Je m'agrippais fermement à l'encolure de Seth, ce dernier courant à une vitesse folle entre les arbres, sautant par dessus les branches brisées. La pluie avait inondé mes vêtements, et je frissonnais sous mon pull trempé, mes cheveux collant rageusement à mon visage.

Seth s'arrêta brusquement au bord de la falaise et je manquais de tomber, resserrant mes jambes autour de son flan pour ne pas m'écraser au sol. Je me redressais sur mes jambes, ramollies par ce voyage des plus brutales et réajustais mon sac et mon arbalète sur mon dos. Seth ne tarda pas à me rejoindre sous forme humaine, et je pouvais lire toute la détresse qu'il éprouvait dans son regard.

_ Ne t'en fais pas Seth, Léah finira par se réveiller, tentais-je de le rassurer.

_ Oui… enfin, fais attention à toi, dit-il en me serrant dans ses bras.

Je lui rendais maladroitement son étreinte et essuyais la larme apparente sur la joue du jeune homme, lui adressant un semblant de sourire d'au revoir avant de lui tourner le dos.

_ Illyria ? Fit-il en m'attrapant le bras.

_ Tu vas revenir hein ? Poursuivit-il tandis que je me retournais.

_ Je ne sais pas quand, mais je reviendrai, décrétais-je tandis que j'essuyais un sourire triste de sa part.

_ Tu vas nous manquer, lâcha-t-il finalement.

Je lui souriais tristement avant de me rapprocher du bord de la falaise. Un dernier regard en arrière et je plongeais. J'appréhendais le contact brutal de la mer et retenais inconsciemment ma respiration. Bien que ce ne fut pas la première fois, la sensation des vagues enveloppant brutalement mon corps me fit un choc. Je luttais pour ne pas laisser mes membres s'engourdir sous l'effet de l'eau froide et me concentrais sur la Lune.

L'image de Léah gisant au sol m'apparut soudainement et je luttais pour garder mon esprit concentré sur l'astre blanc. Je visualisais sa douceur, sa blanche pureté, et la délicatesse de ses rayons. Je sentis mon corps commencer à être transporté ailleurs tandis que quelque chose s'enroula fermement sur mon bras droit. Impossible d'arrêter la magie qui opérait déjà et je sentis la terre sous mes pieds tandis que le haut de mon corps dépassait d'une eau peu profonde.

Je prenais une grande inspiration, l'air fraîche brûlant mes poumons avec rage. J'entendis toussoter à côté de moi et je me préparais à un combat potentiel, tandis que mon corps semblait se rappeler qu'une pression s'exerçait toujours sur mon bras. Je baissais ma garde lorsque je reconnu le visage de Paul, ce dernier me fixant avec intensité.

_ Paul ! Mais qu'est-ce que tu as fait ? M'emportais-je tandis que je comprenais qu'il s'était incrusté au voyage.

_ Je ne pouvais pas te laisser partir seule, et encore moins après ce qui s'est passé tout à l'heure, répondit-il, semblant guetter ma réaction.

_ Tu aurais au moins pu me demander mon avis ! Criais-je.

_ Tu ne m'aurais jamais laissé venir avec toi, ne dis pas le contraire, poursuivit-il calmement.

_ Tu n'avais pas le droit de m'imposer ta présence, enrageais-je.

_ Je ne suis pas désolé de t'avoir suivie, mais je te demande pardon pour tout à l'heure, demanda-t-il tout en perdant de son assurance.

Sa requête me surprit. Je connaissais désormais assez cet homme impulsif et colérique pour savoir qu'il ne s'excusait que rarement, pour ne pas dire jamais.

_ Il faut qu'on se mette à l'abri, répondis-je en me remémorant où nous étions.

Il ne répondit rien, se contentant de se redresser avant de me tendre la main, pour m'inviter à en faire de même. Je regardais celle-ci avec dédain avant de me relever seule, réajustant mon sac qui glissait de mon épaule. Il ne sembla pas s'en formaliser puisqu'il m'ordonna plus qu'il me demanda :

_ Je vais prendre ton sac.

_ Non, ça va aller, merci.

_ Ne joues pas les têtes de mule, ce sac est énorme et j'ai la force d'un loup, ajouta-t-il.

_ Écoutes-moi bien Paul, tu as décidé de me suivre, parfait. Maintenant ne discutes pas mes ordres, c'est une mission dangereuse à prendre au sérieux. Je me suis bien fait comprendre ? Demandais-je plus froide que jamais.

_ Puisque tu le prends comme ça, ajouta-t-il tout en serrant les poings, cherchant visiblement à se maîtriser.

Je sortis de l'eau, montant sur le bord avant de me diriger vers les bois alentours. Visiblement, nous étions revenus à l'endroit que nous avions précédemment quitté avec Léah lorsque Joey m'avait appelée à l'aide. A l'abri des arbres, et suivie par un Paul étonnement silencieux, j'entrepris d'ouvrir mon sac afin d'en sortir la pierre de localisation.

Je remis mon fardeau sur mon dos avant de regarder la direction indiquée par la pierre, sous l'œil interrogateur de mon partenaire imposé de voyage. La pierre indiquait l'ouest, ainsi nous devions nous enfoncer au sein de la dense végétation. J'ouvrais le chemin,parvenant difficilement à me faufiler à travers les branches et racines serrées, tentant d'habituer mes yeux à l'obscurité.

J'entendis Paul ronchonner tandis que je lui avais envoyé une branche malgré moi, me retournant tout de même pour lui intimer le silence. Une bourrasque de vent me fit frissonner, mes vêtements humides collant à ma peau me refroidissant plus qu'autre chose. Je retenais un grognement tandis qu'une plante épineuse vint balafrer mon pied nu.

Je ne sais combien de temps nous marchions ainsi à un rythme aussi soutenu que le permettait cette végétation, mais je sentais mes muscles commencer à défaillir. Je tirais pour la énième fois sur les manches de mon sac afin d'en alléger le poids sur mes épaules avant de ralentir le pas, fatiguée.

Si j'avais su que ma journée se terminerait ainsi, je me serais reposée, mais la traque aux sorcière ne tolérait aucun répit.

Finalement, lorsque l'obscurité se fit moins intense, je cherchais un recoin où la végétation serait moins dense et m'arrêtais près de cinq cent mètres plus loin. Je retirais mon sac de mes épaules, rangeant la pierre dans ma poche et me laissais tomber lourdement sur le sol, sous l'œil avisé de Paul qui était resté debout. Je sortis d'une main tremblante mon pot de gros sel avant d'établir un périmètre sécurisé.

Je vis le métamorphe s'ébahir à la vue des flammes bleues jaillissant de chaque grain, mais il garda le silence comme je lui avais intimé plus tôt.

_ Avec ce sortilège, nous ne serons pas vus si nous restons dans ce périmètre, lui expliquais-je enfin.

_ Euh… d'accord, se contenta-t-il de répondre.

_ Je vais chercher du bois pour le feu, tu peux rester ici, dis-je en me levant péniblement.

_ Je peux le faire, enfin, si tu veux bien sûre, me dit-il tandis que je cherchais en vain une quelconque trace d'ironie dans sa voix.

_ C'est d'accord, me résignais-je, ma réponse semblant le surprendre.

Il prit quelques secondes à réagir avant de finalement s'éloigner d'un pas rapide. Je m'assis à même le sol, appuyant mon dos contre le tronc d'un arbre et fermais les yeux. Je me sentais vraiment fatiguée, sentant mes muscles tirailler même immobile. Mais je devais retrouver ces sorcières au plus vite, la vie de Léah en dépendait sûrement.

Je ne sais combien de temps j'étais restée ainsi, mais lorsque j'ouvris les yeux, Paul était déjà revenu, tentant difficilement d'allumer un feu avec le bois qui semblait humide par endroit. Je lui fis un sourire las avant de réunir un amas de bois sous son regard interrogateur et de l'embraser par la magie. Machinalement, nous nous rapprochâmes des flammes et je sortis de la viande séchée de mon sac avant d'en tendre au métamorphe.

_ Merci, me répondit-il non sans grimacer.

_ De rien, dis-je en mordant distraitement dans un morceau.

Nous mangeâmes silencieusement, chacun semblant ne pas vouloir interrompre les pensées de l'autre. J'entrepris de sortir mon arbalète, la mettant en évidence au cas où j'aurais à l'utiliser pendant ce laps de temps. Je la gardais à mes côtés et massais mécaniquement mes épaules douloureuses.

Je n'entendis pas Paul se rapprocher mais je sursautais lorsque je sentis ses mains se poser sur les miennes, ses jambes venant entourer mon corps. J'ouvris la bouche pour protester mais il me coupa avant de repousser doucement mes mains :

_ Laisses-moi au moins faire ça.

Sa voix était douce et je sentis mon cœur rater un battement tandis que je sentais à présent son souffle chaud sur mon cou. Il entreprit de masser mes épaules, descendant parfois jusque sur mon dos d'un rythme lent et terriblement agréable. Je soupirais de bien être et me laissais aller pour une fois, mettant cela sur le compte de la fatigue. Je fermais les yeux, appréciant jusqu'au plus profond de mon être le contact de sa peau contre la mienne. La douceur dont il faisait actuellement preuve me surprit, l'être si impulsif de ces derniers jours semblait avoir disparu. Sur ces dernières pensées, je cessais de résister au sommeil et le laissait m'emporter.

Je courrais à toute allure lorsque j'aperçus sa longue chevelure noire voler derrière un arbre, sa robe blanche traînant au sol semblait peiner à suivre son rythme effréné. Lorsque j'atteignis enfin l'arbre en question, je ne la vis plus. Mon cœur commençait à s'emballer dans ma poitrine, je ne pouvais pas la laisser partir… Pas encore… J'entendis son rire mélodieux briser l'air un peu plus loin et je me retournais vivement en direction de ce dernier tandis que je pouvais la voir s'élancer à nouveau entre les arbres. Déterminée à l'arrêter, je la poursuivis sans relâche, celle-ci semblait me distancer toujours un peu plus. Des larmes roulèrent d'elles-mêmes sur mes joues lorsque je la vis impuissante s'éloigner toujours plus rapidement. Non… Je n'abandonnerai pas !

Puis sa silhouette disparut aussi rapidement qu'elle était apparue. À ce constat, je me laissais tomber au sol et pleurais de tout mon soul.

_ Lindarwë ! Hurlais-je entre mes sanglots.

_ Hé ! Illyria, c'est moi, Paul. Réveille-toi, tu as dû faire un cauchemar.

J'ouvris alors péniblement les yeux et découvris le visage de Paul penché au dessus du mien, l'inquiétude balayant ses traits. J'eus un mouvement de recul qui sembla l'attrister un moment, mais il ne m'en tint pas rigueur.

_ J'ai chassé quelques lapins si tu as faim, se contenta-t-il de m'informer.

J'acquiesçais en silence et le remerciais mentalement de ne pas avoir cherché à en savoir plus sur mon rêve. Je trouvais étrange que Lindarwë m'apparaisse ainsi en rêve comme dans la réalité. Devais-je comprendre un message au travers ces manifestations ? La vision avait été pour moi un rappel brutal des sentiments douloureux que je taisais toujours à son égard. Lors de ma première dispute avec celui qui avait été mon amoureux, ma sœur m'avait consolé et m'avait dit : « On ne finit jamais d'aimer. Lyria, même la haine est la forme la plus brute d'amour. Alors accorder son amour à une personne dans la vie est quelque chose d'important, car l'amour que l'on porte à l'autre demeure éternel, quoique l'on puisse en dire. » Après qu'elle m'ait dit cela, je m'étais mise à rire et à la taquiner sur ces paroles si sages venant d'une telle personne, mais ce que je ne lui ai jamais dit c'est que ces simples mots sont restés gravés dans ma mémoire. Si tu pouvais être là ma chère sœur, tout serait tellement plus simple… Cette vive douleur que j'avais ressenti lorsque je l'avais perdu, elle ne s'était jamais amoindrie, j'avais simplement appris à vivre avec. Les hommes aiment à dire que le temps panse toutes les blessures, il faut croire que le temps m'a oubliée.

_ Mange quelque chose, m'ordonna Paul, me tirant de mes pensées.

J'attrapais distraitement un morceau de lapin qu'il avait fait griller et le mordillais nerveusement plus que je ne le mangeais. Je me perdis à nouveau dans mes pensées, et cette fois, ces dernières étaient adressées à Léah. Comment allait-elle ? Comment réagira-t-elle quand elle apprendra que j'étais retournée à la traque sans elle ? Si nous avions bien quelque chose en commun, c'était notre entêtement et je suis presque certaine qu'elle se serait battue pour venir avec moi si elle n'avait pas perdu conscience. La voir étendue ainsi inerte au milieu de la cuisine avait été insoutenable. Léah était à elle seule un symbole de force et de caractère, la voir dans cet état m'avait mis une claque. Personne n'était invincible, c'est pourquoi nous devions accepter que ceux qui nous aiment nous aident et nous protègent.

Je tournais la tête et vis que Paul m'observait sans gêne, ce constat affola mon cœur dans ma poitrine et je tentais de cacher mes émotions lorsque je vis un petit sourire satisfait apparaître au coin de ses lèvres. Je levais les yeux au ciel, avant de finalement sourire lorsqu'il m'imita, ce qui sembla le surprendre. Le reste de l'après-midi s'était écoulé lentement, Paul et moi-même ne nous adressant la parole que lorsque c'était nécessaire, le silence siégeant la plupart du temps. J'avais profité de ce temps afin de tailler quelques flèches pour mon arbalète, sous l'œil attentif d'un Paul qui semblait s'ennuyer. Et oui, s'il pensait que la traque aux sorcières n'était qu'action et adrénaline, il n'en était rien.

Lorsque les derniers rayons du soleil perçaient à travers les feuillages, nous levâmes le camps, prenant soin de ne laisser aucune trace de notre passage. Paul s'était chargé de porter le sac de voyage, tandis que je conservais mon arbalète et mon carquois sur mon épaule ainsi que la pierre afin de suivre la direction indiquée. J'avais informé ce dernier que s'il trouvait une sorcière, il fallait qu'il me laisse la tuer, leurs sorts d'inversement étant redoutables. Il avait d'abord rechigné, mais je lui avais fait remarquer qu'il ne me serait d'aucune utilité blessé, alors il avait simplement obtempéré.

Nous nous mîmes ensuite rapidement en route, suivant le nord pendant des heures interminables. Comme précédemment, notre évolution parmi la dense végétation était dense et difficile, et je m'écorchais les pieds et les bras d'innombrables fois tandis que mes yeux peinais à distinguer un chemin dans l'obscurité. Si Léah avait été là, je lui aurai tendu la pierre, ses yeux de loups perçant plus facilement dans la nuit que les miens, ainsi elle aurait ouvert le chemin. Mais voilà, la pierre de localisation avait été établie à partir de son sang et de ma magie, donc impossible pour Paul d'y voir

quoi que ce soit.

Un craquement distinct à quelques mètres de nous mit tous mes sens en alerte. La pierre indiquait la direction opposée, certes, mais il pouvait s'agir d'une sorcière n'ayant rien avoir avec toute cette histoire. Je fis signe à Paul de ne plus bouger et armais mon arbalète, pointée dans la direction du bruit suspect. Nous attendîmes ainsi plusieurs longues secondes, seul le bruit du vent faisant danser les feuilles venait perturber le silence pesant qui régnait en cette forêt.

En une fraction de seconde, une forme humanoïde se précipita sur moi, et instinctivement je lui décochais une flèche. Celui-ci se figea à quelques centimètres de ma personne, sa tête faisant dramatiquement l'aller retour entre la flèche plantée dans son corps et moi-même.

_ Pathétique ! Misérable humaine, penses-tu vraiment qu'une simple flèche viendrait à bout d'un être supérieur tel que moi ? Décréta-t-il d'une voie rauque et menaçante.

_ Être supérieur ! Ce n'est pas la modestie qui t'étouffes, sangsue ! Lançais-je acide.

_ Comment oses-tu me manquer de respect ! Éleva-t-il la voix.

_ Tu te permets de m'insulter de misérable humaine, vile créature, et c'est moi qui est offensante, ricanais-je de mauvaise humeur.

_ Tais-toi femme ! Sache que j'ai déjà tué pour moins que ça, me menaça-t-il.

_ Il suffit ! Tu me fais perdre mon temps, m'impatientais-je.

_ Insolente ! Je vais t'apprendre le respect ! S'écria-t-il en s'avançant.

J'entendis un grognement menaçant à mes côtés et me rendis compte que Paul s'était transformé, s'avançant telle un prédateur au devant du vampire qui semblait avoir perdu de son assurance. Je débattis mentalement un moment, ne sachant pas s'il fallait que je m'occupe de la créature sanguinaire moi-même ou si je devais laisser Paul s'en charger. Je me décalais pour mieux voir la scène et en conclus que je laisserai Paul s'en charger, et n'interviendrai que si le vampire venait à prendre le dessus.

_ Comme c'est touchant, ton chien prend ta défense ! Accorde-moi une minute, je le tue et je m'occupe de toi, petite insolente ! Aboya le vampire avant de se tourner vers Paul.

Mais Paul n'attendit pas plus longtemps, il bondit déjà sur la créature et celle-ci tenta de se défendre en enserrant son flan. Le loup ne lui laissa guère le temps de contrer son attaque, et arracha un des bras de la créature dans un bruit métallique. Le vampire tenta alors de fuir mais Paul le poursuivit, appuyant tout son poids sur le dos de ce dernier avant de lui arracher la tête d'un mouvement brusque. Paul regarda un moment son œuvre et revint dans ma direction, sans doute à la recherche de ses vêtements. Je lui adressais un sourire avant de m'approcher des restes du vampire, le regardant avec dédain. Paul ne tarda pas à me rejoindre, pressant mon épaule de sa large paume. Nous nous regardâmes un moment dans les yeux, un simple contact qui semblait nous avoir rapproché sans que je ne puisse dire pourquoi.

_ Brûle, dis-je finalement tandis qu'un brasier consumait le corps sans vie de la créature sanguinaire.

Le reste de la soirée se passa sans encombre, nous évoluâmes silencieusement parmi la végétation qui devenait moins dense par endroit. Nous nous arrêtâmes finalement près d'une petite clairière et je sécurisais le périmètre sous le regard toujours aussi attentif de Paul. Ce dernier ayant chassé assez de lapins la veille, nous n'eûmes pas à nous préoccuper de ce que nous allions manger et réunîmes seulement quelques bûches de bois dont le métamorphe prenait un malin plaisir à briser à main nu devant mes yeux à la fois exaspérés et amusés. J'usais pas la suite de la magie afin d'allumer le feu et nous fîmes patiemment cuire la viande sur la braise.

_ Je voulais te remercier pour tout à l'heure, me décidais-je à parler.

_ De rien, c'est normal, je donnerai ma vie pour toi Illyria, dit-il en ponctuant sa phrase d'un regard particulièrement intense.

_ Je ne t'en demande pas tant, répondis-je mal à l'aise.

_ Illyria, tu sais, je regrette sincèrement ce qu'il s'est passé l'autre fois, poursuivit-il l'air sombre.

Je comprenais qu'il évoquait la fois où il m'avait attaquée lors de notre violente dispute. Je ne lui en avais jamais vraiment voulu, mais il m'avait effrayée et pour m'assurer que ça n'arrive plus, je l'avais laissé culpabiliser un moment. Je savais que le jugement moral que l'on faisait sur soit-même pouvait être la pire des sanctions, mais cela permettait également d'aller de l'avant.

_ N'en parlons plus, fis-je simplement dans un sourire.

_ Alors, on est à nouveau amis ? Se réjouit-il.

_ On peut dire ça comme ça, confirmais-je.

_ Génial, se mit-il à sourire de toutes ses dents.

_ Mais tu es au courant qu'on embrasse pas son amie sur la bouche ? Dis-je sur le ton de la plaisanterie, mais n'en pensant pas moins.

_ Oh mince, moi qui pensais qu'on vivrait plutôt un genre d'amitié améliorée, me taquina-t-il à son tour.

_ Désolée de te décevoir alors, fis-je amusée.

_ Je prendrai mon mal en patience, je sais que tu finiras par tomber sous mon charme, dit-il en bombant le torse.

_ Tu dois me confondre avec Rachel alors, piquais-je.

Je le vis déglutir et perdre de sa prestance avant d'ajouter :

_ Tu sais Illyria, la dernière fois je n'ai pas couché avec elle. Rachel a été mon premier amour, et lorsqu'elle a quitté la Push pour ses études, cela m'a brisé le cœur et elle pensait sûrement qu'elle pouvait juste revenir et me récupérer comme s'il ne s'était jamais rien passé.

_ Je suis désolée pour ton histoire avec elle, je sais à quel point l'absence de l'être que l'on aime peut être douloureuse, répondis-je sincèrement.

_ Celui-ci que tu aimais t'a quitté ? Demanda-t-il curieux.

_ En fait ils ont disparut peu de temps après que ma sœur soit morte, lui et ses frères, l'informais-je tout en serrant le poing.

_ Tu n'as jamais cherché à le retrouver ? Me questionna-t-il intrigué.

_ Non, s'il m'aimait réellement, il ne m'aurait jamais abandonnée au pire moment de ma vie, décrétais-je amère.

_ C'est certain, lança Paul pensif.

_ Bon, trêve de discussion, nous devons nous reposer pour la quête, concluais-je tandis que le soleil se levait déjà.

_ T'as raison, se contenta-t-il de répondre avant de s'allonger contre un arbre.

Je le regardais un moment avant d'en faire de même, me roulant en boule afin d'avoir plus chaud. La nuit avait été difficile, et la prochaine ne serait certainement pas de tout repos.

Les semaines passèrent et chaque jour ressemblait au précédent, dans un rythme à la fois fatiguant et monotone. Nous quittâmes le camps pour une énième nuit, et je rangeais les flèches de mon arbalète dans mon carquois. Je les avais enchantées afin qu'elles puissent tuer un vampire également, cela faciliterait le combat en cas d'affront avec un de leur espèce.

_ Prête pour une nuit de folie ? Ironisa Paul, visiblement aussi lassé que moi par cette quête.

_ Génial, soupirais-je tandis que j'effaçais les dernières traces de notre passage.

Paul plaça le sac sur ses épaules et je ne tardais pas à avancer tandis que le soleil se couchait au loin. La pierre nous indiquait d'aller vers l'ouest, ainsi je n'eus pas de difficulté à voir où je posais les pieds jusqu'au moment où l'astre disparut au loin. La végétation n'était pas très dense mais le sol était recouvert de mousses et parfois d'orties. Ainsi, je ne faisais même plus attention lorsque je sentis une énième coupure sur l'un de mes pieds, et poursuivais mon chemin, suivie de près par le métamorphe. Au bout de quelques heures, je remarquais que la flèche bleue présente sur la pierre se mettait à éclairer plus intensément, pointant sur la droite. Ce constat fit accélérer mon rythme cardiaque, nous les avions trouvées.

Je me cachais discrètement entre des arbres et intimais silencieusement à Paul d'en faire de même. Je regardais dans la direction indiquée mais ne décelais rien. Les sorcières avaient dû utiliser un sortilège de dissimulation. Je vis mon partenaire de voyage me dévisager d'un air grave et je hochais la tête tout aussi gravement pour lui faire comprendre que la chasse venait de succéder à la traque.

Je réfléchis un moment afin d'établir un plan pour m'approcher du clan. Je ne savais pas combien elles étaient et m'avancer directement serait renoncer à un effet de surprise. De plus, leur sortilège les cachant à notre vue, elles pourraient me lancer un sort à leur guise. J'entrepris donc de protéger Paul grâce à un sortilège d'inversement et lui intimais de rester ici jusqu'à nouvel ordre. Je fermais les yeux et me concentrais sur la vie environnante. Je pouvais entendre les battements de cœur puissants du métamorphe ainsi que plusieurs battements de cœurs humains, sans doute les sorcières. Je pouvais ressentir le fluide vital des arbres et quelques oiseaux cachés parmi les branches. De même, non loin de là figurait un rat grignotant quelque chose qu'il semblait avoir trouvé. Et là, une idée germa dans mon esprit, j'étais certes trop visible sous cette apparence humaine mais sous la forme d'un rat, je passerai inaperçue.

Je liais donc mon esprit à ce dernier et eus accès à toute sa vie de rongeur, c'était un solitaire, ce qui était peu commun pour un rat. Je lui demandais finalement l'autorisation d'emprunter son corps, ce à quoi il répondit par la positive, non sans avoir hésité quelques temps. C'était quelque chose d'étrange que d'entrer ainsi en contact avec les animaux, ils ne parlaient pas et leur manière de s'exprimer était aussi perturbante que fascinante. Certains utilisaient leurs fluides vital, d'autres leurs émotions afin de communiquer, tandis que certaines espèces misaient sur leur physiologie corporelle.

Je laissais mon esprit quitter mon corps et entrais dans celui du rat. Les instincts de l'animal particulièrement développés étaient troublants, et je peinais à me déplacer sur ses petites pattes agiles tandis que l'esprit du rat gagnait mon corps. Il était difficile pour un animal de contrôler un corps complexe tel que l'être humain, la complexité du langage à la fois corporel et oral les rendant souvent perplexes. Ainsi je m'avançais prudemment en direction des sorcières et vis qu'étaient disposées autour d'un grand périmètre des grains de sel. Je pénétrais finalement à l'intérieur de la barrière magique visant à les protéger de tout intrus et ce que j'y vis me laissa sans voix.

Les sorcières étaient au moins une trentaine, certaines semblaient en plein rituel tandis que d'autres s'affairaient à des tâches bien plus humaines, telle que la préparation d'un repas ou le ramassage du linge. Des tentes avaient été disposées de façon assez stratégique, et la complexité des lieux me fit penser que les sorcières devaient être installées depuis un moment. Ce qui me frappa le plus était cette dizaine de vampires recouverts de longues capes rouges, et qui semblaient assister attentifs aux rituels. Tous portaient un collier, présentant un pendentif formé de la lettre V. Étrange. Que pouvaient bien faire ces êtres sanguinaires en compagnie des sorcières ? Je poursuivis mon chemin, vérifiant d'avoir été assez attentive aux détails de leurs camps afin de préparer une attaque. En tout, j'avais compté sept vampires ainsi que trente-trois sorcières, dont certaines demeuraient dans les tentes. Après ce constat, j'entrepris de sortir du périmètre ennemi et de rejoindre mon propre corps, tout en oubliant pas de remercier le rat pour sa précieuse aide.

_ Il y a trente-trois sorcières, et sept vampires, chuchotais-je pour informer Paul de la situation.

_ Tout ça ! Mais comment veux-tu qu'on en vienne à bout ? Demanda-t-il, ne cachant pas son anxiété.

_ Je vais nous faire entrer par surprise, toi tu ne touches surtout pas aux sorcières et tu t'occupes des vampires, expliquais-je. Si tu as besoin d'aide, tu n'auras qu'à hurler, je tenterai de venir à ton secours.

_ Illyria, fais attention à toi, dit-il toujours aussi nerveux.

_ Toi aussi sois prudent, maintenant passe-moi le sac, j'ai besoin d'armes. Prends quelques flèches pour tuer les vampires au cas où ton état de loup ne suffirait pas, ordonnais-je.

Paul obéis et se déshabilla sans prendre la peine de me cacher sa nudité, devant quoi je tournais la tête. J'essuyais de sa part un sourire ravi et je levais les yeux au ciel. Il n'en perdais pas une ! J'accrochais quelques flèches sur son pelage et fourrais quelques couteaux partout où je trouvais de la place sur mes vêtements. Je nouais rapidement mes cheveux d'une tresse serrée et armais mon arbalète. La bataille allait avoir lieu.

Je prenais une grande inspiration et levais la tête vers le ciel obscur, priant la Lune afin qu'elle nous accompagne dans cette bataille. Sans plus attendre, j'usais de la magie et orchestrais un violent orage, des éclairs brisaient à présent le ciel et un vent fort se déchaîna parmi les arbres. J'ouvris les yeux et fis tomber la pluie en rafale, tandis que celle-ci faisait disparaître grâce à la magie de l'astre blanc les effets du sortilège de dissimulation des sorcières. La foudre vint frapper un arbre et ce dernier tomba en feu parmi leur camps en panique. Certaines semblaient tenter d'user de la magie pour l'éteindre, ma la magie des astres étaient bien trop puissante. Les sorcières restées dans leurs tentes étaient sorties et constataient avec stupeur les dégâts causés par le mauvais temps. Il était temps pour nous d'entrer en jeu.

Je réunis quelques nuages au dessus de ma tête et de celle de Paul sous sa forme lupine, et les gouttes de pluie déferlaient avec force sur nos corps mouillés. Je me concentrais une fois de plus sur la Lune et visualisais sa blanche clarté. Au bout de quelques secondes, nous nous retrouvâmes sur ce qui allait être un champs de bataille, près de l'arbre enflammé.

Je vis Paul courir sans plus attendre en direction d'un vampire qui semblait s'être isolé et je me concentrais sur ce qu'il y avait autour de moi. Je décochais une flèche en plein cœur d'une sorcière qui se trouvait non loin de moi. Cette dernière me regarda sans comprendre avant de s'écrouler sur le sol. Plus que trente-deux. Un cris strident raisonna dans mon dos et je me retournais vivement, faisant face à une sorcière qui tentait rageusement d'enflammer mon corps. Je courus dans sa direction, la plaquant au sol avec force tandis qu'elle se débattait sous moi. Je sortis finalement un couteau que j'avais placé sur mon bras gauche et lui tranchais la gorge sans aucune pitié. J'esquivais de peu une branche qu'un groupe de trois sorcières m'envoyèrent tandis que l'une d'elle m'envoya un couteau qui vint se planter dans mon flan. J'étouffais un cris et envoyais une bourrasque de vent, celles-ci se retrouvant projetées contre l'arbre enflammé et j'essuyais des hurlements tandis que deux d'entre elles prenaient à présent feu. Je décochais une flèche dans la tête de celle qui était parvenue à s'échapper et laissais les autres brûler.

J'allais me cacher derrière une des tentes tandis que plusieurs sorcières s'amassaient déjà, tentant en vain de venir en aide aux deux sorcières agonisant dans les flammes. J'en profitais pour décocher quelques flèches qui atteignirent le cœur de deux d'entre elles ainsi que la tête d'une troisième. J'armais mon arbalète d'une autre flèche et visait une sorcière non loin de moi, tandis que je ratais ma cible, quelqu'un m'ayant plaquée au sol. Je me débattis en vain contre cet être à la force surnaturelle, paniquant devant le regard sadique de mon assaillant. Celui-ci tenta de me mordre le cou sans ménagement, et je bougeais un peu, recevant sa morsure au niveau de mon épaule. Je poussais un cris de douleur tandis qu'il appuyait sur mon flan blessé, un air purement mauvais animant son regard. Puis une lueur d'incompréhension suivie de la panique le traversa tandis qu'il ne tarda pas à s'écrouler de tout son poids sur mon être. Je ne bougeais pas pendant un moment, mon flan et mon épaule me faisant souffrir. Combien de sorcières devrais-je encore tuer ?

Je puisais au fond de moi mes dernières forces et poussais le corps afin de me relever, mais ce que je vis insuffla en moi un profond sentiment de panique. Une quinzaine de sorcières m'avaient encerclée, et me lançaient des branches enflammées, des sortilèges de mort ne me tuant pas mais m'infligeant de douloureuses blessures. Certaines me lançaient des couteaux que j'esquivais de mon mieux. J'allais certainement mourir sur le champs de bataille cette fois-ci, et sombrerais enfin dans un sommeil éternel et apaisant. Je levais une dernière fois les yeux au ciel et sourit à la Lune. Finalement j'avais désiré vivre, et j'avais appris à aimer de nouvelles personnes après des siècles de solitude. La vie m'avait offert un dernier présent avant de m'offrir à la mort. Je tombais à genou sous un énième coup de couteau, qui m'atteignais au niveau de l'hypocondre. Je levais la tête et je la vis. La blancheur de sa robe contrastait avec l'obscurité du combat, elle me fixait d'un air grave et semblait presque déçue. Lindarwë ! Étais-je encore en train de rêver ou était-elle réellement présente ?

_ Bats-toi ! M'ordonna-t-elle sans bouger, me fixant toujours de son regard profond.

Je ne voulais pas décevoir ma sœur, je n'avais pas su la garder près de moi et si j'avais ne serait-ce qu'une chance à présent de renouer avec elle, je me devais de la saisir. Je lui lançais un regard déterminé et puisais dans des forces que je ne pensais pas posséder avant de lever la tête vers le ciel. L'Astre blanc vint me bercer de sa douce lumière et je poussais un cris de désespoir avant déclencher une tornade autour de moi. Les cris des sorcières me parvenaient et je luttais pour me lever, tant le vent était puissant. Étant au centre de la tornade, celle-ci ne m'emportait pas et j'étais bercée par les rayons lunaires. Lorsque finalement les cris cessèrent, je tombais à genou et la tornade s'évanouit en même temps, laissant ci et là les corps sans vie de ces créatures infâmes.

Je reprenais mon souffle et me saisis de mon arbalète, traquant les quelques sorcières qui avaient tenté de fuir jusqu'à la dernière. Lorsque ma flèche atteignit la tête de la dernière du groupe qui avaient tenté de quitter le camps, je poussais un profond soupir. Je les avais tuées, toutes. Je me relevais finalement, et constatai déçue que Lindarwë n'était plus là, sans doute l'avais-je imaginée. Je me mis alors à la recherche de Paul et espérais qu'il avait survécu sans graves encombres au combat.

_ PAUL ! Hurlais-je tandis que je ne le trouvais nul part.

Je fouillais le camps de fond en comble, mais ne trouvais aucune trace du loup et un sentiment de panique pris possession de tout mon être.

_ PAUL ! Appelais-je désespérée.

Je m'effondrais au sol, mes blessures me terrassant mais n'atteignant pas la douleur qui s'était répandue dans mon cœur. Et s'il était mort ? Je me mis à pleurer de tout mon soul face à cette idée macabre, allant jusqu'à crier ma douleur. Je sursautais lorsque deux bras vinrent enserrer mon corps malmené et un sentiment de joie intense et de soulagement me parcouru lorsque je rencontrais les yeux chocolats de Paul. Sans plus réfléchir je l'étreignis de toutes mes forces, comme s'il allait disparaître dans la seconde. Celui-ci releva mon visage vers le sien, et n'y tenant plus je posais mes lèvres sur les siennes. Je sentis alors une de ses mains dans mes cheveux tandis que je le retenais par la nuque. Je déposais un chaste baiser sur ses lèvres, auquel il répondit par un autre baiser. Nous nous embrassâmes alors précautionneusement d'abord puis de façon plus intense, nos langues se mélangeant avec force, nos âmes se liant insidieusement.

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Merci d'être arrivées jusqu'ici, je vous dis à bientôt pour un nouveau chapitre !

Bises, Ortancya.