A midi, Franky s'était joint à Nami, Luffy et Usopp pour manger (Sanji, heureusement, devait travailler à la cantine, Zoro était sans doute tellement absorbé dans son entraînement qu'il ne s'était pas rendu compte de l'heure, et Vivi avait rejoint Kohza pour le week-end), et la rouquine s'était rapidement aperçue que le concierge avait l'air soucieux. Elle n'avait pas été la seule, cela dit.
- Il y a un problème, Franky ? avait demandé Usopp entre deux bouchées.
- On vient de m'appeler pour me dire que mon frère était à l'hôpital. D'après ce qu'on m'a raconté, il s'est fait agresser en rentrant chez lui après avoir travaillé jusqu'à l'aube, ce matin, répondit Franky avec une grimace.
- Oh, CHa craint ! fit Luffy avec la bouche pleine. Mais CHe ne CHaVHais pas que tu aVHais un frère !
- On ne s'est jamais SUUPER bien entendus, tous les deux, et la mort de notre père a fini par nous éloigner complètement, avoua le concierge en secouant la tête avec tristesse.
- Mince, Franky, je suis désolée… Tu veux que quelqu'un t'accompagne à l'hôpital ? proposa Nami, compatissant sincèrement.
- Non, ce ne sera pas la peine… Je ne compte pas y aller, de toute façon, ajouta Franky à mi-voix.
- Hein ?! Mais pourquoi ? s'étonnèrent Luffy, Usopp et Nami en même temps.
- Ce serait très compliqué à vous expliquer, soupira Franky. Sachez seulement que les personnes qui l'ont agressé me recherchaient certainement, moi ou des documents que j'ai en ma possession, et si j'allais à l'hôpital voir Iceburg, je risquerais trop de me faire repérer. Je ne peux hélas pas vous en dire plus…
- On se croirait en plein film d'espionnage… murmura Usopp, tout en blêmissant. Rassure-moi : on est en sécurité ici, au moins ?
- T'inquiète pas, Franky ! Si tu veux aller voir ton frère, on peut y aller ensemble, et je botterai les fesses au premier qui te cherchera des noises ! Personne ne s'attaque à mes nakamas sans en souffrir les conséquences ! promit Luffy avec enthousiasme.
- Ahah, c'est vraiment SUUPER gentil, bro ! Mais j'ai confiance en Iceburg, je sais qu'il ne leur a rien dit. Et si je me pointais maintenant, après toutes ces années à me cacher, ça rendrait son sacrifice complètement inutile. Je ne veux pas faire ça, déclara Franky avec fermeté.
- D-des années à te cacher ? C'est donc si sérieux que ça ? balbutia Usopp, qui semblait sur le point de s'évanouir.
- Ne me posez plus de questions, je vous en ai déjà trop dit, grommela le concierge en détournant le regard.
Quant à Nami, elle était restée figée à l'entente d'un certain nom, complètement pétrifiée. Non, ce n'était pas possible, elle devait sûrement avoir mal entendu, n'est-ce pas ?
- Ton frère s'appelle I-Iceburg, tu dis ? demanda-t-elle d'une voix chevrotante. Comme l'armateur ?
C'était sûrement une coïncidence ! Le frère de Franky ne pouvait pas être la même personne que dans les dossiers de Spandam, pas vrai ? Parce que si c'était bien le cas, cela voudrait dire que Franky… était Cutty Flam ?! Attends une seconde, le concierge avait bien dit qu'il se cachait depuis des années, à l'instant ? Tout collait !
- Tu le connais ? s'étonna Franky, confirmant d'un coup toutes les craintes de Nami.
- Ah… D-de nom, seulement… bredouilla la rouquine, complètement effondrée.
Il y eut un lourd silence, tandis que chacun digérait les informations qu'il venait d'entendre, et que Franky ruminait celles qu'il avait gardées pour lui, les sourcils froncés. La chanson joyeuse qui passait à la radio jurait singulièrement avec cette ambiance pesante, et Usopp finit par se lever pour changer de chaîne, tombant sur un flash informatif concernant Dressrosa.
« Et maintenant, des nouvelles du Nord ! C'est officiel : la capitale de Lvneel est tombée cette nuit entre les mains de l'armée de Dressrosa. C'est depuis le balcon du palais royal que Son Altesse Doflamingo s'est adressée à ses troupes, tandis que le drapeau des vaincus avait été remplacé par celui de leurs ennemis au sommet de l'édifice. Doflamingo a ainsi annoncé qu'il ne comptait pas s'arrêter là, et que la guerre continuerait tant qu'il n'aurait pas capturé les traîtres Riku, Viola et Rebecca. Ceux-ci semblent avoir réussi à s'échapper avec le roi de Lvneel, et à fuir vers le Nord, en direction des territoires non encore occupés. Passons à présent au point économie avec notre expert… »
- Eh ben, ça aura fini de nous déprimer complèrement, tout ça, plaisanta Usopp en se laissant retomber sur sa chaise.
- Tssk, je ne comprends vraiment pas. Pourquoi le roi de Lvneel s'entête à protéger ces transfuges de Dressrosa, au risque d'y perdre son propre territoire ? fit Nami en secouant la tête, consternée.
- Ah, c'est parce que Riku est son beau-frère ! répondit Luffy avec un grand sourire. Les sœurs du roi de Lvneel ont été mariées à Riku et à Homing, le père de Doflamingo, et à cette occasion des traités d'alliance ont été signés entre les deux nations. Puis, quand Doflamingo était encore enfant, Homing l'a fait interner dans une institution psychiatrique et a fait de son deuxième fils, Rocinante, son héritier. Quand Homing est mort, et que Rocinante est monté sur le trône, les traités avec Lvneel ont été renouvelés – ce qui n'a pas été le cas après que Doflamingo ait pris le pouvoir de force. Du coup, légalement, le roi de Lvneel doit encore assistance à Riku, mais pas à son neveu, le roi actuel de Dressrosa.
- Wow, bro ! Je suis étonné que tu en saches autant sur le sujet ! fit Franky en applaudissant, impressionné.
- Ah, c'est Sanji qui m'a expliqué tout ça… avoua Luffy en se grattant le crâne.
- Sanji ? Il s'y connaît, lui ? releva Nami intriguée, se rappelant que Robin et lui avaient été en contact.
- Ah, oui ! répondit Usopp en hochant la tête. Il m'a dit qu'on l'avait retrouvé, bébé, dans la cale d'un navire qui venait de Dressrosa. Les autorités ont voulu l'y renvoyer, mais entretemps la guerre civile avait éclaté, et c'était devenu impossible. Du coup, il a été envoyé en orphelinat, et il est devenu complètement obsédé par le sujet en grandissant. Il a des tonnes de photos et de coupures de presse dans sa chambre ! J'étais là quand il les a montrées à Vivi…
- Oh, quelle histoire tragique ! Je ne pleure pas, mais mon cœur saigne pour Sanji-bro ! brailla Franky en larmoyant.
La conversation avait dérivé sur autre chose, après cela, mais Nami avait conservé une sensation de malaise même après être retournée dans sa chambre « pour travailler ». Elle avait examiné les deux toiles volées, déterminant que celle du salon était un original tandis que celle du bureau était sans doute une copie, mais sans cesse son regard revenait se poser sur le tas de paperasses dérobées à Spandam. Que devait-elle en faire ? Les détruire ? Les donner à Arlong ? Ou bien les donner aux principaux intéressés, à savoir Franky, Robin et Sanji, afin qu'ils sachent que quelqu'un les surveillait de près ? Mais si elle faisait ça, elle devrait aussi leur expliquer comment elle se les étaient procurées… Une chose était certaine, en tous cas : leur contenu pouvait s'avérer bien dangereux, si on apprenait qu'elles étaient en sa possession. Et pour cette raison, il était primordial qu'elle arrive à s'en débarrasser, d'une façon ou d'une autre.
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Ce soir-là, Nami n'accompagna pas ses amis au bar de Brook non plus, prétextant un autre rendez-vous. Au lieu de cela, elle resta enfermée dans sa chambre, à relire encore et encore les dossiers qu'elle avait trouvés dans le coffre-fort du procureur, et à se demander ce qu'elle devait en faire. Pourquoi Iceburg avait-il été attaqué, si soudainement ? Etait-ce vraiment pour lui soutirer des renseignements sur son frère, après tant d'années ? Ou bien parce qu'on le soupçonnait d'être lié au cambriolage de Spandam ? Dans ce cas-là, nul doute que Robin et Sanji seraient les suivants sur la liste... Alors qu'ils étaient parfaitement innocents (enfin, innocents de cela, du moins) et que Nami était la seule coupable. Sachant ce qu'elle savait, pouvait-elle faire taire sa conscience et ne pas les avertir du danger ? Sanji méritait peut-être ce qui lui pendait au nez, mais Robin ? Et Iceburg, ne lui devait-elle pas des excuses ?
Au moins, le point positif, c'est que si Spandam les soupçonnait eux, il n'était donc pas encore remonté jusqu'à Nami. Autant s'assurer que cela reste ainsi... Même si cela signifiait qu'elle devait laisser ces gens prendre le blâme à sa place. Mais en était-elle vraiment capable ?
Que faire ? L'heure de son rendez-vous avec Arlong approchait, et elle n'avait toujours pas pris de décision. Finalement, elle dissimula les feuilles sous son matelas, et se dirigea à petits pas pressés vers la ruelle où l'attendait Arlong, aussi ricanant et odieux que jamais. Il passa en revue le contenu de son sac à dos avec des petits « m-mmh » appréciateurs, et quand Nami lui conseilla d'attendre avant de mettre les objets en vente, et de bien brouiller les pistes au moment de le faire, pour éviter qu'on ne puisse retrouver sa trace, il balaya la remarque d'un geste nonchalant de la main.
- Pour qui tu me prends ? Je savais à qui je m'attaquais, j'ai pris mes précautions, dit-il sans lever le nez.
Finalement, après un moment qui parut interminable à la cambrioleuse, il referma le sac à dos d'un coup sec et adressa un sourire cruel à Nami.
- Bon, c'est pas mal. Dommage que ce ne soit pas encore assez pour solder ta dette !
- QUOI ? s'étrangla la rousse. Vous plaisantez ? Ce qu'il y a là-dedans vaut largement ce que je devais encore vous rembourser !
- Oh, j'ai oublié de te prévenir ? Les intérêts ont encore augmenté, depuis la dernière fois, répondit Arlong en s'humidifiant les lèvres. J'ai bien peur que tu me doives encore plusieurs milliers de beris.
- Plusieurs milliers ?! M-mais c'est malhonnête ! J'ai fait tout ce que vous m'avez demandé ! Vous n'avez pas le droit de… !
- Oh si, j'ai le droit. Tu as oublié le contrat que tu as signé ? J'ai le droit de modifier le taux d'intérêt à n'importe quel moment, et autant que je veux. Tu aurais vraiment dû lire les petits caractères avant de signer, ma jolie…
Nami recula d'un pas, complètement révoltée.
- Je refuse ! Vous n'avez pas le droit de faire ça ! Vous ne pouvez pas m'obliger ! C'était la dernière fois que je cambriolais quelqu'un pour vous !
- Ah, je n'ai pas le droit de t'obliger ? susurra Arlong avec un sourire en coin. Non, évidemment, tu as raison… Mais je peux m'arranger pour que la police te retrouve, et alors que dira ta chère grande sœur ? Et tes amis, mmh ?
- Si la police m'arrête, vous croyez que je vais me gêner pour vous dénoncer ? cracha Nami. Je leur dirai que vous m'avez obligée ! Je leur raconterai tout !
- Oh, je n'en doute pas, mais je peux très bien leur dire que j'ai simplement demandé à ce que tu me rembourses, et que je ne savais pas quels moyens tu utiliserais pour récolter la somme. Tu n'as aucune preuve contre moi. Et j'ai des contacts au sein des forces de l'ordre. Ce sera ta parole contre la mienne, et qui crois-tu qu'ils croiront, mmh ?
Nami ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, incapable de trouver une réplique adéquate. C'était vrai : Arlong était un homme riche et puissant, avec des contacts partout, alors qu'elle n'était personne. Elle n'avait aucune chance contre lui. En plus, si la police l'appréhendait, ce n'était qu'une question de temps avec que Spandam et ses sibres ne retrouvent sa trace… Complètement anéantie, la jeune femme se laissa glisser au sol, les bras pendants.
- Vous n'allez jamais me libérer de ma dette, pas vrai ? murmura-t-elle, la gorge serrée. Vous allez m'obliger à travailler pour vous, encore et encore et encore…
- C'est maintenant que tu t'en rends compte ? se moqua Arlong. Je te croyais plus maligne ! Allez, je te laisse… Mais attends-toi à recevoir de mes nouvelles bientôt. A la prochaine !
Et Arlong s'éloigna en riant à gorge déployée, laissant Nami seule avec son désespoir.
