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Chapitre 7
Trêve
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« Allen bon sang… Ne me dis pas que tu as repris les recherches tout seul… » marmonna Lavi à la recherche de son ami dans tout le patelin silencieux.
Pourtant, Marie et lui n'était resté que quelques minutes dans l'église, et une fois de retour à l'auberge, Allen n'y était pas et le teneur du bar en contrebas avait juré ne pas l'avoir vu rentrer. Inquiétés, les deux hommes étaient partis pour le retrouver.
« J'espère que le Central n'est pas tombé sur lui… » espéra Lavi avec anxiété évidente tout en se dirigeant devant une statue ancienne sur la place marchande vide de vie.
« Je ne pense pas, je n'ai pas senti de groupe imposant pénétrer dans la ville, » lui assura Noise Marie qui depuis le début des recherches, essayait de percevoir le moindre indice vibratoire avec son détecteur amplifié.
Au moins une bonne nouvelle, mais Lavi restait inquiet, surtout suite à l'état morose de son ami au pentacle depuis quelques jours déjà.
« Il doit simplement être en train de fouiller les derniers recoins qu'on n'a pas encore traversés, » reprit Marie en ressentant l'angoisse du futur Bookman.
« J'espère… J'espère… » dit alors Lavi tout en fixant la rivière sauvage, plongé dans ses pensées.
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Lorsqu'Allen rouvrit les yeux, il ne s'attendait pas être de nouveau dans la petite cabane qu'il avait précédemment visitée, emmitouflé dans un tas de couverture assis à même le sol, adossé au mur humide. Mais il ignora rapidement le panorama dans lequel il était car il croisa le regard sombre d'un homme qui se tenait à l'autre bout de la pièce, près de la porte, bras croisés et droit comme un « i ».
Kanda… Ce n'était donc pas un rêve… ?
« C'est quoi ces haillons que tu portais… ? Je croyais que tu savais un tant soit peu te fringuer, toi le soi-disant gentleman de la Congrégation, » dit alors le fameux Kanda bougon en plissant les yeux.
Allen cligna plusieurs fois des yeux, se réveillant doucement de sa léthargie. Il remarqua par ailleurs qu'il ne portait plus les mêmes vêtements et inutile de baisser les yeux afin de détailler sa tenue pour remarquer que quelqu'un l'avait changé dans son sommeil. Ses joues rosirent à cette pensée et il enserra plus fermement la couverture contre lui, puis lança un regard boudeur à Kanda.
« C'était les habits de Lavi. Figure-toi qu'on n'a pas vraiment eu le temps de prendre un thé et discuter potins avant de fuir le Q.G… » lâcha Allen en détournant les yeux, conscient que les vêtements trop grands du rouquin lui avaient posé un fichu problème au début de leur périple.
Heureusement que sa cape et son capuchon avaient caché le tout, mais celle-ci avait été aussi retirée et gisait sur le sol à quelques mètres d'Allen, trempée elle aussi.
« Fuir le Q.G… ? Qu'est-ce que tu as encore foutu… ? » s'étonna Kanda en arquant un sourcil.
« Hé, je n'ai rien fait ! C'était intentionnel cette fois-ci ! » s'exclama vivement Allen en fronçant les sourcils, reportant son regard vers Kanda.
Le kendoka haussa finalement les épaules, tira la capuche contre son crâne et plaça l'une de ses mains contre la poignée de la porte close.
« Je m'en fiche de toute manière… » dit-il en restant immobile devant la porte. « Maintenant que tu es réveillé et toujours en vie, je peux m'en aller… »
Il abaissa rudement la poignée de porte fragile et ancienne, mais Allen fut plus rapide, et se leva d'un seul coup, délaissant les couvertures qui tombèrent sur le parquet puis intercepta vivement le poignet de son ami. Le souffle court, les joues brulantes, Allen ignora le fait qu'il était jambes et pieds nus, portant seulement sur le dos le manteau de la Congrégation appartenant à Kanda, boutonné jusqu'au col pour garder le plus de chaleur. Au moins, Kanda avait été consciencieux sur ce coup-là.
« Maintenant que je t'ai trouvé, je ne vais pas te laisser filer, » dit fermement Allen en serrant plus fort le poignet de Kanda.
« Dixit le gamin qui porte un accoutrement ridicule et aux joues aussi rouges qu'une tomate, » railla Kanda en lui jetant un regard sombre sans relâcher la poignée de la porte.
Crédibilité zéro sur ce coup-là.
« C'est ton manteau je te fais dire ! » riposta Allen qui maudit son visage rougi par la gêne et la colère.
« Oui, mais moi je ne le porte pas les jambes à l'air et je ne nage pas dedans ! »
L'odeur de Kanda imprégnait tout l'être d'Allen. Le manteau chaud était bonifiant et Allen sentit son cœur se serrer. Kanda paraissait pourtant si normal, et il l'avait sauvé d'une noyade assurée pour lui offrir son propre manteau, ne gardant certainement que des vêtements non adaptés à l'hiver en dessous de son capuchon long et marron.
Jamais il ne laisserait le Central tué Yû Kanda. Jamais.
Soudain, Kanda lâcha la poignée et porta sa main contre le torse d'Allen pour le faire reculer brutalement. Sous la force de son camarade, l'Anglais recula de quelques pas, encore engourdi par l'hypothermie ancienne et lâcha le poignet de Kanda. À nouveau, il vit quelque chose d'étrange et pourpre briller dans le regard de Kanda.
« Ne t'approche pas, Pousse de soja… Tu as vu ce que j'ai fait ? » s'exclama alors Kanda en portant l'une de ses mains à Mugen accroché à sa ceinture.
Allen bougea doucement les doigts de sa main gauche afin de vérifier qu'il était toujours maître de son corps, prêt à utiliser son Innocence pour se protéger et répondit à Kanda avec force :
« Je sais ce que tu ressens ! Tu te rappelles de ce que j'ai fait à Johnny quand tu m'as retrouvé en Angleterre ? »
C'était un souvenir amer qu'Allen n'aimait pas remémorer. La fois où Neah s'était emparé de son corps pour blesser gravement Johnny alors que Kanda était à l'extérieur était une chose que le maudit ne voulait pas qui se reproduise. Le regard dur de Kanda sembla se détendre soudain à ses paroles, et Allen déglutit, la peur au ventre. Il avait l'impression qu'il pouvait de nouveau perdre son ami en un claquement de doigt.
« Ce n'était pas toi, » dit simplement le Japonais sans bouger.
Il se souvenait lui aussi très clairement du regard d'Allen Walker lorsqu'il était rentré dans la chambre et qu'il avait croisé le corps livide de Johnny. Le regard doré et impassible du Noé.
« Je te retourne la phrase, Kanda. Ce n'est pas toi qui aies fait du mal à Marie. »
Allen paraissait déterminé, mais Kanda savait que si la conversation s'éternisait, les conséquences seraient terribles. Il avait du mal à retenir la colère sourde qui parlait au plus profond de son être, et il comprit que cette chose en lui ne s'était pas encore manifestée car le Allen et son Innocence en face de lui étaient encore affaiblis par la chute du maudit dans l'eau glacée. Mais ce n'était qu'une question de seconde.
« Je dois trouver une solution, seul ! Ou au moins, ne te pointe pas devant moi sans avoir une idée claire afin de pouvoir extirper ce truc de moi ! » s'exclama vivement Kanda en n'arrivant malheureusement pas à lâcher le manche de son sabre.
Allen voyait clairement les muscles de Kanda se tendre, et il n'avait plus une seconde à perdre.
« Kanda, je vais tout t'expliquer, d'accord ? Car tu es en danger. Tout comme nous. Après, on trouvera une solution tous ensemble, OK… ? »
Avec hésitation, le maudit fit un pas en avant pourtant toujours sur ses gardes. C'était sa chance, il n'allait plus laisser Kanda fuir, ça c'était hors de question.
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Alors que David vidait un cinquième chargeur de réelles balles contre le corps criblé d'un pauvre homme dans l'arrière-boutique d'une petite ville autrichienne, Jasdero frappait sans scrupules le crâne de la victime avec la crosse de son révolver.
« Mais vous avez craqué ou quoi les jumeaux… ? » intervint Tyki qui était en train de compter les billets de banque qu'il avait récupérés dans un pot dissimulé par le vendeur. « C'est bon il est mort, MORT. Il vous faut quoi de plus pour vous le prouver ? Qu'il agite un petit drapeau blanc ? »
« Ceci équivaudrait à dire qu'il est toujours en vie, s'il bouge… » glissa Sheryl qui portait un tas de colliers de perles complexes dérobés dans la boutique.
« C'est une expression… » s'exaspéra le Noé du Plaisir en rangeant tous les billets dans sa poche de pantalon impeccablement repassé.
Après un dernier tir de pistolet dans le corps mutilé et méconnaissable du vendeur, David fit tournoyer l'arme autour de son doigt pour la ranger avec précision dans le cache et se retourna vers Tyki et Sheryl.
« Comme ça on est sûr que c'con de bras droit est mort pour de bon ! » annonça-t-il comme si cela était une évidence même.
« Il avait qu'à pas nous refiler tout le sale boulot maintenant qu'on a un connard de Diable à traquer ! » renchérit Jasdero en sautant sur le comptoir qui tangua sous son poids, pour se maintenir de façon accroupie.
Tyki soupira tout en frottant le plat de sa chaussure sur le sol en bois afin de retirer le sang visqueux qui avait coulé jusqu'à lui et Sheryl empoigna vivement un vase argenté tout sourire.
« Maintenant que l'on a la marchandise, allons rendre une petite visite à Curse, » dit-il ironiquement alors que les jumeaux louchaient sur le vase maudit avec envie.
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Adossé à la porte de la petite cabane et écoutant sérieusement le récit d'un Allen simplement vêtu d'un manteau d'Exorciste qui lui faisait presque office de robe, Kanda faisait tout pour calmer son souffle et ne pas engendrer le même accident que dans la salle d'entrainement.
Allen ne s'était pas approché plus, par crainte que Kanda ne lui saute dessus ou fui à nouveau loin d'ici, et lui avait donc raconté l'histoire de Curse, du vase, et en était venu aux paroles cruelles de Luberier quant à son futur assassinat. À ces paroles, Kanda avait juré tout bas, ne s'étonnant même pas de la décision du Central dans l'ombre de tout ça.
« C'est pour ça qu'avec Lavi et Marie, on est venu te protéger… » finit Allen.
« Je n'ai pas besoin d'être protégé, » répliqua Kanda durement.
« Peut-être que le mot est mal choisi, mais si l'on ne fait rien, soit Curse aura ta peau ou bien ça sera le Central. »
Puis, le silence se fit et Kanda fixa intensément le sol de la petite cabane, plongé dans ses pensées. Seul le son du vent et des amas de neige qui tombaient de branche en branche se faisaient entendre et brisaient cette bulle silencieuse.
« Merci de m'avoir sauvé, » glissa soudain Allen en essayant de capter le regard de son ami.
Il était pourtant honteux de dire que sans lui, Allen se serait surement noyé tout seul, et Neah l'aurait maudis sur une centaine de génération.
« Comme si tu m'avais laissé le choix ! » répondit Kanda en se réveillant de sa torpeur. « Maintenant dégage ! »
Et il tira violemment la porte de la cabane, provoquant à un lourd paquet de neige de tomber du toit à quelques centimètres de ses bottes, mais Allen le tira encore une fois par le pan de sa cape tombante, décidé à ne pas le laisser s'en aller.
« Je ne peux pas te laisser, Kanda ! Tu es revenu pour moi, alors je fais de même pour toi ! » s'exclama-t-il en se remémorant l'Angleterre avec Johnny.
« J'ai réglé ma dette envers toi et tu n'as plus rien à me rendre, » dit-il d'un ton catégorique sans se retourner, continuant d'avancer malgré la poigne d'Allen.
« Ce n'est pas question de dette, imbécile ! Tu es mon ami ! Je fais ça parce que je le veux ! » rétorqua vivement Allen en tirant plus fort mais étant pourtant entrainé à l'extérieur avec Kanda. « Ne m'oblige pas à utiliser mon Innocence ! »
Mais Kanda tira plus fort sur sa cape pour le faire lâcher prise et entreprit quelques pas dans la neige.
« Si tu continues, ce Curse va te buter, idiot ! DÉGAGE ! »
Un autre coup tiré sur la cape obligea Allen à faire deux pas dans la neige glaciale qui brûla ses pieds nus, mais il tint bon et activa son Innocence pour agripper le bras de Kanda à l'aide de sa main puissante.
« On sait se défendre, Kanda ! Viens avec nous, on va trouver une-… »
« Vous savez peut-être vous défendre, mais tu es trop naïf ! » cingla Kanda en sentant clairement les griffes d'Allen presque déchirer le tissu qui faisait rempart avec la peau de son bras. « Vous n'oserez pas me faire du mal alors que Curse veut vous abattre ! Vos manies de héros vont vous perdre ! »
Les dents d'Allen claquaient violemment et il ne sentait plus ses pieds tant le froid était puissant sur son corps à moitié nu. Mais il ignora ce froid et garda son regard rivé dans celui de Kanda.
« Tout seul, tu n'as aucune chance ! » dit-il en plaquant sa deuxième main contre le bras libre de son ami.
Le souffle de Kanda devint erratique, la colère se lisait à nouveau dans son regard et pourtant il ne fit pas mine de se dégager de son étreinte.
« Je-… Je ne veux pas te perdre, KANDA ! »
Et suite à ses paroles profondes et lourdes en émotions, Allen lâcha Kanda, désactiva son Innocence et entoura le cou du kendoka de ses bras chancelants. Dans ce geste doux, il espéra apaiser son homologue masculin et montrer à Curse qu'il n'était plus une menace en dissimulant partiellement son pouvoir.
Alors qu'il serrait le corps de Kanda fermement contre le sien, menton posé contre son épaule large, Allen le sentit se raidir et son cœur s'agita.
Pourvu que je ne fasse pas une autre bêtise… ! supplia intérieurement le garçon aux cheveux blancs tout en fermant les yeux, profitant de l'odeur enivrante et familière du japonais.
Soudain, il sentit des bras eux aussi tremblants entourer le bas de son dos et son corps fut hissé à quelques centimètres hors de la neige, libérant ses pieds nus du manteau glacial. Allen pouvait sentir le cœur de Kanda ralentir l'allure contre le sien, et Kanda le transporta jusqu'au perron en bois et le déposa doucement sur la dernière marche, dépêtré de la neige.
Puis, il plaça ses larges mains contre les bras amaigris d'Allen afin de l'intimer de le lâcher, et lentement, Allen le laissa faire. Ils étaient dorénavant face à face, le plus jeune à la même taille que Kanda qui était placé sur la marche inférieure, et les mains chaudes de Kanda étaient toujours contre les avant-bras du maudit.
Allen pouvait voir que dans les yeux de Kanda, la lueur d'irritation et dangereuse s'était calmée et ceci ne pouvait être qu'un bon signe.
Puis, comme honteux de son geste, Kanda détourna les yeux et lâcha prestement le corps du Moyashi, puis se racla la gorge, n'osant le regarder de face.
« Moi aussi… » finit-il pas avouer d'une voix quasiment inaudible, mais pas pour Allen qui l'écoutait d'une oreille attentive. « Je ne veux pas te perdre. Alors tu sais pourquoi j'agis comme ça. »
Le cœur d'Allen se gonfla de joie et d'émotion et il sentit la peau de ses joues brûler vivement. Surement était-ce l'une des plus belles choses qu'il avait entendue venant tout droit de la bouche de son béguin. Ou peut-être était-ce parce qu'il n'aurait jamais imaginé entendre ceci de la part de Kanda.
« Kanda, je… Je-… »
Devait-il tout lui avouer ? Il lui avait semblé que le cœur de Kanda s'était apaisé suite à leur chaude étreinte, mais ceci équivaudrait à dévoiler ses sentiments et à peut-être se faire rejeter pour toujours.
« Je suis sérieux, il faut que j'y aille avant que ça ne finisse mal, » reprit Kanda en quittant la dernière marche du perron.
« Kanda, attend… Tu-… Il faut que je te dise quelque chose. »
Mais le doute le gagna de nouveau lorsque Kanda serra les dents et plaqua vivement une main contre son crâne visiblement douloureux, et que les veines saillantes se firent entrevoir à travers la peau de son cou et de ses tempes.
« Casse-toi… Allen… S'il te plaît… »
Deux choses interpellèrent le maudit qui se paralysa sur place. Ce fut d'abord la présence de son prénom articulé parfaitement dans sa phrase, mais aussi le ton presque suppliant de Kanda qui semblait combattre Curse à l'intérieur.
Il avait tué trop d'innocents et ne souhaitait pas qu'Allen fasse partie lui aussi de ses victimes. Surtout pas lui.
« Kanda, bats-toi ! » s'exclama Allen en activant son arme-anti akuma.
Il récupéra d'une main l'épée sainte, espérant que cette arme puisse être d'une quelconque utilité contre le diable. Cette lame détruisait les ennemis de Dieu, et Curse en était un. Il ne quitta pas son ami souffrant des yeux et fit un pas sur la dernière marche, prêt à essayer de liquider Curse par l'intermédiaire de sa lame.
Mais un rire sombre et grinçant appartenant pourtant aux cordes vocales de Kanda se fit entendre et résonna dans toute la neige alentour, faisant écho longuement dans les oreilles rougies par le froid du Walker. L'anxiété comprima son estomac et il serra plus fermement le manche dans sa main libre.
« Cette lame est trop faible pour terrasser un être tel que moi, » fit soudain Kanda se redressant, offrant un vil sourire à Allen. « Neah… »
Cette voix était pourtant la sienne, mais le ton ne l'était malheureusement pas. Ni ce regard. Ni ce sourire.
« Kanda… C'est Allen. Pas Neah, » tenta Allen du tout pour le tout, abaissant son épée pour montrer qu'il n'était pas une menace.
Mais un très mauvais pressentiment lui était donné, celui que Yû Kanda avait laissé place temporairement à ce Curse destructeur. Le sourire de son interlocuteur s'agrandit et il haussa les épaules.
« Allen, Neah… Vous êtes la même personne de toute manière, » lâcha Kanda avec une soudaine hargne.
Et aussi vif que l'éclair, il dégaina Mugen et fila vers Allen qui affaissa son arme en avant pour parer l'attaque meurtrière qui lui était offerte.
« Kanda ! Ne le laisse pas faire ! » cria Allen une fois que le coup puissant eut atteint la lame sainte.
Mais il semblait ne pas l'écouter et de sa main libre, Kanda plaqua sa paume de main contre le torse d'Allen qui fut incapable de le voir venir tant il était rapide. Et suite à ce toucher étrange, Allen sentit ses poumons se serrer et l'épée qu'il maintenait fermement se dématérialisa pour redonner vie à son bras gauche.
Il cria de douleur suite au manque d'oxygène qui allait de pair avec son corps meurtri et glacé et son dos percuta violemment le mur de la cabane. Il remarqua avec horreur que son Innocence était paralysée et qu'il était incapable de se défendre. Incapable d'appeler à l'aide.
Alors qu'une main vint agripper son cou pour le maintenir fermement contre la surface plane derrière lui, Mugen s'éleva dans les airs, prêt à lacérer son corps tremblant. Allen ferma les yeux, dérouté par la puissance dévastatrice de Curse à l'intérieur de son ami.
Non, Kanda !
Il tenta de se défaire de sa prise, mais il était trop tard, jamais il ne pourrait parer cette attaque assassine. Mais soudain, une vive lumière envahit leur espace visuel à chacun et Allen sentit les doigts de Kanda quitter la peau de son cou et la paralysie de son corps le quitter. Il tomba donc en avant, mais un petit corps arrêta sa chute et tout autour de lui, ce ne fut que du noir.
Ses genoux regagnèrent avec douceur un sol opaque et qui reflétait son corps tout entier. Allen entrouvrit faiblement les yeux, main contre son cou douloureux, et croisa son reflet au visage pâle et aux cernes violacés bien marquants.
« Allen, est-ce que ça va aller ? »
Une petite main vint se poser contre son épaule, réconfortante et protectrice, et Allen reconnut illico cette intonation de voix. Serrant son poing libre contre le sol noir, il pivota la tête vers la source de la voix, et croisa le regard inquiet de la Noé au visage enfantin. La fillette semblait le dévisager de ses yeux dorés, cherchant la moindre trace de blessure.
« Respire, et évite de bouger, » lui intima-t-elle en le sentant trembler contre sa paume.
Allen déglutit et massa la peau rougie de son cou, puis passa une autre contre son cœur au rythme rapide. Ça y est, il avait compris. Il se trouvait dans un des rêves protecteurs de Road Kamelot. Elle était venue le sauver comme il y a quelques mois contre Apocryphos.
« Je-… Il ne faut pas laisser partir Kanda… » articula Allen en essayant de se hisser debout.
« J'ai marqué son corps d'un sort de filature, ou qu'il aille, on le débusquera rapidement, » expliqua la petite Noé en aidant Allen à se lever. « Vas-y doucement. Curse a empoissonné ton Innocence. »
« Qu-… Quoi ? »
Allen tira rapidement sa main gauche sous ses yeux, ouvrit et referma ses doigts pour vérifier l'état de celle-ci, et activa son Innocence qui tirailla tout son corps. Alors qu'il serrait les dents sous la douleur, Road frappa l'arrière de son crâne avec un certain parapluie qui cria d'offuscation.
« Je t'ai dit d'y aller mollo, » reprit la fillette alors qu'Allen désactivait son Innocence tout en gardant son poignet gauche enserré autour de sa main droite. « Il va te falloir quelques heures pour t'y remettre. »
Sa main était douloureuse et Road n'avait pas l'air de mentir, de plus, ils étaient eux aussi les Noé, des ennemis de Curse.
« Il a paralysé temporairement ton Innocence, et il peut en faire de même pour les Noé, » fit soudain une voix étrangement joyeuse derrière lui.
Road et Allen se retournèrent vers ce qui se révélait être Sheryl, accompagné de Tyki, Wisely et des jumeaux, et soudain, l'Exorciste se sentit à l'étroit dans cette assemblée.
« Oï, gamin, » le salua Tyki en levant une main. « C'est quoi cet accoutrement ridicule ? T'es en robe de nuit… ? »
Il va falloir se serrer les coudes pour parvenir à leurs fins.
Merci pour vos gentils messages, thanks, gracias, graze, danke ! (car ça a l'air rébarbatif de toujours dire merci)
Prochaine chapitre : Un piège mortel
(« mortel » au sens premier du terme aha)
