévasté. Le téléphone ! Elle pourrait s'en servir pour...

- Non !

Jin, comprenant trop rapidement, brisa le combiné sans fil et plongea la main dans sa poche pour lui montrer son portable qu'il avait pris dans son sac à main à l'entrée.

- Nous sommes que tous les deux, bébé, la nargua-t-il.

Orihime était persuadée n'avoir jamais autant haï quelqu'un de toute sa vie. Ses poings se crispèrent, son cerveau cogita activement.

- Je serais curieux de savoir ce qui se déroule dans ta tête, mais je préfère reprendre.

- Pardon ?

- Tu devrais pourtant être bien placée pour connaître cette partie de moi. Je n'ai aucun mal à garder la concurrence à distance.

Cette déclaration tortilla l'estomac de la jeune femme, la distrayant momentanément de ses sombres pensées.

- La concurrence à distance ? répéta-t-elle, le souffle court.

Les rouages s'imbriquèrent dans son cerveau.

- Attends, tu... tu n'as quand même pas fait jouer tes relations pour provoquer des soucis chez les fournisseurs d'Ichigo, le forçant donc à quitter Tokyo pour l'éloigner de moi ?!

A sa grande stupéfaction, son mari sourit.

- Quand un problème m'encombre, je m'en charge avec mes mains et directement, dit-il en penchant la tête comme un possédé. Ne l'as-tu toujours pas compris, Orihime ?

Celle-ci écarquilla les yeux et se retrouva debout sans savoir comment tant son corps lui faisait mal. Sa réponse fit écho dans son esprit.

- Si tu n'es pas responsable de ses problèmes professionnels, ça veut dire que tu l'es pour... C-C'est toi qui… Tu t'es battu avec Ichi au point de l'envoyer à l'hôpital ! déduit-elle, bouche bée. Il aurait pu mourir !

- Correction, reprit Jin, de nouveau sérieux. Il aurait mourir. Ce gars doit être né sous une bonne étoile. Il a survécu et guéri si vite alors qu'il m'a fallu plusieurs jours.

- C'est pour ça que tu es resté absent des jours et que tu es rentré le visage tuméfié.

- Oui, souvenir de ton ex que j'aurais vraiment dû battre plus fort. Et ne l'appelle plus par ce surnom ridicule, je te l'interdis !

Orihime tremblait de peur, mais la colère la surpassa un instant. La tête pleine, le cœur débordant, elle traversa la pièce à grandes enjambées et se stoppa devant lui, le visage baissé.

- Je…

Elle redressa la tête avec un regard dur qui étonna brièvement son mari.

- Je te déteste ! évacua-t-elle, le cœur pompant à mille à l'heure. Tu es un être méchant et mauvais !

Sans le laisser enregistrer, elle leva la main droite et le gifla avec une telle force que Jin ajusta son poids sur ses pieds.

- Je ne peux plus me taire sans réagir quand je vois ce que tu as fait ce soir ! Ichi a raison, je ne devrais plus être mariée avec toi, notre mariage est un échec ! confessa-t-elle sans réfléchir, bouleversée. C'est le nom d'Ichigo que je devrais porter et ce serait le cas si Tatsuki chan ne s'en était pas mêlée ! Je pensais que ta rencontre m'avait fait du bien, mais c'est faux ! Si je ne t'avais pas connu, tu n'aurais pas pu nous faire autant de mal à Kokoro chan et moi !

Elle profita de sa stupéfaction pour se vider de ses émotions en frappant son torse de marbre.

- Tu ne pourras jamais remplacer Ichigo, je l'aime toujours et tu l'as su avant moi, Jin kun ! C'est pour ça que tu t'es senti menacé au point d'aller te battre avec lui comme un enfant le ferait pour récupérer son jouet ! Sauf que je ne t'appartiens pas, je ne t'ai jamais appartenue ! Tu es trop…

Jin, qui en avait assez entendu, saisit ses poignets si fort qu'elle eut peur qu'il lui brise les os et il la projeta contre le mur opposé. Avec un grognement, le corps crispé, il s'empara d'une statue en céramique qu'il balança et qui s'écrasa non loin de l'autel de Sora.

- Non, ne touche pas la photo de mon grand frère ! pleura-t-elle en tentant de se remettre debout pour faire barrage.

- C'est donc ce que tu penses de moi et notre mariage ? conclut-il, plus menaçant que jamais. Tu crois en plus aimer Kurosaki ? Il n'y a qu'une seule façon de t'aimer et je vais te donner ça, Orihime, toi qui adores ça, n'est-ce pas ?

- N-Non, je refuse ! cria-t-elle avec autant d'énergie qu'elle le pouvait. Je ne veux pas, n'approche pas davantage !

- On va voir si tu as toujours le même point de vue quand j'en aurai fini avec toi et ton putain de chat ! Tu refuserais toujours si je te disais que c'est ça ou j'achève ce misérable chaton ?! Enfin, s'il vit encore, lâcha-t-il avec indifférence en jetant un regard méprisable à Kokoro toujours aussi immobile.

Jin attrapa un objet en verre qu'il pulvérisa au-dessus de la tête de sa femme qui se protégea de ses bras. Le coeur dilaté, elle craignait vraiment pour sa vie maintenant. Cette fois, c'était sûr : elle était allée trop loin et son corps refusait de bouger. Elle sut ce que son mari lui réservait et c'est ce moment qu'elle choisit pour hurler à travers ses larmes, espérant envers et contre tout qu'il les épargnerait elle et son précieux Kokoro.

- Je suis enceinte !

Le brun s'immobilisa si vite que c'en était presque effrayant, les traits de son visage figés.

- Qu'est-ce que tu as dit ? demanda-t-il d'une voix sans timbre.

{…}

- Aah, ça fait du bien.

Séchant ses cheveux avec une serviette, Ichigo quitta la salle de bain. Il était tard et ne trouvant pas le sommeil, il opta pour prendre une douche. Hélas pour lui, cela ne lui provoqua pas l'état de somnolence recherché mais au moins, il se sentait détendu.

Le roux décida de regarder la télévision dans sa chambre, en zappant il tomba sur un film mettant en scène son acteur préféré. Cependant, cela ne détourna son attention que quelques minutes.

« Ce que je voulais vraiment te dire, c'est d'être prudent, Ichigo. Quoi que je puisse penser, une chose est sûre : je ne fais pas confiance à ce mec qu'il soit riche et reconnu ou non. Alors dépêche-toi de récupérer Orihime chan tant que tu en as l'occasion. »

Le frère des jumelles posa son bras en travers de son visage, sa tête reposant sur l'oreiller. Ces paroles de sa soeur l'après-midi même… Il n'arrêtait pas d'y songer.

- Pourquoi tu m'as dit ça, Karin…, soupira-t-il.

D'abord Yuzu, maintenant elle. Que devait-il en penser ? Rien du tout apparemment puisque des coups à la porte le firent sursauter. Il fronça les sourcils, intrigué. Il était presque minuit mais en plus, la réception n'avait pas annoncé son visiteur nocturne. Le fils Kurosaki fut tenté de rester couché, il était bien installé et pourrait lentement dériver dans sa position. Sauf que les coups devinrent plus insistants et il finit par se lever en maugréant. Connaîtrait-il la paix un jour ?

En ouvrant la porte d'entrée, il haussa les sourcils.

- Euh… Je peux vous aider ?

Devant lui se tenait un petit être drapé d'un long manteau à capuche et tenant un animal blessé, ou pire parce qu'il était non seulement inanimé mais également couvert de sang. Cette vision réveilla les instincts d'Ichigo.

- Ne bougez pas, je vais appeler les secours et… !

- Non ! Ne… Ne fais pas ça, l'implora l'être au manteau qui releva la tête.

Le Shinigami suppléant jura que son cœur explosait et il pria tout ce qu'il pouvait pour que ses yeux ne lui montrent pas cette vision d'horreur tirée d'un de ses pires cauchemars.

Une pommette tuméfiée, un œil poché, la lèvre inférieure fendue, le corps penché dans un angle laissant supposer qu'un os ou plusieurs étaient fracturés, du sang coagulé dans les cheveux, au coin de la bouche et sur ses mains qui tenaient fermement son chaton contre elle, ainsi lui apparut la femme qu'il aimait. Vu son état déplorable, elle avait dû arriver jusque chez lui par miracle et rien d'autre.

- Orihime…, reconnut-il, pétrifié, chaque fibre de son corps tendue comme un arc.

A bout de force, elle s'effondra sans lâcher son chat. Son ex-petit ami eut tout juste le temps de rattraper sa tête dont la capuche avait glissé, lui donnant ainsi une meilleure vue sur le spectacle horrible qu'elle offrait.

Agenouillé, les bras engourdis, il l'attira doucement vers sa poitrine tout en l'appuyant sur ses cuisses. Un coin de la tête du jeune homme nota que Kokoro n'avait pas esquissé un mouvement ni même émis un son. Pourquoi ne l'avait-elle pas soigné et elle aussi par la même occasion alors qu'il voyait ses deux barrettes grossièrement accrochées dans ses cheveux emmêlés ?! Il ouvrit la bouche pour se renseigner mais elle le devança.

- J-Je suis… Je suis désolée, Ichigo, articula difficilement Orihime, ses prunelles orageuses libérant une énorme quantité de larmes. Tellement désolée de t'avoir impliqué sans le vouloir…

La rage, l'incompréhension et l'inquiétude circulèrent en Ichigo à une vitesse si vertigineuse qu'il en eut des palpitations. Des envies de meurtre mitraillèrent son cerveau, ses iris devinrent peu à peu dorés sans qu'il en ait conscience en raison de son self-control s'amaigrissant, et son coeur pompait si vite sous l'influence de la haine qu'il avait de la chance de ne pas être cardiaque. Sa voix trahissait ces sentiments pendant qu'il posait une paume sur sa joue pour la maintenir éveillée.

- Hime ! Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ?! Qui vous a fait ça ?!

Réduire en cendres la personne qui l'avait blessée de la sorte était un châtiment trop clément pour lui. Il amorça un geste pour se lever mais la belle le retint fermement par le col de son t-shirt.

- Qu'est-ce que tu fais ? Tu as besoin de soins et... !

- J'aurais dû laisser Kokoro chan chez Sado kun et alors, rien de tout ça ne serait arrivé, sanglota-t-elle en berçant son chat contre sa poitrine et glissant son autre main sur son ventre.

Ichigo libéra sa joue afin de presser ses doigts fins sur cette zone. Son visage était baissé, sa frange orange couvrant ses yeux, sa mâchoire contractée.

- Réponds à ma question, Orihime, réitéra-t-il avec les derniers grammes de sa patience.

Celle-ci cligna des yeux, visiblement épuisée. Lentement, elle dégagea sa main de la sienne pour prendre sa joue en coupe et le forcer à la regarder. Ses poumons se vidèrent, ses larmes en équilibre sur ses cils.

- Ichi, t-tes yeux ont changé de couleur, remarqua-t-elle enfin en frissonnant.

Elle avait commis une erreur monumentale en venant ici. Tout en elle le lui hurlait. Elle ne cherchait qu'aide et protection, et ces deux points convergeaient vers son ex-petit ami. Seulement voilà, elle avait minimisé un point essentiel : sa réaction en la voyant dans un état pareil. Sa réaction à craindre et qu'elle redoutait profondément. Il contrôlait son Hollow depuis des années, c'était plutôt rassurant. Mais d'un autre côté, elle ne savait pas ce qui était pire : le Ichigo du passé qui était parfois possédé par son Hollow, ou bien le Ichigo d'aujourd'hui pouvant s'associer à lui et emprunter ses pouvoirs comme bon lui semblait.

- Hime..., commença-t-il sombrement, ôtant sa petite main de son visage.

- Calme-toi d'abord, tu me fais peur. J'ai plutôt peur que tu fasses quelque chose que tu pourrais regretter.

- Il n'existe aucun acte que je puisse regretter si j'agis pour te protéger, te défendre ou te venger, répliqua le roux qui essayait de maîtriser sa voix. Maintenant, donne-moi ta réponse.

- Je ne veux pas que tu me venges ! craqua la guérisseuse, le souffle irrégulier. T-Tu es le premier auquel j'ai pensé en m'enfuyant mais je refuse de t'impliquer plus que tu ne l'es déjà. Tu es suffisamment...

Son nez se mit à saigner, elle essaya de stopper le flot avec le dos de sa main. Cette vision rendit Ichigo malade, les stries noires envahissant peu à peu le blanc de ses yeux en étaient la preuve.

- Ce n'est rien ! s'affola Orihime qui luttait pour rester consciente.

La patience d'Ichigo se brisa.

- Ne me dis pas "ce n'est rien" comme si tu parlais d'une égratignure ! s'insurgea-t-il en la collant à son torse pour arrêter le sang avec son t-shirt. Regarde-toi, regarde Kokoro, bordel ! Quelqu'un vous a volontairement mis dans cet état et je veux son nom ! Il ou elle ne mérite pas ta protection ! Alors je t'écoute ! QUI T'A FAIT ÇA ?!

- Je ne protège pas cette personne, jura-t-elle, des larmes sur les joues. C'est toi que je protège. Je ne supporte pas de te savoir blessé de quelque manière que ce soit, tu le sais.

- Je ne suis pas blessé, là, mais en colère contre toi, c'est évident !

Elle se mordit la lèvre et dévia ses prunelles.

- Je préfère te savoir en colère contre moi et à mes côtés que dans un endroit inconnu sans savoir si tu vas bien.

Il poussa un juron, se redressa avec elle dans ses bras et entra dans l'appartement en refermant derrière lui avec son pied. Le fils Kurosaki respirait bruyamment en déambulant dans le couloir sombre. Seule la porte de sa chambre ouverte plus loin, diffusant ainsi la lumière de la télévision, l'aida à se diriger convenablement.

Ichigo s'arrêta finalement entre la chambre d'amis et la salle de bain, inondé par la culpabilité. Il ne voulait pas effrayer Orihime mais merde, il ne l'avait jamais vue aussi amochée de sa vie ! Elle venait apparemment de perdre son chat dont elle refusait de se séparer, elle devait souffrir le martyre et lui en rajoutait une couche en perdant le contrôle de ses nerfs. Sauf qu'il avait besoin de savoir.

- Orihime, murmura-t-il, adossé au mur, ses iris immergés dans ses océans gris larmoyants. Me savoir en bonne santé t'est aussi vital que de respirer tu m'as dit.

Elle hocha la tête.

- Moi, c'est de m'assurer que personne ne te fasse du mal qui m'est vital. C'est à moi de te protéger et j'ai échoué ce soir. Je ne veux plus rester à distance de toi physiquement et émotionnellement, je souhaite être là pour toi et me rattraper pour mes erreurs passées.

Il resserra sa prise sur sa cuisse et son épaule.

- Je ne te le redemanderai pas, donc réponds-moi, exigea le jeune homme. Qui est le bâtard qui vous a fait ça ?

Ses paroles la touchèrent profondément, elle sut qu'elle ne pouvait plus lutter contre lui. Les yeux clos, la princesse enfouit son visage dans son cou qu'elle embrassa faiblement dans l'espoir de l'apaiser, respira son odeur et ne fit plus le moindre effort pour retenir ses traînées salées.

- C'est Jin kun, chuchota-t-elle, tremblante de peur en pressant sa nuque.

Elle devina qu'aux oreilles d'Ichigo, c'était comme si elle avait hurlé son prénom. Ce qu'elle savait également, c'est que le calme apparent de l'homme qu'elle aimait n'était qu'une illusion et il le lui prouva la seconde suivante.

Toutefois, Orihime ne soupçonnait pas encore jusqu'où Ichigo était capable d'aller pour elle. Ou à cause d'elle.

O


Et voilà ! Inutile de vous préciser quelle partie du chapitre a vraiment été pénible à écrire. Le chapitre 8 est en cours de saisie, je vous rappelle qu'il ne reste plus que trois chapitres à paraître.

Je révèle les mystères petit à petit mais là, je vous ai enfin livré celui de la lettre d'Ichigo, je vous aurais bien fait poireauter XD Plus sérieusement, dans la suite vous en saurez plus sur l'entretien qu'Orihime a eu avec son médecin, ce qu'il adviendra de son chaton, on retrouvera Renji, Rukia, Uryuu et Sado, Ichi & Hime évidemment et d'autres choses encore… Mais sachez que l'ambiance sombre va perdurer. Merci pour la lecture !