Bonsoir !
Enfin un nouveau chapitre ! J'ai beaucoup de choses à dire, comme d'habitude, mais je vous réserve mon pavé d'auto-analyse et autre à la fin du chapitre, pour l'instant, je vous laisse à votre lecture, et j'espère que vous allez aimer.
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Le passé et l'avenir
Période couverte : 31 mars
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Hormis pour manger, et très peu, je n'ai guère ouvert la bouche hier. Aucune envie de me forcer. Mais je n'ai pu échapper à Peeta et Haymitch, échangeant, plaisantant, comme si de rien n'était, comme si je n'avais pas du échapper au délire et aux mains baladeuses de l'un pour aller ramasser l'autre en morceaux. Je leur envie cette capacité à avancer envers et contre tout, à oublier les drames de la veille pour mieux envisager demain. Peeta a bien froncé les sourcils, songeur, devant mon manque flagrant d'enthousiasme, mais il n'a pas poussé l'enquête plus loin, pour le moment du moins.
Je les ai ensuite laissés entre eux, malgré leurs regards désapprobateurs, pour aller me coucher tôt. J'ai tourné en rond quelques heures, avec la peur au ventre d'aller me coucher. A raison. Je n'ai que peu dormi. Mes cauchemars qui avaient fuis les bras protecteurs de Peeta sont revenus plus forts encore. Un défilé continu de morts venant me hanter. Ainsi que les vivants, qui eux ne m'étaient pas apparus depuis longtemps. Ceux que ma mémoire a momentanément laissés de côté.
A bien y réfléchir, je crois que c'est ma conscience qui me travaille. Je suis étonnée d'en avoir toujours une, après les épreuves passées et les meurtres perpétrés. Je suppose que personne ne peut échapper à cette contrainte de la condition humaine, du moment où elle nous a un jour guidé. En tout cas, je n'ai pas le pouvoir de l'enfermer sous clef, au contraire de personnes que j'ai connues.
Peut-être me renvoie-t-elle au visage que je dois arrêter de me renfermer sur moi-même, et qu'il est temps d'accepter dans mon entourage d'autres personnes que Peeta, Haymitch, Sae et Nee.
Peut-être, mais pas maintenant. Je suis trop fragile pour m'exposer à d'autres personnes qui ne comprendront pas. Et mes blessures sont autant psychiques que physique.
Trois mois ont passé depuis les brûlures du grand Cirque. Je soupire en me regardant dans le miroir de ma chambre, totalement nue, tirant sur mes mèches folles, grimaçant devant mes innombrables cicatrices. S'il est une chose que je n'ai jamais renié venant du Capitole, ce sont bien ses médicaments. Et pourtant, leurs effets sur mon corps sont lents, si lents… A croire que mon corps refuse de les faire partir. Comme si… comme si j'allais oublier, sans elles, ce que j'ai traversé. C'est idiot. Je devrais en parler au Dr Aurélius. Si j'en ai le courage.
Je descends prendre mon petit déjeuner de méchante humeur contre moi-même mais essaye de ne pas ennuyer Sae avec ça. Elle est déjà bien assez à faire à s'occuper de ma maison et de mon estomac pour que je la pollue avec mes sentiments.
Je médite ces paroles en la regardant s'activer aux fourneaux et ma curiosité est piquée. Je ne pensais pas qu'il était possible de me sentir plus lamentable que je suis aujourd'hui, et pourtant, quand je me rends compte que je ne sais rien de ma nourrice, où elle vit, ce qu'elle fait ailleurs, alors qu'elle s'occupe si bien de moi, j'ai envie de me cacher sous terre.
M'appuyant contre le chambranle de la porte, je me lance :
- Sae ?
Elle se retourne et me dévisage, avec son expression habituelle, gentille mais un peu exaspérée, un peu sauvage. Quand je la vois ainsi, c'est comme si je me retrouvais à la Plaque, il a des milliers d'années.
Je secoue la tête pour empêcher mes idées de partir dans tous le sens pour lui répondre. Enfin, plutôt continuer ma phrase, Sae n'est pas bavarde, elle a tellement économisé dans sa vie qu'elle économise aussi ses mots. Ce qui me convient parfaitement.
- Vous vivez où Sae ?
Elle hausse un sourcil, surprise de ma question, et se retourne vers sa poêle en grommelant :
- Pourquoi ça t'intéresse tout à coup ?
J'essaye de ne pas prendre cette remarque pour un reproche, je sais que ce n'en est pas un, mais c'est difficile. Mes lèvres se pincent, ce qu'elle ne voit pas. J'essaye de choisir mes mots avec précautions.
- Je ne vous ai jamais demandé, et… ce n'est pas bien. Vous vous occupez de moi, et je ne vous dit même pas merci, je ne m'intéresse même pas à vous…
Je ne sais pas si c'est bien tourné, mais c'est déjà assez difficile pour moi de m'excuser de mon comportement.
Au début, j'ai l'impression que j'ai vexé Sae, sans vraiment savoir comment, car elle ne répond pas, toute à sa cuisine. Au bout d'une inconfortable minute, elle transvase les œufs au bacon qu'elle a préparés dans une assiette, la pose sur la table et me la montre du menton.
Quand elle voit mon expression, cela lui arrache un sourire un peu bancal et elle s'explique :
- Ce sera plus confortable de parler assises non ? Et tu dois avoir faim.
Logique imparable.
Et mon estomac grogne, affamé par la quasi diète de la veille. Je m'assoie et attaque mon repas avec appétit, tout en n'oubliant pas de donner le gras du bacon à Buttercup qui ondule entre les pieds de ma chaise, attiré par l'odeur.
Quand je regarde Sae dans les yeux, elle commence à parler :
- Je suis revenue dans le Douze directement après la chute du Capitole. L'ambiance du Treize, c'était pas pour moi. Me suis construit une maison dans ce qu'il restait de la Veine, les gars revenus pour le déblaiement m'ont aidé.
Imaginer ma nourrice et sa petite fille vivant dans une maison fragile entourée de ruine me sert le cœur.
- Mais pourquoi ne pas vivre ici ? Il y a des tas de chambre, même pour Nee !
- J'suis pas une employée de maison ma belle !
Je m'empourpre devant le sous-entendu.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire Sae ! Vous le savez bien ! C'est juste que, ça doit pas être confortable ou…
- Te fais pas de bile pour moi Katniss, me suis construit une belle petite maison solide, pas un palace, juste ce dont j'ai besoin. M'en faut pas plus. Et puis, je vais pas continuer indéfiniment à venir m'occuper de toi tous les jours tu sais, alors y'a aucune raison que je m'installe ici.
Imaginer mes matins sans Sae pour m'accueillir me semble tout à coup inimaginable et je me sens égoïste de penser une telle chose. Et elle le devine, comme toujours.
- Ne panique pas, tu t'en es bien sorti chez Peeta non ? Ici c'est pareil.
- Chez Peeta c'était pas la même chose…
- Ah bon, je pensais pourtant que toutes les maisons étaient pareilles ?
C'est vrai. Mais il y a une chose dont je prends soudainement conscience et qui fait remonter légèrement mon moral.
- Non, ici, il n'y a pas les tableaux de Peeta de partout…
Mon ton soulagé la fait doucement rire. J'ai vraiment essayé d'ignorer les œuvres accrochées aux murs ces derniers jours, mais malgré tout, je me sentais épiée, presque agressée.
Ici je suis chez moi. Je n'ai rien rajouté. Partout, on sent encore la présence de ma mère, et surtout de Prim. Et je ne veux pas y toucher. Je sais que ce n'est pas un service que je me rends, car parfois, quand je rentre dans le salon, j'attends quelques secondes, comme si Prim allait débouler devant moi en riant.
Et à chaque fois que je constate que plus rien ne sera jamais pareil, mon cœur se brise. Mais je suis incapable de transformer ma maison, incapable d'effacer les traces du bonheur fugace qu'elle a abrité. Ce bonheur qui m'a glissé entre les doigts et couté si cher. Que disait Peeta à Caesar à ce propos déjà ? Ah oui... "Assassiner des innocents, ça vous coûte tout ce que vous êtes".
Puis je me rends compte que Sae me parle quand elle agite sa main sous mes yeux.
- Katniss? Je te parle depuis deux minutes tu sais ?
- Oh pardon Sae, j'étais ailleurs...
- Je n't'en veux pas, je te disais donc, tu guéris, tu ne vas plus avoir besoin de moi, tu sais faire à manger, tu sais faire le ménage, et puis, si tu t'en sors pas, avec tout ton argent tu pourras embaucher quelqu'un d'ici pour le faire !
Je me braque.
- Certainement pas, j'irai pas payer quelqu'un que j'ai connu toute ma vie à nettoyer derrière moi !
- Et je fais quoi moi ?
Je m'empourpre à nouveau. Sae a vraiment un caractère particulier avec lequel il faut savoir composer. Elle ne s'embarrasse pas de diplomatie ou de sous-entendu. Je balbutie :
- Vous voulez que je vous paye ? Je peux vous savez !
Sae fait claquer sa langue, désapprobatrice.
- Surtout pas malheureuse !
C'est vrai que j'ai de l'argent. A ne plus savoir qu'en faire.
Nous n'avons pas de système bancaire dans le Douze, l'argent que j'ai gagné est rangé en pièces sonnantes et trébuchantes dans un coffre-fort, acheté par ma mère lors de notre installation, et étonnement, alors qu'une équipe de Snow est passé ici, au moins pour y déposer une rose après la destruction de l'arène, ils n'ont pas fouillé, et pas reprit mon argent. Mais pour quoi m'en servirai-je ? J'ai rêvé cet argent, pour apporter du confort à ma famille, et à celle de Gale. A quoi cela me servirai seule ?
Je me rends compte que mes pensées s'égarent, et je me concentre sur notre conversation en choisissant d'être aussi honnête que mon interlocutrice :
- Alors pourquoi vous vous occupez de moi Sae ? Pourquoi?
Ma nourrice soupire, se lève, et se verse un café. C'est le seul luxe que je lui connaisse depuis que je suis revenue, et elle est capable d'en boire des litres quand elle se trouve chez moi. Elle reste debout.
- Cela me semble évident Katniss. Je n'oublierai jamais que tu nous rendu notre liberté.
Je suis touchée par sa remarque. Plus que ça même. Surprise, touchée, chamboulée. Il n'y a pas de dévotion dans son regard, comme les pauvres blessées du district Huit que j'avais visités avant qu'ils meurent tous sous une pluie de bombe. Non, il y a une profonde reconnaissance que je suis incapable de comprendre, et à laquelle je ne sais réagir.
Mais Sae n'attend pas de réponse. Elle pose sa tasse dans l'évier avec mes couverts vides, s'essuie les mains sur sa robe et m'annonce :
- J'ai fini pour aujourd'hui, tu sauras faire la vaisselle n'est-ce pas ?
- Heu... oui... Mais vous partez déjà ?
- J'ai des projets...
Sa façon de le dire, son ton, son expression, cachent un secret que je la sais prête à me confier. C'est pourquoi je lui demande :
- Quel genre de projet ?
Elle soupire en remettant en place ses cheveux secs et me répond :
- Nous sommes en train de réhabiliter la Grand-Place du Douze, et je compte bien y obtenir un local pour ouvrir une épicerie.
- Oh Sae, ce serait fantastique !
Je ne mens pas. Elle mérite tellement de pouvoir faire ce qu'elle aime dans des conditions légales et confortables.
Alors qu'elle s'apprête à sortir de la cuisine, elle se retourne et me regarde.
- C'est grâce à toi que je peux réaliser ça Katniss, avant, jamais je n'aurai pu en rêver.
J'oublie ma joie de savoir son avenir sécurisé et m'emporte en désignant du doigt la fenêtre, et donc l'extérieur.
- Un rêve ? La Grand-Place détruite, la quasi-totalité du district mort, vous appelez ça un rêve?
Ma colère lui coule dessus comme l'eau sur le dos d'un canard. Elle hausse les épaules, se donnant un air d'indifférence.
- Cela a été douloureux, et le prix à payer trop élevé, mais c'est ainsi, et j'ai choisi de penser à mon futur plutôt qu'aux mort.
Elle se rend dans le couloir, ouvre la porte et me lance un regard scrutateur.
- Et tu devrais faire pareil jeune fille, où tu vas te faner.
Sur cet étrange adieu, elle claque la porte.
Folle de rage, je tape dans le mur. De quel droit me donne-t-elle des leçons ? De quel droit efface-t-elle les dettes que j'ai envers elle sous le seul prétexte que j'ai été le Geai Moqueur ? Que sait-elle de mon ressenti, de l'enfer que j'ai vécu dans les arènes et pendant la révolte ? Je me suis trompée sur toute la ligne, elle ne me comprend pas du tout !
De nouveau, je cogne le mur et y fait presque un trou. Puis je hurle. Et la douleur de ma main me sort de ma crise de nerf.
Je gémis et regarde ce que je me suis fait. Je saigne un peu aux jointures de mes phalanges et mes doigts ont rougis sous le choc. En soupirant de ma propre bêtise, je retourne dans la cuisine et attrape un sac de glaçon dans le congélateur. Me postant à la fenêtre, je couvre ma main de glace et regarde à l'extérieur tout en réfléchissant à ce que j'ai appris.
Embaucher une employée de maison, quelle idée ridicule ! En même temps, Haymitch a bien fait travailler Hazelle, mais il faut dire qu'il est incapable de s'occuper de lui-même, alors d'une maison !
Hazelle...
Je me demande ce qu'elle est devenue. Je l'ai vu dans mes rêves cette nuit. Où est-elle, avec les enfants ? Dans le district Deux je suppose, près de son célèbre fils. Quand je pense que Sae m'a dit qu'il avait un chouette boulot ! Trier les Pacificateurs, du plus mauvais au moins cruel, un chouette boulot ? Vraiment ? Et je me souviens qu'elle m'a dit qu'il passait à la télévision. Pourquoi ? Une sorte de Hunger Games version Pacificateur ?
Je grommelle et me donne l'impression d'être complètement dérangée. C'est l'image que je dois donner. Ce n'est pas plus mal, au moins, on ne m'ennuie pas.
Au bout de quelques minutes, je désinfecte mes plaies et entoure ma main d'un bandage imbibé de pommade décongestionnante. Puis je commence à m'agiter. J'ai besoin d'une occupation.
Je regarde le ciel et constate que le temps est magnifique. Je choisis d'aller chasser.
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Mon bandage me gêne sur mon arc où ma main gauche glisse mais la droite ne tremble pas pendant que je tends la corde et abat d'une flèche un écureuil. En plein dans l'oeil, comme toujours. Mes gestes de chasseuse me reviennent, instinctifs, et mon esprit est totalement calmé, connecté à la nature qui m'entoure pour ne rater aucune proie. C'est le troisième que j'abats et glisse dans ma gibecière. Je ne peux rien attendre des collets que j'avais tendus voilà une semaine. Les animaux piégés ont été dévorés ou gâté par le temps. Je me fais la promesse de venir tous les jours à présent, c'est ridicule de gâcher de la nourriture.
Je pousse mon parcours jusqu'aux fraisiers, et je me rends compte une fois sur place que c'est idiot, nous sommes fin mars, ce n'est pas la saison. Le souvenir de Madge me frappe de plein fouet. L'air ravi qu'elle avait à chaque fois que nous nous présentions à sa porte de service.
Le grillage qui protège les plants n'a pas bougé. Je réfléchi quelques secondes puis décident de déraciner quelques fraisiers pour les planter dans mon jardin. Là où je ne verrai plus la main de Gale à l'œuvre. Quant à pêcher, je n'en ai pas le courage, cela prend trop de temps et je suis fatiguée par ma mauvaise nuit.
Je décide de rebrousser chemin, peu satisfaite de mes prises, et réussit à abattre trois gros lapins qui passent près de moi.
Puis soudain, je me fige. Le nez en l'air, les oreilles à l'écoute et les muscles bandés, aux aguets. J'ai reconnu un bruit particulier, la résonance sourde de sabots écrasant les épines qui recouvrent le sol. Avec une extrême précaution, je me tourne, une flèche encochée sur mon arc tendu.
Elle est là. Une biche. Superbe, encore jeune, comme toutes celles qui s'approchent si près de l'humain.
Je ne lui laisse pas le temps de me voir et lâche ma flèche qui se loge dans son cou. Prudemment, je m'approche. Elle n'est pas morte, mais gravement blessée et n'a plus la force de se lever. Un filet de sang tâche sa robe claire et commence à imbiber le sol. Je siffle légèrement une mélodie pour calmer l'animal effrayé, mais ses muscles sont secoués de spasmes incontrôlable, ses yeux roulent dans leurs orbites.
J'essaye d'enfermer à double tour mes souvenirs mais sans succès, je suis alors submergée.
Je revois Gale et moi, abattant la biche qui nous a permis d'offrir Lady à ma sœur. Je le revois, achevant l'animal d'un coup de couteau. J'ai bien une lame dans ma main tremblante, mais je suis incapable de m'en servir, de faire couler du sang. Les meurtres que j'ai commis m'ont trop marqué. Des flashs de souvenirs m'assaillent avec violence. Je me revois tirer une flèche dans un autre cou, celui de Marvel, le tribut du district Un, son sang qui l'éclaboussait pendant qu'il mourait devant moi. Moi au-dessus de celui de Rue, traversé d'un épieu. Moi tirant la flèche dans le crâne de Cato.
En proie à l'affolement, je choisis la fuite. Je cours vers le grillage et hèle Thom que j'aperçois non loin, en train de reboucher l'immense fosse du Pré. Il accourt immédiatement, et je lui dis d'une voix hachée de panique :
- Thom, j'ai tué une biche, mais... mais je ne peux pas, je ne peux pas Thom !
Autant pour mes blessures à ne pas exposer au monde, je dois avoir l'air d'une folle. Mais l'ancien collègue de Gale ne me juge pas. Il me demande patiemment :
- Tu ne peux pas quoi ? La porter jusqu'ici ?
- L'achever, je ne peux pas, je... de toute façon elle est pour toi et tes amis, partagez-là vous, mais allez la chercher, allez la tuer...
Mes doigts s'accrochent aux maillons du grillage abimé et les secouent fébrilement. Et alors Thom a une réaction que je n'attendais pas.
Un énorme sourire éclaire son visage fatigué pendant qu'il répète, abasourdi :
- Une biche ? Pour nous ? Vraiment ?
Il passe sous le grillage et avant que j'aie pu faire quoique ce soit, me prend dans ses bras.
- Katniss, merci, tu es fabuleuse. Je n'en reviens pas, une biche !
Interloquée, je l'observe appeler ses collègues à grand cri joyeux pour annoncer ma prise et l'ordre d'aller la chercher. Il n'a pas compris ma panique. C'est peut-être mieux ainsi.
Il me remercie encore et court vers la forêt pour aller voir. Je secoue la tête, complètement médusée. Ils se sont donné le mot pour m'embarrasser de remerciements aujourd'hui ?
Tout un groupe d'homme me frôle pour le suivre, et, haussant les épaules d'incompréhension, je rentre chez moi.
Tant mieux s'ils n'ont pas compris ma crise de folie, tant mieux s'ils sont heureux, c'est le meilleur que je leur souhaite.
Cela peut paraître risible de ne pas réussir à achever une biche alors que je me promène avec six cadavres d'animaux dans mon sac, mais eux, je les tue d'un seul coup, je ne les vois pas souffrir, ni mourir, comme j'ai vu s'éteindre Glimmer, Marvel, Rue...
Je ne sais pas si un jour s'y arriverai de nouveau. J'espère. Il paraît qu'il faut que je me concentre sur l'avenir. Même s'il me semble sans issue.
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Arrivée devant la porte de la maison, j'entends du bruit provenant du jardin. Prudemment, même si me doute de ce qu'il se passe, je fais le tour et aperçois en premier lieu la chevelure de Peeta brillant au soleil. Il est penché, au bout du jardin délimité par un grillage, sur la terre qu'il retourne à l'aide d'une griffe de jardinage. Il a fini voilà quelques jours de planter les primevères, c'est pourquoi je me demande ce qu'il fait encore ici. Il n'a pas pu deviner que je voulais planter des fraises alors que fait-il ?
Je penche la tête pour le regarder en détail, postée à quelques mètres de lui. Il porte un t-shirt à manche longue qui suit les muscles de son dos, malgré le poids qu'il a perdu. Quelques gouttes de sueurs coulent le long de son cou. Le voir ainsi remue quelque chose au fond de mon ventre que je connais bien mais que je refuse d'écouter.
- Peeta ?
Il se retourne vers moi avec un sourire engageant, se lève et époussète ses mains terreuses sur son jean.
- Salut Katniss !
Il me regarde avec bonne humeur. Dire qu'il y a seulement quelque mois il voulait me tuer... Il me demande alors :
- Tu es de meilleure humeur qu'hier ?
- Je ne vois pas ce que tu veux dire...
J'ai grommelé ma réponse d'un ton boudeur qui le fait rire.
- Bien, si tu ne veux pas parler de ce qui te met dans cet état, à ta guise.
- Tu parles d'hier quand tu m'as mis à la porte de chez toi ?
Peeta plisse les yeux, mais pas à cause du soleil, à cause de la contrariété. Il meurt d'envie de s'énerver, je le vois bien à la façon dont il déglutit, comme s'il essayait d'avaler ses mots plutôt que de me les cracher au visage. Et moi je regrette déjà mes paroles. Je sais bien qu'il ne m'a pas mis à la porte, il m'a juste conseillé de rentrer chez moi. Mais je me suis sentie trahie après tous ces jours à m'occuper de lui. Et il le comprend parfaitement, parce qu'il sait toujours lire en moi après tout ce temps.
- Interprète ça comme tu le souhaites Katniss, mais Haymitch a raison.
- Qu'a dit Haymitch encore ? Il ne peut pas se mêler de ce qui le regarde pour une fois ?
- Il m'a dit qu'il valait mieux pour nous de se consacrer à un projet, plutôt que de rester enfermer avec nos problèmes.
Imaginer Haymitch dire ce genre de chose m'arrache un rire moqueur et sans joie.
- Il peut parler lui, que fait-il, sinon se saouler toute la journée enfermé dans sa maison dégueulasse ?
- Tu sais comme moi qu'il se considère comme un cas désespéré mais qu'il essaye qu'on évite ses propres erreurs.
- Mouais...
Je joue la femme peu convaincue mais je sais au fond de moi qu'il a raison. Haymitch veut le meilleur pour nous, il essaye encore de nous garder en vie, de nous faire avancer.
- Tu es allée chasser ?
Il désigne ma gibecière du menton. Je la soupèse en soupirant :
- Ce n'est pas grand chose, mais oui. Je vais les préparer et les partager entre nous je pense, et donner un lapin à Sae.
Je ne lui parle pas de la biche. Je n'ai pas envie de rajouter une couche à nos problèmes déjà colossaux. Je préfère me concentrer sur lui.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu avais fini pour les primevères non ?
Je jette un œil à celles qu'il a plantées voilà presque deux semaines, ce jour où il m'a réveillé de ma catatonie. Certaines ont encore leurs corolles jaunes. Il les a disposées tout le long du jardin. Une fois entièrement fleurit, l'année prochaine, ce sera magnifique.
Peeta me désigne quelques arbrisseaux qu'il a emmenés avec lui, et pour lesquelles il a creusé ses trous, dans la partie du jardin la plus ensoleillée.
- Ce sont des rues. Il en restait quelques-unes au bord du Pré. Je me suis dit qu'elles iraient bien avec les primevères, que ça te ferai plaisir. J'ai eu tort ? Je peux les jeter tu sais.
C'est ma réaction qui le fait douter. Je me tiens là, la bouche légèrement ouverte de stupeur. Je secoue la tête sans rien dire. Non, qu'il continue.
J'imagine le jardin, tout au long de l'année. Les primevères fleuriront de février à mai, les rues prendront le relai jusqu'en août, en même temps que les fraises. Une bonne partie de l'année, mon jardin embaumera de souvenirs, Prim, Rue, Madge... Je ne pouvais imaginer un plus bel hommage.
J'essaye de m'éclaircir la voix pendant que je sors de mon sac les plants de fraise un peu abimés par le voyage et je les lui tends.
- Tu pourrais planter ces fraises ? Ce sera sympa, l'été, non ?
Je me rends compte que je me projette dans l'avenir, même à court terme, et j'ai l'impression que cela fait plaisir à Peeta. Mais il secoue la tête avec un sourire en me tendant sa griffe.
- Je te laisse le faire, juste à côté des rues, en plein soleil, ce sera parfait.
Devant mon expression perplexe, il éclate de rire.
- Un peu d'huile de coude Katniss, ça ne te fera pas de mal, ça t'occuperas tu verras !
Le pire, c'est que, comme toujours, il a raison. Transpirer à creuser la terre vide mon cerveau de toute pensée parasite. Une fois le travail terminé, je me lève aux côté de Peeta pour admirer le travail. Il passe son bras gauche autour de mes épaules, ce qui déclenche des frissons le long de ma colonne vertébrale. Mais je n'ai pas le temps de me laisser aller au plaisir coupable de le sentir contre moi. J'entends des voix stridentes suivies par plusieurs coups à la porte. J'échange un regard surprit avec Peeta. Qui peut bien venir me rendre visite, sachant que ce n'est ni Haymitch, ni Sae ?
Peeta hausse la voix et appelle :
- Par ici !
Et soudain apparaissent les personnes que je pensais le moins voir chez moi.
Delly Cartwright et son petit frère, suivis par Leevy.
J'en suis pétrifiée sur place, comme si un éléphant avait fait irruption dans mon jardin. Ce n'est pas le cas de Peeta qui accueille les nouveaux à grands cris joyeux et les rejoint en manquant de coincer sa jambe artificielle sur un râteau.
Pendant qu'ils échangent des nouvelles, je les regarde du coin de l'œil. Ils ont beaucoup changés, chacun à leur manière.
Delly a beaucoup maigri pendant son séjour dans le Treize. Ses traits sont tirés mais sa bonne humeur transparait toujours sur son visage jovial. Son petit frère, Nahel si ma mémoire est bonne, a poussé à vitesse grand V. La révolte l'a transformée un homme trop tôt, son regard est trop grave pour un garçon de douze ans.
Leevy a aussi perdu du poids, sauf qu'elle est mince naturellement, et là, elle est juste maigre. Elle n'a jamais été très loquace, et aujourd'hui ne déroge pas à la règle, de toute façon, Delly parle pour deux. Mais elle a l'air heureuse de retrouver son district, tout détruit soit-il.
J'ai eu peur un instant que Delly me prenne dans ses bras, mais elle s'abstient, se contentant d'une grand sourire en posant sa main sur mon bras.
Bien, je suppose que je n'ai plus qu'à leur offrir un café.
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Assise autour de la table de la cuisine avec mes invités surprises, j'apprends encore beaucoup de chose. Après la chute du Capitole, Delly, son frère et Leevy sont rentré au Treize, ne sachant pas très bien où aller, que faire. Il y a eu tellement de changements, tellement de sujets à traiter qu'ils ont été un peu oublié dans leur coin. Et puis il y a une semaine, le Treize a été repris en main par le gouvernement et ils se sont rendu compte de leur présence dérangeante pour leurs projets secret défense. Ils les ont donc envoyés au Capitole parce qu'ils ne savaient pas trop quoi faire d'eux, et le nouveau Secrétaire à l'aménagement immobilier et au relogement des réfugiés de Panem – voilà bien un titre ronflant derrière lequel sa cache à mon avis Fulvia Cardew – leur a annoncé qu'elles pourraient bénéficier d'une des maisons de la Place des Vainqueurs, étant donné leurs participations à la révolte.
Voilà une chose qui m'étonne. Je ne savais pas que Delly et Leevy avaient participé à quoique ce soit. Je leur dit par ailleurs et Delly me répond, les yeux dans le vague, l'air un peu hanté, bref, une expression que je ne pensais jamais voir chez elle.
- J'étais en âge d'être une Soldate. J'ai détesté devoir apprendre à utiliser une arme, mais ils m'ont quand même envoyé au Capitole les derniers jours. Comme tous ceux du Douze qui étaient Soldats. C'était affreux...
J'imagine aisément Coin sacrifier les réfugiés du Douze plutôt que les habitants du Treize, au cas les choses tournent à son désavantage.
L'histoire est la même pour Leevy. Je ne savais pas. Il est vrai que j'ai beaucoup de mal à imaginer Delly avec une arme mortelle entre les mains. Je ne lui pose plus de question à ce sujet. Elle choisit de changer de sujet aussi :
- Bref, du monde va arriver ici. C'est la même chose pour tous les districts. La plupart des maisons des Vainqueurs n'ont pas été bombardées, et ils en donnent la propriété à ceux qui ont joué un grand rôle pendant la guerre.
Elle rit doucement et précise :
- Pas que Leevy et moi ayons fait quoique ce soit digne de passer à la postérité. Mais étant donné que le Douze n'attirent que peu de monde, et que nous sommes très peu de survivants natifs d'ici, ils étaient soulagés d'occuper au moins une maison avec nous. C'est très grand, on va pouvoir se la partager sans problème. Ce sera un nouveau départ !
Et elle conclut cette phrase par son éternel sourire. Mais une sueur froide parcoure mon dos.
- Ils vont envoyer des gens vivre chez moi aussi ?!
Delly éclate de rire et secoue la tête :
- Non Katniss, cette maison est à toi, tu l'as gagné !
- Oh...
Je suis rassurée. Je n'aurai pas imaginé partager ma maison avec d'autres, quelle vision effrayante !
Mais l'idée d'avoir de si nombreux voisins prochainement n'est pas pour me rassurer. Des gens partout, dès que je sors. Peut-être des curieux qui viendront sonner chez moi. J'en frissonne à l'avance. Passe encore les survivants du Douze, je les connaîtrai, mais de parfaits étrangers ! Haymitch m'avait bien parlé de l'exode et de la réhabilitation des districts, mais je n'avais pas réfléchi à quel point cela changerai le Douze, et ma petite existence tranquille et dérangée.
J'ai encore perdu le fil de la conversation, décidément, aujourd'hui je ne fais que ça, et réécoute le babillage joyeux de Delly.
- Donc voilà, il va y avoir beaucoup d'activité ici, cela va changer ! J'ai croisé Sae Boui-boui sur le chemin, elle m'a dit qu'elle allait ouvrir une épicerie, c'est génial ! Moi aussi j'aimerai avoir un magasin, comme mes parents !
Le souvenir de son père et sa mère, qui tenait le magasin de chaussure, lui voile un instant les yeux, mais elle se reprend vite et me demande :
- Que comptes-tu faire Katniss ?
Je reste interdite quelques secondes. Que faire ? Bonne idée ! Je n'ai pas réfléchit à ça encore. J'hausse les épaules :
- Je n'en sais rien, je pense que je vais continuer à chasser...
- Oh oui, il n'y a pas meilleure chasseuse que toi dans tout Panem !
Moui... Je lui souris gentiment. C'est un gentil compliment après tout.
- Et toi Peeta ? Une idée ? Ils m'ont dit qu'ils allaient reconstruire une boulangerie, c'est toi qui va la gérer ?
- On me l'a demandé, je n'ai pas encore donné de réponse.
Je dévisage avec surprise Peeta. Il ne m'a rien dit !
En même temps, je ne lui demande rien, donc ce n'est pas étonnant. Je lui demande :
- Et tu penses le faire ?
Il lève les yeux au plafond, songeur, puis répond :
- Pourquoi pas ? C'est un beau projet non ?
Oui, c'est un beau projet. Un projet qu'adorerai Haymitch, à coup sûr !
Je n'ai pas le temps d'en discuter plus que Buttercup vient miauler à côté de moi. Je fronce les sourcils et le pousse du pied :
- Mais qu'est-ce que tu veux toi, tu as à manger non ? Pourquoi tu pleures ?
A ce moment-là, le téléphone sonne, bruit strident dans le salon. Je me lève pour aller répondre. Ça ne peut pas être le Dr Aurélius, je l'ai eu hier. Je décroche l'appareil, perplexe.
C'est ma mère.
Je regarde le chat qui m'a suivi et fixe le combiné avec attention. Il n'a quand même pas deviné que ma mère allait appeler, non ?
- Bonjour maman. comment vas-tu?
- Je vais bien, je travaille toujours beaucoup, et toi, comment vas-tu ?
La question qui fâche.
- Assez bien. J'ai fait du jardinage aujourd'hui.
- C'est une bonne nouvelle que tu t'occupes. J'ai une bonne nouvelle aussi tu sais ?
- Ah ?
Comme la qualité des nouvelles qu'on m'apporte change selon l'interprétation de chacun, je préfère m'assoir sur un fauteuil. Et vu ce que m'annonce ma mère, j'ai bien fait.
- Annie Cresta attend un enfant ! Un enfant de Finnick Odair !
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Waw, 10 pages, je pensais pas écrire autant ! Il faut dire que, si ce chapitre a du retard, c'est parce que je savais pas par quel bout le prendre, j'ai écrit une page, tout effacé, réécrit ensuite, sans trop savoir où aller. Je savais ce que je voulais y dire, car pour la première fois dans mon immense carrière d'écrivain de fanfiction (lol), j'ai fait une trame sur l'histoire, noté tout ce que je voulais dire, les choses à ne pas oublier, et il y avait beaucoup d'infos à mettre dans ce chapitre, et encore, je n'ai pas tout mis ! Bref, il fallait trouver un lien entre tout ça, et croyez-moi, j'ai galéré ! En parlant de galère, vous vous êtes peut-être rendu compte que j'ai écrit des dates avant chaque chapitre pour enfin placer l'histoire dans le temps, j'ai enfin fini ma frise temporelle ! Ca m'a occupé jusqu'à 3 heure du mat', à lire, relire, fouiller dans les bouquins. Je me suis arraché les cheveux, décalé des évènements, recaler, finalement, tout colle ! Me reste plus qu'à faire un schéma explicatif et le loguer sur le net pour vous montrer, bientôt j'espère !
J'ai aussi changé certains noms de chapitre qui ne me convenait plus, mais ça ne change rien à l'histoire.
Autre chose (oui je suis très bavarde ce soir), je sais que l'histoire est pour le moment assez lente, 8 chapitre qui décrivent seulement 13 jours "d'action", c'est lent ! Je considère pour le moment qu'il y a des choses sur lesquelles se concentrer pour bien cerner l'avenir de Katniss et Peeta et qu'elles ont lieu maintenant. Il s'est passé 3 mois entre la chute du Capitole et le début de l'histoire, le temps pour le gouvernement de mettre en place des actions pour relever le pays, et donc pas mal de choses se découvrent maintenant. Je trouve aussi important de me concentrer sur le moral de Katniss et sa manière de se relever. Mais dans quelques chapitres ça devrait s'accélérer.
J'espère que vous avez aimé ce chapitre, j'en suis pas super satisfaite mais je peux pas faire mieux je crois. Le retour de Delly et Leevy m'enchante, enfin d'autres personnages dans l'intrigue ! Pour Sae, je l'ai dépeinte un peu plus sauvage et rustique on va dire que la dernière fois que je l'ai faite parler, c'est comme ça que je l'imagine. Et je suis devenue une pro des primevères et des rues !
J'espère que vous allez me donner votre avis, et me laisser des reviews !
Quoiqu'il en soit, je suis contente de voir que vous êtes nombreux à me lire, ça réchauffe mon petit cœur d'écrivain amateur, surtout avec ces températures !
Je vous revois au prochain chapitre, et pour les revieweurs, dans la réponse que je vous enverrai !
