C'est avec quelques jours d'avance sur ce que je croyais au départ que je vous offre ce nouveau chapitre! L'écriture avance bien -je suis sur une lancée, youpi!- et je devrais finir le chapitre 11 aujourd'hui ou demain selon moi, du coup je me suis dit : pourquoi ne pas publier le 8! J'espère d'ailleurs qu'il vous plaira parce qu'il s'agit de l'un de mes préférés jusqu'à maintenant :)

TheBoneyKingOfNowhere : Eh oui, l'instinct du chasseur ne trompe pas! Et je suis contente de ne pas te faire désespérer à propos du Daryl/Milie XD Comme tous les deux sont des personnages qui mettent un certain temps à s'ouvrir réellement aux gens, je voulais que ça se fasse petit à petit et qu'il y ait un temps entre le moment où ils s'admettent à eux même éprouver une attirance et celui où ils chercheraient à créer une ouverture. Ce fut plus rapide pour Milie puisque après avoir pris la décision de rester avec le groupe "le mal était déjà fait" pour l'exprimer de cette manière :p À mes yeux, il fallait que ce soit lent surtout pour Daryl qui manque cruellement d'assurance lorsqu'il est question de relation interpersonnelles, mais ne t'inquiète pas, il finira par se bouger! Et je suis aussi heureuse que tu aimes tous les rebondissements que j'essaie de mettre autour de la romance. Même si ma fic se concentre sur Daryl et Milie, je ne voulais pas traiter uniquement d'eux non plus et alimenter leur quotidien avec le reste du groupe et plein d'autres choses pour donner un contenu de chapitres plus en chaire ^^

Estelle : Désolé d'avoir trainé! Je fais de mon mieux pour avoir de quoi poster au moins un chapitre par semaine, mais l'inspiration ne se contrôle pas toujours hélas et j'ai été passablement occupée en prime la semaine dernière. Par chance et comme déjà dis dans les reviews pour TheBoneyKingOfNowhere, j'ai enfin débloqué dans l'écriture alors prie pour moi que ça dure! Ne t'inquiète pas pour Daryl et Milie, ils sauront se rattraper et le cas Spencer se règle dès maintenant!

Bonne lecture à tous!


Chapter 08 ;; Consequences

Assis à même le sol, le dos appuyé contre le mur, Daryl demeurait fixé sur le visage amoché et inconscient de Milie. Elle avait une bosse derrière le crâne, une arcade sourcilière fendue et la lèvre inférieure gonflée. Mais somme toute, elle allait bien. Du moins tout aussi bien qu'Hershel avait pu en juger. Sa vie n'était pas en danger, cependant, il fallait attendre son réveil pour s'assurer qu'elle n'avait pas de commotion cérébrale.
Quand Beth s'était pointée en larmes dans la salle commune en criant maladroitement que Spencer était devenu fou et qu'il était en train de tuer Milie, son sang n'avait fait qu'un tour. Toute la troupe s'était dépêchée de suivre la blonde pour se rendre sur les lieux. Quand ils étaient arrivés, la fenêtre avait été cassée par une chaise. Spencer et Anderson se battaient et Milie était étendue sur le sol. Alvarez s'était dépêché de pénétrer dans la pièce avec Jackson pour aller mettre fin au combat entre les deux autres soldats. Le chasseur et Rick étaient allés du côté de Milie pour la soulever et la sortir de là. Ils l'avaient conduite à sa chambre, posée sur son matelas et depuis, Daryl était resté assis où il se trouvait. Il avait du retenir le chien par la peau du cou pour laisser à Hershel le soin d'ausculter la jeune femme sans un museau de berger pour la remuer afin qu'elle se réveille.

Daryl ne savait pas depuis combien de temps il était assis là. Le chien avait cessé de gigoté et demeurait couché à côté de lui. Le traqueur ne le flattait plus depuis longtemps. Il avait simplement son bras de posé sur lui et ça semblait suffire à l'animal. Des gens étaient passés pour voir comment allait Milie. Le premier fut Rick, surtout pour dire à Daryl que Spencer avait été enfermé dans une cellule en attendant de savoir ce qu'ils feraient de lui. Le deuxième fut Anderson. Même s'il avait évité que Milie termine en plus mauvais état, Daryl n'avait pas envie de le voir. Par chance, il était amoché de son altercation avec l'autre type, du coup le sergent fut sommé par Hershel de le suivre dans la salle commune pour qu'il puisse s'occuper de lui. Ensuite passa Alvarez. Celui que Daryl ne voulait surtout pas voir après le connard qui avait fait ça à Milie.

« Je prend la relève » avait-il dit à Daryl après s'être assis au chevet de Milie.
« Pas la peine. »
« Écoute mon vieux je suis… »
« T'es le gars qui était supposé contrôler ce cinglé! » avait coupé le chasseur avec colère et mépris. « T'es leur boss pas vrai? T'aurais dû savoir que Spencer était dangereux et qu'il était en train de perdre la boule! C'est ta faute autant que de la sienne. Fiche-le camp, tu mérites pas de rester là. »

Sa voix bien portante avait attiré Rick, T-Dog et Jackson. Comprenant que le brun n'avait aucune intention de lui permettre de rester, l'hispanique avait fini par quitter la pièce. C'était le dernier à avoir osé venir voir Milie. Depuis, des heures étaient passées. C'était la nuit, Daryl le savait au calme qui régnait tout autour. Les gens avaient dû se séparer dans leur chambre.
Quelques petits coups timides furent frappés à la porte avant que celle-ci s'ouvre doucement. Si ça avait été quelqu'un d'autre, Daryl l'aurait sans doute envoyé bouler. Mais il s'agissait de Carol avec un plateau-repas.

« Je t'ai apporté de quoi manger » désigna-t-elle du menton en pénétrant dans la pièce.
« J'ai pas faim. »
« Tu dois manger quand même. »

Cette femme ne disait jamais un mot plus haut que l'autre. Il ne savait pas comment elle avait fait pour survivre jusqu'à présent avec cette tendresse frêle qui la définissait tellement, mais contre toute attente, elle était toujours là. Apportant un repas à un type revêche qui n'en voulait pas. Ce même type qui avait échoué à lui retrouver sa fille en vie malgré ses promesses.
La femme vint déposer le plateau sur le bureau qui servait de table à Milie pour y laisser trainer ses affaires personnelles. Puis, au lieu de partir, elle se rapprocha davantage s'assoyant sur le rebord du matelas. Elle observa le visage endormi de Milie pendant un moment avant de tourner la tête en direction du chasseur. Celui-ci ne trouva rien de mieux à faire que de détourner les yeux sur le chien et de recommencer à le caresser pour se donner une contenance qu'il n'avait pas.

« Elle va vivre Daryl » poursuivit Carol.
« Je sais. »
« Alors ne fait pas cette tête d'enterrement. »
« C'est plus fort que moi » admit le chasseur. « Si Anderson n'avait pas été là, elle y serait passée. »

C'était l'une des choses qui l'énervait le plus dans cette sinistre histoire. Le fait qu'il n'ait pas été là. Il était à l'autre bout de la prison sans se douter qu'elle courait un danger quand c'était arrivé. Elle aurait pu mourir et il n'avait pas été là.

« Tu penses pas que c'est une bonne raison pour lui dire ce que tu ressens quand elle se réveillera? »

Daryl daigna enfin détacher les yeux du chien pour les poser sur le visage bienveillant de Carol. Elle avait un petit sourire tendre, mais à la fois énigmatique et moqueur.

« Tout le monde sait que t'as le béguin pour elle, inutile de nier » ajouta-t-elle avec une certaine assurance qui ne lui ressemblait pas du tout.
« Est-ce que tu l'as bien regardée? » s'enquit sombrement Daryl. « Elle est capable de survivre avec rien. Elle arrive à chasser sans arme. Elle a survécu on sait pas combien de temps absolument toute seule. Elle a buté un violeur. Elle nous a conduits à cette prison, elle l'a nettoyée pour nous. Elle a préféré prendre ces coups à la place de Beth. Elle a un sens moral qui me dépasse complètement. Et elle étudiait dans une saloperie d'école d'arts! Franchement Carol, qu'est-ce qu'elle en aurait à foutre d'un pauvre con de sudiste arriéré qu'y'a même pas fini le lycée et qui échoue dans tout ce qu'il fait? »
« Plus que ce que tu crois » assura la femme navrée par cette vision que Daryl avait de lui-même.
« Et t'en sais quoi d'abord? » bougonna le chasseur.
« J'invente pas, elle me l'a dis. »

Le sourire qu'elle avait était trop confiant pour réellement appartenir à Carol. C'était sans doute ce qui était le plus déroutant. Cette femme n'avait aucune assurance. Le fait qu'elle soit si sûre de ce qu'elle disait était beaucoup trop troublant pour Daryl. Ce pourquoi, une fois que la femme le laissa pour aller se coucher, le brun se concentra sur le visage de Milie tout en cherchant à oublier cette conversation. Peine perdue, les mots de Carol tournèrent en boucle dans son esprit pendant plus de deux heures avant que les mouvements provenant du lit ne le sortent de ses pensées.
Se hissant sur les genoux, Daryl se rapprocha du matelas, s'appuyant sur un coude tout en déposant délicatement sa main sur le dessus de la tête de Milie qui papillonnait difficilement des yeux. Elle gémit un peu, ses traits tirés indiquant qu'elle devait avoir mal.

« Doucement ma p'tite. »
« J'ai mal au crâne » se plaignit-elle en se frottant les yeux pour essayer d'y voir plus clair.
« J'aurais mal aussi à ta place. Plus sûrement. Par chance, t'as la tête dure. »

Milie émit un faible rire à la référence à son entêtement. Daryl se risqua à lui caresser tendrement le dessus de la tête. Il était tellement heureux qu'elle soit enfin réveillée. L'entendre rire était inespéré.

« Qu'est-ce qui s'est passé? » demanda-t-elle après un moment.
« Spencer t'as assommé. »
« Ouais, j'avais cru remarquer » fit Milie avec un poil d'ironie. « Je veux dire après. »
« Anderson a réussi à entrer. Il a maîtrisé Spencer et on l'a fichu dans une cellule. »
« J'espère que Rick me donnera la permission de lui couper sa putain de queue qu'il a pas su garder dans son pantalon » maugréa la blessée en se repositionnant de manière plus confortable.
« J'aimerais bien voir ça. »
« Et Beth? »
« Sous le choc, elle a pas vraiment pu dire comment elle a fait pour se retrouver toute seule avec lui. »
« C'est pas important. Ce qui est important, c'est de savoir ce qu'on va faire de ce type. Rick aura pas le choix, faudra faire de lui un exemple pour couper l'envie aux autres de se conduire comme des animaux. »
« Pire que des animaux » corrigea Daryl.

Milie sourit légèrement et le brun lui rendit, laissant ses doigts jouer avec l'une de ses mèches de cheveux.

« T'avais raison » souffla la jeune femme en fermant les yeux plusieurs secondes.
« Hmmm? »
« L'humanité part vraiment en couilles » compléta-t-elle en le regardant à nouveau.
« Hey, je connais peut-être rien à la peinture, mais je dis pas que des conneries. »
« La ferme » intima-t-elle en riant.

Détournant la tête, elle lui avait donné une petite poussée à l'épaule. Ça ne lui avait donné que le sourire. Il avait beau être au courant de ce détail depuis plusieurs jours, il ne se faisait tout simplement pas à l'idée qu'une fille comme elle pouvait être le genre assise dans une salle de classe à étudier l'Art. Avec tout ce qu'elle avait montré qu'elle pouvait faire, il avait du mal à associer une âme artistique au reste.

« Y'a une éternité que je me suis pas arrêtée devant un tableau… ou juste pour gribouiller sur une feuille de papier. Je crois que je saurais même plus le faire. »
« Ça reste à voir. Je te trouverai du papier. »

Elle sourit. Sans doute à l'idée de renouer avec sa passion qui n'avait plus grande utilité dans le monde où ils se trouvaient à présent.

« Pourquoi t'as fait ça? » questionna-t-il après ce qui semblait être plus d'une minute de silence.
« Fait quoi? »
« Prendre les coups à la place de Beth. C'était stupide, personne fait ça. »
« Oh, il l'aurait pas frappée » assura la jeune femme avec confiance. « Juste l'intimider aurait été suffisant… … Mais je voulais pas qu'elle sache ce que ça faisait de se sentir à la merci d'un homme. D'être sa catin jusqu'à ce qu'il ait fini son affaire… Personne devrait savoir ce que ça fait. »

Il l'avait fixée droit dans les yeux, mais sans dire un mot. Qu'est-ce qu'il aurait bien pu dire de toute façon? Il l'avait dit à Carol plus tôt dans la nuit. Sa moralité lui échappait complètement, mais ça ne l'empêchait pas de l'admirer pour ça. Elle avait tellement de caractère. S'en était presque épouvantable.

« Et pis... J'ai peut-être… un peu fait d'attitude à Spencer en aidant Beth à lui filer entre les pattes et il a pas aimé, c'est tout. »
« Comment ça? »
« Il m'a peut-être menacé et je lui ai peut-être dit de venir tenter le coup avant de dire qu'il pouvait me faire mal » répondit Milie avec désinvolture.
« Quand est-ce que tu vas apprendre que piétiné l'orgueil d'un homme c'est jamais bon? »
« C'est un moyen efficace pour obtenir ce qu'on veut » se défendit la jeune femme d'un ton toujours aussi léger. « Enfin… la plus part du temps. T'es mon seul échec à ce niveau-là. »

Daryl déglutit et serra les dents. Il savait très bien de quoi elle voulait parler, mais il n'était pas certain que ce soit une bonne idée d'aborder le sujet maintenant. Elle était fatiguée, il pouvait le deviner à la faiblesse de sa voix et à ses yeux lourds qui ne cessaient de se fermer et de s'ouvrir avec un intervalle d'une dizaine de seconde entre les deux.

« Dors. Tu dois te reposer » tenta-t-il en se trouvant lui-même minable sur ce coup.
« Daryl, je sais que tu t'en veux de pas avoir été là » poursuivit-elle sans l'écouter.

Il lui jeta un regard surpris. Ce n'était pas les Arts qu'elle aurait dû étudier, mais la psychologie. Elle pouvait lire en lui tellement facilement. C'était déroutant à chaque fois.

« Mais tu peux pas toujours être là. »
« Il aurait pu te tuer » murmura-t-il.
« Je suis plus coriace que ça. Mais quand t'es là, tu pourrais au moins être là à cent pour cent. »
« De quoi tu parles? »
« Je t'ai mâché tout le travail, abruti. Ce serait bien que tu finisses ce que t'as commencé. »

Elle parlait de la fois où il avait failli l'embrasser. Il le savait juste à ses yeux pénétrants qui faisaient naître cette chaleur au creux de son estomac. Il avait perçu cet échec comme un signe. Elle méritait tellement mieux qu'un type comme lui.

« Faut que tu te reposes » insista-t-il pour changer de sujet.
« Très bien » soupira Milie en se décalant sur le côté. « Mais à une seule condition. »

Daryl fronça les sourcils, incertain alors qu'elle le tirait vers elle, l'obligeant à s'allonger sur le matelas.

« J'ai un de ces mal de crâne, alors y me faut un bon oreiller. »

Retenant jusqu'à son souffle, le chasseur n'osa pas bouger d'un millimètre jusqu'à ce qu'elle soit confortablement installée contre lui. Elle s'était blottie au creux de son épaule, un bras posé négligemment sur sa taille. Les femmes saoules qu'il ramenait autrefois à la maison ne faisaient jamais ça. Elles terminaient ivres mortes sur l'autre moitié du lit le plus souvent. Le reste du temps elles foutaient le camp sans s'attarder. Des résultats peu glorieux. Mais sentir Milie s'endormir ainsi, c'était indescriptible. Il avait l'impression d'être important. Pas comme l'aurait été un président ou un truc du genre, mais oui, important était le mot. Parce qu'il jugeait qu'il fallait être spécial pour qu'une femme comme Milie apprécie de se blottir dans les bras de quelqu'un.


Quand Milie ouvrit les yeux, elle jugea que c'était le petit matin. Il ne faisait pas bien clair, mais les oiseaux de l'aurore chantaient leurs notes habituelles. Elle avait la tête qui lui élançait comme pas possible. Elle avait l'impression que son visage était deux fois plus gros que la normal et elle avait mal au dos. Pourtant, ce n'était que le cadet de ses soucis. Elle avait épargné pire qu'un cauchemar à Beth. Ça valait bien toutes les courbatures du monde. Et puis, il y avait ce cœur qui battait sous son oreille. Son chant régulier était encore plus agréable que celui des oiseaux. Quand est-ce que Daryl allait se remuer un peu qu'elle puisse être bercée par cette douce musique toutes les nuits?
Ne pas se poser la question. Se contenter d'attendre. Elle était déterminée à ce qu'il prenne lui-même cette décision. Qu'il pose lui-même le geste. Outre ça, elle ne pouvait pas faire plus que ce qu'elle avait déjà fait. Qu'il traine encore malgré tout demeurait sidérant. Que pouvait-elle lui dire de plus?

« B'jour » salua-t-elle tout bas en le sentant remuer sous sa tête.

Quelques marmonnements inintelligibles répondirent à son bonjour, ce qui la fit sourire. Par la suite, la jeune femme se décida à se redresser. En s'assoyant, elle eut la tête qui tourna un moment, mais l'instant de déséquilibre passa.

« Ça va? » s'enquit le chasseur qui se frottait un peu le visage pour s'aider à se réveiller.
« J'ai l'impression d'avoir fait un face à face avec une auto-tamponneuse » répondit Milie en glissant les doigts sur son cou sensible où était visible la marque des mains de Spencer. « Mais ça aurait pu être pire. »

Daryl approuva d'un mouvement de tête et la jeune femme lui rendit son hochement avant de se lever. Elle avait très envie de rester roulée en boule au fond de son lit – et peut-être même de kidnapper le chasseur pour l'occasion – mais il y avait plus urgent et plus important. Les tâches n'attendaient pas. Et il fallait décider du sort de Spencer. Logiquement, ce devait être à Rick de trancher. Mais le connaissant, il allait tâter le pouls avant de délibérer sur la question.
Quand Daryl et elle pénétrèrent dans la salle commune, le shérif s'y trouvait déjà avec Lori, Hershel et Ray. Rick lui tendit un regard auquel la demoiselle sourit. Il passa ensuite à Daryl et le chasseur alla rejoindre le chef. Milie continua son chemin pour rejoindre Lori et Hershel au canapé. Elle avait besoin de s'asseoir.

« Comment tu te sens? » demanda Lori en posant gentiment une main sur son genou.
« Pâteuse… un peu étourdie. Mais ça va » assura la concernée.

Hershel posa les mains de chaque côté de sa mâchoire dirigeant lentement sa tête d'un côté et de l'autre. Il observa ses yeux, ses contusions, puis, il lui fit pencher la tête vers l'avant pour regarder cette vilaine bosse qu'elle avait à l'arrière du crâne. Quand le vétérinaire s'écarta, Milie pouvait voir Ray se tenir debout devant elle. Il avait sa posture pleine de son aplomb habituel, mais la jeune femme le connaissait mieux que ça. L'hispanique s'en voulait. Seuls ses yeux le trahissaient.

« Je te remercierai jamais assez pour ce que t'as fait pour ma fille Emilie » lui assura Hershel avec émotion.
« Si tu continues de recoller mes morceaux après coup, ce sera toujours un plaisir Doc » accepta chaudement Milie.

Le vieil homme lui glissa un sourire tendre, mais la jeune femme ne s'était pas levée pour des remerciements. Ce n'était pas ce qui l'avait poussé à agir. Et il y avait toujours plus important à faire.

« Rick, qu'est-ce qui va se passer avec Spencer? » demanda-t-elle sans détour.

Les gens présents échangèrent des regards indécis. C'était la question que tout le monde se posait et que personne n'avait envie d'aborder.

Une vingtaine de minutes plus tard, tout le monde était rassemblé. Canapé, fauteuils et chaises. Le seul qui manquait à l'appel, c'était Spencer qui pourrissait toujours au fond de la cellule où Anderson et Jackson l'avait mis.

« Le gars est instable, c'est clair » soumit T-Dog avec évidence pour démarrer les hostilités.
« Il ne respecte pas nos règles » approuva Carol d'une petite voix.
« Aucune de nous ne se sentira en sécurité avec lui dans les parages » poursuivit Lori avec plus d'assurance que son amie.
« Et je vous préviens que je compte pas prendre toutes ses sautes d'humeur à la gueule » souffla Milie d'un ton plus léger que les autres. « Une fois est bien suffisante! »

Face au silence de mort qui régnait dans la pièce après cette tentative d'alléger un minimum la conversation, elle haussa simplement les épaules en ajoutant :

« C'est ma façon à moi de montrer que je vais bien, laissez tomber. »
« T'as qu'à l'égorger comme t'as fait avec le dernier » proposa Maggie avec mépris.

Il y eut des regards offensés en direction de Maggie. Un ou deux regards incertains en direction de Milie, mais ce qu'elle sentit surtout, c'est les yeux interrogateurs et surpris de Ray. Le lieutenant n'était évidemment pas au courant de ce qui s'était passé avec Mark dans les bois. Pourtant, rien de tout ça ne la dérangeait vraiment. C'était surtout l'attitude de Maggie qui venait de faire déborder le vase. Elle en avait plus qu'assez de ses remarques désagréables.

« T'aurais peut-être préférée que je le laisse faire? Regarde bien ma gueule Maggie et essaie, pendant une seconde, d'imaginer qu'il aurait pu faire la même chose à ta sœur, si c'est pas pire! Ce gars est mentalement dérangé. Il a perdu la boule. Normalement, un type avec un choc post-traumatique comme celui-là est traité en institution. Problème chérie, on a pas de ça dans les parages. Je suis désolée de casser ta vision du monde rose bonbon, mais dans l'état actuel des choses, on a trois options. Toutes les trois détestables et comme j'aimerais bien retourner me coucher, je vais les dire tout de suite pour qu'on puisse tous gagner du temps. Option un, on le laisse pourrir au fond de son trou. Le truc, c'est que ça nous donne une bouche à nourrir qui fout que dalle et on peut pas se le permettre. Option deux, on lui file une tape sur les doigts en espérant qu'il recommence pas. Pas sûre que t'ais envie que ce type pose encore ne serait-ce que les yeux sur ta sœur. Option trois, on s'en débarrasse. Pas très humain c'est sûr, mais je vais te dire, je m'en cogne, il avait qu'à pas me défoncer le crâne s'il voulait rester. Oh et, Maggie, je sais que tu veux pas l'entendre, mais ta sœur a rasée de se faire violer hier pendant que tu batifolais sûrement encore avec Glenn – sans rancune vieux, j'ai rien contre toi. »

Glenn, yeux ronds comme des billes, fit quelques signes négatifs de la tête, trop subjugué par le monologue – comme tous les autres – pour dire qu'il ne prenait pas la chose comme une attaque personnelle.

« Comme j'ai un putain de mal de tête en ce moment pour avoir évité ça, j'apprécierais un peu de reconnaissance au lieu de me faire cracher dessus, merci!... … J'ai oublié un truc? »
« Oui, que t'es une meurtrière et je suis désolée moi aussi de casser ton rêve, mais il me semble qu'on tue pas les gens juste comme ça » pesta Maggie. « T'arrive peut-être à bien gérer le meurtre, mais pas moi. »
« À ce stade c'est pas du meurtre, c'est de la légitime défense. »

Mili se serait attendue à ce commentaire de la part de Daryl, voir de Rick, mais pas de Ray. Pourtant, c'était bien le lieutenant qui avait parlé. Elle venait de suggérer d'exécuter l'un de ses hommes et il semblait d'accord avec elle. Pourtant, la réaction qu'elle redoutait à ce propos, c'était la sienne.

« Milie a raison. J'ai vu ça souvent. Ce genre de syndrome est traitable, mais on peut pas le faire dans les conditions actuelles. Spencer est dangereux. Il peut pas rester ici. »
« Je ne suis pas sûr qu'un seul d'entre vous devrait rester, à vrai dire » souligna Rick en se levant de son siège. « Nous n'avons jamais eu ce genre de situation entre nous. C'est en acceptant de vous accueillir que c'est arrivé. Je n'aurais pas dû faire courir ce risque aux gens sous ma responsabilité. »
« Rick, tu penses vraiment qu'il faut tous les renvoyer? » s'enquit Lori, surprise.
« Ils sont venus ensemble, qu'ils repartent ensemble » dicta Hershel. « L'un d'eux pourrait très bien se retourner contre nous par vengeance. »
« Je vous assure que le reste de mes gars désapprouvent tout autant que vous ce qui est arrivé et surtout moi » tenta Alvarez qui était loin d'aimer cette idée.
« T'as rien vu venir la première fois » fit remarquer Daryl qui se rapprocha du cercle, lui qui était resté accoudé contre une étagère en retrait. « Qu'est-ce qui dit que tu sauras le voir à l'avenir? »
« Je… Milie » poursuivit Ray en se tournant vers elle. « Bon dieu, je te connais depuis que t'as treize ans! Tu penses vraiment que je veux qu'il vive après ce qu'il t'a fait? Tu peux pas punir tous mes gars pour la connerie d'un seul. »

La jeune femme le dévisagea avec tristesse. Il était défait. Ses hommes ne disaient rien, mais ils se trouvaient dans le même état que lui. Ils ne voulaient pas retourner dehors. Pas après avoir goûté à la sécurité et à la paix de ce refuge. Elle le comprenait parfaitement. Elle non plus ne voudrait pas se voir chasser d'un tel endroit en sachant ce qui l'attendait au dehors.

« Le problème Ray, c'est que c'est pas ma décision. J'ai fais que donner les options que tout le monde connaissait déjà. »

Tous les regards convergèrent vers Rick. C'était lui qui en avait décidé ainsi. Il était le chef. Il prenait les décisions. Quelles soient de petites ou grandes envergures, c'était à lui de trancher et Milie respectait ça. À vrai dire, ça lui retirait un lourd poids de sur les épaules. Contrairement à ce que Maggie semblait penser d'elle, elle n'était pas une tueuse sans état d'âme. Elle avait pris la vie de Mark parce qu'il était une menace et aussi parce qu'il lui avait arraché la chose la plus importante qu'un être humain possédait. Son libre arbitre. Mais ça ne voulait pas dire qu'elle n'y repensait jamais. Ça ne voulait pas dire non plus qu'elle désirait à tout prix recommencer. Ôter la vie était un geste horriblement laid. Non, elle ne voulait pas le refaire. Mais s'il le fallait, alors oui, elle n'hésiterait pas. Le monde avait changé. Et pour continuer à y vivre, il fallait changer avec lui.

« Si tu décides que c'est mieux pour tout le monde qu'ils s'en aillent tous » poursuivit-elle à l'intention de Rick, « alors je te suis. Quand je suis arrivée tu m'as dit que c'était toi qui commandais. Je respecte ça. »

Même si Ray était un vieil ami de la famille, oui. Elle tenait à ce que Rick le sache et il lui en paraissait reconnaissant au signe de tête qu'il lui accorda. Décrétant qu'il avait besoin d'être seul pour réfléchir, le shérif quitta la pièce. Avec tous ces regards braqués sur lui, Milie pouvait comprendre. Sans compter que c'était une décision difficile à prendre. Ôter une vie. Envoyer cinq hommes vers une mort certaine. En envoyer peut-être un seul… Non, Milie ne voulait vraiment pas être à la place de Rick en ce moment.
Soudainement lasse et fatiguée, elle s'était levée du canapé pour retourner à sa chambre. Sa tête lui tournait. La montée de colère qu'elle avait eue pour Maggie avait brûlé toute son énergie. Elle s'en voulait un peu d'ailleurs. Elle avait réagi au quart de tour. Elle avait soumis Maggie au regard de tous au lieu de la prendre à part comme elle l'aurait fait en temps normal. Plus tard, quand le sol arrêterait d'être instable sous ses pieds, elle s'occuperait de cette tension qui ne faisait qu'empirer entre elles. Mais pour le moment, elle ne voulait que s'allonger et fermer les yeux.


Milie dormait toujours profondément. Daryl venait tout juste de s'en assurer alors que la soirée débutait tout doucement. Les gens ne s'étaient pratiquement pas parlés de la journée. Les militaires étaient tous fermés sur eux-mêmes, redoutant le verdict de Rick. Les autres n'osaient pas faire la conversation, ne sachant pas vers quoi la tourner pour éviter de revenir sur la situation. Daryl ne savait pas si c'était vraiment une bonne chose de tous les jeter dehors, mais il ne pouvait totalement désapprouver cette idée non plus. Depuis la première seconde où il les avait vus, il avait souhaité leur départ. Il n'était pas suffisamment hypocrite pour le nier. Que ce soit à lui-même ou qui que ce soit d'autre. De l'autre côté, il n'était pas profondément injuste non plus. Les jeter aux rôdeurs de la région… c'était cher payer pour un acte qu'ils n'avaient pas commis et que l'un d'entre eux avait arrêté à temps.
Soupirant face à sa propre décision, Daryl quitta la chambre de Milie et alla toquer à celle de Rick et sa famille. Lori vint lui ouvrir et le chasseur constata tout de suite que Carl dormait. Excellent. Il n'avait pas envie de parler de ça devant le gamin.

« Je peux parler à Rick? »

Sans un mot, Lori lui fit signe d'entrer avant de fermer la porte derrière lui. Venir imposer son opinion ne lui ressemblait pas. Il n'était d'ailleurs pas vraiment à l'aise dans cette situation et avait envie de se traiter d'idiot bien fort pour s'y être fourré tout seul. Cependant, les traits tirés de Rick l'aidèrent à ne pas rebrousser chemin. Il alla plutôt rejoindre l'homme de loi, suivi par Lori qui se caressait le ventre. Une habitude qu'elle commençait à prendre en raison de sa grossesse qui avançait doucement sans doute. Il faut dire que Daryl ne connaissait pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout, aux bébés.

« Qu'est-ce qu'il y a Daryl? » demanda le shérif visiblement fatigué.
« T'as pris ta décision? »

Le chef ne paru pas le moins du monde surpris par cette entrée en matière. Il devait même s'y attendre. Daryl n'était pas du genre à tourner autour du pot quand il avait quelque chose à dire et l'autre le savait parfaitement.

« Pas encore je… je dois admettre que je suis plutôt dépassé par tout ça. »
« Ouais… Comme a dit Milie, on va respecter ce que tu décides, y'a pas de souci pour ça, tu le sais » lui assura le chasseur avec sincérité.
« Spencer doit payer » jugea Rick.
« Ça tout le monde est d'accord » approuva Lori en posant une main sur l'avant-bras de son mari pour montrer son soutien.
« Les autres je sais pas. J'ai pas confiance » soupira le chef.
« Ça me coûte de dire ça, parce que j'ai pas confiance non plus » avoua Daryl en se frottant l'arrière du crâne. « Mais Alvarez est pas une menace. Il aime Milie comme sa prop'e fille ça crève les yeux. Je pense même que ça va le rendre plus docile et qu'il encaissera mieux de se faire diriger. Jackson en a plus fait que tous les autres réunis pour s'intégrer, il mérite pas de se faire mettre dehors. Marshall reste dans son coin, mais c'est pas moi qui va l'en blâmer. J'étais pas mieux au début. Et Anderson… … Il s'est retourné contre Spencer. Sans lui, Milie était morte. »

Et ça lui en coûtait de l'admettre. Il n'aimait peut-être pas ce gars, mais Anderson ne méritait pas pour autant de se faire dévorer par les rôdeurs juste parce qu'il regardait Milie d'un œil intéressé et que ça ne lui plaisait pas des masses. Silencieusement, Rick l'avait écouté avec attention. Le chasseur n'avait vraiment pas l'habitude qu'on donne autant de crédit à ce qu'il avait à dire. Il en tirait une certaine fierté. Il considérait Rick comme le plus grand homme qu'il avait connu. Que l'autre prenne au moins le temps d'écouter ce qu'il avait à dire signifiait beaucoup pour lui.
Rick n'avait pas encore pris une décision définitive, mais il remercia Daryl pour son opinion. Le chasseur n'avait rien trouvé à dire en retour et se contenta de partir. Ça allait être une longue nuit de réflexion pour le shérif et il ne souhaitait pas le déranger outre mesure.

En quittant la pièce, le brun avait jeté un regard à la porte close de Milie pour découvrir qu'elle était maintenant ouverte. Se disant que la jeune femme devait s'être réveillée pendant sa conversation avec Rick, il se rapprocha pour s'arrêter avant d'atteindre l'embrasure. Il pouvait percevoir deux voix qui parlaient bas, mais qui demeuraient claires.

« Je m'excuse pour Spencer. J'avais dis que je lui parlerais et on dirait bien que ça a foiré. »

Anderson, bien sûr. Daryl regrettait déjà d'avoir plaidé en sa faveur tout juste deux minutes plus tôt.

« C'est pas ta faute voyons. Il a pas su encaisser ce qu'on vit. Tu pouvais rien faire contre ça, il aurait pété sa durite à un moment ou un autre. »
« Tu verrais ta tête et tu dirais pas ça. »
« Je me fiche de ma tête Jake. Et heureusement parce que je sais que c'est pas joli. »

Même dans cet état, elle trouvait le moyen de prendre les choses de manière légère. Vraiment, cette femme là était quelque chose de sidérant. Jamais elle ne regrettait ce qu'elle faisait? Jamais elle ne doutait de ses décisions? Et elle trouvait le moyen de rester si sereine même après s'être fait défoncé la tête sur un plancher de ciment. Daryl sut qu'il ne serait jamais à sa hauteur. Pas après ça.

« Dis pas ça, je te trouve magnifique. Enfin, tu l'es plus sans les bosses et les contusions c'est sûr, mais magnifique quand même. »

Daryl se retint de peu de bouger. Il n'avait aucun moyen de voir ce qui se passait dans la pièce plongée, de toute façon, dans le noir puisqu'ils ne bénéficiaient que de la lumière naturelle de la lune et qu'elle n'était pas très présente ce soir. Ce qu'il entendait ne le réjouissait guère.

« Ça t'apprendra p'tit frère. Depuis le temps que tu la fais attendre. Normal qu'un type avec plus de couilles que toi finisse par se lancer » minauda la voix de Merle dans son esprit.

Secouant vivement la tête pour chasser la voix de sa conscience qui avait décidé d'interagir avec lui sous l'identité de son frère disparu, Daryl tendit encore plus l'oreille.

« Jake… »
« Je le pense vraiment Milie. »
« Je sais. »

Fermant les yeux, le chasseur inclina le menton. Son frère avait tout à fait raison. Son indécision, son manque d'initiative, tout ça avait un prix. Et le prix qu'il devait payer était celui-là. Un homme plus jeune. Plus charmant. Plus ouvert. Plus intelligent. Plus beau. Plus noble. C'était pour ça qu'il détestait Anderson. Il était le genre d'homme que Milie méritait d'avoir. Abdiquant, il recula en silence pour aller s'enfermer dans sa chambre.


Fixant un point invisible à la gauche de Jake, Milie prit un long instant avant de le regarder en face à nouveau. Il faisait sombre, mais ses yeux s'étaient habitués à la noirceur et elle pouvait quand même discerner les traits du sergent ainsi que son regard. Elle allait détester faire ça, mais le moment était venu. Le bon côté, c'est que ce serait au moins un cas de réglé.

« C'est très flatteur, je t'assure et je t'apprécie beaucoup. T'es quelqu'un de gentil et je te dois la vie, mais… »
« Mais non, c'est ça? » sourit Jake.

Milie lui sourit à son tour en approuvant d'un signe de tête. La déception était parfaitement visible sur le visage du soldat et la jeune femme s'en voulait, mais maintenant que les choses étaient claires entre eux, c'était une épine en moins dans le pied.

« Tant pis » céda l'homme. « On pourra pas dire que j'ai pas essayé. »
« Fallait mieux choisir au départ. Je suis plutôt difficile. »
« Non, juste honnête. On a croisé des filles qui s'accrochaient à n'importe quel gars parce qu'elles avaient aucun autre moyen de survivre. Que tu sois pas comme ça, c'est le plus attirant chez-toi. »
« C'est bien ce que je pensais » déplora Milie avec peu de sérieux. « Fallait que l'apocalypse se pointe pour que j'ai la cote. »

Jake rit et la jeune femme l'accompagna. La petite tension qu'elle sentait être eux venait de disparaitre et c'était au moins un point positif dans cette journée merdique!

« Daryl a de la chance » assura Jake ce qui surpris Milie. « Me regarde pas comme ça, je devais de tenter le coup quand même. »
« Si tu pouvais lui dire, ça m'aiderait » s'amusa la jeune femme.
« S'il traine encore, promis. Aller, je te laisse te reposer, je vais me coucher. »

Milie ne dit rien, le laissant quitter la pièce en prenant une inspiration, puis une expiration profonde, le sourire aux lèvres. Mettre les points sur les i avec Jake, check! Sur sa liste, restait encore le cas Maggie, éviscérer Spencer ou au minimum lui filer autant mal au crâne que ce qu'elle avait enduré aujourd'hui et Daryl, évidemment.
Ayant dormi toute la journée, son cerveau ayant enfin cessé d'élancer dans son crâne, le fait de se recoucher ne lui disait strictement rien pour le moment. Sans doute que dans moins d'une heure elle serait déjà morte de fatigue, mais là, tout de suite, elle avait envie de se lever.

Après trois longueurs de corridor et cinq tours de salle commune, elle avait atterri devant la porte du chasseur. Elle entendait tantôt des frottements, tantôt le ruissellement de l'eau. Elle devina qu'il devait être en train de faire sa toilette. Normalement, elle l'aurait laissé tranquille. Mais normalement, ça ne faisait pas une éternité qu'elle attendait après quelque chose que les deux partis désiraient. Il était sadique de garder ses distances, elle jugeait tout à fait légal d'être sadique à sa manière. Alors elle tourna la poignée et pénétra dans la pièce, s'attirant tout de suite le regard surpris et un poil furieux de Daryl.

« Encore chopé en pantalon, dommage » fit-elle en fermant derrière elle.

Sa chemise posée sur le dossier d'une chaise de bureau, le brun, armé d'une guenille humide, était en train de se frotter le bras gauche si elle en croyait son geste arrêté quelque part entre le coude et le biceps.

« Tu devrais dormir » riposta-t-il plutôt froidement sans pour autant se cacher comme la dernière fois.
« J'ai dormi toute la journée et je me sens mieux. »
« Qu'est-ce que tu fais là alors? T'as pas besoin d'oreiller si c'est pas pour dormir. »

Ses sourcils se froncèrent. Daryl était d'un naturel revêche et bougon, certes. Même que c'était une chose qu'elle trouvait mignonne et normalement amusante. Mais il n'avait rien de juste bougon. Il était… désagréable. Chose qu'il n'était jamais d'habitude.

« Je peux savoir c'est quoi le problème? » questionna-t-elle avec la franchise qui la caractérisait.
« Le problème c'est que t'es encore entrée sans frapper. »
« Je pensais que ce problème était de l'histoire ancienne » émit la jeune femme en désignant les cicatrices qui parsemaient le torse du chasseur.
« Anderson doit pas en avoir j'imagine, c'est pour ça que tu viens te repaître du spectacle. »
« Quoi? »

Désagréable et méchant. Ce Daryl là ne lui plaisait définitivement pas.


Dès que les mots avaient franchi ses lèvres et qu'il avait vu la stupeur sur le visage de Milie, il s'en était voulu. Comme si ce n'était pas déjà suffisamment dur, il fallait en plus qu'il se la mette à dos. Génial!

« Au moins tu t'plantes en grand, on pourra pas dire que tu sais rien faire correctement » le railla Merle dans son esprit.

Ouvrant la bouche pour s'expliquer, Daryl ne trouva hélas rien à dire pour sa défense. Elle lui reprochait de ne pas être un homme et elle avait bien raison.

« T'as entendu » raisonna Milie après une minute. « Daryl, c'était… »
« Pas la peine » coupa le chasseur. « Je suis pas sûr que je veux entendre ça. »

La jeune femme se rapprocha. Comme s'il ne perdait pas déjà suffisamment ses moyens. Il fallait en plus qu'elle investisse son espace. Avait-elle décidé de l'achever en prime?

« Si tu veux pas entendre que Jake s'est pris un pruneau alors t'es encore plus bizarre que je pensais » certifia-t-elle. « Mais bon sang! Quand est-ce que tu vas réagir à la fin? »

Se rapprochant encore, elle annihila tout espace entre eux. Déterminée. Assurée. Un peu rageuse aussi. Il y avait une tempête d'émotions dans ses yeux et il en était complètement subjugué.

« Est-ce qu'il va falloir que je t'arrache ton pantalon pour que tu comprennes? »

Ce disant, elle avait tiré sur la boucle de sa ceinture avec une certaine force. Assez pour le sortir de cette transe dans laquelle elle l'avait plongé.


Elle l'avait secoué. Enfin! Plutôt que de mettre la menace du pantalon à exécution – bien malgré elle, tenez-vous le pour dit, elle encadra son visage de ses mains, caressant doucement ses joues des pouces.

« Daryl, je me fiche de l'âge que tu as. Je me fiche de tes cicatrices. Je me fiche de ton éducation, du boulot que tu faisais ou avec qui tu t'envoyais en l'air. Je me fiche de ta famille ou de ton casier criminel si t'en avais un. Je me fous complètement de tout ce qui te fait croire que t'es un type minable. Parce que c'est pas vrai. »
« C'est facile pour toi de dire ça, t'es tellement… incroyable. »
« Une fouteuse de merde professionnel tu veux dire, mais merci. Quand quelqu'un te dis que t'es extraordinaire, c'est ce qu'il faut répondre Daryl. Tu dis merci et tu… »

L'acceptes? Tu la fermes? Un peu des deux. En tout cas c'était ce qu'elle comptait plus ou moins dire avant qu'une paire de lèvres ne la coupe au beau milieu de sa phrase. Loin de s'en plaindre et ayant déjà oublié ce détail, Milie passa plutôt ses bras autour du cou du chasseur. Elle put sentir les mains de celui-ci se poser sur sa taille avant de partir à l'aventure dans son dos ou sur ses fesses, au choix. Ça dépendait surtout de la main que vous choisissiez de suivre.


Cette main qui se perdait à la base de sa nuque était étourdissante. L'entendre gémir après avoir forcé la barrière de ses lèvres avec sa langue était à la limite de l'insupportable. Son ventre qui frottait contre son bassin était de la torture. Sa main qui glissait sur son torse. Il pouvait la sentir passer sur les irrégularités de sa peau sans le moindre sourcillement. N'y avait-il donc rien à son épreuve?

« Arrête de t'apitoyer. Pour une fois, fait comme elle dit. Soit un homme » intima l'écho de sa conscience.

Sur cet ordre, il intensifia le baiser, entrainant Milie vers son matelas. Dans la descente, elle accrocha une jambe autour de sa taille. D'une main, il longea cette cuisse ferme d'avoir tant marché et couru dans les derniers mois.


Son dos entra doucement en contact avec le matelas. Puis, il y eut son bassin contre le sien. Elle pouvait sentir son membre durcir contre l'intérieur de sa cuisse. Courbant le dos, elle s'empressa de retirer son t-shirt avant de s'attaquer à cette boucle de ceinture qu'elle avait menacée un instant plutôt. Suivi le bouton, puis la fermeture éclaire du pantalon. Pendant qu'elle s'évertuait à cette tâche, Daryl avait quitté sa bouche pour descendre dans son cou. Il descendit encore, embrassant sa gorge, puis la naissance de sa poitrine avant d'arrêter sa course.
Il s'écarta un instant, le temps de se débarrasser de son pantalon et Milie s'empressa de défaire son jeans. Soulevant les hanches pour rabattre le vêtement sur ses cuisses, deux mains s'en emparèrent pour le faire glisser le long de ses jambes avant d'entreprendre le chemin inverse. La bouche du chasseur retrouva la sienne et d'une pression de la cuisse contre sa hanche, elle poussa l'homme à se retrouver sur le dos sans pour autant se détacher de ses lèvres.
Ils s'embrassèrent un moment, leurs mains volages caressant le moindre centimètre de peau qui était à leur disposition. Puis, Milie quitta la bouche de son amant pour laisser un tracé de baisers le long de sa jugulaire et ensuite sur son torse. Des cicatrices croisèrent le chemin de ses lèvres, elle pouvait sentir les irrégularités de la peau qu'elle embrassait, mais ça n'avait aucune importance. Elle ne percevait pas ces marques comme quelque chose de laid, bien au contraire, et elle le lui avait déjà dit la première fois qu'elle les avait vues. Elles étaient témoins de la force du chasseur. Lui enfoncer cette idée dans le crâne était une autre paire de manches, mais ils étaient sur la bonne voie, non? Milie jugea que oui puisque Daryl ne se résorbait pas sous ses caresses.


C'était la première fois qu'une femme le touchait vraiment. Son torse n'avait jamais attiré ses conquêtes et il avait fini par s'habituer à ce manque de considération qui devait être pour elles un moyen de passer par-dessus cette peau abimée par une vie troublée et violente en faisant comme si elle n'existait pas.
Et Milie, plutôt que de simplement renier cette évidence comme les autres avant elle, y faisait face comme si c'était la chose la plus normale du monde. C'était à la fois déroutant, apaisant, mais surtout diablement bon. Daryl avait l'impression d'être en plein rêve. Une fille comme ça ne pouvait pas réellement exister, pas vrai?
Pourtant il dut se rendre à l'évidence qu'elle était bel et bien là tandis qu'il sentait sa bouche dépasser son nombril puis quitter sa peau. Elle se redressa le dos, s'appuyant les mains sur ses épaules à lui. Ses hanches commencèrent à onduler lascivement sur lui, éveillant encore plus le désir qu'il avait d'elle. C'était comme si elle était venue au monde pour faire défaillir tous ses sens.
Caressant ses cuisses, les mains de l'homme remontèrent, passant sur ses hanches, allant sur ses fesses, elles poursuivirent leur route au creux de ses reins avant de revenir sur les côté. Les côtes de la jeune femme glissaient sous ses doigts, puis il atteignit sa poitrine.


Arquant légèrement l'échine à ce touché, Milie passa son soutien-gorge par-dessus sa tête. Les mains, pourtant rugueuses, du chasseur étaient si douces sur ses seins. Elle haleta un peu plus fort, extériorisant le plaisir qu'elle en ressentait et les rôles s'inversèrent de nouveau alors que Daryl la faisait basculer sous lui. À chaque son qu'elle émettait, elle pouvait sentir la confiance du chasseur grandir. Elle en sourit pendant qu'il torturait sa poitrine d'innombrables baisers. Avoir su que ceci était le remède miracle, elle n'aurait peut-être pas attendu aussi longtemps avant de perdre patience.
Ils jouèrent ainsi pendant plusieurs minutes, profitant simplement du fait que toutes les barrières qui se trouvaient entre eux étaient maintenant de l'histoire ancienne. Puis, ils se débarrassèrent des derniers remparts et Daryl plongea en elle. Ses mouvements étaient d'abord lents, presque hésitants. Milie enroula ses jambes autour de lui le faisant pénétrer plus profondément en elle, gémissant à son oreille. Comme aux suppliques précédentes, celle-ci donna plus de confiance au chasseur. Ses vas et viens devinrent plus francs.


Esclave des sons qu'elle poussait, il augmentait la cadence au gré de ses murmures. L'entendre soupirer son nom de cette manière était un puissant aphrodisiaque. Elle le désirait vraiment. Totalement. Elle n'était pas qu'une pauvre paumée dans un bar. Elle n'était pas ivre à ne pas se rappeler son propre prénom. Elle était la personne la plus stupéfiante qu'il n'avait jamais rencontrée. Et elle était là, sous lui, gémissant son plaisir. Daryl avait de la difficulté à y croire et pourtant… Il ne pouvait qui croire en la sentant se contracter autour de lui à cause de l'orgasme. Elle poussa un ultime halètement, plus puissant que les autres avant qu'il ne puisse plus se contrôler et qu'il se décharge en elle.


Il laissa son corps se reposer sur le sien après la jouissance. Elle ferma ses bras autour de son cou, le tenant contre elle. Son cœur battait encore la chamade et elle n'arrivait pas à calmer les tremblements de son corps. Elle reprit lentement le contrôle de sa respiration, sentant Daryl procéder à la même chose niché dans son cou. Ils demeurèrent ainsi encore une minute ou deux avant que le chasseur ne roule sur le côté pour s'allonger sur le dos.
Milie vint se blottir contre lui. Appuyée contre son torse, les yeux fermés, elle sentait la main de son amant tracer des cercles invisibles sur son épaule. Il ne dit pas un mot et elle non plus. Certaines filles auraient éprouvé le besoin de parler. L'entendre verbaliser ses sentiments. Milie n'avait pas besoin de ça. Elle avait tout de suite compris que Daryl était un homme de peu de mots. Qu'il ne les considérait pas aussi importants que les gestes et les gestes qu'il venait de porter en disaient bien plus que tous les mots qu'il aurait pu dire.

Quand la jeune femme ouvrit les yeux des heures plus tard, le tableau qui s'offrait à elle n'était pas exactement ce à quoi elle s'attendait. Nue, elle avait une couverture négligemment montée jusqu'à la taille. Allongée sur le ventre, elle sentait un souffle chaud contre son visage, mais la respiration n'avait rien d'humaine. Plutôt canine. Très canine étant donné l'odeur qui s'en dégageait. Le berger la fixait de ses yeux doux, le museau posé à quelques centimètres de son visage. Une base de lit. Quand le projet de la douche chaude serait complété, elle allait se lancer dans le démantèlement d'une base de lit dans les cellules pour la reconstruire ici. Avec un matelas surélevé, elle n'aurait plus à supporter cette odeur de si bon matin – ce qui ne lui enlevait pas d'adorer cet animal au plus haut point, évidemment.

« Dans mon rêve, t'étais moins poilu » marmonna-t-elle en poussant le museau sur le côté. « … Et t'avais des mains. »

Le berger émit une petite plainte, ce qui amusa Milie. En se retournant sur le dos, elle constata qu'elle n'était pas seule avec son compagnon canin.

« Ah, mais il est là, l'homme de mon rêve » continua-t-elle sur un ton exagérément mielleux. « Sauf qu'il était nu. »

Une pointe de déception était perceptible autant dans sa voix que sur son visage. Daryl sourit en baisant la tête. Elle aurait pu jurer que ses pommettes avaient un tout petit peu rougis.

« Pourquoi s'est-il rhabillé? C'était vraiment une idée stupide. »
« Parce qu'il était pas sûr que Rick apprécie la tenue d'Adam » répondit le chasseur.

Elle rit quelques secondes imaginant avec délice la surprise sur le visage de Rick en voyant Daryl se pointer devant lui nu comme un ver. À inscrire dans les anales, pour sûr! Le brun ramena les yeux sur elle, s'attardant sur son ventre et sa poitrine. Ce qu'elle voyait briller dans ses yeux ne lui donnait absolument pas l'envie de se couvrir.

« Il est quelle heure? »
« Tout juste passé huit heures. »
« Wow. J'ai vraiment fait la grasse matinée cette fois! » s'étonna la jeune femme.
« Si on tient compte du fait que t'as eu une légère commotion y'a pas deux jours, c'est plutôt compréhensible. »
« Petit homme que tu es! Tu pourrais au moins assumer ta part de responsabilité là-dans » railla Milie en se redressant en position assise.
« Et t'as désobéi aux ordres du médecin en te reposant pas. »
« J'entends toujours pas l'autre fautif assumer ses actes » chantonna Milie, taquine.

Commençant à rassembler ses vêtements, elle tourna dos à l'homme en question quelques secondes. Tout juste assez pour que celui-ci ne vienne derrière elle pour la saisir par la taille, faisant butter son corps contre le sien. Le geste était un peu brusque, mais ça n'empêcha pas Milie de sourire, sentant un baiser sur son épaule.

« Et un homme diabolique t'as forcé à tout faire sauf te reposer comme t'aurais dû. Ça te va ça? » s'enquit la voix au creux de son oreille.
« Beaucoup mieux » accepta-t-elle.
« Bien, maintenant habilles-toi. »
« Assumer tes actes ne rend pas cette idée plus intelligente » bouda la demoiselle en plissant les yeux de mécontentement.
« Je sais, mais Rick va rendre son verdict. »

L'humeur joueuse et taquine de Milie s'envola. Avec tout ça, elle en avait complètement oublié Spencer. Une bonne chose en fait. Elle préférait de loin les événements de cette nuit plutôt que de penser au sort de ce pourri.

Cédant toutefois à l'explication de son amant, la jeune femme fit rapidement sa toilette avant de s'habiller, puis ils rejoignirent la salle commune où les gens commençaient à se rassembler. Spencer, menotté, fut conduit au centre de la pièce encadré par T-Dog et Daryl, armes au poing.

Quand le soldat darda son regard sur elle, Milie ne s'y déroba pas. D'autres que lui avaient fait bien pire et elle avait toujours su garder la tête haute. Il n'allait pas réussir à la briser si facilement. Spencer fut le premier à rompre le contact en glissant les yeux sur le juge de l'histoire. Rick avait de lourds cernes qui lui creusaient les joues. Il avait dû rester éveillé toute la nuit à tourner et retourner la question dans sa tête. Pourtant, Milie pouvait déjà deviner ce qu'il avait décidé. Il n'y avait pas trente-six solutions. Non, ce qu'elle ignorait, c'était ce qui allait advenir de Ray et des trois autres militaires. Le shérif croisa d'ailleurs le regard du lieutenant qui en perdit le souffle. Le couperet allait tomber. Ils allaient restés ou devoir partir, c'était maintenant qu'il allait le savoir.

« Je vais pas vous forcer à vous en aller » décréta Rick.

Il y eu du soulagement autant de la part des militaires concernés que de la part des membres du groupe. Punir quatre innocents pour les gestes commis par un seul homme, ce n'était pas juste et même si c'était parfois nécessaire, ils ne voulaient pas tomber dans cette barbarie quand ils pouvaient l'éviter.

« Mais Spencer ne peut pas rester parmi nous » ajouta l'homme de loi. « Il a décidé de ne pas respecter les règles. Pire que ça, il a attaqué l'une d'entre nous et aurait très bien pu la tuer. Dans la position où nous sommes, on ne peut pas fermer les yeux. »

Plusieurs approuvèrent les paroles de Rick d'un signe de tête résolu. Milie pu le voir autant de la part de Daryl que de Glenn, Hershel, T-Dog, Lori et même Ray, Jake et Jackson. Le pardon était inadmissible et c'était visiblement unanime.

« T'as deux choix » proposa Rick. « On t'éjecte loin d'ici. Tu seras seul, sans arme et on laissera la nature s'occuper de toi. »

Spencer pouffa d'un rire jaune et Milie le comprenait. Rick ne voulait pas courir le risque qu'il puisse survivre et revenir leur causer des problèmes, mais il avait tout de même pensé à une solution qui ne leur laisserait pas de sang sur les mains.

« Et l'autre? » demanda Spencer.
« Exécution, propre et nette. Sans bavure » déclara le shérif.

Ils ne pouvaient pas se permettre de garder un captif éternellement. Il deviendrait un fardeau inutile sans compter qu'il pourrait un jour trouver le moyen de se retourner contre eux quand même. Rick avait cogité à toutes les possibilités, elle le savait. Et celles qu'il avait données à Spencer pouvaient sembler inhumaines, mais au contraire, elles l'étaient. D'un côté une chance de survivre, aussi minime soit-elle. De l'autre, une fin sans souffrance. Il ne pouvait pas rester avec eux, impossible.

« Je choisis la deuxième option » décida le soldat en prenant à peine quelques secondes pour y réfléchir.

Son aplomb à choisir la mort en surpris plus d'un, mais pas Milie. Il avait dû le deviner dès la minute où il s'était retrouvé enfermé dans une cellule. C'était fini pour lui.

« Mais a une condition. Je veux que ce soit elle qui le fasse » sourit sadiquement Spencer en la pointant du menton.
« Bien joué, mais personne a dit que tu pouvais choisir ton bourreau » pesta Ray en se rapprochant de sa protégée. « Tu foutras pas ta mort sur sa conscience. »
« Ça lui apprendra à se mêler de ses affaires » expliqua le soldat.
« Je vais le faire » décida Milie en se levant du canapé pour ensuite s'avancer jusqu'à la hauteur du prisonnier. « Si c'est tout ce que ça te prend pour fermer ta gueule, ouais, je vais le faire et je te promets de pas perdre une seule seconde de sommeil à cause de toi. »

Le sourire de Spencer demeura intacte tandis qu'il était conduit à l'extérieur de la pièce. Rick se rapprocha d'elle ainsi que Ray. Les deux hommes ne paraissaient pas très enchantés, mais Milie s'en fichait.

« Je vais le faire » répéta-t-elle durement. « Ça va durer une seconde et on pourra passer à autre chose. »
« T'es sûre que tu peux faire ça Milie? » demanda Ray.
« J'ai déjà tué, Ray. »
« Mais est-ce que tu veux le faire? » reformula plutôt Rick. « Ce serait à moi de le faire, pas à toi. »
« Cette ordure m'a filé le pire mal de crâne du siècle » se défendit la jeune femme sans sourciller. « Je pourrais lui faire pire que ça sans problème. »

Un peu plus d'une heure plus tard, dans la cour, Milie tenait un pistolet six coups entre ses mains. Peu de gens avaient décidé d'assister à l'exécution de Spencer et il n'y avait que Rick, Ray, Daryl et Jake de présents sans compter le prisonnier.
Sa main droite commençait à trembler. Elle prit une profonde inspiration et sentit des doigts se poser sur sa nuque pour la masser de quelques gestes réconfortants.

« T'es vraiment sûre de toi? » demanda ultimement Daryl. « On est pas obligé de faire ce que ce malade veut. »
« Accepter la dernière requête d'un condamné à mort, c'est juste… humain » expliqua-t-elle en détachant son regard du pistolet afin de le poser sur son amant.
« Et tu pourras vivre avec ça? »

Milie sourit tendrement au chasseur, portant une main à son visage pour lui caresser la joue. Elle ne répondit pas à la question. Aux autres, elle s'était efforcée de paraître forte et capable. Mais elle savait qu'avec lui, elle n'en avait nul besoin. Si elle pouvait vivre après ça? Oui, bien sûr qu'elle le pourrait. Elle avait déjà tué et elle n'en était pas morte. C'était ce qui importait au final non? Sans savoir si Daryl avait compris tout ça juste en échangeant un regard avec elle, Milie s'était écartée de lui.
Se tenant seul devant elle, bien droit, Spencer la regarda droit dans les yeux. Elle se détacha de son regard le temps de vérifier une dernière fois l'arme qu'elle avait à la main, puis la souleva en direction du condamné, replongeant dans ses yeux.

« Tu penseras à moi? » demanda-t-il ultimement.
« Non. »

Son calme glacial fit son effet et le sourire de Spencer déchanta en intensité. Quand le coup de feu tonna, les oiseaux perchés dans les arbres autour de la prison s'envolèrent.