Chapitre 8
Glen arrêta sa moto juste en bas de l'immeuble de Reid. Le jeune agent descendit, retira son casque et, voyant que Glen demeurait enfourché sur sa bécane, il demanda : « Tu ne montes pas ? »
Glen releva sa visière : « Si je monte, tu sais ce que je vais te faire, Spencer ? »
Le visage de Reid se fendit d'un sourire aguicheur : « Tu me feras tout ce que tu voudras… » susurra-t-il en rougissant.
Le dealer sembla hésiter un instant, fixant Reid au fond des yeux. Puis, d'un geste sec du pied, il mit la béquille et descendit de son engin.
XXXXX
Lorsque Hotch rentra chez lui, il était près d'une heure du matin. Il passa rapidement à la salle de bain, se déshabilla silencieusement et tenta de se glisser dans le lit sans réveiller Haley.
Il était à peine assis sur le lit qu'une voix engourdie de sommeil murmura : « Quelle heure est-il ? »
Hotch se tourna vers sa femme : « 1h12… Je suis désolé de t'avoir réveillé ».
« Je ne dormais pas. Je somnolais en t'attendant. Comment s'est passé la soirée ? » demanda Haley en se redressant un peu dans le lit.
Hotch, dont les rétines commençaient à s'habituer à la pénombre de la chambre, distinguait le visage de son épouse, encadré de ses fins cheveux blonds. Il avait déjà oublié sa question. L'esprit ailleurs, il la fixa avec un air grave : « Reid est gay ».
Haley eut un petit rire sec et nerveux, sans joie : « Tu parles d'une découverte ! »
« Tu le savais ? »
« Aaron, il suffit de le regarder ! C'est comme si c'était écrit sur son front ! Il est efféminé, maniéré, il glousse sans arrêt avec ses collègues femmes, bref, il a tous les symptômes. Pour un profiler, Aaron, tes capacités me semblent légèrement surévaluées… » répliqua-t-elle d'un ton acide.
« Je ne profile pas mes subordonnés » se défendit-il en tachant de ne pas élever la voix.
« Il suffirait seulement que tu ouvres un peu les yeux… Et pas que sur les autres ! ». Il y avait comme une sorte de menace dans la voix de la jeune femme.
Hotch fronça les sourcils, agacé : « Ce qui signifie ? »
« Aaron ! Tu m'as très bien compris ! » s'énerva Haley en allumant la lumière. La violence de l'éclairage leur fit d'abord cligner un peu les paupières. Ils étaient là, assis côte à côte dans ce lit qui n'avait plus de 'conjugal' que le nom.
« Je ne vois pas de quoi tu parles… »
« Ne me prends pas pour une conne ! » cracha Haley. « Comme si je ne savais pas ! A la fac, il y eut d'abord ce petit blond éthéré… Andrew, c'est ça ? C'était bien avant nous, c'est vrai. Tu étais déjà assistant et moi, je venais de m'inscrire en première année. Je m'intéressais à toi, et les rumeurs vont vite à la fac… Puis, ce fût cet étudiant étranger, un allemand, non ? On commençait juste à sortir ensemble et on s'était disputé… alors je n'ai rien dit, j'ai fait comme si je ne savais pas. Ca, c'est ceux dont j'ai eu connaissance. Mais combien y en a-t-il eu d'autres dont je n'ai jamais rien su ?! Combien, hein ? »
Hotch ne répondit pas. Ce silence résonnait comme un aveu.
Haley, la gorge nouée, poursuivit en essayant de maîtriser sa colère : « J'ai pardonné… parce que c'était des hommes, parce que je me disais que c'était purement sexuel, que ce n'était pas important, que ça te passerait. J'ai cru que je te suffirais, et qu'une fois marié, tu n'y penserais plus… Mais c'est toujours là, hein ? Cette envie, ce désir des hommes… Tu me dégoûtes ! »
Haley était sortie du lit en arrachant à moitié les draps. Hotch entendit claquer la porte de la salle de bains… et puis les pleurs, les sanglots lourds.
Aaron, pétrifié dans le lit, était incapable de bouger, incapable de réagir ou même de réfléchir. Les mots de sa femme résonnaient dans sa tête : c'était comme si elle l'avait mis à nu, comme si elle avait déchiré ce voile de mensonge derrière lequel il se cachait. Mais ce qu'elle avait laissé entendre le tétanisait : avait-elle suggéré, même implicitement, qu'il désirait Reid ?
Hotch se tourna vers le réveil : 1h24. Il pensa à Spencer, il pensa à Glen et, le ventre noué par la jalousie, il essaya de ne pas imaginer ce que ce type était en train de faire à Reid.
XXXXX
Allongé à plat dos sur le lit, Reid regardait Glen, au dessus de lui, en train de le déshabiller. Il se laissait faire, docile, appréciant que cet homme dominateur au corps massif décide de tout, qu'il agisse, qu'il commande… Il se sentait si timide, si maladroit, alors que Glen semblait si plein d'expérience, tellement à l'aise avec sa sexualité : il maîtrisait parfaitement la situation.
Glen s'était assis à cheval sur le bas ventre de Reid et déboutonnait la chemise du jeune agent, révélant un torse glabre et lisse, comme celui d'un jeune adolescent. Il caressa de ses mains curieuses et avides ce corps androgyne, ce terrain inconnu. Il sentait entre ses cuisses le désir de Spencer et il se rendit compte que cela l'excitait.
Glen retira à son tour son T-shirt qu'il envoya balader à travers la pièce, puis il commença à dézipper le pantalon du jeune agent. La respiration courte et haletante de Spencer augmentait son désir. Il était là, inerte et soumis, comme une jeune vierge… Et Glen avait toujours adoré ce genre de fille timide que l'on bouscule un peu lors d'un premier rapport sexuel…
Le pantalon glissa le long des jambes de Reid et Glen s'allongea complètement sur lui. Ils s'enlacèrent, s'embrassèrent… et lorsqu'il sentit les mains de Spencer lui retirer à son tour son jean, puis son boxer, le dealer sentit son corps réagir et frissonner. Ce contact charnel hérissait tous les poils de sa peau. Reid était en train de le rendre fou.
Glen était surpris d'être à ce point excité par le corps d'un homme et de n'être dégoûté de rien. Les relations homosexuelles lui paraissaient tout d'un coup si naturelles, ni évidentes !
Il avait envie de le toucher partout, de le respirer, de lécher sa peau douce, de le caresser afin de le voir jouir… de le pénétrer… Glen voulait tout à la fois.
Lorsqu'il sentit la main de Glen glisser entre ses cuisses, Reid le retint et murmura : « Fais moi d'abord une injection… Je veux sentir l'aiguille avant… » Sa voix était rauque, à la fois inquiète et excitée, à bout de souffle. « C'est là… » ajouta-t-il en désignant la table de chevet. « Premier tiroir… »
Glen ne fut pas vraiment surpris par cette requête. Spencer était accro à la drogue, il avait besoin d'être perpétuellement défoncé… ce besoin d'être pénétré, par l'aiguille comme par le sexe de son amant… les deux, intimement liés…
Le jeune dealer sentit son désir augmenter à l'idée de tout mélanger, de le prendre et de le soumettre de toutes les façons.
Glen attrapa la trousse dans le tiroir près du lit et commença son rituel avec la plus grande délectation.
Il allait le perforer… le perforer de toute part…
A califourchon au dessus de lui, ses cuisses musclées enceignant les flancs maigres de Reid, Glen prépara avec lenteur la seringue. Il frotta le coton imbibé d'alcool sur la peau, à la saignée du bras, puis, il fixa le garrot tout en balançant ses hanches par des mouvements circulaires. Ce frottement lent et sensuel abrasait le désir entre leurs cuisses.
Glen plaça son pouce au dessus de la veine bleutée et fit pénétrer l'aiguille en léchant inconsciemment ses lèvres. Cette sensation de possession et de domination totale était pour lui le plus puissant des aphrodisiaques.
Il retira ensuite le garrot et, constatant le filet de sang qui colorait le tube de la seringue, il pressa le piston, envoyant le shoot au plus profond de son organisme. Il regarda le Dilaudid se diffuser dans les veines de Spencer, lui ravager le crâne, le faisant déjà, à sa façon, jouir. Il retira l'aiguille et la jeta sur la table de chevet.
Glen se délectait de l'extase dans laquelle Reid planait, les paupières closes, les lèvres humides et entrouvertes. Il se rallongea sur lui et murmura dans son cou : « Tu aimes ça, hein…? Cette dépendance, ce perpétuel besoin… l'attraction du Mal… » En parlant du 'Mal', il ne savait pas très bien s'il évoquait la drogue ou bien lui-même… peut-être les deux à la fois…
En guise de réponse, Reid entrouvrit les yeux et l'embrassa avec avidité, ne pouvant réprimer des gémissements suggestifs. Maintenant que la drogue irriguait ses veines et animait toutes ses particules, il se sentait libre, il se sentait prêt à tout oser. Le Dilaudid prenait le contrôle de son cerveau et détruisait toutes ses inhibitions.
Reid fît descendre sa main vers le ventre de Glen, cherchant à le toucher.
Le dealer se laissa caresser, fixant de ses yeux mi-clos la main gourmande de Spencer qui le faisait devenir dur, tellement dur… si dur que cela en devenait presque douloureux.
Il observa les mains blanches et fines de Reid, ses doigts longs, aux ongles soignés, ses poignets délicats… La vision de ces mains si féminines posées sur lui, allant et venant entre ses cuisses, le troublait comme il ne l'avait jamais été. Glen n'aurait pas cru être capable de ressentir ça : ce désir aussi intense pour un autre homme, ce plaisir infini d'être touché, léché et caressé par ce jeune agent aux regards amoureux.
Le souffle court, la respiration saccadée, le dealer contrôlait le plaisir qu'il prenait, essayant de se retenir pour ne pas jouir… pas encore.
Spencer chercha sa bouche, l'embrassant avec gourmandise et avidité.
Glen, au bord de l'extase, finit par rompre le baiser, lui mordant violemment la lèvre inférieure. Il écarta la main de Reid, au bord de le faire venir, et il murmura, à bout de souffle : « Aaa-arrête… Sinon je vais… je vais jouir… »
Spencer le fixa de ses grands yeux faussement innocents. Le rose aux joues, il glissa ses lèvres dans le cou de Glen et susurra d'une voix timide et mal assuré : « Je… Je veux te sentir… en moi… » Puis il lui jeta un regard un peu inquiet, attendant sa réaction avec fébrilité.
Glen le regarda soudainement avec un désir sans limites, mêlé à une infinie tendresse. Il prit son visage angélique dans sa main, en une caresse lente, et murmura : « Je n'avais pas prévu de… de te faire l'amour… Je… je n'ai rien pour… »
Spencer se dégagea de son étreinte afin de se pencher vers la table de nuit : « Attends… ». Il ouvrit le dernier tiroir, souleva un gros livre, et il prit, caché en dessous, une boite de préservatif et un petit tube. Il le lui tendit avec un geste un peu maladroit, presque gêné de cet étrange don, qu'il lui remettait comme un cadeau honteux. Puis il baissa les yeux, rougissant au moment de s'offrir à lui : « Prends-moi… », susurra-t-il en déposant un timide baiser sur son épaule.
Glen lui jeta alors un regard de prédateur, se demandant combien d'amants il avait eu, pour combien d'hommes il avait déjà ouvert ce tiroir de la table de nuit… L'esprit de Glen s'emballait, s'embrouillait. Alors qu'il faisait glisser le latex sur son sexe, il pensa même à ce type, ce 'Tobias Hankel', fantôme perpétuellement entre eux : est-ce qu'ils avaient couché ensemble ? Jusqu'où, en réalité, Reid lui demandait-il d'aller dans sa ressemblance avec Tobias et la similitude de leurs relations ?
Lorsque Glen eut enfilé le préservatif, Spencer se retourna, glissant sur le lit afin de se mettre à plat ventre.
Devant la courbe de ses fesses et la cambrure de ses reins, Glen ne put réprimer un gémissement. Il était désormais incapable de penser, incapable de réfléchir. Son esprit était comme dévoré par ce désir de lui faire l'amour, cette obsession de jouir de lui, de jouir en lui, de le pénétrer et de le posséder complètement.
Et lorsqu'il entra en lui, le plaisir physique fût si puissant, si intense, qu'il eut l'impression que son crâne allait exploser… comme s'il s'envoyait un shoot de drogue.
Glen eut alors la sensation étrange de plonger lui-même dans une sorte d'addiction…
A suivre…
