Département : Informations

Section : Historique de la Compagnie, organigramme de structure, classification des compétences

Code : INF-ORGC-985-010594-DTM

Type : dossier, historique, organigramme, C.V.

Nature : hiérarchie et information

Niveau d'accès : moyen (niveau 4)

Date de création : 18 février…

Date de dernière modification : 14 septembre…

Sujet : Les forces de répression et le contre-espionnage

La menace terroriste telle qu'on la connaît aujourd'hui est un phénomène récent né de l'instabilité géopolitique croissante entre les diverses puissances économico-industriellles de la planète.

Les menaces auxquelles devaient faire face l'ancien régime étaient beaucoup plus simplistes : elles se limitaient en général à des guerres ouvertes entre deux armées bien distinctes au milieu d'une vaste plaine. Les pertes étaient d'ordre militaires quasi-exclusivement. Les villes qui changeaient de mains n'étaient en effet que très rarement rasées si elles ne se situaient pas sur une zone de réaménagement du territoire. Leur sauvegarde dépendait surtout de la quantité de Mako qu'elles pouvaient fournir et de la qualité des infrastructures déjà en place. Le seul commerce alors en vigueur était celui du sang et la meilleure façon d'acquérir des nouvelles technologies était d'aller les prendre là où elles se trouvaient, c'est-à-dire dans la contrée voisine.

La première « nation » qui comprit l'importance du commerce économique fut bien évidemment Midgar. C'était la meilleure façon de protéger ses inventions : les partager avec les autres. La vraie civilisation vit le jour avec l'apparition d'une technologie plus subtile que la pompe à Mako : la diplomatie. Midgar étant la ville la plus puissante de la planète, elle prit la tête des débats pour mettre d'accord les différents partis venus traiter le pacte d'alliance économique.

C'est ici qu'intervinrent pour la première fois les « groupements de l'ombre ». Ces unités étaient composées d'un membre unique opérant seul sur le terrain. Il n'était pas question d'attaque ou de mission commando mais d'une infiltration dans la population locale. Le principe était simple : un agent se fondait dans la masse pour collecter des informations ou mener des actions subversives au cœur même d'une autre cité, au nez et à la barbe des dirigeants. La diplomatie n'était que le reflet de sa sœur, peut-être même sa mère : la propagande.

L'efficacité de ces groupements fut d'abord testée au sein même de Midgar, pour contrer les moindres mouvements populaires. Les résultats furent immédiats et dépassèrent les prévisions de la Compagnie : un soulèvement qui se préparait depuis plusieurs mois fut tué dans l'œuf, sans que la milice intervienne. Le meneur de la rébellion fut discrédité aux yeux du peuple quand un lot de preuves compromettantes (créées pour l'occasion) vit le jour, le présentant comme un agent double au service de la Shinra. Les attaques ad hominem, les diffamations et les menaces distillées parmi une population crédule et facilement manipulable furent les seules armes employées. Les habitants de la cité ne pensèrent même pas à accuser la Compagnie et reportèrent leur haine sur leurs semblables.

Après plusieurs tentatives plus ou moins fructueuses, un climat de suspicion et de méfiance s'installa dans la ville, empêchant toute révolution d'être fomentée, la confiance n'étant plus une valeur sûre.

L'omniprésence de la Shinra lors de ces missions fut le principal obstacle à la réussite des objectifs extra muros. Les agents n'avaient en effet que peu d'indépendance et les rapports devaient se faire quotidiennement. Si la Compagnie avait érigé la paranoïa au rang de mode de vie, elle devait elle-même s'y tenir. C'est ainsi qu'elle surveillait étroitement ceux qui portaient des informations cruciales, des secrets qui ne pouvaient pas être divulgués sans conséquence directe pour Midgar. Mais si l'effet était relativement limité à l'intérieur de Midgar, l'interception d'un agent à l'extérieur pouvait signifier une guerre immédiate.

Le problème se posa au moment de la signature du traité de paix entre les différentes puissances du globe. Le meilleur moyen de s'assurer que cette alliance allait être acceptée par les populations indigènes était de diriger cette masse dans le bon sens en lui faisant suivre un leader qu'elle croirait fiable car du pays. Et pendant qu'un agent occuperait ce poste, d'autres se chargeraient de faire taire les velléités nationalistes qui mettaient en garde contre une mainmise trop importante de Midgar sur le monde civilisé.

Mais les agents devenaient ainsi suspects aux yeux des gouvernements qui ne dirigeaient plus leur peuple qu'indirectement. Le fait qu'aucun d'eux n'ait jamais été fiché par les services de contre-espionnage attira l'attention. Il en résulta une surveillance étroite que la Shinra ne pouvait empêcher étant donné son éloignement. Les rapports réguliers transmis par de simples coups de téléphones perdirent le groupe qui officiait à Junon : ce fut le Désastre de la Baie des Mogs. (Note 1)

Une dizaine d'agents devaient s'infiltrer dans Junon même afin de « pacifier » la zone la plus réticente au traité d'échange. Junon était d'autant plus méfiante qu'elle était la seconde puissance mondiale et n'avait donc rien à envier à Midgar. L'imposant armement de la cité empêchait une guerre diplomatique de front et il fut de ce fait décidé de dépêcher les « escouades de l'ombre » (bien que ce nom ne leur fût donné qu'a posteriori). Pour éviter d'éveiller les soupçons pendant cette période de tension, un premier agent fut amené par la route, comme un simple touriste. Il devait, de l'intérieur de la ville, planifier l'arrivée des autres par bateau, avec tout le matériel nécessaire à l'aboutissement de la mission. La Compagnie le guida pas à pas lors des démarches et s'occupa elle-même d'affréter un navire. Mais le gouvernement de Junon avait mis sur écoute toutes les communications en provenance de Midgar. De plus, un navire étranger, surtout quand son immatriculation est inconnue au service de la marine marchande, est toujours suspect. Aucune précaution n'avait en effet été prise quant au navire, espérant qu'il passerait inaperçu.

Les dirigeants furent assez fourbes pour ne rien dévoiler de ce qu'ils avaient appris : au lieu de demander des comptes à Midgar, ils attendirent le jour J pour contre-attaquer. L'agent sur le terrain fut enlevé le jour même de l'opération par un groupement anonyme. Sa disparition ne signifiait a priori pas grand-chose et ne gêna pas la progression du bateau Shinra. Quand celui-ci arriva dans la Baie des Mogs de Junon, il se retrouva face à une flottille de navires de guerre prêts à attaquer. Un message radio prévint le capitaine du navire qu'un mètre de plus aurait pour conséquence la destruction du cargo. Les moteurs furent coupés et une alerte fut envoyée à Midgar. Le capitaine attendait de recevoir des ordres. La Shinra lui imposa de continuer son avancée malgré les menaces. Quand il s'exécuta, un autre message radio provint du port sous forme d'ultimatum. Le navire fit alors demi-tour. La Shinra s'était inclinée, une partie décisive venait d'être perdue, non seulement contre Junon, mais aussi dans le domaine de l'espionnage.

L'agent kidnappé fut présenté devant la Cour de Justice de Junon pour haute trahison. La milice de la cité lui avait soutiré toutes les informations qu'il détenait. Il était en effet très impliqué dans la politique de Midgar et la Compagnie l'avait choisi (comme les autres) pour ses connaissances. La plus grosse erreur avait été d'envoyer quelqu'un de compétent, bien que ce fut le seul moyen d'opérer. Il fut exécuté en public comme exemple pour toute tentative future de Midgar à l'encontre de Junon.

Les relations diplomatiques cessèrent dès cet instant entre les deux cités.

Le projet « groupements de l'ombre » fut alors jeté aux oubliettes pendant près de cinq décennies.

Pourtant cette expérience fut loin d'être inutile et servit de base à la création d'un groupement d'élite appelé Turk. Mais c'était cette fois plus un complément à la milice qu'un service d'espionnage et les unités agissaient en plein jour. Les équipes étaient formées de quatre à six membres équipés en technologie de pointe contrairement à l'arsenal assez rudimentaire de leurs prédécesseurs. (Note 2)

Ce fut à cette époque que les dirigeants de la Shinra se confondirent complètement avec ceux de Midgar. Les Turks passèrent du rang de milice privée à celui de force gouvernementale d'élite. […

C'est dans ce contexte qu'apparut il y a dix ans une nouvelle forme de menace dans un empire qui connaissait une paix relative depuis assez longtemps. Bien avant l'avènement de Silent Blast et plus encore avant celui d'Avalanche, une violence totalement inédite ensanglanta la cité. C'était le terrorisme sous forme d'attentats non revendiqués visant les bâtiments de la Compagnie. Celle-ci ignora d'abord la menace, la considérant comme des actes isolés ne menaçant en rien ses intérêts. Mais ce manque de réaction fut interprété par les terroristes comme un aveu d'impuissance. Quasiment toutes les nuits, une charge de plastic détonait quelque part dans la ville, ne faisant que très rarement de victimes. Car ce qui surprenait d'abord était le fait qu' « ils » ne cherchaient pas à tuer, seulement à attirer l'attention. Mais la Shinra ne savait pas comment réagir face à ces attaques. Pris au dépourvu, on ne savait pas par où commencer pour endiguer cette nouvelle vague de violence du côté de l'administration. Ces entreprises de sabotage dans l'ombre menées par des petits groupes anonymes faisaient remonter à la surface d'anciens souvenirs.

Un couvre-feu fut établi et la milice envoyée dans les Taudis d'où semblait provenir les terroristes. On commençait à soupçonner des espions venus de Junon mais les doutes furent dissipés avec les premières revendications : les commandos demandaient le retrait de la Shinra hors de Midgar et la réhabilitation des Taudis. La seule réponse fut l'envoi immédiat de l'armée pour trouver les coupables. La tâche fut d'autant plus difficile que les habitants protégeaient tous plus ou moins les terroristes.

Combattre le feu par le feu en utilisant les anciennes recettes fut donc considéré comme la seule chance de s'en sortir.

Les « groupements de l'ombre » renaissaient de leurs cendres.

Les bases furent modifiées mais le principe restait le même : un agent unique opérant à découvert, sur le terrain mais dans l'anonymat le plus complet. La grande différence résidait dans le fait que les protagonistes étaient des hommes qui ne connaissaient rien aux motivations fondamentales de la Shinra. Ils étaient même quelques fois engagés sans savoir pour qui ils travaillaient. Le but était d'avoir sous la main des individus capables mais ignorants, non pas (uniquement) parce qu'ils étaient ainsi plus manipulables mais parce qu'ils ne constituaient pas une menace en cas d'échec de la mission, ils ne pouvaient avouer des choses qu'ils ignoraient.

Leur potentiel était uniquement basé sur la force brute et il n'était demandé aucune qualité morale ou intellectuelle. La connaissance de la science propagandiste n'était de toutes façons plus requise, étant donnés les échecs passés. Leurs missions consistaient le plus souvent à assassiner des terroristes, ou infiltrer des réseaux. […

Ces saboteurs se sont alors peu à peu institutionnalisés, passant du stade de « pigistes » à celui de miliciens à part entière. Les nouveaux agents étaient des soldats, membres de la Compagnie comme les Turks et le personnel d'entretien. Pourtant, ils leur étaient bien inférieurs à tous. Car pour éviter toute fuite d'informations, même minime, la Shinra avait mis en place un système qui empêchait que ses agents puissent être identifiés. Ainsi tout agent « perdu » n'était pas une menace : il ne savait rien, il n'était rien. En effet, le programme « groupements de l'ombre » comprenait une méthode simpliste mais imparable : les mercenaires, généralement embauchés jeunes, étaient irrémédiablement effacés de tous les registres administratifs, depuis leur acte de naissance jusqu'à leur compte en banque. C'était aussi un moyen sûr de s'assurer leur fidélité, car au moment où il découvrait ce qui se passait, il était déjà trop tard. Ils ne pouvaient donc rien faire sans l'aide de la Compagnie.

Pourtant, plusieurs éléments firent que les conditions de vie furent acceptées par la majorité des agents. Outre le lavage de cerveau qu'ils subissaient (rendu plus facile par leur âge le plus souvent), ils étaient grassement payés et recevaient des primes pour le moindre acte de zèle. L'appât du gain augmentait ainsi le rendement. De plus, on leur promettaient des postes chez les Turks où dans divers secteurs d'activités de la Shinra. Travailler pour des lendemains qui chantent, c'était le moteur d'une activité efficace et rentable, surtout pour la Compagnie qui ne tenait généralement pas ses promesses, étant donné qu'aucun des miliciens n'avaient les compétences requises pour assumer les charges qu'il demandait. Les Turks par exemple bénéficiaient d'un entraînement psychologique intense et, n'ayant pas subi de lavage de cerveau, avaient toutes leurs facultés mentales, notamment celles de prendre une initiative. Car le but final de ce programme était de faire des soldats parfaits, c'est-à-dire qui obéissent sans réfléchir et surtout sans poser de questions. La moindre interrogation existentielle était punie de mort et aucun état d'âme n'était permis. Mais tous les inconvénients de ce métier étaient compensés par les avantages cités plus haut.

Mais la Shinra, entraînée par son élan, ne compta plus le nombre d'agents qu'elle embauchait. Trop heureuse de ne plus voir de protestations au sein du peuple, elle fut submergée par les assassinats injustifiés. Car pour gagner plus d'argent, on tuait le premier suspect qui traînait dans les rues pendant le couvre-feu. Et devant l'ampleur du phénomène, la Compagnie se résolut à prendre des mesures à l'encontre de groupements trop nombreux, incontrôlables et qui pouvaient se montrer dangereux pour elle-même. Par-dessus tout, le problème venait du fait que les principes de ce programme avaient été bafoués : ils se battaient pour l'argent et non plus pour faire régner l'ordre imposé par la Shinra.

Ce fut ainsi l'épisode que l'on baptisa : « La Nuit des longs Sabres ». (Note 3)

90 des agents furent ainsi assassinés par l'armée. On ne garda que les meilleurs et leur nombre est aujourd'hui limité à une dizaine.

Mais nous sommes aujourd'hui entrés dans une nouvelle ère, celle de la génétique. Même si les « groupements de l'ombre » restent la valeur sûre de la Compagnie, elle recherche désormais le moyen d'obtenir le soldat parfait : compétent, insensible à la douleur, dénué de sentiments telles que la pitié et surtout totalement incapable de prendre du recul par rapport à ce qu'il fait, c'est-à-dire sans esprit critique. Seules les manipulations génétiques permettraient de créer un tel soldat et d'ainsi remplacer définitivement ces miliciens parfois difficiles à éduquer.

Note 1 : pour de plus amples précisions sur le Désastre de la Baie des Mogs, se référer au dossier CBA-CASTR-O12-196300-CIA.

Note 2 : concernant les Turks, se référer à la section « Turks » du département « Guerre et paix ». Voir aussi le livre de M. Heidennegger « L'âme de Midgar » aux éditions Shinra.

Note 3 : à propos de « la Nuit des longs Sabres », voir le dossier ALL-ZEIL-3006-1934021-SA