Alicia dut se rendre au cabinet Gardner et Associés pour une affaire contre un avocat du cabinet. Elle passa devant le bureau de Will. Il était là, la tête dans les dossiers. Elle frappa à la porte et entra. Il la regarda sans rien dire et attendit qu'elle dise quelque chose.
« J'ai divorcé »
« J'en ai entendu parler, comme tout le monde »
Les journaux avaient relayé l'information dans tout l'Illinois, bien que Peter et Alicia aient voulu divorcer dans le plus grand secret. Ils se regardaient. Elle espérait voir ce regard qu'il portait sur elle mais il n'y avait rien, hormis cette barrière invisible qu'elle ne savait franchir.
« Je suis désolée Will de tout le mal que je t'ai fait. J'étais au courant que Cary montait son cabinet mais je ne voulais pas le rejoindre et puis notre baiser dans la voiture et ta volonté d'en finir avec ce mauvais timing. C'était l'occasion rêvée de partir avec lui. Je m'excuse de ne pas t'avoir prévenu que je partais pour mieux revenir, je l'ai fait à cause de toi. J'attendais que notre affaire avec Cary se stabilise pour demander le divorce à Peter, mais c'est finalement lui qui a pris cette décision "
Will ne dit rien. Alicia attendit en le regardant mais il n'avait aucune émotion, il n'était pas resté figé comme lors de son départ.
« Il n'y a pas de pardon à la trahison et encore moins de futur. Il n'y a plus rien Alicia »
« Alors c'est trop tard ? »
« Oui. J'étais trop tôt, tu étais trop tard. Le mauvais timing »
« Alors nous passons toutes ces épreuves pour nous réunir enfin et on ne peut se réunir parce que tu ne le veux plus ? »
« Comment veux-tu que je sois au courant de nos projets si tu ne me dis rien ? Je suis avocat, pas voyant »
Il y eut un silence.
« Je ne m'excuse pas de ne plus t'aimer »
« Eli m'a révélé le deuxième message que tu m'avais laissé sur le répondeur. Tu m'aimes depuis Georgetown »
« Je t'aimais », rectifia-t-il.
Will le lui dit dans les yeux.
« Je t'attendrai Will. Autant que tu m'as attendu »
Elle se leva et déposa devant lui une clé sur le bureau. Will la regarda. Sa clé d'appartement. Will poussa la clé à l'extrémité du bureau.
« Reprends-la », lui dit Will.
Alicia partit. Sans la clé. Elle s'arrêta devant la porte et se retourna.
« Ce n'est pas seulement moi que tu condamnes Will, c'est toi »
Le lendemain matin, Alicia découvrit la clé rangée dans une enveloppe au nom du cabinet Gardner et Associés. Elle imagina Will entrer dans l'immeuble, se remémorant ses souvenirs de leurs soirs fugitifs et abandonnant tout ce qu'ils avaient vécu et tout ce qu'il pourrait vivre dans cette boîte aux lettres. Elle ne savait plus comment faire pour qu'il accepte cette trahison qui n'en était pas une à ses yeux.
Alicia attendait sa fille à la sortie de l'école. Grace montait dans la voiture.
« Où habite Will ? »
Grace la regarda, surprise de la question.
« Je n'ai pas à te le dire »
« Je pourrais te suivre le soir quand tu le rejoins »
« Fais-le mais je ne te dirai pas où il habite »
Alicia ne suivait pas sa fille le soir. Elle considéra comme personnelle la relation entre Will et Grace et ne devait pas s'en mêler. Pas pour tout gâcher.
Will rejoignit sa voiture et sortit du parking. Alicia le suivait. Il s'en aperçut aussitôt. Il sortit de la ville de Chicago et roula sans but précis. Elle le suivit. Par chance, Will avait le plein de sa voiture, Alicia non. Il poursuivit sa route pendant qu'elle tomba en panne en pleine nuit au beau milieu de nulle part. Will repassa deux heures plus tard de l'autre sens, s'arrêta à son niveau et éteignit son moteur. Alicia ne savait pas quoi faire : le laisser se réjouir du spectacle ou monter dans sa voiture. Elle prit le risque de monter dans sa voiture, la portière était ouverte et s'installa du côté passager. Will ne la regarda pas mais partit dans un monologue où Alicia l'écoutait attentivement.
« Je ne sais pas dans quelle langue te le dire, je ne sais pas quel geste je dois faire pour que tu comprennes que je ne veux pas être avec toi. Quand tu nous as annoncé ton départ, j'aurai pu éclater comme un gosse en sanglots. Je l'ai fait mais chez moi. Sur le moment, j'aurai voulu te tuer. Sentir mes mains autour de ton cou. T'étrangler. Sentir ton dernier souffle sur moi. Voir tes yeux rougir et s'éteindre. Voir ton corps mort s'écrouler et ton sourire figé. C'est violent ce que je te dis mais je te le dis quand même. Heureusement pour toi, tu avais déjà quitté la salle de conférence. Ton départ a été une cassure et une rupture définitive. Tu ne m'as pas manqué, je n'ai pas pensé à toi hormis d'un point de vue professionnelle. Je suis content pour toi que tes affaires fonctionnent. Je n'oublie pas ce que nous avons vécu, ce que nous aurions pu vivre, ce que nous avons été, ce que nous aurions pu être, ce que j'aurai pu faire pour toi mais que tu ne m'as pas permis de le faire parce que tu ne voulais pas le voir. Peut-être te dis-tu que je vis la même chose que tu as vécu : l'infidélité et le scandale, et que je finirais par te pardonner mais je ne pardonne pas. Tu as enterré à toi seule notre futur et j'ai planté une croix là où nos rêves se couchent »
Tout se bousculait dans la tête d'Alicia et son cœur se serrait.
« Donne-nous une chance », lui dit-elle après un silence.
« Je t'ai laissé des chances que tu as brisé à coups de pioche »
« Je ne savais pas ce que je voulais nous concernant »
« Qu'est-ce que tu veux aujourd'hui ? Comment imagines-tu ton futur ? »
« Etre avec toi »
William dit 'non' de la tête.
« Cesse de rêver Alicia. Transporte tes rêves sur quelqu'un d'autre qui ne connaît rien de toi. De tes caprices, de tes peurs, de tes angoisses, de ta passivité, de tes tortures mentales. De ton sens de la morale. Tu m'as toujours fait pensé à la Justice qui balance le pour et le contre du bien et du mal et qui, finalement, trouve l'équilibre et ne bouge plus, en sachant que ce n'est pas une solution. Ton divorce a été la solution et un excellent départ pour débuter une nouvelle vie amoureuse avec un nouvel homme autre que moi »
Il n'y eu plus aucun mot entre eux jusqu'au retour dans la ville de Chicago. Will déposa Alicia chez elle.
« Je t'attendrai Will »
« Oublie-moi Alicia »
Alicia ferma la porte de la voiture et regarda la voiture de Will partir. Elle se rendit compte que son comportement avait brisé ses rêves, comme les tromperies de Peter qui ont brisé sa famille. Insurmontable. Invivable. Owen lui avait répété la conversation qu'il avait eu avec Will dans la voiture : « Nous n'étions que les amants de la Route de Madison. Un souvenir qui ne s'éteindra qu'à notre mort ». Will ne serait qu'un souvenir qu'elle rencontrera à chaque procès, à chaque réunion, à chaque fois qu'elle le verrait.
