Le soir des dix-huit ans de Natsu, plusieurs personnes frôlèrent la crise cardiaque. D'abord, Natsu lui-même, ainsi que Jubia, quand ils virent Grey débarquer dans le hall, vêtu d'un costard très ajusté. Jubia, attablée avec Kanna et Lucy, s'immobilisa comme si elle venait de se prendre une gifle, puis devint écarlate. Quant à Natsu, il crut que sa mâchoire était tombée par terre. Il laissa Grey se mêler aux invités et alla avaler un peu de feu dans la cuisine – sa manière à lui de reprendre ses esprits. Ensuite, il y eut Erza, quand elle aperçut Jellal se glisser dans la foule des invités. Natsu n'était pas sûr qu'il allait répondre à son invitation, mais apparemment, il n'avait pas pu résister à l'envie de voir Erza. Cela faisait plusieurs mois qu'ils ne s'étaient pas croisés. Jellal était devenu un chasseur de mages noirs et passait sa vie sur la route, solitaire. Il était toujours dangereux pour lui de se montrer en public, mais ce soir, il était entouré sinon d'amis, de personnes assez loyales envers Erza pour garder le secret sur sa présence. Il fendit la foule en évitant les regards, et se retrouva soudain nez à nez avec Titania, qui lui lança un regard dont l'ardeur le figea sur place. Elle faisait pourtant tout pour contrôler ses émotions et son attitude, cela se décelait à sa raideur, et il songea qu'elle n'avait pas conscience de la façon dont elle le dévorait des yeux. Malgré lui, il en fut heureux. Il lui sourit un peu timidement, et son cœur manqua un battement quand elle lui prit la main. Il ne put s'en empêcher : il la serra dans ses bras et la sentit frémir contre lui.
« Jellal... dit-elle d'une voix tremblante quand ils rompirent l'étreinte. Qu'est-ce que tu fais ici ?
— Natsu m'a invité...
— Natsu ? répéta-t-elle d'un air confus.
— Erza... Je suis simplement venu parce que j'avais envie de te voir. Je n'attends rien de toi. Je suis juste heureux de te voir.
— M-moi aussi, Jellal. Viens, allons nous asseoir. »
Le mage la suivit jusqu'à une table isolée dans un coin du grand hall et ils prirent place l'un en face de l'autre, sans trop oser se regarder. Alors qu'ils contemplaient leurs pieds d'un air gêné, Mirajane eut le bonne idée de venir leur servir des pintes de bière. Chacun prit la sienne avec un peu trop d'empressement. La tension était palpable et ils finirent par éclater d'un rire embarrassé. Aussitôt après, Erza reprit un air sérieux.
« Jellal, ce n'est pas trop dangereux pour toi de te montrer ici ? demanda-t-elle.
— Tous les risques que je prends sont calculés. Et puis, si je ne fais pas confiance aux membres de ta guilde, à qui d'autres ? Je me sens en sécurité à Fairy Tail. »
Cette affirmation parut faire plaisir à Erza, qui rougit légèrement.
« Bien... Je suis contente. Je ne m'attendais pas à te voir... Mais je suis contente. »
Elle le regarda plus attentivement et fut saisie en constatant à quel point il avait peu changé. À travers la maigreur et la rudesse de ses traits fatigués, elle voyait toujours très distinctement le gamin de son enfance, celui qu'elle avait aimé, celui qui lui avait attribué son patronyme : Erza Scarlet. Et elle l'aimait toujours, réalisa-t-elle. Elle l'aimait plus que tout, en dépit de tout ce qui les séparait, en dépit de tout ce qu'il avait fait. Il avait tué Simon, il avait failli la tuer, il avait failli tuer Natsu... Et pourtant, elle l'aimait.
« Je suis content aussi... dit-il sans la regarder. La vérité, Erza, c'est que j'ai du mal à supporter d'être longtemps loin de toi. »
Elle s'apprêtait à répondre quand il reprit dans un souffle :
« Mais je me demande souvent si nous serons jamais réunis. J'ai gâché ta vie, Erza, et celles de nos amis. Je suis encore en vie uniquement parce que j'espère non pas me racheter, car c'est impossible, mais au moins vivre dignement. Je n'ai pas le droit de prendre la fuite. Je dois chaque jour contempler mes actes.
— Et jusqu'à quand, Jellal, vas-tu te faire du mal ? demanda doucement Erza. Tu as dit toi-même que tu ne pourrais jamais te racheter... Alors fais honneur à la vie que tu as choisi, et vis-la pleinement.
— Mais...
— Tu dois apprendre à vivre sans le pardon, et tu dois apprendre à aller de l'avant. Si tu continues de rester dans le passé, tu ne deviendras jamais cette personne que tu voudrais être.
— Erza, je ne mérite pas d'être heureux !
— Le bonheur ne se mérite pas. Il se saisit, il se vit, il se partage. Jellal, je... Je resterai toujours à tes côtés. Je... je t'aime toujours... »
Il la regarda enfin, le souffle coupé.
« Qu'est-ce... Qu'est-ce que tu as dit ?
— Je pense que tu as très bien entendu », dit-elle en lui prenant la main par-dessus la table.
Ses doigts étaient froids et moites. Elle les serra dans sa paume.
« Je t'aime aussi, Erza. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. »
Il se leva et fit le tour de la table. Elle quitta son siège à son tour et se laissa envelopper de ses bras. Leurs lèvres se joignirent pour la première fois, et à cet instant, une blessure qu'ils avaient tous les deux porté toute leur vie guérit en eux, laissant place à un vibrant sentiment de paix.
« Hé, hé, regarde ça ! » gloussa Kanna en montrant à Lucy Erza et Jellal qui s'étreignaient. « Enfin ! Je croyais qu'ils étaient tous les deux trop coincés pour que ça arrive un jour ! Merci l'alcool !
— Kanna !
— Ben quoi ? J'ai pas raison ?
— Mmh. Peut-être un peu », admit Lucy en souriant.
Depuis leur retour de Satsuma, Kanna allait beaucoup mieux. Elle portait toujours un amour immodéré pour la boisson et affichait toujours une mauvaise humeur de façade, mais Lucy la trouvait épanouie, presque rayonnante. Se délivrer de ce secret qui l'avait hantée pendant toutes ces années lui faisait un bien fou. Lucy posa la tête sur son épaule, une main sur sa cuisse.
« Tu as vu tout le monde qui est venu, c'est génial !
— Natsu a pas mal d'amis... Pas vraiment étonnant. Il est exaspérant, mais c'est difficile de ne pas l'aimer.
— C'est vrai...
— Viens, ma bouteille est vide ! Il m'en faut une autre ! »
Elles allèrent rejoindre Natsu au bar, qui s'amusait à épater ses invités en enflammant des cocktails. Quand il aperçut Kanna, le chasseur de dragons se précipita dans sa direction.
« Kanna ! C'est vrai ce qu'on dit ? T'es vraiment la fille de Gildarts ?!
— Pourquoi ? T'es jaloux ?
— Évidemment !
— Je te rappelle que ton père à toi est un dragon... » intervint Lucy.
Natsu fronça les sourcils, pesant cette réponse. Puis, son visage s'éclaira.
« C'est vrai ! Un dragon, ça peut battre même Gildarts...
— Chose que toi, tu n'es pas près d'accomplir, le provoqua Kanna.
— Pour l'instant ! Ce n'est qu'une question de temps, et ton vieux le sait très bien, ajouta-t-il avec un petit rire d'anticipation.
— Ouais, ouais. J'ai hâte d'assister à la prochaine raclée.
— C'est ce qu'on verra, Kanna. Cette année, je vais m'entraîner plus dur que de dragons, démons, mages de rang S... Je pourrai tous les vaincre.
— C'est quoi déjà ce que tu aimes bien dire à Grey ? 'C'est important de croire en soi' ? se moqua Kanna.
— Rigole autant que tu veux, je suis sérieux.
— Ah, mais je sais que tu es sérieux. Mais assez discuté, je me dessèche. Passe-moi une bouteille. Et ne t'avise pas d'y mettre le feu : je veux tout mon alcool intact ! »
Pendant ce temps,Grey, de l'autre côté du bar, se sentait largement éméché. Il regarda son cocktail vert d'un air perplexe : il ne savait même pas ce qu'il y avait dedans. À ses côtés, Leon tenait mieux la route, s'amusant de le voir aussi bavard et détendu.
« Fais attention, lui dit-il de son air docte. La soirée est loin d'être terminée, tu ferais mieux de passer à l'eau.
— Ouais, ouais, je sais. Je bois pas souvent, c'est pour ça...
— Tu te souviens de la fois où on a sifflé le vin de Oul en cachette ?
— Oh, putain... Comment je pourrais oublier ça ? On en a été malades pendant deux jours et elle nous a mis la raclée du siècle...
— Oui, mais c'était marrant. Tu t'étais mis en tête de faire un hippopotame de glace. C'était ta période hippopotame, dit-il en haussant les épaules. Après, il y a eu la période hibou...
— Tu peux parler, toi, protesta Grey, avec ton obsession de fabriquer des figurines de Jura... Il y avait tous les détails, même les petits sourcils et les petites moustaches en apostrophe », ajouta-t-il en s'esclaffant.
Leon sourit. Il était vrai qu'il avait toujours été un fan de Jura. Avoir pu rejoindre sa guilde le comblait.
« Elle s'est bien occupée de nous... Même si elle t'a fait prendre de sales habitudes, remarqua Leon en jetant un regard appuyé sur les jambes nues de Grey.
— Merde... Je sais pas ce que j'ai foutu de mon pantalon ! »
Tard dans la soirée, Gajeel put prendre le micro sans que les gens ne cherchent à le déloger de la scène. Il entama une chanson fantasque comme à son habitude, mais dont les notes parvenaient aux auditeurs presque douces et presque sensuelles quand on écoutait bien le timbre rocailleux de sa voix. Ça pouvait passer pour un slow, alors Grey, qui avait retrouvé ses fringues, invita Natsu à danser. Il l'entraîna en plein milieu du hall dans la lumière tamisée et l'enlaça, le regardant avec un demi-sourire.
« Je ne comprends pas comment les gens font pour ne pas tomber amoureux de toi, murmura-t-il. Tout le monde devrait être amoureux de toi.
— Grey... Tu es ivre ?
— Peut-être un peu », admit le mage de glace en se rapprochant de son partenaire de danse.
Remarque, quand Natsu le voyait ainsi, vêtu d'un costume noir impeccable et d'une chemise bordeaux ornée d'une cravate nouée lâchement, il se faisait à peu près la même réflexion. Grey bougeait avec une élégance naturelle dont il n'avait absolument pas conscience, ce qui le rendait encore plus attirant. Le mage de glace avait bien plus de succès que lui : Jubia était encore amoureuse de lui, et il avait la certitude que Leon l'était un peu aussi, même si lui-même l'ignorait peut-être. Et puis il y avait aussi cette demi-douzaine de nanas sur l'île de Galuna, et... Bob, le maître de guilde de Blue Pegasus. Pas grand-chose à craindre de ce côté, cela dit : Grey en avait peur !
Grey se rapprocha encore et se pencha pour l'embrasser doucement. Natsu recula en rougissant.
« Grey, arrête... Y a du monde...
— Et alors ? De toute façon, j'y peux rien, t'es trop craquant. Impossible de te résister. »
Et de nouveau, il happa ses lèvres entre les siennes. Elles étaient froides et douces comme la neige, elles avaient un léger goût de sel et d'alcool. Natsu lui rendit son baiser, à la fois gêné, crispé et ravi par cette démonstration de tendresse en plein milieu du hall de la guilde. Les doigts frais de Grey lui effleurèrent la nuque, lui donnant la chair de poule.
« Et toi ? Tu l'as travaillé, ce côté brun ténébreux ? » demanda-t-il quand leurs lèvres se séparèrent.
Grey l'observa avec surprise. « Moi, brun ténébreux ?
— Ouais, tu parles peu et tu cultives le mystère. Ça fait craquer plein de gens.
— Ah oui ? Comme qui ?
— Pff, tu le sais très bien, espèce de tombeur. »
Grey sourit et secoua la tête sans répondre, puis il recommença à l'embrasser.
« Et toi, qu'est-ce qui te fait craquer ? demanda Grey. Je pense que pas que ce soit le côté brun ténébreux...
— Depuis qu'on est gamins, tu me fais sortir de mes gonds. Qu'est-ce que la guilde serait chiante, sans toi ! »
Grey eut un petit rire étouffé.
« Si je t'avais dit il y a deux ou trois ans qu'on en serait là aujourd'hui, je me serais pris la raclée du siècle...
— Tu y avais déjà pensé ? Ou c'est venu d'un seul coup ?
— Je crois que pendant un moment, j'étais trop borné pour savoir ce que je ressentais. C'est seulement quand tu m'as sauvé la vie que ça s'est débloqué.
— Tu as toujours agi comme si tu savais que j'allais venir vers toi...
— Oh, non. Ça, c'était du bluff...
— C'est vrai ? Eh bah... Rappelle-moi de pas jouer au poker avec toi. »
Grey déposa un baiser sur le sommet de sa tête, même s'il savait que cela avait le don de l'énerver, puis il passa un bras autour de sa taille et colla son bassin contre le sien.
« Bon, on dirait qu'on va devoir rester comme ça un moment, sourit-il en constatant qu'il n'était pas le seul à avoir une érection.
— Alors arrête de m'embrasser et de te coller comme ça à moi, sinon ça va jamais passer ! »
Évidemment, Grey ne l'écouta pas.
Plus tard...
Natsu se réveilla, affalé sur une banquette, la tête posée sur une épaule au parfum familier.
« Grey... dit-il d'une voix ensommeillée.
— Non. Moi, c'est Leon. »
Le chasseur de dragons bondit. « Je... euh... Désolé. Où est Grey ?
— En haut. Je pense qu'il t'attend.
— Alors pourquoi tu m'as pas réveillé ?
— Il avait besoin d'un peu de temps.
— Hein ?
— Il a dit : 'j'ai quelque chose à faire'. Personnellement, j'ai ma petite idée sur la question. Mais vas-y, tu verras bien de quoi il s'agit. »
Natsu dévisagea Leon avec perplexité.
« Bon, bah si tu le dis... C'est sympa d'être venu, Leon.
— Votre guilde est cinglée et bruyante, mais elle a du charme, commenta le mage de glace d'un ton neutre. Et puis, la bière est aussi bonne qu'ailleurs. Bonne nuit, Natsu. Et... joyeux anniversaire... » ajouta-t-il avec une lueur malicieuse dans ses yeux clairs.
Natsu, encore un peu endormi, lui adressa un hochement de tête et se dirigea vers l'étage. Il était tard : le hall était presque vide. Depuis combien de temps dormait-il, au juste ? Il grimpa les escaliers quatre à quatre et frappa à la porte de Grey, qui lui répondit d'entrer.
« Bien. Maintenant, on peut enfin passer aux choses sérieuses. »
La mâchoire de Natsu faillit tomber sur le sol pour la deuxième fois de la soirée. Il n'était pas ivre au point de voir double, et pourtant, de part et d'autre du lit, il y avait deux Grey qui l'observaient avec le même demi-sourire.
« Mais... c'est quoi, ce bordel ? demanda-t-il d'une voix éteinte.
— Ah ! J'étais sûr que tu ignorais que je pouvais faire ça ! Tant mieux. Ça faisait longtemps que j'attendais l'occasion d'utiliser ce sort avec toi. Je pense que tu auras du mal à trouver qui est le vrai...
— Tu veux dire que...
— Oui. L'un d'entre nous est un double de glace.
— Wow...
— En effet. Allez, approche... »
Natsu obéit, circonspect. Les deux Grey se levèrent et se placèrent à sa droite et à sa gauche. Il retint son souffle tandis qu'il se sentait agrippé par deux mains, l'une dont les doigts glacés se nouèrent autour de sa nuque, l'autre au creux entre les fesses et les cuisses. La sensation de froid sur sa peau brûlante déchaîna une cascade de frissons crépitant à la surface de son corps comme un incendie. Les deux autres mains vinrent se poser sur son sexe, enveloppant son érection d'une étreinte ferme et froide. Il s'immobilisa complètement, saisi par la violence des signaux nerveux qui parcouraient son épiderme et creusaient ses muscles à mesure que les doigts affirmaient leur emprise. Une seule main resta sur sa verge tandis que les autres s'affairaient à le déshabiller avec une dextérité surprenante. Il se retrouva nu, parcouru de tremblements de froid, d'anticipation et de désir, pris en tenaille entre deux corps glacés qui se répandaient partout sur sa peau, des doigts et des lèvres traçant sur les lignes de ses os des parcours érotiques qui lui arrachèrent un gémissement. Gémissement qu'il étouffa, parce qu'il était presque terrifié, terrassé par l'ampleur de la sensation, par la sensation décuplée d'être doublement offert à ce corps familier.
Il se sentit poussé en arrière et tomba sur les draps tièdes et froissés. Il ferma les yeux et sentit une bouche se refermer sur son téton gauche, joueuse et presque douloureuse, tandis qu'une autre explorait la racine de sa queue, entre ses testicules et son anus. Puis la bouche remonta le long de sa verge et captura son gland. Quelques coups de langue acérés lui firent cambrer les reins et presque oublier toute maîtrise de lui-même. Son dos se tendit à s'en rompre, tandis qu'un doigt se glissait dans son anus et appuyait sur la paroi inférieure, éveillant un plaisir qui lui embrouilla l'esprit pour de bon.
Soudain, toutes les mains se détachèrent de lui et une paire de bras le redressa sur le lit. Il se retrouva à genoux sur les draps tandis que l'un des deux Grey se glissait entre ses cuisses et effleurait son anus du bout de sa verge, l'autre s'agenouillant pour happer son sexe entre ses lèvres serrées. Il se crispa, ouvrit les yeux pour regarder la tête échevelée qui lui suçait la queue, et au même moment, il hoqueta, empalé par une verge froide et dure. Il lâcha l'expiration bloquée dans sa gorge, soutenu par ses bras passés autour de son torse, mélangeant sa chaleur torride à la froidure de la glace dans ses entrailles. Deux ou trois coups de reins plus tard, il se mit à gémir haut et fort, travaillé par une pulsion d'une puissance incompréhensible alors même qu'il s'abandonnait à la brutalité de cette bouche et de cette queue. La langue et les lèvres grimpaient et descendaient sur sa verge, impitoyables, stimulant un réseau enfoui de vaisseaux sanguins, le faisant gonfler jusqu'à avoir la sensation d'être prêt à exploser. Et de l'autre côté, ce mouvement de va et vient qui s'enfonçait profondément en lui, il se sentait vidé autant que rempli, juste suspendu au rythme des hanches de Grey, juste ailleurs, en pleine défaite, en plein orgasme...
Sous la bouche qui avalait sa queue, une main gelée lui attrapa les testicules, et il jouit soudainement, violemment, sans même qu'il l'ait senti venir. Il en resta paralysé quelques instants, dépassé par l'intensité de la sensation. Mais Grey, peu importe lequel, ne se retira pas, se contentant de demeurer immobile, tandis que l'autre délaissait sa verge pour déposer une série de baisers glacés sur son ventre, sa poitrine, puis sur la courbe de son cou. Il voulut dire que c'était trop, qu'il n'y arriverait plus, mais les instants passant contredisaient sa sensation d'épuisement. Contre toute attente, les frissons recommencèrent à couler dans son sternum jusqu'à se nicher dans son estomac, et de sa nuque moite de sueur jusqu'à la base de sa colonne vertébrale. Il se dit que Grey allait l'user jusqu'à la moelle, qu'il allait vampiriser toutes ses forces jusqu'à ce qu'il soit sec et impuissant, et curieusement, l'idée lui parut presque attirante. Une main fraîche se posa sur sa nuque tandis que le Grey de devant se reculait sur l'oreiller, jambes écartées. La main imprima une douce pression sur sa nuque et la bouche de Natsu descendit le long du torse de Grey, de son ventre, puis alla saisir sa verge qui s'engouffra en lui jusqu'au fond de la gorge. Il réprima le réflexe qui lui souleva l'estomac et releva la tête, puis il le suça avec douceur, encore palpitant des vibrations de son orgasme. Le Grey de l'oreiller rejeta la tête en arrière, sa poitrine glabre et mince soulevée par une respiration rapide. Pendant un moment, Natsu fut presque convaincu que c'était lui le véritable Grey, puis un mouvement de bassin le fit quasiment s'étrangler, et il oublia de nouveau qui était censé être qui. Il recommença à sucer, savourant le goût amer et salé de ce gland qu'il labourait de sa langue, son bassin ondulant malgré lui tandis qu'il se laissait prendre encore une fois. Il attendit quelques instants, puis se redressa et se rapprocha du corps offert étalé sur l'oreiller, échappant aux coups de boutoir qui venaient par derrière. Il imprégna ses doigts de salive et caressa l'orifice offert, puis il y appuya la pointe de sa verge et poussa doucement. Il s'enfonça dans un corps chaud et cette fois, il n'eut plus de doute. Mais ça n'avait aucune importance. Alors qu'il ondulait du bassin, cherchant la profondeur accueillante des entrailles, l'autre Grey s'emboîta à ses hanches et recommença à le pénétrer, s'accordant à tous ses mouvements, même quand il cessa de faire attention et accéléra le rythme, surplombant son amant haletant qui semblait bien être sur le point de perdre tous ses moyens. Natsu se pencha en avant, se laissant d'un côté conquérir par une verge froide qui enflammait ses entrailles, de l'autre, s'enfonçant dans son amant, excité par les nerfs qui dansaient de façon presque visible sous sa peau fine, ses expirations aiguës qui lui coupaient les lèvres de milliers de minuscules cristaux de givre. Il le pilonna, doublé par un autre bassin qui s'arrimait à ses hanches.
Le Grey de l'oreiller se souleva, le dos cambré à l'extrême, laissant Natsu le pénétrer plus profondément. Il se figea ainsi, les yeux clos, le visage crispé dans une expression où il était impossible de distinguer le plaisir de la douleur. Au même instant, l'autre Grey se vaporisa littéralement, laissant en Natsu des sensations d'échardes de glace qui appuyaient toujours sur sa prostate. Il donna encore un coup de rein et le bas de son dos fondit en même temps que son bas-ventre et qu'un deuxième orgasme lui ôtait toute lucidité.
Après quoi, il s'effondra aux côtés de Grey et sourit à travers son ivresse.
« J'ai deviné, après tout, articula-t-il d'une voix éteinte.
— Et j'en suis heureux... Parce que ça n'a jamais été aussi bon. »
Le matin se répandit dans la chambre de Grey en nuances d'or et de gris qui s'allongeaient sur le lit, déchiffrant les corps entremêlés et révélant ombres, creux et nœuds, courbes et pointes. De ce tâtonnement d'aurore émergèrent deux silhouettes enracinées dans les draps froissés. L'une sur le ventre, serrant un oreiller contre sa poitrine, l'autre sur le dos, une main posée dans le creux des reins de l'autre. Natsu ouvrit les yeux. Le silence était si intense qu'il pouvait l'entendre bourdonner. Il se tourna vers Grey qui dormait, étendu nu sur le lit imprégné de sueur et de sperme. Il se redressa sur un coude et posa la bouche sur la première vertèbre à la racine du cou, puis il commença à descendre, chaque os pointant sur ses lèvres comme un récif dans la géographie intime du corps endormi. Il parvint au coccyx et posa ses deux mains chaudes sur les hanches de Grey, avant de plonger dans le creux entre ses deux fesses. Le bassin se releva pour rencontrer sa bouche, accompagné d'un soupir chargé de sommeil, lourd et sensuel comme une pluie d'été.
La pointe de sa langue explora l'orifice, écartant doucement ses parois, le pénétrant à peine. Les frissons qui coulaient dans le dos de son amant se répercutaient jusqu'à rencontrer sa bouche, un frémissement ensommeillé qui l'incitait à continuer, à réveiller toutes ses terminaisons nerveuses. Natsu glissa un doigt dans l'intimité ainsi offerte, mordillant toutes les aspérités de chair tout autour. Un autre gémissement encourageant le poussa à introduire un autre doigt, tandis que sa main gauche glissait entre les jambes de son amant, remontant la courbe dure jusqu'aux testicules. Le bassin de Grey se souleva, lui laissant une ouverture pour s'emparer de sa verge déjà dure. Il la fit jouer entre ses doigts, en éprouvant la texture jusqu'à ce qu'un gémissement de douleur ne l'arrête. Il se redressa sur le lit pour surplomber son amant et glissa la pointe de son gland dans la raie des fesses, de haut en bas, dans un mouvement lent, ample et serré. Son amant ondula sous lui, presque hésitant. Puis, il se redressa, rassemblant ses genoux sous sa poitrine, le visage enfoui dans l'oreiller. Natsu accepta l'invitation sans tergiverser. Il agrippa les os des hanches et s'enfonça en lui. Grey laissa échapper un cri étouffé et Natsu s'arrêta un instant, puis se cambra doucement pour entrer plus profondément, centimètre par centimètre. Le visage enfoui dans l'oreiller s'éclaira, les traits détendus se révélant à la lumière de l'aurore dans des teintes troubles. Le coin droit de sa bouche tirait vers le bas : c'était l'expression de son désir, une expression que Natsu avait appris à reconnaître. Il poussa, balança les hanches dans un mouvement léger, tout son esprit concentré sur la moindre réaction de ce corps tiède et fatigué qu'il avait l'impression de modeler, de recréer à chacun de ses mouvements. Grey se tendit, ramenant ses poings près de son visage, les enfouissant dans le matelas, tandis que que son bassin montait vers Natsu. Celui-ci se rejeta en arrière et donna un coup de rein. Il obtint une plainte délicieuse, délicate, presque comme un sanglot. Il n'y tint plus et se pencha en avant jusqu'à englober tout le corps de son amant. Il posa ses poings près des siens et lui attrapa les mains, la bouche enfouie dans sa nuque humide, puis il s'employa à le pilonner, récoltant les gouttes de sueur, se penchant pour sentir la vibration de ses gémissements sur ses lèvres en l'embrassant à moitié dans cette position malcommode, sans pouvoir arrêter le mouvement de ses hanches. Il glissa une main sous le ventre de son amant, attrapa sa verge et pinça son gland entre ses doigts. Grey eut un coup de rein involontaire qui eut pour effet de permettre à Natsu de s'enfoncer en lui jusqu'au pubis. Il sentit sa queue vibrer dans les entrailles chaudes et douces. Il se recula et poussa encore, refermant ses doigts sur le bas de la verge de son amant. Il serra, puis remonta en exagérant la lenteur de son mouvement. Il sentit à la chaleur anormale de Grey qu'il était doucement en train de le rendre fou, et cette sensation le galvanisa et lui donna beaucoup plus d'énergie et de patience qu'il pensait en avoir quand il avait commencé.
« Masturbe-moi », dit Grey dans un souffle.
Natsu obéit, mais très lentement, tandis qu'il continuait à balancer les hanches, le pénétrant à rythme insupportablement indolent. Il sentit Grey se crisper, il le sentit se refermer autour de son sexe. Contrairement à la veille au soir, il maîtrisait absolument tout ce qu'il faisait. Il ne se sentait plus perdu, égaré entre deux corps, abandonné aux sensations que ces deux corps lui procuraient. Il était entièrement maître de la situation, ou presque. Il pouvait quasiment décider du moment où il allait donner un orgasme à son partenaire. Et c'était si bon que si le désir n'avait pas été aussi fort, il aurait bien continué pendant des heures.
Mais il ne put résister longtemps à la respiration entrecoupée de son amant, à ses expirations douloureuses, à ses inspirations acérées qui lui ouvraient la cage thoracique. Natsu prit la verge de Grey fermement dans sa main droite et accorda les mouvements de son poignet à ceux de son bassin. Au bord de la jouissance, il entendit un cri aigu et presque aussitôt, ses doigts se retrouvèrent poisseux de sperme chaud. Il abandonna enfin tout contrôle de lui-même et laboura les entrailles de Grey jusqu'à ce que sa propre semence jaillisse. À ce moment-là, il entoura la poitrine de son amant des deux bras, enfouit sa tête dans l'oreiller, tout près de la nuque de son amant, et laissa son orgasme l'emporter sans retenir le cri qui poussa dans sa gorge avec la violence évidente de la douleur.
« Ça y est, c'est terminé ? s'exaspéra une grosse voix de l'autre côté du mur.
— Ouais ! répondit Natsu sur le même ton. Pourquoi, t'en veux aussi, Gajeel ? Laisse-moi dix minutes, j'arrive !
— Ta gueule, enfoiré ! »
Grey rit sans un bruit, nageant dans un cocktail d'hormones trop euphorisantes pour qu'il songe à être embarrassé de la situation.
De l'autre côté de la chambre, leur autre voisin soupira. Macao n'avait jamais été spécialement attiré par les hommes, mais toute cette jouissance commençait à lui taper sur les nerfs. Ah... Il était trop vieux pour cette débauche.
« Dix minutes, hein ? dit Grey d'une voix un peu cassée. J'ai donc quand même réussi à te fatiguer un tout petit peu hier soir.
— Juste un peu, répondit Natsu avec un large sourire. Je crois que c'est les voisins que t'as le plus épuisé.
— Probablement, approuva Grey en s'étirant. Alors ? Qu'est-ce que tu vas faire pour le premier jour de ta dix-huitième année ? »
Natsu réfléchit intensément à la question, puis eut un grand sourire.
« Battre tous mes records, annonça-t-il fièrement.
— Oh, putain... dit Grey d'une voix blanche. Je crois... que je vais vite filer d'ici. »
Il se glissa hors du lit et s'habilla en toute hâte, sous le regard hilare de Natsu.
